OBSERVATION LXXVIII
Scrofule osseuse.
Carie de Vomoplale. — Phthisie scrofuleuse. — . Foie gras. — Albuminurie. (Observation recueillie et rédigée par M. Baudot, interne du service.)
Le nommé Delmasquelte, né à Paris, âgé de dix-huit ans, demeurant rue du Passage-du-Sud, 9, entra dans le service de M. Bazin le 1 2 décembre 1 860.
Ce jeune homme était âgé de trois ans lorsque sa mère mourut de phthisie pulmonaire. Quelques heures avant de mourir, elle était accouchée d'un enfant mort-né. Sa sœur, âgée de quatorze ans, eut souvent les yeux malades et entretient en ce moment un vésicatoire à la région lombaire.
Quant à lui, il eut des gourmes à la partie postérieure delà tête vers l'âge de huit à neuf ans, des ophthalmies d'intensité variable, à des intervalles qu'il ne saurait préciser, et dont la dernière, apparue en
I 859, laissa comme stigmate de son existence des taies sur la cornée.
II eut des adénites sous-maxillaires pour la guérison desquelles il passa cinq ans à l'hôpital de la rue de Sèvres ; il était âgé de neuf ans quand il en sortit. Il y a un an et demi, il entra à l'hôpital Sainte-Eugénie (service, de M. Marjolin) pour un abcès froid situé à la partie inférieure el postérieure du thorax, el peu de temps après sa sortie de l'hôpital, sur-
vint un abcès au niveau de l'intervalle qui sépare, d'une part, la troisième de la quatrième côte, et, d'autre part, le bord spinal de l'omoplate des vertèbres correspondantes. Cet abcès resta fistuleux depuis cette époque. On observe en effet une fistule au point que je viens d'indiquer. Enfin, il y a deux mois environ, commencent une toux intense et un amaigrissement qui n'ont pas discontinué depuis cette époque.
Etat actuel. — Ce jeune homme, doué d'une peau fine, a les cheveux noirs, les pommettes rouges; un air d'intelligence est empreint sur sa figure, mais il n'offre pas un développement physique en rapport avec son âge. Des cicatrices d'abcès ou d'écrouelles suppurées s'observent à la région sous-maxillaire, à la partie postérieure et inférieure du thorax. Les extrémités des doigts sont volumineuses et les ongles recourbés en baguettes de tambour. Les articulations des phalanges entre elles sont le siège d'une notable tuméfaction, que l'on observe d'ailleurs également aux genoux et au niveau de l'articulation tibio-tarsienne, et qui est due, en ces derniers points, à l'accumulation de liquide dans la cavité synoviale. Ce gonflement articulaire débuta vers le milieu du mois de décembre -1 860, et fut accompagné de douleurs violentes qui persistèrent pendant près de trois semaines. Il n'y eut pas de rougeurs à la surface des téguments.
Depuis six semaines à deux mois, des sueurs assez abondantes couvrent, pendant la nuit, la partie antérieure de la poitrine et la paume de ses rnains. Des alternatives de diarrhée et de constipation s'observent depuis quatre mois environ, et l'on a pu constater, pendant ces quinze derniers jours, un peu de fièvre le soir et la coloration rouge des pommettes. La langue est blanche et humide, l'appétit un peu diminué.
Un examen attentif des viscères démontre qu'il existe de la submatité dans la fosse sus-épineuse droite, et que le murmure respiratoire offre de la rudesse et même les caractères du souffle, avec une expiration prolongée; ce dernier phénomène est le seul que dénote l'auscultation du sommet du poumon gauche. La sonorité est normale dans tout le reste de l'étendue des poumons, et l'on constate seulement l'issue du pus à travers la fistule que j'ai signalée près du bord de l'omoplate pendant les mouvements expiratoires.
Les matières expectorées sont muco-purulentes.
Le foie forme, au niveau de l'hypochondre droit et surtout de la région épigastrique, une saillie appréciable à l'oeil nu, et la percussion démontre qu'il s'étend de la partie supérieure de la sixième côte à 3 centimètres au-dessous du rebord des fausses côtes d'une part (9 à 1 0 cen-
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timètres), et d'autre part dépasse l'appendice xiphoïdo à gauche. La pression et la percussion déterminent une douleur assez vive au niveau de la région épigastrique.
L'examen des urines décèle la présence d'une notable quantité d'albumine.
Scrofule osseuse.
Hypertrophie des os propres chinez. — Impétigo des ouvertures nasales. — Hypertrophie des amygdales.
Gisard (Henri), quatorze ans, peintre sur porcelaines, demeurant à Belleville, rue de Paris, 50, entré- dans le service le 1 4 septembre 1 850.
Le père de ce jeune malade a eu des croûtes dans le nez; sa mère est sujette à des céphalalgies habituelles. Il a une sœur de douze ans et demi bien portante.
Vers l'âge de sept ou huit ans, il fut atteint de gourmes, et, pour calmer les démangeaisons qu'il ressentait sur le cuir chevelu, il mit sa' tête sous un robinet d'eau froide.
L'impression que causa l'eau froide fut vive, et bientôt survinrent des douleurs dans les deux genoux, avec gonflement dans les articulations. Plus tard, il eut une conjonctivite, avec larmoiement, qui dura trois ,mois ; puisuneotorrhée intermittente, d'où suivit une surdité de l'oreille droite. Il prétend n'avoir jamais eu de maux dégorge. Ce n'est qu'il y a deux mois qu'a commencé le gonflement de la racine du nez.
Etat actuel. — Le malade est un sujet de médiocre constitution, à peau blanche, d'un tempérament lymphatique. La racine du nez est élargie et tuméfiée ; par le toucher, on sent que la tuméfaction est constituée par une hypertrophie du squelette du nez et par la pression sur les parties gonflées on fait naître un peu de douleur. II y a des croûtes épaisses, d'un jaune brunâtre, dans les deux narines, mais surtout dans la gauche. Enfin, les amygdales sont engorgées et contiguës à la luette.
Le pouls est lent et faible, la respiration égale. La poitrine, auscultée, ne laisse découvrir aucun bruit anormal. Les digestions sont faciles, les selles régulières; il n'y a pas d'albumine clans l'urine.
OliSKHVATIONS. ^29
Traitement.— Tisane de houblon, huile do morue et sirop de fer mélangés, bains sulfureux, pommade au calomel pour onctions sur les ouvertures nasales. Le malade suit ce traitement jusqu'au 29 novembre, époque à laquelle il quitte nos salles dans l'état le plus satisfaisant.
Scrofule osseuse.
Carie vertébrale, ■précédée de carie des orteils. — Abcès ossifluent. —
Guérison.
Fanny Sul , onze ans, demeurant à Belleville (Seine).
Le père et la mère de cette enfant jouissent d'une bonne santé; ses frères et sœur n'ont jamais éprouvé d'accidents scrofuleux. La jeune malade elle-même, bien que d'un tempérament essentiellement lymphatique et de constitution faible, n'a eu ni gourmes ni maux d'yeux dans sa première enfance; elle est pâle; sa peau est d'un blanc mat.
Il y a trois ans que, sans cause appréciable, un abcès se montra sur le gros orteil du côté droit, au niveau de l'articulation métatarso-phalangienne; cet abcès ne tarda pas à s'ouvrir, et fut bientôt suivi d'un autre abcès développé sur le même point du second orteil. Deux ans plus lard apparut, dans l'aine du même côté, un nouvel abcès dont l'ouverture spontanée fut suivie d'une courbure de la colonne dorsale et d'un sentiment de faiblesse dans les membres inférieurs.
Etat actuel. — Aujourd'hui 15 mai, on constate l'état suivant :
Sur le pied gauche, deux ouvertures fistuleuses par lesquelles s'échappe un pus noirâtre; le stylet, introduit par ces ouvertures, arrive facilement à l'os carié ; il existe une carie de la première phalange des deux premiers orteils.
Dans la région inguinale du même côté, ouverture fistuleuse étroite, par laquelle s'échappe un pus séreux et très fétide. A la partie inférieure du dos, la colonne épinière présente une saillie assez forte, dure, évidemment formée par les apophyses épineuses des vertèbres incurvées (gibbosité). La jeune malade est pâle, amaigrie, se soutient avec peine et ne marche qu'avec une extrême difficulté. L'appétit est capricieux ; il y a en général de l'inappétence. Le ventre est plutôt resserré que relâché.
Traitement. — Pendant six mois., la malade prend régulièrement
chaque jour de deux à quatre cuillerées d'huile de morue mélangée avec deux cuillerées de sirop d'iodure de fer, deux ou trois demi-tasses de tisane de houblon et quelques laxatifs de temps à autre.
On la soumet à un exercice modéré et proportionnel à ses forces ; elle prend deux bains sulfureux par semaine; on fait des injeclions iodées dans les trajets fistuleux. Le régime alimentaire est aussi tonique que possible : le chocolat et les viandes rouges en constituent la base.
Nous revoyons cette malade le 4 janvier 1 86 l et constatons une guérison complète : ouvertures Qstuleuses entièrement cicatrisées. La gibbosité persiste, mais la marche est facile et ne fatigue nullement la malade, qui est gaie, a pris un air de fraîcheur et acquis un embonpoint qu'elle n'avait jamais eu.
Scrofule viscérale.
Méningite scrofuleusti.
Hôpital Saint-Antoine, salle Saint-Antoine, 27.
Creton, dix-neuf ans, tanneur, grand, brun, entré le 2 avril 1847, avec une fièvre d'apparence rémittente, se plaignant de la tête et du ventre. Ses réponses sont justes, mais lentes. Il dit avoir fait précédemment un séjour de deux semaines dans un autre service du même hôpital, du 1 8 février au 3 mars, pour un état analogue, avoir traîné tout le mois de mars, où il s'est purgé abondamment.
On ne fit pas d'abord grande attention à ce malade, et comme il paraissait y avoir chez lui quelque chose d'intermittent, on ordonna le sulfate de quinine. On arriva ainsi au 10 avril sans que le malade présentât rien de particulier ; mais alors un phénomène nouveau vint attirer l'attention sur lui : ce fut la déviation de la langue à gauche. Les réponses sont toujours justes ; il accuse toujours de la douleur frontale. Les pupilles sont égales, mobiles, ainsi que les paupières ; la sensibilité et le mouvement n'ont subi aucune altération; il reste dans le décubitus dorsal, comme hébété; la peau est chaude, le pouls extrêmement fréquent pour un jeune homme de grande taille (124), un peu inégal. Tartre stibié, 20 centigrammes, qui ne procure aucune évacuation; mais le lendemain le malade se trouve mieux, la langue est moins déviée. Même état d'ailleurs.
OBSERVATIONS. OOl
13 avrii.— A parlé dans la journée ; le soir, ne dit plus rien, insensible à tout, laisse, dit la sœur, tomber le côté gauche, où la sensibilité paraît émoussée ; roideur du côté droit. Interrogé, ne souflle mot, regarde d'un air hébété. La pupille gauche est plus dilatée et moins mobile que la droite, qui est seulement un peu dilatée et parfaitement contractile. Rétention d'urine ; le cathétérisme est douloureux, l'urine contient beaucoup d'albumine. Pouls petit, inégal (132). Remue les deux bras; un peu de contracture du bras droit.
-13 avril. — Rigidité générale; pas de délire; on ne peut en tirer aucune parole Quand il boit, il paraît étrangler, reste toute la journée sans mouvement, les yeux hagards, tout grand ouverts, sans voir. Mort à onze heures du soir.
Durée probable de la maladie, deux mois environ. Autopsie. — Granulations tuberculeuses semi-transparentes, sousarachnoïdiennes, à la face inférieure des lobes cérébraux dans l'intervalle des circonvolutions, au confluent des vaisseaux, beaucoup plus nombreuses à droite, le long de la faux, dans les plexus choroïdes ; un petit abcès jaune, de la grandeur d'une lentille, entouré d'ecchymoses, sur le cervelet, près de l'origine du nerf acoustique , congestion générale des méninges, substance cérébrale, poisseuse, accumulation de liquide dans les ventricules. (Il est probable que les granulations choroïdiennes ont bouché l'aqueduc de Sylvius, d'où l'accumulation du liquide dans les ventricules, qui, jointe à la congestion méningée périphérique, a soumis le cerveau à une double compression, et entraîné la mort en trois jours.)
Dans la poitrine, tubercules très nombreux, sous-pleuraux, pulmonaires, les uns crus, les autres en suppuration ; congestion pulmonaire qui frise l'apoplexie.