PRONOSTIC DES SCHOFULIDES DES MUQUEUSES
pour point de départ la diathèse scrofuleuse ; elles ne sauraient, par conséquent, donner lieu à aucune méprise dans le diagnostic de la nature de l'affection. Il n'en est pas demorne des affections de l'iris, qui peuvent se produire spontanément sous l'influence des diathèses scrofuleuse, arthritique et syphilitique. Toutefois, il faut dire que l'iritis scrofuleuse coïncide le plus ordinairement avec d'autres lésions du globe oculaire, qu'en général elle survient, consécutivement à la kératite, à Fhypopion. L'altération de la couleur de l'iris, son immobilité, les troubles de la vision, sont des symptômes communs à loules les iritis ; mais, dans aucune variété, vous n'observerez une si grande déformation, une si profonde altération de cette membrane que dans l'iritis syphilitique. Le siège et le caractère nocturne des douleurs qui accompagnent l'iritis syphilitique, la coloration comme cuivrée de l'iris, les inégalités ou tubérosités de sa surface, la déformation, le rétrécissement de la pupille, qui semble portée en haut et en dedans, enfin les antécédents du malade, vous empêcheront de la confondre avec les iritis scrofuleuse ou arthritique.
Jamais,, sur les organes sexuels, la syphilide tuberculoulcéreuse ne prend les développements que peut y acquérir la scrofulide maligne fibro-plastique. Il n'y a pas lieu, par conséquent, de s'arrêter sur le diagnostic de ces deux affections.
Pronostic. — Les scrofulides des membranes muqueuses sont, toutes choses égales d'ailleurs, plus graves, plus opiniâtres, plus difficiles à guérir que celles de la peau.
Elles sont plus dangereuses par leurs suites, en ce qu'elles peuvent apporter des obstacles à l'accomplissement des fone. lions digestives, troubler d'une manière grave ou m^me
suspendre complètement l'exercice des fonctions des organes des sens.
Ajoutez encore que, sur les muqueuses, le travail morbide, et surtout le travail ulcératif marchent plus vite que sur la peau, s'étendent davantage et se propagent bien plus vite aux parties fibreuses, cartilagineuses ou osseuses.
Les scrofulides malignes ne sont pas seulement plus redoutables parce qu'elles dénotent une période plus avancée de la scrofule, mais encore parce qu'elles entraînent après elles des difformités ou infirmités graves, telles que surdité, perte de l'olfaction, cécité complète ou incomplète, etc.
Les scrofulides bénignes éruptives n'offrent rien de spécial quant au pronostic; ce que j'ai dit des scrofulides cutanées bénignes leur est de tous points applicable.
Les scrofulides catarrhales ne sont pas graves par ellesmêmes, mais par le travail morbide qu'elles appellent sur les organes sous-jacents à la muqueuse, par les accidents et les complications qui peuvent les accompagner.
Le siège et l'étendue des catarrhes scrofuleux en modifient singulièrement le pronostic. Autant une bronchite généralisée peut être grave, autant un simple coryza est une affection légère, qui n'a par elle-même aucune sorte d'importance.
L'olorrhée n'a de gravité que par sa complication avec la carie du rocher. Cependant l'otorrhée simplement catarrhale peut amener la surdité.
De toutes les scrofulides catarrhales dont il a été ques* tion dans cette leçon, le catarrhe oculaire est celui qui peut avoir les conséquences les plus sérieuses, parce qu'il compromet la vue, qui tient assurément le premier rang parmi les sens.
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Partie thérapeutique. — Les affections scrofuleuses du tégument interne réclament-elles des moyens thérapeutiques spéciaux et différents de ceux que je vous ai fcfit connaître pour la scrofule tégumentaire externe?
Vous devez vous rappeler que j'ai préconisé, contre les scrofulides bénignes, les préparations de fer et d'iode, contre les scrofulides malignes, l'huile de morue ; mais, si je m'en rapporte uniquement à mon expérience pour juger la valeur de ces remèdes dans le traitement de la scrofule tégumentaire interne, je vous dirai franchement : Ne comptez nullement sur leur efficacité. II y a plus, c'est que, depuis quelque temps, j'ai renoncé à leur emploi pour essayer d'autres remèdes, et notamment la ciguë et le chlorhydrate de chaux, plus facile à manier que le chlorhydrate de baryte. Je donne aux enfants de dix à quinze ans, en débutant, une cuillerée à soupe de la solution de chlorhydrate de chaux, et plus tard, en augmentant graduellement la dose, deux, trois, etc., jusqu'à six ou huit cuillerées par jour. Cette solution renferme Ix grammes de sel pour 500 grammes d'eau distillée!
Les préparations sulfureuses ont été employées, dit-on, avec un grand succès, dans le traitement des catarrhes scrofuleux. Un hydrologiste distingué, M. Allard, s'est parfaitement trouvé de l'emploi des eaux sulfureuses de Saint- Honoré contre les inflammations scrofuleuses des voies aériennes.
Il ne suffit pas d'attaquer l'élément spécifique; dans les scrofulides des muqueuses, plus encore que dans les scrofulides cutanées, il ne faut pas négliger de combattre l'élément inflammatoire par les antiphlogïstiqucs, les dérivatifs et les révulsifs : sangsues en nombre proportionné à l'âge et à la force du sujet, au degré de l'inflammation, à sa modalité
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spéciale ; frictions avec l'onguent napolitain , vésieatoires volants, purgatifs, tels que le calnmel, l'huile de ricin, l'eau de SedUitz, bains simples ou composes. On combat la douleur et le spasme qui accompagnent l'état inflammatoire par les applications narcotiques.
Nous avons enfin les modificateurs locaux ou le traitement topique, qui diffère ici quelque peu du traitement local des scrofulides cutanées. — Règle générale : on fait un moins fréquent usage des bains généraux el des pommades dans le traitement de la scrofule tégumentair.; interne. Les agents thérapeutiques s'emploient le plus habituellement, sous forme liquide, en lotions, injections, gargarismes, etc. Au surplus, la forme et le siège des scrofulides internes apportent des modifications assez importantes au traitement, pour que je croie devoir vous en dire quelques mots.
1° Scrofulides catarrhales. — Une foule de moyens ont été mis en usage pour tarir la sécrétion morbide : l'eau froide, les astringents, les caustiques, la compression. Nous avons employé d'une manière assez suivie, dans notre service, l'irrigation froide. C'est surtout dans le traitement du catarrhe oculaire, de l'ophthalmie scrofuleuse, que nous avons mis ce moyen en usage. Dans quelques cas, il nous a réussi; dans d'autres, il n'a rien fait, et, sur quelques malades, il a plutôt aggravé qu'il n'a diminué le mal. Chez quelquesuns de nos scrofuleux, les symptômes inflammatoires de l'œil sont tombés sous l'influence de l'irrigation froide permanente ; mais, au bout de très peu de temps, de nouvelles fluxions se sont reproduites sur les yeux, de sorte qu'en définitive on n'a rien gagné à employèr l'eau froide. J'ajou-
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lenii que ce moyen est difficilement supporté par certains malades.
Les astringents les plus usités, le plus communément employés dans le traitement des catarrhes scrofuleux, sont l'alun, le borax, les sulfates de cuivre et de zinc, le ratanhia, etc.
Vous savez qu'ils s'emploient en injections dans l'olorrhée, le coryza, les catarrhes de l'urèthre et du vagin ; en gargarismes dans l'angine catarrhaîe ; en lotions dans le catarrhe oculaire. Parmi ces astringents, nous choisissons de préférence, pour la conjonctive, le borax, les sulfates de zinc et de cuivre, que nous employons, en général, à très faible dose. Je me trouve généralement mieux d'un collyre avec 25 milligrammes seulement de sulfate de cuivre pour 200 grammes d'eau distillée, que d'un solulum contenant, pour la même quantité de véhicule, 25 centigrammes de sulfate de cuivre.
Pour l'arrière-bouche, je me sers de l'alun ou du borax, a la dose de 1 à 2 ou 3 grammes, dans 500 grammes d'eau. Le ratanhia, l'alun, l'alcoolé de tannin, sont plus particulièrement employés dans les cas de catarrhe utéro-vaginal.
Les caustiques, et, sous celte dénomination, je vous demande la permission de comprendre tous les modificateurs autres que les astringents, sont : l'iode, si vanté par Lugol contre toutes les affections scrofuleuses, et, en particulier, contre les catarrhes de môme nature; le nitrate d'argent, le perchlorure de fer, etc. Leur action est tout aussi incertaine que celle des astringents.
La compression m'a quelquefois réussi. Elle se fait, ou par l'occlusion des cavités que tapisse la muqueuse affectée, ou par une application directe de l'agent compressif. Dans
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le premier cas, en môme temps qu'il y a compression par l'accumulation du produiL de sécrétion morbide, il y u encore soustraction de l'air sur la muqueuse. J'ai employé, avec des résultats divers, ces deux méthodes : la première, dans le traitement du catarrhe oculaire ; la seconde, dans le traitement du catarrhe utéro-vaginal, par le tamponnement du vagin.
2° Scrofulides éruptives bénignes. — Outre les caustiques et les astringents qui sont employés dans la cure des scrofulides catarrhales, on a souvent encore recours, dans le traitement des scrofulides éruptives, aux poudres et aux pommades. Ainsi, dans l'impétigo des ouvertures nasales, j'emploie assez fréquemment la pommade au précipité rouge, dans la proportion de 5 centigrammes pour 10 grammes d'axonge.
Il n'est personne de vous qui ne sache que l'oxyde rouge de mercure est le principe actif des pommades du- Régent, de Desaulty etc., si vantées dans le traitement de la blépharite chronique, qui n'est, en général, qu'une scrofulide éruptive.
Certaines huiles, comme l'huile de lis, ont été quelquefois employées avec grand avantage, comme topiques, dans le traitement des scrofulides éruptives, notamment celles des yeux et des oreilles.
Les poudres que l'on met le plus souvent en usage en pareil cas sont résolutives, astringentes, et, le plus souvent, elles ne servent que comme absorbantes ou pour séparer les deux feuillets accolés de la muqueuse, dans le but de préserver les sutfaces malades du contact plus ou moins irritant des produits excrétés. C'est ainsi que nous employons tour à
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tour, dans le traitement des balanites granuleuses, des granulations du col utérin, les poudres de riz, d'amidon, de sang-dragon, de ratanhia, d'oxyde de bismuth, etc.
On triomphe, en général, assez facilement des scrofulides éruplives, quel que soit leur siège, par des cautérisations plus ou moins rapprochées, faites avec un solutum de nitrate d'argent ou d'iode, qui doit être plus ou moins concentré, suivant le siège de l'éruption, selon l'intensité des phénomènes inflammatoires qui l'accompagnent. Sur l'œil, en collyre, vous pourrez, par exemple, vous servir d'un solutum qui ne contiendra pas plus de 5 à 25 centigrammes de nitrate d'argent pour 30 grammes d'eau distillée, tandis que, sur le col utérin, vous ne* craindrez pas d'employer le même solutum à l'état de saturation, partie égale de nitrate et d'eau distillée.
Si l'affection est rebelle et siège sur une région velue, à l'entrée des narines ou sur les paupières, je conseille, en pareil cas, l'épilation répétée, qui favorise singulièrement la guérison du mal.
3° Scrofulides malignes. — Lorsque les scrofulides malignes des muqueuses coexistent avec les scrofulides malignes delà peau, dont elles ne sont, en général, que l'extension, le même traitement est applicable aux unes et aux autres. C'est ainsi que, dans notre service, les sujets atteints de lupus de la face, et qui portent en même temps des affections malignes de la pituitaire ou de la cornée, sont exclusivement soumis au traitement de la scrofule secondaire ; ils prennent l'huile de morue, à closes graduellement croissantes, parce que c'est encore là le remède par excellence des scrofulides malignes. Toutefois, il m'arrive souvent d'en suspendre mo-
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mentanéroent l'emploi, pour diriger contre l'inflammation de la muqueuse, une médication antiphlogistiqué et révulsive des plus énergiques.
D'un autre côté, les modificateurs locaux ne sont pas oubliés ; ce sont les caustiques que nous employons de préférence, et nous choisissons ceux dont l'action est limitée, pour que l'inflammation qui se montre après leur application ne se répande pas sur la muqueuse au delà des limites du mal et dans les tissus sous-jacents. L'iode, le nitrate d'argent, le nitrate acide de mercure, et môme l'acide chromique, remplissent parfaitement le but que nous désirons obtenir. • ^
Daihs le- traitement des accidents gr»vesdela scrofule tégumentaire interne, il ne faut pas négliger les bains composés, les bains sulfureux, par exemple, soit qu'on les donne comme modificateurs delà constitution, soit pour produire une dérivation sur une vaste étendue de la peau saine.
Jusqu'à présent, je ne vous ai entretenus que des affections scrofulcuses qui ont primitivement leur siège sur l'enveloppe tégumentaire du corps, et constituent pour moi les deux premières périodes de la scrofule^ aujourd'hui, j'aborde l'élude d'affections plus profondes, qui ont pour siège, soit le système lymphatique, soit le système cellulaire.
De même que j'ai divisé, pour l'étude nosographique, le système tégumentaire en deux portions, l'une superficielle et l'autre profonde, de môme aussi je diviserai les systèmes lymphatique et cellulaire en deux parties, ne voulant, pour
ÉcnotiELtESi 303 le moment, vous parler que des affections de la partie périphérique, qui se rattachent essentiellement aux deux premières périodes de la scrofule.
L'évolution naturelle de la scrofule m'imposait l'obligation d'en agir ainsi. Ne voyez-vous pas, en effet, que l'histoire du carreau et de la tuberculisalion des ganglions bronchiques sera mieux placée à côté de la ph.th.isie scrofuleuse qu'à côté des gourmes ou du lupus. Ainsi, quand je traiterai de la scrofule interne ou viscérale, le moment sera venu de vous faire connaître les affections scrofuleuses de la portion profonde des systèmes cellulaire et lymphatique. Aujourd'hui, j'ai le dessein de vous parler des écrouelles.
L'écrouelle, vieux mot que j'emploierai exclusivement à désigner les affections scrofuleuses superficielles des glandes lymphatiques et du tissu cellulaire, l'écrouelle, dis-je, est un des symptômes les plus importants de la scrofule. C'est le type des affections strumeuses, l'affection nécessaire pour beaucoup de médecins, sans laquelle il ne saurait y avoir de maladie scrofuleuse (1).
L'écrouelle était connue des Grecs, qui la désignaient sous le nom de .^a;; des Latins, qui l'appelaient struma; des Arabes et des Arabistes, qui en ont donné la description sous la dénomination de scrophulœ, d'où est venu le mot scrofule par lequel nous spécifions aujourd'hui la diathèse scrofuleuse, dont l'écrouelle n'est qu'une des nombreuses manifestations locales. C'est assez vous dire que, dans tous les temps, cette affection a dû fixer l'attention des observateurs. Elle a été étudiée sous tous les points de vue, et tour à tour expliquée,
(I) C'est là une très grave erreur : l'écrouelle n'est pas un symptôme constant dans la scrofule, mais elle existe peut-être chez les deux tiers des sujets atteints de ccUc maladie.
dans ses phénomènes intimes, par les hypothèses physiologiques dont se composent tous les systèmes qui ont régné en médecine.
Je suivrai, dans l'étude de l'écrouelle, l'ordre que j'ai adopté pour les affections de la scrofule tégument-aire.
l»aï'tic nosog'iraptiiquc. — Considérée d'une manière générale, indépendante de son siège, l'écrouelle se présente sous la forme d'une tumeur qui fait une saillie plus ou moins considérable sur un point quelconque de la surface du corps. Les régions où on l'observe le plus communément sont celles où la peau offre le plus de laxité, comme les parties latérales du col, les régions sous-maxillaires, les aisselles, etc. On y rencontre les écrouelles en nombre plus ou moins grand, tantôt isolées, tantôt réunies et formant quelquefois, parleur agglomération, des masses d'un volume énorme. La forme et le volume des tumeurs écrouelleuses sont extrêmement variables. Le plus souvent arrondies, ovoïdes, ces tumeurs présentent, pour la grosseur, tous les degrés intermédiaires entre le volume d'une aveline et celui d'une tête de fœtus.
Leur consistance n'est pas moins variable que leur volume et leur forme; ordinairement dures dans le principe, elles finissent souvent par se ramollir et deviennent le siège d'une fluctuation évidente.
Elles sont indolentes et froides, ou chaudes, rouges, douloureuses, accompagnées des caractères locaux de l'inflammation.
La structure anatomique, la durée, la marche, les terminaisons des écrouelles varient selon qu'elles ont leur siège dans le système lymphatique ou dans le système cellulaire ; de là la division bien naturelle de ces tumeurs en écrouelles