OBSERVATION LXXIII
Sicrofule oftsensc.
Carie des os du pied. — Autopsie.
Pagès (Victor), âgé de huit ans et demi, entré le 23 août 1855 au pavillon Saint-Matthieu, couché au n° 49.
Le malade est très maigre, d'une pâleur extrême, faible, languissant; diarrhée presque continuelle, fièvre le soir; on ne trouve rien à l'auscultation.
Il n'aurait eu ni gourmes, ni ophthalmies, ni otorrhées ; il est très sujet aux engelures. Les renseignements sur les parents sont nuls ou incertains.
C'est vers l'âge de trois ans et demi qu'aurait débuté l'affection actuelle, à la suite d'une fièvre typhoïde. C'était d'abord une tuméfaction indolore ; puis la marche devint pénible et peu à peu impossible ; la région tibio-larsienne rougit, un abcès se forma, et avec le pus furent éliminés des séquestres. Entré alors à l'hôpital Sainte-Eugénie, M. Marjolin fit l'extraction de plusieurs fragments osseux nécrosés; néanmoins, et, malgré le traitement par l'huile de foie de morue et les toniques, l'affection persista sans amélioration sensible.
Etal actuel. — La région tibio-tarsienne du côté droit est considérablement augmentée de volume ; on y voit plusieurs fistules à orifices fongueux ; le stylet arrive sans peine sur une surface osseuse, qu'il trouve dure et résistante. Cette manœuvre est très douloureuse; un pus mal lié et fétide, noircissant les instruments, sort de ces fistules avec une grande abondance, ce qui épuise le malade et lui enlève tous ses moyens de réaction.
Le traitement a consisté dans l'administration du sirop d'iodure de fer, de l'huile de foie de morue, de la tisane de houblon, du vin de gentiane, du vin anliscorbulique, du vin de Bagnols, etc. : mais tous ces médicaments, donnés en leur temps et diversement combinés, n'ont pu arrêter les progrès du mal, et le malade succomba le 25 avril, dans un état d'épuisement et. d'émaciation extrêmes.
Autopsie. — Le pied ayant été scié par le talon perpendiculairement au plan de sa surface, nous trouvâmes une cavité profonde et anfractueuse, dans laquelle étaient flottants des débris des os du tarse (cal-
canéum, astragale, parlie postérieure des cunéiformes) ; tous ces os sont d'ailleurs ramollis et diminués de volume. Une sanie infecte baigne les parois de la cavité accidentelle.
Le genou droit est à demi ankylosé.
Adhérences pleurétiques à droite ; pas de tubercules.
Le cerveau est recouvert par une couche de liquide gélatiniforme siégeant dans le tissu cellulaire sous-arachnoïdien . ' Le foie est extrêmement développé et occupe plus du tiers de la cavité abdominale ; il est de couleur jaune pâle, et a subi évidemment la dégénérescence graisseuse ; son tissu, moins consistant, se laisse écraser sous le doigt sans difficulté.
Rate très petite et presque réduite à sa trame fibreuse.
Les reins sont également d'un très petit volume; il y a anémie de leur substance corticale ; le rein droit offre un aspect légèrement lobulé.
Scrofule osseuse.
Double carie de la colonne vertébrale.
Fedy, dix-huit ans, entré en mars 1860, pavillon Saint-Matthieu, n" 22.
Né à Paris, dans le quartier de la place Maubert, d'un père qui a quarante ans et se porte bien, d'une mère qui avait eu, lors de sa naissance, un grand nombre d'enfants ; elle en a perdu trois en bas âge, de convulsions; il lui en reste sept, dont cinq sont bien portants et une petite fille qui est très chétive.
Notre malade, sauf un peu de gourme, a été bien portant jusqu'à l'âge de six ans. A cette époque, chute sur les reins, à la suite de laquelle survient une déviation de la colonne vertébrale. A sept ans, abcès sur le côté gauche du col, en dehors du muscle sterno-mastoïdien, abcès qui ne s'est jamais fermé. A quinze ans, abcès au tiers inférieur de la région dorsale, déviation et gibbosité dans les deux régions où existent les ouvertures fistuleuses des abcès. Les membres sont courts, mais sans aucune trace de rachitis, sans courbure anormale, sans nodosités. Les pieds et les mains sont remarquablement bien faits, les doigts et les orteils sont longs. Les extrémités inférieures sont frap-
622 LKÇONS suit LA scnoFLLK.
péesde paralysie du mouvement, et le siège de convulsions fréquentes, qui font remonter les cuisses sur le tronc et fléchir les jambes le long des cuisses.
Telle est l'attitude habituelle du malade dans le lit, qu'il ne quitte pas. Le malade peut néanmoins, quand on l'y invite, saisir avec les mains les membres inférieurs et les allonger tous deux sans effort. La cage osseuse pectorale est fortement projetée en avant; le sternum est très écarté de la colonne vertébrale.
La percussion et l'auscultation ne révèlent pas de désordres bien avancés dans les organes respiratoires, bien que depuis trois ans le malade tousse tous les hivers, mais sans expectoration. L'intelligence est très développée.
II est probable que ce petit malade finira par succomber, soit à la paralysie, soit à des lésions viscérales pulmonaires, peut-être à la réunion de toutes ces affections.
Scrofule osseuse.
Trois tumeurs blanches successives, dont une guérie, les deux autres en voie
de guérison.
Maillard, vingt-cinq ans, tourneur en bois, né de père âgé aujourd'hui de soixante quinze ans, de mère morte du choléra en 1 849. Il a trois sœurs plus âgées que lui et deux frères plus jeunes, tous bien portants : lui seul est scrofuleux dans la famille. Dans son enfance, de cinq à sept ans, ophthalmie qui a laissé une taie sur l'œil droit ; à quinze ans et demi, scrofule ganglionnaire sur le côté gauche du col, sous l'apophyse mastoïde, sous la mâchoire; à dix-neuf ans, scrofule osseuse spontanée à l'extrémité inférieure de la jambe droite, abcès qui depuis ce temps reste ouvert, avec tuméfaction considérable du tibia ; à vingtdeux ans, tumeur blanche de l'articulation du genou, et en même temps carie de l'extrémité sternale de la clavicule gauche.
Aujourd'hui la carie claviculaire est complètement guérie, avec une cicatrice enfoncée, mais solide, et qui ne s'est pas rouverte depuis quinze mois qu'elle existe. Le genou a abcédé en dehors ; il suppure depuis trois ans et quelques mois après l'apparition de la tumeur blanche. La tuméfaction osseuse, qui a beaucoup diminué, existe surtout à la partie
OBSIittVATIoNK. U-' interne de l'extrémité fémorale ; la suppuration, d'abord abondante, est maintenant peu considérable. Le malade marche assez aen ; , ny a rien dans les viscères. Tontes les fonctions s'exécutent b,en. Tout fait espérer la, gué^on, Tonte la question est de savoir comb.en de temps elle se fera attendre.
OBSERVATION LXXVI. •Scrofule osseuse.
Scrofule osseuse coexistant avec une scrofulide maligne crus lacé e-ulcéreuse. - Carie de la partie inférieure du péroné. — Impétigo ulceraltf et fongueux de la face.
Huet (Alphonse), vingt-neuf ans, couché au n° 65 du pavillon Saint- Matthieu, entré le 9 février 4 856.
Ce malade est d'un tempérament lymphatique. Son enfance n a rien présenté de particulier ; il ne se rappelle pas avoir eu des gourmes, m d'ophthalmies, etc.
A lVe de quatorze ans, nous dit-il, il fut affecté d'une tumeur blanche,° pour laquelle il fut traité, et dont on le guérit à l'hôpital de
Laon. , .
A dix-sept ans, scrofule glandulaire envahissant les régions sousmaxillaires, canadiennes, mastoïdiennes, cervicales, jusqu'à la clavicule 11 entra à cette époque dans le service de M . Moissenet (huile de foie de morue, bains sulfureux, teinture d'iode); ces ganglites abcédèrent, et il en résulta des fistules qui se fermèrent avec difficulté.
En 1850 apparurent sur la joue gauche des boutons qui, après avoir persisté six à sept mois, blanchirent à leur sommetetdevinrent le point de départ d'un vaste ulcère.
Un bouton semblable se développa sur la paupière inférieure du même côté On le cautérisa à plusieurs reprises ; les tissus se rétractèrent, et en même temps la cicatrice qui se formait à la joue entraîna la paupière dans un eclropion complet. La conjonctive, renversée en dehors, est rouge injectée; il existe un épiphora continuel.
La paupière supérieure a été elle-même le siégede semblables lésions, mais qui ont guéri sans amener de difformité bien apparente.
En 1 853, le nez se prit à son tour ; puis ce fut l'œil droit et enfin la joue droite.
Cinq érysipèles de la face se sonl succédés depuis le début de ces lésions, et ils n'ont paru produire aucune amélioration notable.
Enfin, il faut ajouter que la jambe gauche, à son extrémité inférieure, est atteinte d'une lésion osseuse aujourd'hui en voie de guérison. Un séquestre a été extrait, qui comprenait une bonne partie de la malléole externe. *
Etat actuel. — La racine du nez, considérablement élargie, offre à peu près la môme étendue que la base ; elle semble occuper tout l'espace qui sépare les angles internes des deux yeux. Le lobe du nez est couvert d'une croûte brune qui en occupe tonte la surface, depuis la pointe jusqu'au niveau de la hauteur des ailes. Cette croûte semble se relier aveccellesqui sontdisséminées sur les joues, lesquelles se trouvent disposées en demi-cercles de chaque côté, et d'une manière à peu près symétrique. Les paupières sont dans l'état que nous avons décrit plus haut, en sorte que la face, dans son ensemble, offre un aspect des plus singuliers : elle est d'une teinte générale rouge lie de vin, et sur ce fond se détachent en saillie des croûtes brunes et jaunâtres, le tout surmonté par deux lambeaux écarlates constitués par la face interne ou muqueuse des paupières inférieures renversées.
Le jeudi 23 février, le malade est pris de frissons et de fièvre, avec céphalalgie. Un purgatif est ordonné; pas d'amélioration, appétit nul, sueurs la nuit. On lui donne un vomitif. Le 29, la fièvre a diminué, mais les urines présentent un dépôt calcaire abondant, et le malade accuse une douleur dans le côté droit. Un vésicatoire est appliqué, et la douleur disparaît quelques jours après. Il y a de la fatigue, de l'abattement. (Vin de quinquina, vin de Bagnols.) Tous ces phénomènes ont cessé vers le \ 5 mars.
11 sort le 22 août 1 856.
Son état général est satisfaisant ; la guérison de l'affection osseuse de la jambe est parfaite ; tout est cicatrisé à la face, mais les deux paupières inférieures sont renversées aussi complètement que possible ; le bord libre de la paupière inférieure gauche fait corps avec la joue, dont il ne se distingue , en réalité , que par la ligne d'implantation des cils.