OBSERVATION LXXXIII
Scrofule viscérale.
Deux bubons scrofuleux. — Arthralgies et rhumatalgies. — Albuminurie. Pleurésie bientôt suivie de périsplanchnite scrofuleuse.
Aatbourq, nègre, né à la Guadeloupe, domestique, entré à l'hôpital Saint-Louis le 1er mars 1 858, pavillon Saint-Matthieu, n° 1 00.
Antécédents de famille. — Père mort de fluxion de poitrine, mère, frères et sœurs bien portants.
Antécédents du malade. — A eu dans son pays, il y a plusieurs années déjà, des douleurs vagues dans les membres, qu'il attribuait aux vicissitudes atmosphériques de ces contrées et à des bains froids pris à diverses reprises pendant qu'il était en sueur, Il en ressentit quelques légères atteintes à Paris.
leçons sun la scrofule.
Il y a un an, il entre à l'hôpital du Midi, service de M. Puche, pour deux bubons dans les aines ; il affirme n'avoir eu antérieurement ni blennorrhagies ni chancres; mais, comme le gland ne se découvrait pas, il est possible que des chancres aient existé à l'insu du malade. Opération du phimosis, ouverture des bubons, pilules de Vallet pendant trois mois de séjour à l'hôpital.
Rentré chez son maître, où il habitait une chambre froide, il éprouvn de nouveau des douleurs plus vives la nuit que le jour, voyageant des membres supérieurs aux inférieurs, et se faisant parfois sentir dans la poitrine et dans le dos.
Il n'avait, à cette époque, ni croûtes dans les cheveux ni adénite cervicale.
Lors de son entrée, persistance des douleurs, qui ont pris depuis deux mois une acuité plus grande. Il ne dort pas, il ne peut se tenir sur les jambes; les deux genoux et le creux du jarret sont particulièrement douloureux. Il n'y a pas de gonflements articulaires, pas de crépitations, pas d'oedème; cependant les urines sont très chargées d'albumine.
La verge n'offre aucune induration ni cicatrices; les ganglions inguinaux sont restés indurés; au côté gauche du cou, depuis l'attache occipitale du trapèze, le long de son bord antérieur jusque dans le creux susclaviculaire, on trouve un chapelet de ganglions tuméfiés dont le plus gros aie volume d'une noix. La région latérale droite du cou n'offre rien de semblable.
Etat général. — Sommeil rare et interrompu par les douleurs; appétit bon, fonctions digestives régulières ; pas de céphalalgie; cœur normal; bronchite légère, avec oppression, toux fréquente, crachats muqueux ; pas de fièvre; albuminurie.
Traitement. — Liniment opiacé, bains de vapeur.
3 mars. — Épistaxis, fièvre.
1 0 mars. — Pleurésie à gauche. Vésicatoire.
20 mars. — Point de côté à droite, respiration gênée, obscurité du bruit respiratoire, submatité de toute la partie latérale du thorax.
21 mars. — Le malade respire mieux; sueurs nocturnes abondantes. 6 ventouses scarifiées.
23 mars. — Réapparition des douleurs, respiration anxieuse, toux fatigante. Deux vésicatoires au côté droit à quelques jours d'intervalle.
31 mars. — Retour, au côté gauche, des mêmes accidents. Nouveaux vésicatoires. Amélioration, excellent appétit.
5 avj-ii. — Encore quelques douleurs au côté droit, frottement
pleurétique. Le malade continue à tousser et à expectorer des crachats aérés bronchiques, avec quelques parties plus épaisses, jaunes, mêlées de quelques stries rougeàtres.
25 avril. — État général meilleur, bon appétit; au côté droit, toujours matité, bruit de frottement, expectoration toujours abondante, mais sans caractère spécial.
20 mai. — Épanctaement considérable à droite, respiration de plus en plus pénible, crachats muqueux abondants, striés de sang. On constate les mômes signes d'épanchement à gauche. Vésicatoires, julep émétisé.
24 mai. — Hémoptysie assez abondante, taches ecchymotiques sur le tronc, pouls irrégulier, fréquent, à peine sensible ; épistaxis continuelle; le sang tache à peine en rose les draps du lit ; asphyxie. Mort le 25 mai.
Autopsie. — Habitude extérieure. — Tout le corps, excepté le visage, est couvert de taches vineuses, surtout nombreuses aux membres inférieurs.
Si l'on dissèque le tissu cellulaire sous-cutané correspondant à ces taches, on trouve qu'il est infiltré d'un sang fluide encore très coloré.
Séreuses. — Plèvre. — À l'ouverture, la cavité pleurale apparaît pleine de sang mêlé de sérosité. Du côté droit, des traces de pleurésie récente. Dans le tissu cellulaire sous-pleural de la région diaphragmatique, on trouve çà et là quelques foyers contenant des caillots de sang. Entre les côtes et la plèvre costale, une très grande quantité de tubercules miliairesdu volume de la tête d'une épingle soulevant la séreuse.
Péricarde. — La séreuse péricardique porte quelques plaques blanchâtres, sur la face postérieure du cœur, traces d'ancienne péricardite. Dans l'épaisseur du feuillet fibreux du péricarde, on remarque de nombreuses granulations tuberculeuses du volume d'une tête d'épingle, les plus grosses comme une petite noisette.
Cœur. — Sain.
Péritoine diaphragmatique. — Infiltration confluente et granulations miliaires; adhérence extrêmement intime. Le décollement opéré, on voit une surface semée de tubercules, dont quelques -uns ont été séparés par la moitié, et semblent s'être développés aux dépens du foie, de la séreuse et même du diaphragme , ces trois organes se trouvant confondus.
Epiploon gastro-hépatique.— il offre, dans l'intervalle de ses feuillets, une masse considérable de tubercules, mêlés à une matière sanguino-
OA0 LEÇONS SUR LA SCI10FULI2.
lonto formant, sous la séreuse, un piqueté rouge foncé. L'épaisseur de l'épiploon est d'un travers de doigt en quelques points.
Le mésentère est criblé de granulations tuberculeuses dans toute son étendue.
Les ganglions mésentériques sont volumineux comme de petites olives, de couleur brunâtre à la loupe; ils ne contiennent pas de tubercules. La séreuse recouvrant l'appareil gastro-intestinal offre: <l°.à la surface de l'estomac de gros tubercules ; de plus, elle est colorée par quelques petits foyers sanguins, qui lui donnent un aspect chiné; 2° du côté de l'intestin grêle, mêmes granulations miliaires, même teinte brunâtre, l'infiltration sanguine seulement paraît plus profondément située qu'à la surface de l'estomac; 3° gros intestin, mêmes granulations, mêmes ecchymoses.
Péritoine pariétal. — Çà et là, piqueté ecchymotique, granulations très nombreuses, surtout dans le péritoine qui tapisse la cavité pelvienne et la face postérieure de la vessie.
Séreuse vaginale des testicules. — Point de tubercules , infiltration sanguine, que l'on observe également dans l'épaisseur du parenchyme du testicule droit.
Séreuses articulaires. — Rien.
Enveloppes du cerveau. — Rien dans la dure-mère. L'arachnoïde est légèrement opaque en quelques points; la pie-mère, au niveau du bulbe, l'arachnoïde ayant été préalablement enlevée, présente une couche pigmen taire assez épaisse qui donne à la surface du bulbe un aspect noirâtre.
Enveloppes de la moelle. — La pie-mère rachidienne offre le même aspect noirâtre dans toute la portion cervicale et la moitié supérieure de la région dorsale.
Viscères. — Poumon. — Plaques pigmentaires et noyaux pigmentaires très développés, pas de traces de tubercules ni de granulations dans l'épaisseur du parenchyme, mais infiltration sanguine dans la plèvre viscérale et dégénérescence tuberculeuse très abondante des ganglions médiastinaux et bronchiques. Quelques-uns de ces ganglions médiastinaux sont assez développés pour avoir déterminé l'absorption de la face interne du sternum, qui se trouve réduit, en quelques points, à une couche superficielle. Ces ganglions médiastinaux sont, les uns ramollis à leur centre, les autres encore crus et plus ou moins remplis de matière noirâtre.
Foie. — Volume normal, couvert à sa surface de granulations tuber-
OBSERVATIONS. ()^7 culeuses; mais il n'y en a aucune dans son épaisseur; couleur rouge
brun ; diffluence. .
Vésicule. - Presque vide. Bile jaune clair peu consistante.
Rein droit. Volume normal ; surface : traces ecchymotiques ; coupe: petits foyers nombreux dans la substance corticale.
Rein gauche.- Idem. Quelques petits points blanchâtres ayant leur base à la surface, en s'étendant dans l'épaisseur de la substance corticale, n'offrant pas d'apparence tuberculeuse; capsules surrénales normales.
Rale. Assez volumineuse, criblée à sa surface de tubercules qui pénètrent dans l'épaisseur du parenchyme et dans celle du diaphragme. A la surface du diaphragme, ces tubercules s'élèvent en mamelons blanchâtres. Coupe de la rate : la plus grande partie du parenchvme offre une dégénérescence tuberculeuse; la portion restée normale'offre une teinte brunâtre sanieuse. Du bord intérieur et supérieur de la rate part une masse tuberculeuse qui semble faire corps avec la rate, et qui en égale au moins le volume. De cette énorme masse tuberculeuse part une traînée tuberculeuse du volume du doigt, d'une longueur de 1 o à 20 centimètres, occupant tout l'épiploon gastrosplénique.
Ganglions prévertébraux de la cavité abdominale extrêmement développés, embrassant l'aorte, à laquelle ils adhèrent ; plusieurs d'entre eux se sont réunis en une même masse ayant la forme du rein et les deux tiers de son volume, A l'incision, il s'échappe d'une petite cavité contenue dans cette masse un liquide séreux.
Pancréas. — Paraît normal ; il est très développé; sa consistance
est dure et fibreuse.
Cornac. —Face interne présente ça et là quelques taches ecchymotiques, qui sont en quelques points confluentes et forment des plaques. Quelques granulations tuberculeuses sont logées dans l'épaisseur de l'intestin, mais aucune ulcération à leur surface. La dernière portion de l'intestin grêle n'offre pas de taches ecchymotiques.
Gros intestin. — Mêmes ecchymoses, même absence d'ulcérations.
Os. — Les cellules sont infiltrées de sang, surtout au niveau des épiphyses.
Leçons sur La scrofule.