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ART. IV.- DE LA. MÉNINGITE SCROFULEUSE

Que faut-il entendre par méningite scrofuleuse?

La méningite anatomiquement caractérisée par l'injection, la sécheresse ou l'état poisseux delà séreuse, par l'infiltration séro-purulente delà pie-mère et du tissu sous-aracbnoïdien, peut-elle être considérée comme une inflammation scrofu-

MÉNINGITE SCROFULEUSE. U^i

leuse? Assurément non ; mais si l'inflammation occupe la base et non la convexité de l'encéphale, cette différence de siège nous conduira-l-elle à reconnaître une différence de nature? Non.

Mais, si cette même méningite se déclare chez un scrofuleuxou chez un tuberculeux, serons-nous dans l'obligation delà regarder comme une affection de nature scrofuleuse?

Pas davantage.

Qu'est-ce donc enfin que la méningite scrofuleuse ? Il faut entendre par cette expression une inflammation de l'enveloppe séro-vasculaire de l'encéphale, anatomiquement caractérisée par le tubercule ou par la granulation fibro-plastique.

Les traces de l'inflammation simple, aussi bien que celles de la tuberculisation, ne sont pas toujours aussi faciles à découvrir avec le scalpel que l'on pourrait être porté à le penser. C'est pourquoi nous croyons qu'on a exagéré le nombre des tuberculisations méningées sans inflammation et celui des méningites sans tubercules chez les scrofuleux.

Symptômes. — La méningite scrofuleuse est ordinairement précédée de prodromes; rarement elle a un début brusque.

On compte au nombre des prodromes : l'amaigrissement, l'inappétence et les irrégularités de l'appétit; certaines modifications dans le caractère, qui devient triste, morose, irascible-, dans la température du corps, qui offre de nombreuses variations, tantôt abaissée, tantôt plus élevée ; dans l'état du pouls, qui, par intervalles, devient ou plus fréquent ou plus rare; dans le faciès, qui est alternativement pâle et coloré. A ces vagues symptômes, qui peuvent tout aussi bien être rapportés àun travail de tuberculisation dansd'autresorganes, quand il existe, qu'à l'imminence de la méningite, il faut

ajouter la céphalalgie non paroxystique, des vomissements d'une durée passagère, de la constipation et beaucoup plus rarement de la diarrhée ; une toux plus ou moins rapprochée, etc.

La maladie éclate enfin par une fièvre permanente et plus forte, par l'aggravation et la permanence de la céphalalgie, par les cris hydr encéphaliques, les vomissements, qui souvent se succèdent sans interruption, une constipation opiniâtre, des mouvements convulsifs.

La convulsion est clonique ou tonique ; souvent la première forme alterne avec la seconde.

La convulsion produit le strabisme, le serrement des mâchoires, le grincement de dents, le mâchonnement, le clignement des paupières, les contractions, dilatations ou oscillations de la pupille ; assez souvent on remarque de l'inégalité dans la contraction ou la dilatation de la pupille de l'un et de l'autre côté; la contraction d'un membre, la rétraction des parois abdominales. L'agitation, le délire alternent avec la somnolence.

Dans les premières périodes de la méningite scrofuleuse, le pouls se ralentit le plus souvent; dans quelques cas.il s'accélère par moments ou devient irrégulier ; la chaleur de la peau est fébrile, mais on observe aussi de fréquentes varia, tions dans la température du corps. La main, appliquée sur la peau, perçoit, à un moment donné, une sensation de vive chaleur, et, peu de temps après, une sensation de froid prononcée. La respiration est souvent inégale comme le pouls, fréquemment suspirieuse.

Aux phénomènes d'excitation succèdent, dans les dernières périodes de la maladie, les phénomènes de résolution et de paralysie.

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La somnolence est remplacée par un coma profond ; les pupilles dilatées ne se contractent plus sous l'influence de là lumière naturelle ou artificielle; la contracture alterne souvent avec la paralysie. Les vomissements ont cessé, et la constipation a fait place à une diarrhée verdâtre. Notons que cette couleur particulière des évacuations alvines tient bien souvent à l'action du calomel, de même que la fétidité de l'haleine dépend et du calomel et des frictions mercurielles si souvent et si inutilement mis en usage contre cette redoutable affection.

La rétraction des parois abdominales cesse, et, par suite, disparaît cette forme particulière de la surface abdominale qui l'a fait comparer à un bateau. Souvent même l'abdomen est tuméfié, ballonné; le pouls est petit, fréquent; vers la fin, il n'est plus possible d'en compter les pulsations; la respiration est très accélérée; les selles sont involontaires ; le corps est inondé de sueurs ; l'œil est sans aucune expression, la conjonctive rougeâtre , injectée ; le nez est effilé, ses parois latérales s'affaissent sur la cloison à chaque mouvement inspiratoire ; la respiration est stertoreuse. Enfin, la cornée transparente, devenue opaque et terne, est généralement le signe d'une mort prochaine.

Marche, durée, terminaisons. — La marche de la méningite scrofuleuse est irrégulière, insidieuse. C'est là un caractère qui a frappé tous les observateurs, et qui est d'une grande importance dans le diagnostic. Les alternatives d'amélioration et d'aggravation ne sont pas rares pendant le cours de cette maladie ; aussi est-il difficile de la diviser en plusieurs périodes. On sait que Gœlis a admis troispériodes d'après l'état du pouls; dans la première, accélération ; ralentissement dans la seconde, et de nouveau accélération dans la troisième.

Ces trois états successifs du pouls existent, en effet, dans le plus grand nombre des cas, mais, comme on l'a judicieusement fait remarquer, ils s'appliquent plutôt à la maladie, y compris l'état prodromique, où le pouls est généralement accéléré, qu'à la maladie seule, à la maladie confirmée.

La durée de la méningite scrofuleuse varie de douze ou quinze jours à six semaines ou deux mois.

Elle se termine par la mort dans l'immense majorité des cas, et, lorsqu'elle guérit, il n'est pas rare de la voir suivie d'une nouvelle attaque de méningite au bout d'un temps qui varie de quelques mois à plusieurs années. Sur une charmante petite fille de ma clientèle, les deux attaques de méningite tuberculeuse ont été séparées par un intervalle de six mois, pendant lequel la jeune malade jouissait d'une santé en apparence parfaite.

Caractères de la lésion. — L'élément inflammatoire, la granulation, le tubercule, tels sont les trois modes de lésion qui, isolés ou réunis, constituent les caractères anatomiques de la méningite scrofuleuse.

L'inflammation des méninges occupe toute la surface de l'encéphale et des ventricules, ou bien, et le plus souvent, elle est bornée à la base. On trouve parfois l'arachnoïde épaissie, poisseuse ou doublée d'une couche de pus concret. Le plus souvent l'inflammation n'attaque que le tissu sousarachnoïdien et le lacis vasculaire qui forme la pie-mère. Les vaisseaux de cette dernière membrane sont injectés, distendus, couverts de sérosité gélatiniforme, de plaques pseudomembraneuses ou de pus concret. Ces produits inflammatoires se rencontrent surtout à la base de l'encéphale, sur le chiasma des nerfs optiques, sur la scissure de Sylvius. Les glandes de Pacchioni sont généralement hypertrophiées, et

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