OBSERVATION LXXXII
{Scrofule viscérale.
Méningite scrofuleuse.
Hôpital Saint-Antoine, salle Sainte-Thérèse, n° \ 0.
1er mars. — Julie Fessard, vingt-neuf ans, mariée, a eu deux enfants qui sont morts jeunes. Entrée le 28 février, apportée sur un brancard ; grande, maigre, ne donne que des renseignements incomplels, dit que
son mari est un coureur, qu'elle esl jalouse, que depuis longtemps elle souffre de l'estomac, que ses digestions se font mal. Le regard est fixe et quelque pou investigateur ; les réponses sont lentes : elle cherche longtemps avant de les faire; les pupilles sont extrêmement et également contractées; le pouls régulier, rare, à 60; langue sèche et rouge, sensibilité de la peau augmentée. Lorsqu'on la soulève pour examiner la poitrine, qui ne présente rien d'anormal, elle accuse une vive douleur dans le dos, une certaine rigidité existe dans les muscles du tronc. Constipation, absence de vomissements. Abandonnée à elle-même, elle est tranquille, ferme les yeux, paraît dormir.
2 mars. — L'huile de ricin a procuré une selle seulement ce matin. Interrogée, elle ne répond pas; mais je lui saisis la main et alors elle dit : v Ote-toi, tu as froid. » Pouls à 56, ventre un peu ballonné. Même état qu'hier. Abandonnée à elle-même, elle est tranquille, comme endormie. Il est évident qu'elle ne sort de cet état qu'à regret et s'y replonge aussitôt qu'elle est libre.
4 mars. — Elle va mal, fait son paquet; pupilles moins contractées, surtout à droite, où la paupière supérieure est abaissée sur l'œil. Des renseignements fournis par sa mère nous apprennent qu'elle était bien portante et grasse lorsque, cinq mois avant son entrée, elle eut une suppression des règles consécutive à un refroidissement, puis douleur à la cuisse et à la hanche ; digestions difficiles, quelquefois vomissements et enfin amaigrissement. Cinq jours avant son entrée, son mari, rentrant chez lui, l'avait trouvée folle, ayant tout étalé dans la chambre. Apportée sur un brancard, elle jetait des cris quand on la remuait et se tenait tranquille une fois couchée et immobile.
6 mars. — Toujours immobile, se soulevant fréquemment, ce qu'elle ne faisait pas jusqu'alors; a parlé un peu la nuit. Hoquet, respiration fréquente, pouls devenant de plus en plus fréquent (1 04), toujours régulier; exhale une odeur fétide. Langue sèche, paupière droite abaissée comme hier, moins close néanmoins , reste immobile sous l'aiguille ; pupille droite dilatée, à peu près immobile; pupille gauche mobile et contractée; la paupière gauche remue, se relève facilement et complètement.
7 mars. — Même état des yeux ; le pouls est toujours "parfaitement régulier, à 100. La malade est plus affaissée, ne boit pas, reste sur le côté gauche, où on l'a placée. (Elle a des excoriations au sacrum.) Elle gémit de temps à autre, a parfois du hoquet, dit sa voisine. M. Bazin, io fondant sur l'âge du sujet, la maigreur, la longue durée des acci-
dents qui ont précédé (cinq mois), annonce que la méningite est de nature tuberculeuse.
8 niars. Mort à trois heures du matin. Elle a crié toute la nuit
avant de mourir. — Durée de la maladie à partir de l'invasion de la méningite, treize jours.
Autopsie. Rougeur des méninges, plus intense à la convexité de
l'hémisphère gauche, avec granulations blanches, petites et nombreuses au confluent des vaisseaux; à la base, au milieu, membrane opaque, opaline, jaunâtre, épaissie, s 'étendant de la terminaison postérieure du sillon antérieur au pédoncule cérébral, et à droite et à gauche sur les lobes moyens, s'étendant plus loin à gauche qu'à droite, adhérant intimement à la substance cérébrale, dont on peut néanmoins la détacher sans déchirures. Cette membrane ainsi altérée se continue dans les scissures interlobaires à droite comme à gauche, dans la grande scissure hémisphérique; elle contourne le pédoncule du cervelet. Partout où existe la fausse membrane, la substance cérébrale est injectée. Liquide abondant dans les ventricules, dont la substance est chagrinée.
Masses tuberculeuses blanches ou jaunâtres, disséminées dans les diverses parties de l'encéphale, hémisphères et cervelet, enkystées, de grosseur inégale, les unes comme des pois, d'autres comme des noyaux de cerise.
Tubercules nombreux, non ramollis, disséminés dans le poumon, le foie, la rate, les reins.