NÉPHRITE ALBUMINEUSE
substance corticale est anémiée, jaunâtre; en pressant sur les bords de la section faite à ces organes, on peut en exprimer des gouttelettes graisseuses. La substance tubuleuse paraît le plus souvent atrophiée.
Lorsque la néphrite s'est montrée prématurément, comme expression unique de la scrofule, on peut trouver, à l'autopsie, des lésions plus avancées : les reins sont hypertrophiés ou atrophiés ; on y constate la présence des granulations de Bright ; quelquefois ils sont indurés, mamelonnés ratatinés. J'ai aussi rencontré de petits kystes à leur surface.
Concurremment avec ces lésions du rein, on rencontre d'autres altérations, parmi lesquelles je signalerai celle du sang, consistant surtout dans la diminution de l'albumine du sérum. C'est à dessein que je mentionne cette lésion, parce qu'on lui a fait jouer un grand rôle dans la pathogénie de la néphrite albumineuse.
Partie étiologiquc. — L'âge ne me paraît pas avoir une influence bien grande sur le développement de la néphrite albumineuse chez les scrofuleux. Il n'en est pas de même du sexe-, j'ai plus souvent observé cette affection sur les sujets du sexe masculin.
L'état de la peau, qui paraît avoir une part si large dans la production de la néphrite chez les scarlatineux et chez les dartreux, ne joue qu'un faible rôle dans la détermination de celle des scrofuleux. Toutefois, nous avons en ce moment, dans le service, un homme atteint d'eczéma scrofuleux, chez lequel le développement d'une anasarque avec albuminurie a coïncidé avec l'extension de l'affection de la peau à la plus grande partie du corps. Mais généralement on voit la néphrite albumineuse se montrer chez des scrofuleux qui ne sont
actuellement porteurs ni de scrofulides bénignes ni de scrolulides malignes.
Quant aux causes déterminantes de la néphrite albumineuse chez les scrofuleux, je n'ai pas observé que, parmi elles, on pût signaler le froid humide ou l'abus de liqueurs alcooliques. J'ai observé quelques cas de néphrite albumineuse grave, sans complication d'aucune autre affection, chez des enfants, et pas un ne pouvait être attribué à l'onanisme, que l'on a également accusé de provoquer cette affection chez l'enfant.
Partie sémiotiqnc. — Quelle est la lésion élémentaire dans l'affection décrite sous le nom de néphrite albumineuse ? Y a-t-il réellement néphrite? y a-t-il sécrétion d'albumine, comme dans l'inflammation pseudo-membraneuse? Cette expression de néphrite albumineuse me paraît doublement inexacte, au moins en ce qui touche la néphrite albumineuse chronique survenue dans le cours de la scrofule. Rien ne prouve la nature inflammatoire de l'affection. On a bien décrit une première forme ou un premier degré de néphrite albumineuse caractérisé par le ramollissement, la friabilité, l'injection, la tuméfaction de la substance corticale, mais jamais nous ne l'avons rencontré chez nos scrofuleux, et c'est par suite d'une erreur dans l'examen microscopique que l'on a admis une infiltration et un dépôt d'albumine dans le rein. Quant aux symptômes, il n'y a ni douleur ni chaleur dans la région lombaire, pas la moindre réaction fébrile. Pour nous donc il n'y a pas de néphrite albumineuse, mais il y a une infiltration graisseuse ou fibro-plastique du parenchyme rénal : c'est une lésion analogue à celle du foie gras.
L'infiltration graisseuse et l'infiltration plastique du rein peuvent-elles être reconnues pendant la vie? Qu'on se rap-
NKPIIRITR ALBUMINEUSE.
pelle ce que nous avons dit à propos des rapports de la néphrite albumineuse avec les autres accidents de la scrofule, et l'on verra qu'il n'est pas impossible d'arriver à préciser la nature de la lésion dont le rein est affecté. Ainsi, lorsque la néphrite albumineuse se montre graduellement et silencieusement dans la cachexie scrofuleuse ou sur un malade atteint depuis un temps fort long de caries osseuses, et surtout quand il a existé de l'albuminurie longtemps avant l'apparition de l'œdème, quand enfin la proportion de l'albumine dans l'urine est peu considérable et reste presque stâtionnaire ou n'augmente pas très sensiblement, on peut assurer qu'il n'existe qu'une simple infiltration graisseuse. Mais, si la néphrite albumineuse est prédominante, si elle vient avant son tour, comme seule manifestation de la scrofule viscérale, si la proportion de l'albumine augmente de jour en jour et que l'hydropisie fasse en même temps des progrès, on peut presque à coup sûr annoncer le développement de granulations, d'éléments fibro-plastiques dans le parenchyme rénal.
La néphrite albumineuse chronique ne peut être confondue avec l'aiguë ; inutile de s'arrêter à ce diagnostic.
L'hématurie, la cystite ont des signes qui leur sont propres, et ne permettent pas non plus de les confondre avec la maladie de Bright.
Enfin, comment distinguerons-nous la nature scrofuleuse de la néphrite albumineuse ?
Ce diagnostic repose avant tout sur les affections concomitantes et préexistantes, sur l'absence ordinaire de l'amaurose albuminuriquc, l'absence de sang et d'épithélium en quantité notable dans l'urine.
On la distinguera de la néphrite albumineuse paludéenne, parce que, dans cette dernière, il existe toujours une hyper-
fl&O DR LA SCROFULE VISCÉRALE.
Irophio considérable de la raie, ce qui n'a pas lieu dans la néphrite d'origine scrofuleuse.
Dans la cachexie dartreuse, on observe fréquemment de la néphrile albumineuse; mais, outre que nous n'avons pas ici l'existence actuelle ou antérieure des manifestations de la scrofule sur la peau, le système osseux, le poumon, etc., l'albuminurie n'offre pas le caractère de permanence qu'elle présente dans la scrofule : elle disparaît et reparaît à des intervalles plus ou moins longs. D'un autre côté, l'urine est souvent couleur de lavure de chairs {lotio carnium); elle contient du sang, de l'épithélium en quantité notable.
Dans la syphilis, la néphrite albumineuse subit l'influence du traitement curatif. On a aussi, pour la distinguer de la néphrite scrofuleuse, toute la succession des accidents de la syphilis constitutionnelle, la coexistence de syphilides gommeuses, de nodus, d'exostoses, etc.
Pronostic. — Grave en ce qu'elle annonce toujours une période avancée de la scrofule. J'ai rarement vu guérir les scrofuleux chez lesquels j'avais constaté l'existence de la néphrite albumineuse. Son apparition pendant le cours de la troisième période de la scrofule vient singulièrement aggraver le pronostic de la scrofule osseuse.
Partie thérapeutique. — Plus la maladie k laquelle se rattache comme affection la néphrite albumineuse est accessible à la thérapeutique, plus il est facile de la guérir. C'est ainsi que, dans la fièvre paludéenne, on triomphe assez facilement de l'affection granuleuse des reins par le quinquina ou par les affusions froides. Dans la syphilis, on voit la néphrite albumineuse disparaître graduellement, comme les autres accidents de la vérole, sous l'influence du biiodure de mercure, associé à l'iodure de potassium. Malheureuse-