OBSERVATION LXXXIV
Scrofule viscérale.
Phthisie scrofuleuse, précédée d'ophllialmie, de scrofulide maligne da la face et d'engorgements ganglionnaires généralisés.
Hôpital Saint-Louis, salle Sainte-Foy, n° 35.
Victorine Madran, vingt ans, entrée le 11 mars 1858.
Antécédents. — Elle n'a pas connu son père. Sa mère est morte il y a quatre ans d'une phthisie pulmonaire.
La malade dit n'avoir jamais eu de gourmes; elle a eu des ophlhalmies, et, à un âge qu'elle ne peut préciser, les ganglions du cou ont commencé à s'engorger. A douze ans, elle a vu se développer sur le nez de gros boutons rouges qui se sont couverts de croûtes jaunâtres, et en même temps les joues aussi ont commencé à rougir sans présenter des boutons semblables, mais se sont également recouvertes de croûtes.
Sujette à une toux revenant fréquemment dans les saisons froides et humides, elle tousse d'une manière continue depuis sept mois, et, depuis ce temps, elle a des sueurs et de la diarrhée. Elle a beaucoup maigri.
Actuellement elle présente l'état suivant : les deux ailes du nez sont frappées d'une perte de substance assez marquée ; le nez et les joues présentent un aspect cicatriciel consécutif à la cicatrisation de la scrofulide maligne; partout le système ganglionnaire engorgé forme, au cou, dans l'aisselle, dans l'aine, de petites tumeurs qui roulent sous le doigt.
La percussion et l'auscultation révèlent des excavations dans les deux poumons. Fièvre intense, avec redoublements le soir; sueurs la nuit, diarrhée colliquative. Les urines contiennent une quantité notable d'albumine. Amaigrissement considérable.
Le traitement institué : huile de morue, pilules d'opium, diascordium, etc., ne peut lutter contre le progrès de la maladie, à laquelle cette jeune fille succombe le 30 mars.
Autopsie le 2 avril. — Les deux poumons adhérents partout sont criblés de tubercules ramollis; leur sommet est creusé de nombreuses anfractuosités.
Le foie est hypertrophié, dur, jaune, et graisse manifestement le
"teTreins sont augmentés de volume; ils ne P^eotent^grwoljtions ni au-dessous dé leur membrane externe, qi dans 1 épaisseur de ÏÏTtoal 1 ont une coloration jaunâtre, avec atrophie de la substance tubuleuse.
Scrofule viscérale
Phlhisie abdominale. - Tumeur tuberculeuse dans l'épiploon de la fosse iliaque droite, avec ulcérations de l'intestin grêle correspondant. - Tubercules disséminés dans le péritoine et dans les deux poumons.
Bourrelier, trente-quatre ans, maçon, entré à l'hôpital Saint-Antoine le 4 8 janvier 1847, mort le 1" août. Durée du séjour, six mois et treize jours Durée probable de la maladie, dix mois.
Ce malade dit avoir souffert de privations, être enrhumé depuis trois mois après avoir été mouillé en travaillant au canal. Il est alité depuis quelques jours, à cause de fièvre et de diarrhée. (Nous apprenons que son père est mort à quarante-cinq ans d'état typhoïde consécutif à fluxion de poitrine. Sa mère est morte à cinquante ans de fièvre typhoïde. Il a cinq frères ou sœurs et un petit garçon bien portants. 11 a eu, en 4 844 une fièvre typhoïde qui a duré trois mois.)
A son entrée, on constate : peau chaude, fièvre, langue blanche, absence d'appétit, diarrhée, sans céphalalgie, sans épistaxis, sans bourdonnements d'oreilles ; toux fréquente, avec douleur derrière le sternum ; crachats muqueux. A l'auscultation, des deux côtés, râle muqueux, surtout à gauche, absence de matité, rien au cœur.
Du 18 janvier au 4 février, même état, toujours fièvre et diarrhée variant seulement du plus au moins ; affaiblissement.
Le 4 février, on examine avec soin les matières diarrhéiques ; elles sont liquides et laissent surnager quelques grumeaux d'une matière blanchâtre, solide, molle, et qui, au microscope, paraît formée par de la graisse sans vésicules, soluble dans l'éiher.
Du 5 au 15, on ne trouve plus cette matière graisseuse. 47 février. — Toujours diarrhée, quelques craquements en haut et à droite. Le faciès est toujours d'un gris jaunâtre et profondément altéré.
23 février. — Diarrhée avec coliques, une selle sanglante. On constate, dans la région iliaque droite et profondément, une petite tumeur qui n'est perceptible au toucher que par une pression forte et rapide; on perçoit alors quelque chose de roulant et comme une sensation de flot.
Du 24 février au 24 mars, toujours diarrhée et fièvre, selles tantôt consistantes, tantôt simplement diarrhéiques, plus ou moins fréquentes; mais l'affaiblissement et l'altération du faciès vont en augmentant. La tumeur de la fosse iliaque a considérablement diminué (le malade prend de la ciguë depuis un mois), elle est perçue comme une petite boule dure, un peu roulante.
Même état jusqu'à la fin de mai, où le malade, ennuyé d'un séjour de plus de quatre mois à l'hôpital, sort et rentre au bout de douze jours, plus amaigri, ayant toujours de la diarrhée et sa tumeur dans la fosse iliaque. La percussion et l'auscultation donnent à droite, en arrière, malité générale; là aussi râle sous-crépitant, craquements au sommet, gargouillement obscur ; en avant et en haut, respiration rude, soufflante, sans ampleur. Pouls à 96.
Même état, qui va en s'aggravant, jusqu'au 26 juin, où on s'arrête à ce diagnostic : tubercules dans le.ventreel dans la poitrine. Cet état conduit au marasme, dans lequel le malade s'éteint le 1er août.
Autopsie. — Tumeur tuberculeuse de la grosseur d'une noix verte dans l'épiploon de la fosse iliaque droite; tubercules disséminés dans le péritoine; ulcérations d'origine tuberculeuse dans l'intestin grêle; poumon droit creusé par une caverne pouvant contenir une pêche; ailleurs et à gauche, tubercules sans cavernes.
OBSERVATION LXXXVï.
Scrofule viscérale.
Carreau avec tumeur simulant une hypertrophie de Id rate.
Hôpital Saint-Antoine, salle Saint-Antoine, n° 4.
Le 1 5 mai 1 847 a été reçu un jeune garçon de dix-neuf ans, d'une intelligence peu développée, qui ne donne sur son état antérieur que des renseignements incomplets. Il a, dit-il, depuis longtemps du malaise, perte d'appétit, digestions difficiles, parfois de la diarrhée. Il a beaucoup
maigri ; il a des accès de fièvre chaque jour, commençant le soir et se terminant le malin par de la sueur.
On constate dans la région splénique de la matité dans une grande étendue, et arrivant jusqu'à l'estomac.
Diagnostic. — Fièvre intermittente, hypertrophie de la rate.
Traitement. — Sulfate de quinine qui, continué pendant plusieurs jours, paraît suspendre les accès et diminuer la matité. Mais bientôt on s'aperçoit que ce mieux n'est qu'apparent : la fièvre reparaît, et en même temps il survient de la diarrhée et un commencement d'ascile. On examine alors avec plus d'attention la région où siège la matité, et, en pressant fortement et dans tous les sens, on trouve qu'à la matité correspond une tumeur dure, bosselée, qui évidemment ne peut être une rate hypertrophiée, et que M. Bazin déclare être une masse tuberculeuse épiploïque. La diarrhée persiste , l'ascite augmente. Vomissements fréquents, dilatation gazeuze de l'estomac. Mort le I 4 juin .
Autopsie. — Abdomen. — Quantité considérable de sérosité transparente, sans flocons albumineux dans le péritoine. Il n'y a pas de péritonite. Masse indurée, bosselée, d'un blanc grisâtre, parsemée ça et là de points mélaniques, étendue au-devant de la colonne vertébrale, depuis le diaphragme jusqu'à l'angle sacro-vertébral, plus étalée et plus saillante en bas qu'en haut, où, au-devant d'elle, reposent l'estomac et le côlon transverse. Sur les côtés et en bas sont appendus les intestins, qui sont un peu atrophiés et généralement grisâtres. La rate a conservé son volume normal. Le foie est atrophié.
Fendue: cette tumeur paraît constituée par l'enveloppe mésentérique, remplie par des tubercules gros comme des châtaignes, les uns plâtreux, beaucoup en suppuration jaune verdâtre ou crémeuse.
Il y a aussi de nombreux et gros tubercules sur tout le trajet des bronches; infiltration tuberculeuse des deux poumons: adhérences pleurétiques.
Le principal intérêt de cette observation consiste dans la m atité de la région splénique, simulant une hypertrophie de la rate.
LEÇONS SUlt LA SCHOFULlî.