TRAITEMENT DES ÉCROUELLES
Les écrouelles simplement inflammatoires ou hyper trophiques disparaissent plus promptement que les écrouelles tuberculeuses. On en obtient la résolution très facilement, tandis qu'on voit persister souvent, avec une opiniâtreté vraiment désespérante, les écrouelles tuberculeuses, à ce point que certains auteurs ont pensé qu'il était impossible d'obtenir la fonte des ganglions infiltrés de tubercules. Cette opinion, envisagée d'une manière absolue, constitue tout simplement une erreur. Ce qui est vrai, c'est que la difficulté d'arriver à cette résolution , dans la plupart des cas , nous engage à administrer des remèdes propres à provoquer l'inflammation suppurative des écrouelles tuberculeuses rebelles.
Les causes des écrouelles ne sont pas sans influence sur le pronostic. Consécutives aux affections cutanées, aux agents mécaniques ou physiques, à divers états pathologiques, elles n'ont pas la gravité des écrouelles spontanées.
Enfin, les moyens thérapeutiques, en exerçant une influence très manifeste sur la marche des écrouelles, en font varier le pronostic. Si vous administrez exclusivement l'huile de morue a vos malades affectés d'écrouelles, soyez certains que les tumeurs ne feront pas de grands progrès vers la résolution ; les choses se passeront autrement, si vous leur donnez la ciguë seule ou la ciguë iodurée, à doses graduellement croissantes.
Partie thérapeutique. — On peut dire, d'une manière générale, que l'écrouelle est toujours longue et difficile à guérir. Cependant comparez la durée du séjour que font, dans mes salles, les malades affectés d'écrouelle avec le temps qu'ils y passaient autrefois. Je puis affirmer, sans crainte d'être démenti par les faits, que, soumis au traitement par
l'iode seul, les malades restaient, en moyenne, dix-huit mois à l'hôpital, et que, depuis que j'ai substitué au traitement iodé le traitement par la ciguë, ils n'y séjournent pas plus de six mois.
L'adénopathie scrofuleuse réclame un traitement interne et un traitement externe.
Moyens internes. — J'ai tour à tour expérimenté, dans le traitement des écrouelles, l'iode administré en solution iodurée, comme le faisait Baudelocque, l'huile de foie de morue, la solution minérale iodo-phosphatée d'Uzac, l'iodure de fer, la ciguë, les sels de M. Barrier ; je donne la préférence à la ciguë.
J'emploie la ciguë de deux manières, selon que je me propose ou d'obtenir la fonte des tumeurs écrouelleuses ou d'en provoquer l'inflammation suppurative. Dans le premier cas, on arrive au but parles petites doses 5 dans le second cas, par les hautes doses.
Ainsi, les deux préparations de ciguë que je mets habituellement en usage sont l'alcoolature et la poudre de semences. Pour obtenir un effet résolutif, vous devez employer l'alcoolature, de 50 centigrammes à à grammes par jour, et la poudre de semences depuis 10 centigrammes jusqu'à 50' centigrammes ; pour obtenir l'inflammation suppurative, vous débuterez par 1 gramme d'alcoolature sur un sujet de vingt à trente ans, et de cinq en cinq jours vous augmenterez de 1 gramme la dose de chaque jour, jusqu'à 12 et 15 grammes par jour. Quant à la poudre, il faut l'administrer de 50 centigrammes à 1 gramme, 1 gramme 50 centigrammes. Depuis cinq ans, c'est à peine si j'ai rencontré trois sujets chez lesquels j'aie observé ou des phénomènes d'intoxication (quelques troubles du côté de la vue) ou quelques signes d'irritation