SCR0FUL1DES MALIGNES
sans cicatrices; il n'en est pas de môme des scrofulidcs profondes, qui laissent après elles des cicatrices enfoncées, bridées, irrégulières, qui souvent deviennent le siège d'indurations fibro-plastiques ou kéloïdiennes.
Considérations historiques sur les scrofulides malignes. Lu scrofule cutanée profonde a, de tout temps, fixé l'attention des observateurs. Les Grecs l'ont appelée EpTojç saQtopcvoç et les Latins herpès exedens ou lupus ; c'est encore par ces deux expressions qu'on la désigne aujourd'hui : esthiomène ou lupus.
Le mot lupus, longtemps abandonné, complètement tombé dans l'oubli, a été repris par Paracelse, qui a fait connaître la variété la plus grave de cette affection sous le nom de lupus vorax. Willan, Bateman et Samuel Plumbe ont conservé, dans leurs ouvrages, le même mot, qui a aussi été adopté parle plus grand nombre des dermatographes français.
Alibert, dans son premier ouvrage sur les maladies de la peau, avait, à l'exemple de Mercuriali, désigné le lupus sous la dénomination assez impropre de dartre rongeante, expression sous laquelle M. Gibert , dans son Traité spécial des maladies de la peau, comprend toutes les variétés de lupus.
Alibert et M. Gibert, avant eux, Mercuriali, avaient avancé que, dans les deux tiers des cas, le lupus est d'origine scrofuleuse ; mais si le lupus est d'origine scrofuleuse, ce n'est donc pas une dartre. Comment se fait-il qu'Alibert ait pu le laisser Bgqrer dans ses dermatoses dartreuses? Il est vrai que, plus tard, il en fit un genre à part sous le nom d' esthiomène, et non une espèce du genre herpès; mais ne valait-il pas mieux encore en renvoyer la description à la famille des dermatoses strumcuses?
Quoi qu'il en soit, Alibert admettait trois sortes de lupus : le scrofuleux, qui comprenait les deux tiers des cas de lupus ; le syphilitique, qui n'est qu'une des formes de la syphilide tuberculeuse, et l'idiopathique, que beaucoup d'auteurs reconnaissent encore aujourd'hui, espèce rare qui renferme le petit nombre de cas de lupus où l'on ne trouve, ni dans l'état actuel ni dans l'état antérieur du malade, dont la constitution est d'ailleurs irréprochable, aucun autre accident de nature scrofuleuse.
Les Willanistes, qui n'ont pas été avares de divisions pour les formes de la scrofule cutanée bénigne, ont au contraire confondu, sous la dénomination vague et insignifiante de lupus, presque toutes les formes ulcératives de la scrofule cutanée profonde.
Biett, tenant compte surtout de la marche du lupus, de son mode particulier d'accroissement, avait admis trois variétés, selon qu'il s'accompagne de l'hypertrophie des parties qui en sont le siège, selon qu'il s'étend en surface ou qu'il creuse en profondeur. Généralement, cette division du lupus a été conservée, non-seulement par les élèves de Biett, mais encore par tous ceux qui, depuis lui, ont écrit sur cette affection. M. Rayer paraît être le premier qui ait distingué le lupus delà scrofule cutanée tuberculeuse. 11 a été imité par M. Baumès (de Lyon), qui a adopté complètement les idées de M. Rayer, et s'est conformé de tous points aux divisions établies par le dermatographe de Paris. D'ailleurs, MM. Rayer et Baumès confondent, sous le nom de scrofule cutanée, la scrofulide pustuleuse maligne et les abcès dermiques ; ils reconnaissent, comme leurs devanciers, un lupus idiopathique.
Dans les dernières monographies qui ont paru sur la scro-
SCROFULIDES MALIGNES. 209
fuie, dans le livre fort estimé de Baudelocque, dans l'ouvrage si remarquable de M. Milcent, on voit figurer le lupus comme affection propre de la scrofule. M. Milcent rejette le lupus idiopathique.
Vous pouvez lire, dans le Compendium de médecine de MM. Monneret et Fleury, un bon article sur le lupus. L'auteur de l'article admet un lupus ulcéreux et un lupus non ulcéreux. Le premier détruit en surface ou en profondeur.
Dans cet article, M. Fleury paraît tenté de rattacher le lupus exclusivement à la scrofule ; mais il a consulté M. Cazenave, et ce dernier lui a assuré qu'il avait rencontré des cas de lupus idiopathique chez des sujets qui ne présentaient aucun des traits de la constitution écrouelleuse. L'autorité de M. Cazenave, en pareille matière, oblige le docteur Fleury à reconnaître l'existence d'un lupus idiopathique.
M. Devergie {Traité pratique des maladies de la peau, lr0 édition) n'admet pas de lupus idiopathique; cette affection, pour lui, est toujours scrofuleuse. Sa division du lupus est celle de M. Fleury, avec cette différence que, pour lui, le lupus tuberculeux, comme le lupus ulcéreux, peut être térébvant ou serpigineux.
Enfin, M. Hardy professe, sur la nature du lupus, la même opinion que Baudelocque, MM. Milcent et Devergie. Adoptant l'expression', scrofulide, que nous avions substituée depuis longtemps (1) à celle de lupus ou dartre rongeante, il reconnaît six variétés différentes de cette affection :
(1) Voir notre mémoire sur l'acné varioliforme (Journal des conn. mcd. prat., 1851).
1° scrofulide pustuleuse, 2° tuberculeuse, 3° verruqueuse, h° énjthémateuse, 5° phlegmoneuse, 6° cornée (1).
Comme on le voit, l'expression scrofulide n'a été appliquée par M. Hardy qu'aux différentes variétés de lupus et aux abcès dermiques. Il n'est ici nullement question d'affections eczémateuses ou lichénoïdes ; c'est que notre collègue n'admet pas l'origine scrofuleuse des affections cutanées que nous avons désignées sous le nom de scrofulides bénignes. Pour lui, tout eczéma, tout lichen est une dartre; mais, comme je l'ai déjà dit, la conversion in situ des scrofulides bénignes en scrofulides malignes démontre clairement la nature identique de ces deux ordres d'affections.
D'un autre côté, M. Hardy se trompe lorsqu'il prétend avoir appelé le premier l'attention des observateurs sur les abcès dermiques. Ces petites tumeurs n'avaient point échappé aux auteurs qui ont décrit avec soin toutes les affections scrofuleuses (2) de la peau et du tissu cellulaire sous-cutané ; seulement M. . Hardy est, je crois, le premier qui en ait fait une variété particulière de scrofulide ; mais l'abcès dermique est, comme l'engorgement ganglionnaire, un accident de transition; il n'appartient ni à la première ni à la seconde période de la scrofule. Sa place naturelle est à côté des engorgements ganglionnaires, dans l'histoire symptomatologique de la scrofule.
Quant à la scrofulide verruqueuse, elle ne me paraît être
(1) Des scrofulides, par M. Hardy, médecin de l'hôpital Saint-Louis (Moniteur des hôpitaux, 1855; Leçons sur les maladies de la peau, 1858, p. 123 etsuiv.).
(2) Voir Compendium de médecine, par MM. Monncret et Fleury, t. VII, p. 523 ; Rayer, Traité théorique et pratique des maladies de la peau, 1" ddit., t. 1, p. 130.