SCR0PUL1DES MALIGNES
qu'une scrofulide granulo-tuberculeuse à la période ulcérative. La scrofulide cornée n'est autre chose qu'une variété d'acné sébacée.
Je résume les opinions divergentes des auteurs sur la nature du lupus.
Pour les uns, MM. Rayer, Baumès (de Lyon), Gibert, Cazenave, etc., le lupus est une affection de la peau, se rattachant à la scrofule dans un très grand nombre de cas, prise, d'autres fois, pour une syphilide tuberculo-crustacée ulcéreuse, et constituant, dans quelques circonstances, une maladie idiopathique, parce qu'elle survient chez des sujets qui n'ont pas d'autre affection scrofuleuse, et ne présentent aucunement les traits de la constitution écrouelleuse.
Pour les autres, M. Devergie, par exemple, le lupus est dans tous les cas, une affection scrofuleuse, parce que les sujets qui n'offrent pas la constitution strumeuse et n'ont pas actuellement avec le lupus, dont ils sont atteints, d'autres affections scrofuleuses, en ont eu antécédemment, ou bien qu'ils sont nés de parents scrofuleux, ou enfin qu'il y a de la scrofule dans la famille.
Telles sont les opinions dissidentes des auteurs touchant la nature du lupus; il me reste à vous faire connaître l'opinion que je professe moi-même sur cette importante question.
Le lupus est-il une affection propre, est-il une affection commune? — Ainsi posée, la question est difficile à résoudre.
Si, sous le nom de lupus, on confond toutes les scrofu-
lides malignes, le rupia, X impétigo rodens, etc., — je dirai
non, le lupus n'est point une affection exclusivement propre
à la scrofule ; il y a un rupia syphilitique et un rupia scrofuleux.
Mais, bien que la confusion existe chez les auteurs, quant au nom, qui, pour eux, embrasse toutes les formes de la scrofule cutanée profonde, elle n'existe plus pour l'affection qu'il s'agit de séparer comme maladie idiopathique; c'est bien le lupus fibro-plastique, tuberculeux ou érythémateux, ulcéreux ou non ulcéreux, qui se trouve ici en cause.
Eh bien, j'admets que, dans ces cas, le lupus est une affection constamment scrofuleuse ; est-ce à dire que, pour cela, je révoque en doute les faits de lupus idiopathique qui ont été rapportés par M. Cazenave et par d'autres? Nullement. J'ai, dernièrement encore, observé deux cas de lupus vorax, tous deux terminés par la mort, où, à l'autopsie, je n'ai absolument rien trouvé, à part les lésions propres au lupus, qui pût me faire croire à une identité de nature avec les autres affections scrofuleuses, ni tubercules dans les glandes, ni tubercules dans les poumons, ni foie gras, ni reins anémiés.
Vous me demanderez sans doute pourquoi je ne m'appuie pas sur ces deux faits pour admettre aussi l'existence d'un lupus idiopathique. Ma réponse est facile. Tous les lupus fibro-plastiques ont des caractères absolument identiques, et, de cette identité de caractères dans l'espèce, on est forcé de conclure à l'identité de nature.
En définitive, le lupus idiopathique des auteurs n'est autre chose qu'une des formes de la scrofule fixe primitive. Je passe à la description des scrofulides malignes. Partie nosograpïaiquc. — Je divise les scrofulides malignes, comme les scrofulides bénignes, en trois groupes de phénomènes éruptifs. Le premier groupe renferme celles où il semble qu'il n'y ait que de l'érythème sur les parties affectées; le second groupe comprend toutes les scrofulides
SCROFULIDISS MALIGNES ÉRYTHÉMAT EUSES . 213
qui se distinguent par des saillies cutanées, et le troisième toutes celles où la suppuration sanieuse. est le phénomène prédominant. Je donne au premier groupe le nom de scrofulide érythémateuse, au second celui de scrofulide tuberculeuse, et au troisième celui de scrofulide crustacée-ulcéreuse<
S *« — Scrofulide érythémateuse.
J'en distinguerai deux variétés.
a. Lupus érythémateux. — Vous en avez un remarquable exemple dans le n° 110 ; c'est un beau type de lupus érythémateux delg, figure. Cette affection est évidemment plus rare que le lupus tuberculeux. On constate à la peau une simple rougeur congestive, érythémateuse, qui disparaîtpar la pression du doigt et reparaît dès qu'on vient à cesser la compression. La rougeur est permanente, fixe. Lorsqu'elle vient à disparaître, elle laisse après elle une cicatrice semblable à celle de la brûlure au troisième degré, et cependant l'épidémie n'a pas été détruit. Le travail ulcératif s'est accompli sans que la peau soit entamée ; il semble que les couches superficielles du derme aient peu à peu disparu, par suite d'un travail d'exfoliation épidermique ou d'absorption interstitielle.
La rougeur, dans le lupus érythémateux, est plus ou moins vive et quelquefois tout à fait analogue à celle de Pérysipèle, d'autres fois plus livide ou jaunâtre; elle varie d'ailleurs selon les conditions dans lesquelles se trouve le malade. Toutes les causes excitantes, toutes celles qui appellent le sang vers la téte, les émotions, les rayons calorifiques, l'insolation, les rhumes de cerveau, etc., augmentent momentanément la rougeur.
24 A DE LA SCROFULE TÉGUMENTAH'. i . .
Les surfaces malades, ou sont de niveau avec la peau environnante, ou paraissent légèrement tuméfiées, turgescentes ; elles sont déprimées après guérison, lorsqu'il ne reste ' lus que le fond cicatriciel.
Le lupus érythémateux n'est pas douloureux, ou offre une légère sensibilité à la pression. Le doigt, promené sur les surfaces malades, perçoit un peu d'induration ; quelquefois on sent çà et là de petites granulations. Dans un cas, j'ai pu examiner au microscope ces granulations, que j'ai trouvées complètement formées de tissu fibro-plastique.
La scrofulide érythémateuse a son siège presque constamment à la face, sur le front, sur les tempes et quelquefois aussi sur le cuir chevelu. Le n° 110 porte aussi du lupus érythémateux sur la face dorsale de la main et des doigts.
Quand le lupus érythémateux s'est montré par places sur le cuir chevelu, il laisse, après guérison, des plaques dénudées et quelquefois déprimées, blanches, qui pourraient faire croire, si l'on n'était prévenu, à l'existence antérieure d'un favus ou d'une teigne achromateuse.
Les plaques de lupus érythémateux sont assez ordinairement arrondies, ovalaires, plus ou moins allongées, uniques ou multipliées. Au bout d'un certain temps, elles peuvent se réunir, et le lupus couvre alors la plus grande partie de la face. Cette affection peut aussi se propager aux membranes muqueuses. Sur le n° 110, elle s'est étendue sur la muqueuse de la lèvre inférieure.
Enfin, la rougeur commence quelquefois par un point qui s'exfolie et se transforme en cicatrice, pendant qu'à la circonférence de la cicatrice apparaît une rougeur circulaire qui annonce les progrès du mal du centre à la circonférence. C'est ce que Biett avait désigné sous le nom Xéry thème cen-
SCROFULIDES MALIGNES ÉRYTHÉMA.TE USES. 215
trifuge. Nous avons eu" longtemps dans le service un malade affecté d'un érythème centrifuge, ayant pour siège l'arcade orbi taire externe.
b. Lupus acnéique. — M. Devergie a décrit cette affection sous le nom d'herpès crétacé du bout du nez. C'est une affection des glandes sébacées tout à fait spéciale, entourée d'une rougeur herpétique qui s'avance de plus en plus sur les parties saines au fur et à mesure que le mal fait des progrès. Le produit spécial blanchâtre et comme crayeux qui s'observe sur les surfaces malades, et qui a fait donner le nom d'herpès crétacé à cette maladie, est un mélange d'épiderme et de matière sébacée plus ou moins altérés. Quand cette affection est guérie, on voit les parties du nez qui en ont été le siège couvertes de petites dépressions semi-circulaires, cicatricielles, qui correspondent aux ouvertures des cryptes sébacées.
Par sa forme, sa marche, sa ténacité, cette affection se trouve très bien placée à côté de l'érythème centrifuge.
$ S. — Scrofnlldc tuberculeuse.
Elle nous offre à étudier trois formes distinctes : le lupus tuberculeux, la scrofulide tuberculeuse inflammatoire, une variété rare du molluscum des auteurs.
a. Lupus tuberculeux. — C'est une scrofulide maligne, essentiellement caractérisée par le tubercule fibro-plastique. Elle n'a aucune tendance naturelle à s'ulcérer, et si fréquemment on observe des ulcérations plus ou moins superficielles à la surface des tubercules, cela lient surtout aux applications répétées des caustiques sur les parties affectées.
J'établis deux variétés de lupus tuberculeux : 1" le lupus
tuberculeux simple ; 2° le lupus tuberculeux avec hypertrophie.
1° Forme tuberculeuse simple. — Elle peut siéger purtout, mais on la remarque aussi plus fréquemment sur la face, puis sur le menton, le cou, le tronc et les membres, sur les parties sexuelles. On peut l'observer tout à la fois sur la face et sur d'autres régions. Dans quelques circonstances plus rares, le lupus tuberculeux est généralisé ; on J'observe simultanément sur le cou , sur le tronc et les membres.
L'évolution et la disposition des tubercules méritent de nous arrêter un instant.
Le tubercule est quelquefois unique, situé sur le milieu de la joue par exemple [lupus solitarius). Mais le plus souvent les éléments tuberculeux sont multiples, disposés par groupes, affectant des formes tantôt régulières, tantôt irrégulières. Toutes les dispositions du psoriasis et de l'herpès vous seront offertes par le lupus tuberculeux. Ici, vous trouverez les tubercules du lupus disposés en arcs de cercles, en demi-lunes ; plus loin, en bandes ou en anneaux. Vous avez vu, dans le service, un jeune sujet dont le tronc et les membres sont couverts de ces plaques circulaires, complètes ou incomplètes. Elles en ont imposé bien souvent aux personnes qui le voyaient pour la première fois, en leur donnant l'idée que cette affection devait être un psoriasis circinata.
Le volume des saillies que forment les tubercules du lupus est très variable, depuis le grain de mil jusqu'à la grosseur d'une petite cerise. Au début, ce ne paraît être qu'une papille cutanée, légèrement hypertrophiée, et bientôt il a acquis le volume d'un petit pois.
Quanta la couleur, elle est parfaitement tranchée. 11 faut
SCROFULIDES MALIGNES TUBERCULEUSES. 217
en tenir compte, car ce caractère a bien son importance dans le diagnostic. Généralement le tubercule du lupus est demitransparent, rougeàtre, d'un rouge livide ou jaunâtre, couleur sucre d'orge.
Les tubercules sont rapprochés ou écartés, et en nombre très variable. Ils sont indolents ou très légèrement sensibles à la pression. Ils donnent au doigt qui les touche une sensation de rénitence élastique, bien caractérisée et tout à fait différente de celle des tubercules inflammatoires de la scrofule cutanée.
Le lupus tuberculeux a une marche ordinairement lente. Quand le tubercule a acquis un certain volume, il reste stationnaire : tout le travail morbide se borne souvent, pendant un temps très long, à une simple exfoliation épidermique qui s'opère à sa surface.
Il s'étend en surface de deux manières, par de nouvelles poussées tuberculeuses, de nouveaux groupes qui s'ajoutent aux premiers et en sont plus ou moins distants, ou bien à la manière de l'herpès tonsurant, par des bourrelets tuberculeux circonférentiels, de plus en plus éloignés du centre, ordinairement incomplets, qui apparaissent dès que ceux du centre se sont affaissés, ont disparu et laissé à leur place un tissu cicatriciel analogue à celui de la brûlure au troisième degré.
2° Forme tuberculeuse hypertrophique . — On la remarque de préférence encore sur la face ; mais on la voit aussi sur les membres, les bras et les jambes, et sur les organes sexuels de l'homme et de la femme.
Dans cette forme, la face acquiert un volume monstrueux, qui lui a fait donner le nom de leontiasis ; les jambes ont le volume et la forme de la jambe des barbades. L'hypertrophie
des organes sexuels est telle aussi, qu'elle en impose tout d'abord pour un éléphantiasis de ces parties.
A la face, les traits disparaissent, les joues forment deux masses flasques et pendantes, donnant au doigt qui les presse une sensation d'empâtement ou mieux de rénitence élastique analogue à celle que donne la pression des tubercules du lupus. Les paupières sont énormément tuméfiées, et les yeux, semblant relégués au fond des orbites, s'aperçoivent à peine. L'ouverture de la bouche semble rétrécie par l'intumescence énorme des lèvres. Les oreilles ont un volume double de celui qu'elles présentent à l'état normal.
Sur les membres et sur les organes sexuels de l'un et de l'autre sexe, le lupus hypertrophique n'est pas moins remarquable.
Non-seulement le volume des membres, du bras ou de la jambe, est double ou triple, mais encore tous les éléments constitutifs delà peau sont hypertrophiés; les papilles cutanées sont saillantes et grosses quelquefois comme des grains de chènevis ou des petits-pois. La peau ressemble parfois à une peau de chagrin. C'est sur les limites des parties hypertrophiées que l'on voit des traînées de tubercules exfoliés ou couverts, à leur sommet, d'une croûte épaisse, noirâtre.
La verge peut aussi acquérir, dans les cas de lupus
hypertrophique, un volume double ou triple de celui qu'elle présente à l'état normal. Ce qu'il y a de plus remarquable dans ces cas, c'est l'hypertrophie des glandes sébacées sur ces parties et des follicules pileux du scrotum. Le dessin que j'ai l'honneur de faire passer sous vos yeux est celui d'un malade atteint d'un lupus hypertrophique du pénis et des bourses, qui est resté longtemps dans notre service. Chez lui, à ce qu'il paraît, les fonctions génératrices s' accomplis-
SCROFULIDES MALIGNES TUBERCULEUSES. 219
saient tout aussi bien que dans l'état normal, et le volume énorme de la verge n'apportait aucun obstacle à l'acte de la copulation.
Chez la femme affectée de lupus hypertrophique des parties sexuelles, on trouve les grandes lèvres et les petites lèvres énormément tuméfiées, formant des masses pendantes qui rappellent, jusqu'à un certain point» le tablier des Hottentotes. Les caroncules peuvent acquérir le volume des cerises ou de petites prunes.
Le lupus tuberculeux a généralement une marche fort lente. On le voit souvent persister pendant de longues années par des éruptions successives de nouveaux tubercules.
Individuellement, chaque tubercule peut se terminer: 1° par l'ulcération, qu'il ne faut pas confondre avec l'ulcère de la scrofulide ulcéreuse proprement dite; 2° par l'exfoliation : le tubercule disparaît et laisse à sa place une cicatrice analogue à celle de la brûlure; 3° par résorption : le tubercule s'affaisse, se flétrit, se décolore et disparaît au bout d'un temps variable. L'extension progressive des tubercules a lieu, dans cette forme comme dans la précédente, par l'addition successive de nouveaux groupes tuberculeux ou par des bourrelets de plus en plus éloignés du centre, à la manière de l'herpès tonsurant.
b. Scrofulide tuberculeuse inflammatoire. — Cette affection n'est pas commune ; elle peut occuper toutes les régions du corps, et se présente ordinairement sous forme de plaques constituées par des tubercules réunis en groupes, tubercules opaques, rouges, indurés, peu sensibles à la pression, quelquefois purulents ou croùteux à leur sommet.
c. Molluscum. — Le molluscum de Bateman comprend des affections très différentes et de siège et de structure. J'ai
moi-même séparé de ce groupe l'acné varioliforme, dont la place naturelle est à côté des autres variétés de l'acné. Celui dont je veux parler en ce moment est constitué par une véritable tuberculisation du derme. C'est une affection très rare, dont je n'ai observé qu'un exemple depuis que je suis médecin de l'hôpital Saint-Louis. Elle consiste en une éruption de petites tumeurs variables en volume, depuis celui d'un pois jusqu'à celui d'une cerise. Le contenu de ces tumeurs n'est autre chose que du tubercule tout à fait analogue, pour la composition, au tubercule pulmonaire. Au bout d'un certain temps, les tumeurs se ramollissent; il se forme, dans leur centre, une [matière caséeuse , puis de véritable pus. L'abcès tuberculeux se perfore, s'ouvre au dehors, le kyste se vide, et ses parois se cicatrisent un peu plus vite et mieux que celles des cavernes pulmonaires.
Dans le cas que j'ai observé, et dont je place le dessin sous vos yeux, les parois de la tumeur étaient formées d'une double enveloppe : de la peau amincie et presque réduite à sa couche épidermique, et d'une tunique profonde; c'était un véritable kyste, dans lequel se trouvait renfermée la matière tuberculeuse.
g 3. — Scrofulitle crustacée-ulcéreuse.
Dans la scrofule tégumentaire superficielle, aussi bien que dans la scrofule tégumentaire profonde, c'est l'exfoliation croùteuse qui constitue le phénomène le plus important. La lésion qui précède la croûte a quelquefois si peu de durée, qu'elle a pu même échapper à l'attention des. willanistes, puisqu'ils ont admis un lupus où la rougeur érythémateuse est promptement suivie de la formation d'une croûte épaisse ou d'un ulcère.
SCROFULIDES MALIGNES CRUSTACÉES-ULCÉREUSES. 221
Je suis, clans ce cas, plus willanisle que les willanistes eux-mêmes. En effet, je n'admets pas la croûte sans bulle, sans vésicule ou pustule. Quoi qu'en ait dit Plenck, la croûte et l'ulcère sont toujours des états secondaires consécutifs à la vésico-pustule (1).
. Seulement, il arrive assez souvent, dans la scrofulide maligne ulcéreuse, que le phénomène primitif, ou n'ait qu'une durée très éphémère, ou se dérobe à la vue, en raison du siège qu'il occupe. C'est le plus souvent, en effet, sous l'aile du nez, près de la cloison, que s'observe cette variété du lupus.
Vous savez que les sectateurs de Willan ont admis quatre lésions primitives dans la scrofulide sécrétante superficielle; je m'étonne qu'ils n'en aient pas admis six ou huit pour la scrofulide profonde. En effet, cette dernière peut débuter par autant d'éléments, qui sont :
1° La vésicule eczémateuse (forme eczémateuse du lupus) ;
2° La pustule (forme impéligineuse) ;
3° La papulo-pustule ;
li° La bulle de rupia ;
5° Un groupe de pustules ecthymatiques ou de petites bulles ;
6° Le tubercule cutané simple ou fibro-plastique, isolé ou par groupes.
Mais toutes ces lésions élémentaires, qu'il n'est pas toujours facile de reconnaître, aboutissent, en définitive, à la formation d'une croûte épaisse, brunâtre, enchâssée dans la peau, formée d'un plus ou moins grand nombre de couches superposées, assez souvent concentriques. Cette croûte est conique ou aplatie, et toujours bien différente de celle qui
(1) II faut en excepter la croûte, qui peut se produire à la surface des plaques muqueuses de la peau, sans avoir été précédée de Yésico-puslule.
caractérise la scrofulide superficielle. Celle-ci est plus mince; elle n'entre pas dans la peau, comme la croûte de la scrofulide profonde; elle est plus blanche ou plus jaune-, l'autre est d'un brun noirâtre, évidemment formée par le dessèchement d'une suppuration sanieuse.
Si les croûtes sont tombées ou ont été détachées par des applications de cataplasmes, on voit les surfaces ulcérées qui forment des excavations plus ou moins irrégulières et anfractueuses -, d'autres fois, ces surfaces paraissent saillantes, fongueuses et granuleuses, rouges ou d'un blanc rougeâtre, imbibées d'une humeur ichoreuse, sanieuse, plus ou moins fétide, qui bientôt se dessèche et forme de nouvelles croûtes.
Les bords de l'ulcère sont habituellement rouges, un peu tuméfiés, légèrement sensibles à la pression -, ils ne sont généralement indurés ou couverts de tubercules que dans la scrofulide ulcéreuse fibro-plastique. L'ulcère est quelquefois en partie cicatrisé; mais ce sont presque toujours des cicatrices bridées, vicieuses, sur lesquelles on voit souvent se former de nouveaux tubercules, puis de nouveaux ulcères qui se réunissent aux anciens. Ces cicatrices entraînent toujours après elles des difformités plus ou moins grandes.
J'admets une sous-division dans la scrofulide maligne ulcé reuse : la scrofulide ulcéreuse simplement inflammatoire et la scrofulide ulcéreuse fibro-plastique.
Cette distinction me paraît importante en pratique comme en théorie, au point de vue pronostique aussi bien qu'au point de vue thérapeutique.
Le début est différent : dans la scrofulide inflammatoire, les éléments primitifs sont la pustule et le tubercule cutané simplement inflammatoire; dans la scrofulide fibro-plastique, c'est le tubercule fibro-plastique, moins saillant ordi-
SCROFULIDES MALIGNES CRÙSTACÉES-tjLCÉREtJSES. 223
nairement, plus induré, plus rouge qu'il ne l'est dans le lupus tuberculeux non ulcéreux.
La destruction marche plus vite et est généralement plus profonde dans la scrofulide fibroplastique.
Les os forment le plus souvent, pour la scrofulide ulcéreuse inflammatoire, une barrière infranchissable. C'est dans cette variété qu'on observe, après guérison, des cicatrices bridées, enfoncées, adhérentes aux os, sans que ceux-ci aient subi aucune perte de substance. Les os sont généralement attaqués, tout aussi bien que les parties molles, dans la scrofulide fîbro-plastique.
Ai-je besoin d'ajouter que la gravité relativement plus grande de la scrofulide fibro-plastique, pour laquelle je réserve exclusivement la dénomination lupus, et la difficulté plus grande aussi du traitement, ne justifient que trop la distinction que j'ai établie entre ces deux variétés de la scrofulide ulcéreuse maligne?
Le siège le plus ordinaire de la scrofulide crustacée-ulcéreuse est la face; mais on peut l'observer sur toutes les régions du corps, et partout elle présente les mêmes caractères. Elle envahit simultanément ou successivement plusieurs régions.
Les parties sur lesquelles on la rencontre le plus fréquemment, après la face, sont la région antérieure de la poitrine, les membres au voisinage des articulations.
A la face, c'est sur le nez qu'elle se montre de préférence, puis sur les joues, les commissures labiales, les paupières, les oreilles et le menton.
Le nez, comme vous le savez, n'est pas seulement le siégé de prédilection des scrofulides malignes, c'est encore l'organe où se fixent de préférence les scrofulides bénignes impétigi-
rieuses de la peau et celles des muqueuses; de sorte que, sur le nez, vous pouvez étudier tous les degrés et toutes les formes de la scrofule tégumentaire. Le plus souvent, la scrofulide crustacée-ulcéreuse maligne débute par l'intérieur des narines ; le nez est rouge, gonflé, luisant, légèrement sensible à la pression -, il survient une petite croûte soit à la partie interne de l'aile du nez, soit dans l'angle de réunion de l'aile avec la cloison des narines. Le malade arrache cette croûte, qui bientôt est remplacée par une autre dont la chute, spontanée ou provoquée, laisse voir un petit ulcère couvert d'une sanie ichoreuse. Tel est le mode d'évolution le plus ordinaire de la scrofulide maligne sur le nez.
Dans quelques cas, la scrofulide maligne, débutanUtoujours par la pituitaire, détruit la sous-cloison et môme une partie delà cloison du nez avant de gagner la peau qui recouvre cet organe. Vous avez vu, dans le service, un exemple de ce cas particulier.
Dans d'autres cas plus rares, l'affection débute par la pituitaire qui tapisse le plancher des fosses nasales, et, de proche en proche, gagne la muqueuse delà voûte palatine et le tissu gingival.
D'autres fois, le mode d'évolution est différent : c'est par l'enveloppe cutanée du nez que commence le travail morbide. Comme dans les cas précédents, le nez se gonfle, devient rouge, s'indure -, une exhalation séro-purulente soulève légèrement l'épidémie, et se dessèche très rapidement; il se forme une croûte noirâtre, très adhérente, sur le bout du nez. La chute de Cette croûte laisse voir un ulcère avec destruction plus ou moins profonde de la peau et de la charpente fibro-cartilagineuse ; puis une nouvelle croûte se forme, dont le détachement permet de voir, à la circonférence, les
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parties molles rongées; au centre, deux ouvertures séparées par une cloison. Le bout du nez, la moitié ou les deux tiers de l'organe, peuvent ainsi être emportés par le travail destructeur.
Ce n'est pas tout encore : la scrofulide maligne procède quelquefois d'une autre manière. Un point isolé, rouge et tuméfié se montre sur la peau de l'aile du nez. Induré dans le principe, ce tubercule se ramollit peu à peu ; bientôt il s'ulcère, et, en très peu de temps, l'aile du nez est trouée, perforée de part en part ou échancrée sur son bord libre. — C'est à cette variété que les auteurs ont donné le nom de lupus térébrant, qui peut aussi affecter l'a cloison des narines et la perforer de part en part, puis la détruire dans une étendue plus ou moins grande. La même affection sur la voûte palatine donnera lieu à une perforation de la cloison qui sépare la cavité buccale delà cavité nasale, et fera communiquer la bouche avec les narines; la voix sera nasillarde; les boissons, les aliments, passeront de la bouche dans les narines, si l'art ne vient remédier à cette infirmité.
Lorsque le lupus térébrant a son siège sur la commissure labiale, il la détruit, agrandit l'ouverture de la bouche et gêne considérablement le travail de la mastication. Sa cicatrisation entraîne presque nécessairement le rétrécissement de l'ouverture buccale.
Si la même variété de scrofulide attaque les lèvres ou les paupières, elle détruit en partie ces voiles membraneux et protecteurs des organes qu'ils recouvrent. De là suit fatalement l'engorgement inflammatoire rougeàlre des gencives, de la conjonctive oculaire et palpébrale, le renversement des lèvres, l'ectropion , l'ophthalmie avec toutes ses conséquences, la cécité. En parcourant mes salles, votre atten-
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tion n'a pu manquer d'être attirée, et peut-être avez-vous été impressionnés vivement par l'aspect hideux que présentent quelques-uns de mes malades atteints de lupus de la face. Chez l'un, la lèvre supérieure, atrophiée, réduite à un très petit volume et renversée, laisse voir l'arcade dentaire audessus de laquelle existe une surface rouge, fongueuse^ saignante, constituée par la gencive et la muqueuse de la lèvre, enflammées et tuméfiées. Chez un autre, le n" 28 de la salle Saint-Laurent, les paupières sont renversées, les yeux sont saillants, comme repoussés de l'orbite : ils semblent avoir un volume double de celui qu'ils ont à l'état normal; autour d'eux, la conjonctive est tuméfiée, rouge et fongueuse. L'œil droit est, depuis longtemps, couvert d'une taie qui intercepte le passage des rayons lumineux. Vous avez vu aussi tous les degrés de destruction du nez, des oreilles, du menton et les difformités qui en sont la suite, car aucune variété ne manque à notre collection, si tristement remarquable, des scrofulides malignes.
La scrofulide ulcéreuse se propage assez souvent de la face sur le cou, et particulièrement dans la région sousmaxillaire. 11 est plus rare de la voir débuter par le cou : ne la confondons pas avec le lupus tuberculeux, avec les abcès dermiques, avec les ulcères ganglionnaires, tous accidents scrofuleux qui s'observent, au contraire, assez fréquemment sur le cou.
J'en dirai autant du cuir^chevelu -, la scrofulide ulcéreuse y' est rare, tandis que le lupus tuberculeux ou érylhémateuxs'y présente beaucoup plus souvent, sans que pour cela je veuille dire que ces affections y soient communes.
Sur le tronc, la scrofulide ulcéreuse n'est pas rare ; nous avons vu que, sur la face, on observe à peu près indistincte-