‹ Leçons théoriques et cliniques sur les affections génériques de la peau professés par le Docteur Bazin, médecin de l'ĥopital de SaintLouisChapitre 16 sur 27 · DE L’HERPÈS EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DE L’HERPÈS EN GÉNÉRAL

Définition. — L’herpès est une affection cutanée caractérisée par des vésicules groupées les unes à côté des autres sur une surface rouge et enflammée, persistant intactes pendant trois ou quatre jours et donnant ensuite naissance, par la dessiccation du liquide qu’elles contiennent, à des croûtes dont la durée ne dépasse pas huit à dix jours, et qui laissent après s’être détachées de la surface malade, soit des maculatures rougeâtres, soit des ulcérations marchant rapidement vers la cicatrisation.

Symptomatologie. — Tantôt cette affection apparaît subitement au milieu de la santé la plus parfaite, tantôt elle est précédée de phénomènes précurseurs, consistant dans un état de malaise général, de l’anorexie, de la courbature et la sensation, au niveau des parties qui doivent être le siège de l’affection, de fourmillements, de picotements et même de douleurs lancinantes très vives; que ces symptômes prodromiques aient existé ou non, les vésicules herpétiques apparaissent sans que la surface tégumentaire sur laquelle elles reposent ait subi aucune modification dans sa coloration, ou sont précédées, au contraire, par une rougeur plus ou moins vive de la peau.

Ces vésicules, petites et miliaires à leur origine, vont chaque jour en grossissant et atteignent un volume variable, de celui d’un grain de millet à celui d’un petit pois; elles peuvent être réunies les unes à côté des autres, au

nombre de dix, quinze, vingt..., et former ainsi un groupe herpétique séparé par un intervalle de peau saine, d’un groupe semblable plus ou moins distant, ou, au contraire, un groupe isolé, comme dans l’herpès trichophylique. Le liquide contenu dans ces vésicules primitivement transparent, se trouble bientôt, devient opaque et se concrète vers le troisième ou le sixième jour de leur existence, en une croûte mince, aplatie, offrant une coloration jaunâtre ou brunâtre, persistant sept ou huit jours et laissant, après sa chute, soit une simple rougeur des téguments qui disparait lentement, soit une légère ulcération qui ne tarde pas à se cicatriser.

Il est rare que l’absorption du liquide ait lieu et soit suivie d’une exfoliation épidermique.

La forme arrondie est, en général, celle que présentent les groupes herpétiques ; quelquefois cependant c’est sous l’apparence d’une bande qu'elles s’offrent à l’observateur, d’où le nom d’herpès en traînée qu’a donné M. Devergie à celte variété ; enfin leur configuration est quelquefois irrégulière et ne peut être rattachée à aucune forme géométrique. L’herpès peut occuper toutes les régions du corps; mais les lèvres, la partie postérieure du pavillon de l’oreille, les paupières, le prépuce, la vulve, le col de l’utérus, sont les sièges de prédilection de cette affection.

Quant au siège anatomique, il est complètement inconnu, et l’on ne peut former sur lui que des conjectures.

M. Rayer pense que dans l’herpès, comme dans l’ecthyma, existe une fausse membrane au centre de la vésicule, que les couches superficielles du derme offrent une

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injeclion vasculaire et que les parois épidermiques de la vésicule sont plus épaisses que celles de la vésicule de l’eczéma, parce qu’elles résistent pendant un temps plus long.

Sémiotique. Diagnostic. — L’hcrpés envisagé comme affection générique, peut être confondu avec l’eczéma, l'eczema simplex, la miliaire, la varicelle, l’érysipèle, le pemphigus, la gale, le chancre et la plaque muqueuse.

L'eczéma est, comme l’herpès, une affection vésiculeuse; aussi quelques dermalologistes, parmi lesquels je vous citerai M. Hardy, ont-ils confondu en une seule affection l’herpès et l’eczéma ; cependant des différences nombreuses et sensibles les séparent; tandis, en effet, que l’eczéma est caractérisé par des vésicules petites, nombreuses, et dont la durée ne dépasse pas dix-huit à trente-six heures, on observe dans l’herpès des vésicules moins nombreuses, plus grosses, transparentes et persistant trois ou quatre jours.

Tandis qu’il existe dans l’eczéma un prurit permanent, on constate chez les malades atteints d’herpès, l’existence d’une sensation de fourmillements, de tension, de brûlure , de picotements, sensation qui disparait après la formation des croûtes.

Tandis que, dans l’eczéma, l’éruption des vésicules est simultanée sur toute la surface malade et que l’affection doit conséquemment sa prolongation au suintement qui s’établit après leur rupture ; dans l’herpès, l’éruption est successive et ce n’est qu’aux poussées de vésicules que l’affection doit sa durée.

L 'eczema simplex, dont les vésicules offrent une durée plus longue que celles de l’eczéma, se rapproche davan*

Bazin. t>

tage de l’herpès; cependant la dissémination des vésicules à la surface du corps, la distance qui les sépare les unes des autres, leur volume moins considérable permettront toujours d’éviter la confusion.

La varicelle se distingue non moins facilement par la forme acuminée et l'isolement de ses vésicules.

L’érysipèle, maladie fébrile, caractérisée par des surfaces rouges, saillantes au-dessus des parliescnvironnantes, dont les bords sont festonnés, sur lesquelles apparaissent accidentellement des bulles ou des phlyctèncs de forme irrégulière, et auxquelles on ne saurait assigner une marche constante connue aux vésicules de l’herpès , l’érysipèle mérite-t-il de notre part autre chose qu’une simple mention, et pourrait-il être confondu avec l’herpès par un esprit sérieux?

Les vésicules de l’herpès peuvent, en se réunissant, constituer de petites bulles qu’un œil inattcnlifou peu exercé pourrait prendre pour des bulles de pemphitjus. Cependant les vésicules ou bulles rudimentaires de l’herpès sont groupées sur des surfaces rouges, tandis (pie les bulles pemphigoides disséminées sur toutes les parties du corps sont généralement isolées et entourées seulement d’une légère auréole rosée, dont l’existence n’est même pas con stante. Seul le pemphigus à petites bulles pourrait être confondu avec l’herpès, mais vous savez que cette affection constitue le plus souvent pour nous une variété d’hydroa ou d’herpès successif et chronique : l’hydroa bulleux.

11 est diflieile de confondre la tjule avec l’herpès; dans le premier cas les vésicules existent dans l’intervalle des doigts, au poignet..., sont rares, petites, isolées, accom-

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pagnées de sillons à l’une des extrémités duquel on peut constater un petit point blanc, indice de la présence de l’acarus; tandis que dans le second, les vésicules sont plus nombreuses, rapprochées les unes des autres, reposent sur une surface rouge, acquièrent un volume plus considérable et subissent une évolution régulière.

Enfin, l’herpès préputial pourrait être confondu soit avec le chancre, soit avec les plaques muqueuses du prépuce ; mais aux diverses périodes d’évolution de l’herpès et du chancre les éléments constituants sont différents : à la première période, l'herpès consiste dans un soulèvement de l’épiderme par de la sérosité transparente, et le chancre dans une pustule ; il existe en général plusieurs vésicules d’herpès, tandis qu’on ne trouve qu’une seule pustule chancreuse.

A la période de dessiccation du liquide, on observe une croûte mince, aplatie et jaunâtre dans l’herpès; une croûte brunâtre, épaisse et enchâssée dans l’ulcère sous-jacent, s’il s’agit d’un chancre.

Enfin, à la période ulcéreuse il existe une simple érosion des couches superficielles du derme dans l’herpès; et au contraire un ulcère profond dont les bords sont taillés à pic et le fond est recouvert d’un liquide sanieuxet grisâtre, lorsqu’on a un chancre sous les yeux.

Quant à la plaque muqueuse, elle est constituée au début par un soulèvement du derme avec dépression centrale, tandis que l’herpès commence par une tache rouge sur laquelle naissent des vésicules; à une période plus avancée de l’évolution de la vésicule herpétique existent des croûtes recouvrant des ulcérations superficielles, arrondies et net-

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tenrient circonscrites, tandis que, si la plaque muqueuse siège sur les organes génitaux, on constate habituellement l’absence de croûtes et dans des cas exceptionnels, l’existence d’une ulcération superficielle dont les bords sont mal délimités, et si elle occupe toute autre partie des téguments un bourrelet circonférentiel qui enchâsse une croûte centrale.

Pronostic. — - L’herpès constitue une affection simple, disparaissant spontanément après une courte durée et constituant môme un phénomène critique de bon augure dans les maladies aiguës. Cependant on peut observer, à la suite du zona, des névralgies rebelles et douloureuses au point de déterminer de cruelles insomnies et de jeter le malade dans un marasme profond, des ulcérations gangréneuses, etc., et d’autre part on peut voir des variétés d’herpès se propager indéfiniment. Alors le pronostic emprunte à ces circonstances fâcheuses une certaine gravité ; néanmoins, ces accidents appartenant à telle ou telle espèce, en particulier, ne doivent pas influencer le pronostic du genre, et nous empêcher d’aflirmer que l’herpès est une affection des plus bénignes.

Traitement. — Le traitement est très simple : au début, on ordonnera des tisanes acidulées, on saupoudrera les parties malades de poudre d’amidon, mais on proscrira soigneusement les bains et les lotions qui, en déterminant la rupture prématurée des vésicules, laissent exposées au contact de l’air des ulcérations douloureuses, et on en réservera l’usage pour le moment où les croûtes seront prêtes h se détacher.

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