CLASSIFICATION DE L’HERPÈS
Est-il permis dans l’état actuel de la science, de supprimer l’herpès d’un seul trait de plume, comme l’a fait M. Hardy? Nous ne le pensons pas, et professons, au contraire, que l’herpès doit occuper une place importante dans le cadre dermatologique.
M. Hardy, pour rejeter l’herpès, a cherché à démontrer, ainsi que je vous l’ai dit au commencement de celte leçon, que la présence des vésicules du zona n’était pas suffisante pour faire de celte affection un herpès ; que l’existence des vésicules de l’herpès circiné n’étaitpas constante, que toutes les autres espèces d’herpès décrites par les auteurs, telles que l’herpès phlycténode , l’herpès des parties génitales, etc., devaient être considérées comme des zona ou des eczéma.
Mais l’herpès étant défini une affection vésiculeuse à sa période d’état, il me semble que l’existence des vésicules est une condition sine qnà non, pour que le zona constitue une espèce d’herpès, loin d’être insuffisante comme le prétend M. Hardy. D’ailleurs les névralgies ne sont pas constantes, et notre collègue commet une erreur en avançant que le zona est caractérisé par la réunion d’une éruption et d’une névralgie. Souvent la névralgie est consécutive à l’éruption et non concomitante.
Dans l’herpès circiné , dit-il ensuite , les vésicules ne sont pas constantes; mais, avancer que ces éléments ne sont pas toujours observés, c’est déjà laisser entendre qu’ils existent quelquefois; et, d’ailleurs, de ce que M. Hardy ne les constate pas, il ne s’ensuit pas qu’ils n’aient jamais
existé. Enfin, si l’affection n’a offert à aucune période de son évolution des vésicules, c’est d’un érythème circiné et non d’un herpès qu’il s’agit.
En troisième lieu, notre collègue prétend que les espèces d’herpès désignées sous les noms d’herpès phlycténode, d’herpés préputial, d’herpès labial..., ne sont que des zona ou des eczéma. Mais ne vous ai-je pas énuméré, au chapitre du diagnostic, toutes les différences qui séparent l’eczéma de l'herpès?
Enfin, est-il vrai que le zona et l’herpès phlycténode sont deux affections identiques, que l’herpès phlycténode n’est qu’un zona des membres? Celte assertion de notre collègue contient, selon nous, deux erreurs: l’herpès phlycténode et le zona présentent, en effet, des différences que la plus simple observation vous permettra de constater, et la première de ces affections occupe non-seulement les membres, mais encore la face.
L’existence des herpès phlycténode, progénital..., est donc aussi réelle que celle du zona et de l’herpès circiné. D’ailleurs les deux dernières espèces dussent-elles être admises seules, qu’il faudrait encore accepter le genre herpès, si l’on ne voulait méconnaître la signification des expressions, genre et espèce.
Quel sens faut-il, en effet, attacher aux mots genre et espèce? On doit considérer comme constituant un genre, un état morbide offrant un ensemble de caractères communs à toutes les espèces, et l’on doit désigner sous le nom d’espèce une affection cutanée qui traduit sur la peau une maladie quelconque, et non, comme le veulent les willanistes, une variété de siège ou de forme.
CLASSIFICATION DE l’HEIIPÊS. 87
Mais alors l’herpès ne peut-il pas être considéré comme un genre, le zona, l’herpès circiné comme des espèces?
Évidemment, l’herpès est un genre, puisqu’il offre un certain nombre de caractères dont nous constatons l’existence dans toutes ses espèces. Évidemment l’herpès circiné et le zona sont des espèces, puisque ces deux affections offrant les caractères de l’herpès, la première traduit l’existence de parasites à la surface des téguments, et la seconde constitue une manifestation cutanée de la dartre ou de l’arthritis.
M. Hardy a donc tort, en définitive, de ne pas vouloir admettre le genre herpès, de refuser de reconnaître l’existence des herpes phlyclenodes, labialis, præpulialis.
Après avoir démontré que l’on doit accepter le genre herpès, il nous reste à rechercher quelle place les dermatologistes lui ont assignée dans leurs classifications, quelle est celle qu’il occupe dans la nôtre.
1" Ecole willaniste. — Willan et Bateman ont rangé l’herpès dans l’ordre des vésicules, et ont été imités par MM. Rayer, Cazenave, Giberl, Devergie. Ce mode de classement ne saurait cependant recevoir notre approbation, parce qu’il conduit à ranger les unes à côté des autres des affections essentiellement différentes par leur nature, à décrire l’herpès pseudo-exanthématique à côté de l’herpès de cause externe, et l’herpès parasitaire à côté de l’herpès constitutionnel.
'2° Ecole d’Alibert. — Alibert, ainsi que nous vousl’avons déjà dit, conserva la tradition du moyen âge, dans sa première édition, et considéra l’herpès, pour lui synonyme du mot dartre , comme une affection ulcéreuse, pouvant
Occuper les couches superficielles ou profondes de la peau, admit, en un mot, un herpès bénin et un herpès malin. Mais lorsqu’il publia son Traité des dermatoses, il décrivit l’herpès de Willan, sous le nom d’olophlyctide dans la classe des dermatoses eczémateuses.
Pierre et Joseph Frank rejetèrent la classification de Willan, considérèrent l’herpès comme une dartre et décrivirent plusieurs de ses variétés sous le nom d'herpès, d’autres sous celui d’hydroa.
Enfin, M. Hardy a rayé du cadre nosologique le genre herpès.
Cette manière de classer l’herpès est passible de reproches : placer exclusivement l’herpès, soit dans la classe des dermatoses eczémateuses, soit dans celle des dartres, c’est, en effet, faire abstraction de la nature parasitaire des herpès circiné et iris, de la nature arthritique du zona et de l’herpès phlyclénode; c’est n’accorder qu’une seule origine à une affection qui peut en reconnaître plusieurs. Pour nous, le classement de l’herpès est très simple : d’une part, envisageant l’herpès comme une affection générique, nous le plaçons parmi les affections vésiculcuses ; de l’autre, le considérant comme une affection symptomatique, nous le rangeons parmi les affections de cause externe et parmi les affections de cause interne.
ÉNUMÉRATION ET DESCRIPTION DES ESPÈCES ET VARIÉTÉS ADMISES PAR LES AUTEURS.
1“ École de Willan. — Willan et Batcman ont admis six variétés d’herpès qu’ils ont désignées sous les noms A'herpes phlyctenodes , de zosler ou zona, d'herpès circiné, A'herpes
labialis, A'herpcs prœputialis et d ’herpes iris. Nous avons admis l’existence de ces six variétés, mais nous ne nous sommes pas contenté de les décrire; nous avons en outre recherché et indiqué leur nature.
Parmi toutes ces variétés, il n’en est qu’une, l’herpès circiné, dans la description de laquelle Bateman se soit livré h quelques remarques dignes d’être consignées. Dans le chapitre qu’il lui a consacré, en effet, l’auteur anglais nous apprend que ses contemporains avaient observé quelques faits de contagion de cette affection; il dit : « L’herpès circiné a été regardé comme contagieux; il s’est manifesté en même temps chez plusieurs enfants dans le même collège ou dans la même famille. » Malheureusement il se hâte de rejeter l’idée de la contagion : « Celle manifestation simultanée chez plusieurs enfants était probablement produite par l’influence de la saison ou de toute autre cause générale, » ajoute Bateman.
Dans ce même chapitre, l’auteur anglais écrit encore : « Les habitants du Midi sont sujets à une variété de l’anneau vermiculaire herpétique (herpès circiné), qui est presque inconnue en Angleterre.
La durée de cette affection est beaucoup plus longue; les vésicules donnent lieu à des ulcérations qui sont quelquefois très profondes, et tandis que leur guérison s’opère, de nouvelles vésicules s’élèvent; elles parcourent les mêmes périodes que les premières et sont remplacées à leur tour par une nouvelle éruption. La maladie se répand de celte manière sur les parties circonvoisines, et l’intérieur de l’anneau est guéri pendant que la circonférence, qui est dans un état d’ulcération, continue à faire des progrès. »
Évidemment, la description précédente ne se rapporte pas à l’herpès circiné, mais plutôt à l’herpès phlycténode, et peut-être à une affection syphilitique.
Enfin l’herpes iris, variété que Bateman prétend décrire le premier, et dont il fait un tableau assez confus, ne reconnaîtrait pas, d’après les auteurs classiques qui ont, d’ailleurs, assez mal copié la description de Bateman, des causes bien connues. Nous reviendrons, dans un instant, sur celte singulière variété qui est encore une énigme pour la plupart des dermatologistes.
M. Rayer a décrit les six variétés de Bateman ; il a en outre consacré un chapitre spécial aux variétés qu’il désigne sous les noms d 'herpes vulvaris, d ’ herpes auricularis et à' herpes palpebralis. « Des vésicules semblables à celles de l’herpes præputialis se développent quelquefois, dit-il, sur la paupière supérieure dans certaines ophthalmies; sur le pavillon de l’oreille, dans l’otite externe; sur les grandes lèvres, chez les femmes atteintes d’écoulement leucorrhéique, pendant la grossesse ou à la suite de couches. »
Ses descriptions ne présentent, d’ailleurs, aucune particularité. Comme Bateman, il ne cherche pas à catégoriser les diverses espèces d’herpès; comme lui, il méconnaît la nature parasitaire de l’herpés circiné. Enfin il considère le zona, l’herpès phlycténode comme des inflammations vésiculeuses, et ne reconnaît pas leur origine arthritique ou dartreuse.
M. Cazenave décrit seulement les six variétés de Bateman; mais du moins cherche-t-il à les grouper d’après certaines analogies, et fait-il successivement l’histoire de
DES ESPÈCES D’HERPÈS. 9l
l’herpès phlycténode, des variétés qui ont un siège déterminé, et enfin de celles qui ont une forme spéciale.
Malheureusement les principes sur lesquels repose celle division des espèces herpétiques sont essentiellement faux.
« Nous entendons, dit M. Cazenave, sous la dénomination à' herpès phlyctenod.es , les affections du genre herpès qui n’ont ni une forme déterminée ni un siège de prédilection ; les autres ne constituent des variétés à part que parce qu’elles se trouvent dans l’un de ces deux cas. »
Ainsi, M. Cazenave semble annoncer par ces paroles que tous les herpès offrent les caractères généraux, la nature de l’herpès phlycténode, et n’en diffèrent que par le siège cl la forme ; il revient d’ailleurs un peu plus loin sur cette idée et dit :
» Variétés de siéye. — Les variétés qui ne différent de l’herpès phlycténode que parce qu’elles ont un siège déterminé sont au nombre de deux : \' herpès lahialis et Y herpès prœputialis. »
Et ensuite : « Le genre herpès renferme encore trois variétés importantes à connaître qui sembleraient des espèces distinctes, mais qui, examinées attentivement, ne diffèrent réellement de l’herpés phlycténode que par leur forme déterminée, ce sont : le zona, l 'herpès circiné et Y herpès iris. »
Il est donc évident pour M. Cazenave que les herpes lahialis et præputialis, et les herpès zoster, circiné et iris, ne diffèrent de l’herpès phlycténode que par leur siège ou par leur forme.
Cependant, messieurs, il existe de grandes différences
entre ces diverses espèces au point de vue seul de la nature. Ne vous ai-je pas dit que les herpès circiné et iris de MM. Gibert et Cazenave reconnaissaient toujours pour cause le trichophyton et différaient essentiellement des herpes phlycténodes et zoster qui constituent des manifestations arthritiques et dartreuses?
M. Cazenave a donc eu tort de croire qu’il n’existait entre les diverses espèces d’herpès que des différences de forme ou de siège.
Enfin, notre collègue, après avoir décrit l’herpès circiné, ajoute qu’il existe une variété qui n’a été que rarement observée en France, mais qui est très fréquente en Angleterre, variété qu’il a désignée du nom d’herpès tonsurant. Nous admettons l’existence de cette affection, mais nous ne saurions accepter la dénomination que lui donne M. Cazenave : ce n’est pas, en effet, l’herpès qui détermine la tonsure, mais le champignon, le trichophyton, dont cette affection est l’effet; aussi pensons-nous que, si l’on veut conserver l’épithète tonsurant, il faut la faire précéder du mot mycoderme et non de l’expression herpès. D’ailleurs, on comprend facilement pourquoi M. Cazenave a commis celte erreur, quand on sait que cet auteur a méconnu l'étiologie parasitaire de l’herpès circiné.
M. Gibert a admis les six variétés de Dalcman, mais a changé un peu l’ordre dans lequel l’auteur anglais les avait décrites et a fait successivement l’histoire des herpès lahia/is, zoster, phlyctenodes, prœputialis , circinatus et iris. Cet auteur a admis la nature parasitaire de l'herpès circiné, a reconnu que cette variété constituait la première période de la teigne tonsurantc, qu’elle était sus-
DES ESPÈCES D’nERPÈS.
ceptible de se communiquer d’un individu à un autre, et môme de l’animal à l’homme et réciproquement. Toutefois M. Gibert a cru devoir se demander s’il n’existait pas un herpès circiné non parasitaire et a résolu à peu près affirmativement cette question. Il a écrit en effet :
« Plusieurs faits bien observés me portent à croire à l’existence d’un herpès circiné non parasitaire. » Nous devons avouer que pendant un certain temps nous nous sommes rendu l’éditeur responsable de cette opinion. Depuis, nos convictions ont changé, et nous croyons pouvoir affirmer aujourd’hui que l’herpès circiné reconnaît toujours pour cause l’existence du trichophyton.
M. Gibert semble aussi partager nos opinions sur l’herpès iris, puisqu’il a écrit : « V herpes iris, espèce beaucoup plus rare que la précédente ( herpès circiné), n’en est sans doute qu’une dégénération. » C’est qu’en effet l’herpès iris, tel que l’a décrit M. Gibert, n’est qu’un herpès circiné, h anneaux multiples et concentriques, qui reconnaît constamment pour cause la germination de trichophyton.
Mais si M. Gibert a admis la nature parasitaire des herpès iris et circiné, il a méconnu celle des autres variétés et s’est contenté d’avancer cette proposition : « L’herpès peut reconnaître chez certains individus les causes générales des maladies darlreuses.
M. Devergic a commis un grand nombre d’erreurs et de contradictions dans la description de l’herpès.
Au commencement de cet article il écrit : « Il existe si peu d’analogie entre la maladie que l’on doit désigner uniquement sous le nom d’herpès et les trois autres variétés
94 ThOISlÈME LEÇON,
zona, herpès phlycténoïde et herpès iris, que je ne saurais trop m’élever contre cette réunion de ces quatre affections sous le même nom.
» Pour moi, j’appelle herpès toute maladie vésieuleuse de sa nature qui s’étend en surface par sa circonférence au moyen d’un cercle ou bourrelet morbide, soit que le
centre se guérisse, soit qu’il continue à rester malade
Je dis que les vésicules d’herpès ne ressemblent en aucune façon aux vésicules des herpès phlycténoïde, du zona et de l’herpès iris; qu’il n’y aurait pas de raison pour ne pas appeler herpès l’eczéma qui est tout aussi et même plus vésiculeux que lui. Je n’hésite donc pas à retrancher de ces trois atl'ections le mot herpès et à les dénommer simplement par les mots : zona, phlycténoïde et iris. »
11 doit vous paraître évident, d’après ces lignes, que M. Devergie ne regarde pas le zona, l’herpès phlycténode et l’herpès iris comme des herpès, qu’il ne doit paà les décrire dans le chapitre consacré 4 l’herpès, et cependant quelques lignes au delà vous lirez :
« Nous divisons les variétés d’herpès en deux classes et admettons des herpès à petites vésicules et des herpès à grosses vésicules; les herpès à petites vésicules comprennent des formes simples, qui sont les herpès circiné, nurnmulaire, du bout du nez et de la pulpe des doigts, tonsurant, crétacé, et des formes composées, qui senties herpès eczémateux, lichénoïde, pemphigoïde, proriasiforme, rupiforme, lupiforme.
» Enfin, la classe des herpès à grosses vésicules comprend le zona, les herpès phlycténoïde, labial, préputial, l’herpès iris (que dans la première édition l’auteur avait placé parmi
les herpès à vésicules extrêmement ténues) et l’herpès en trainée », c’est-à-dire les trois variétés auxquelles M. Devergie refusait plus haut le titre d’herpès !
N’est-il pas évident qu’en ce sujet comme en beaucoup d’autres notre collègue s'est payé de mots : à quoi sert de s’élever contre la réunion, sous le nom d’herpès, du zona, de l’herpès phlycténode et de l’herpès iris, pour placer ensuite ces trois affections dans la classe des herpès à grosses vésicules?
M. Devergie admire sa division des herpès en herpès à petites vésicules et herpès à grosses vésicules. » L’histoire que nous venons de tracer, dit-il, justifie les deux divisions que nous avons adoptées. Aucune uniformité de causes, de forme morbide, de marche, de terminaison, de traitement entre ces deux groupes de forme.
» Dans les herpès à petites vésicules, tendance à la chronicité, reflet de gastralgie ou d’entéralgie ou enfin du tempérament bilioso-lymphaliquc, etc.
» Au contraire dans les herpès à grosses vésicules, prodromes, étal inflammatoire toujours assez prononcé, marche régulière de chaque affection, terminaison franche par résolution, etc. »
Sans doute, si ces différences étaient réelles, on pourrait accepter la division de M. Devergie, mais il n’en est nullement ainsi. — Les herpès circiné, nummulaire, et tonsurant, placés parmi les herpès à petites vésicules reconnaissent le Irichophylon pour unique cause, tandis que l’herpès crétacé est une manifestation de la scrofule et aucune de ces variétés n’est le reflet de gastralgie, d’entéralgie ou du tempérament bilioso-sanguin.
9 fi TROISIÈME LEÇON.
Les herpès du bout du nez et de la pulpe des doigts, et l’herpès crétacé ne peuvent pas être considérés comme des herpès.
Qu’est-ce que l’herpès circiné du bout du nez et de la pulpe des doigts? «Cette affection, dit M. Revergie, était caractérisée dans l’un des deux cas qu’il a observés, par une très légère tuméfaction de la peau siégeant au bout du nez et à la pulpe des doigts de la main gauche, tuméfaction dont la partie centrale était blanche et que circonscrivait un bourrelet rosé et circulaire, — il se formait de temps en temps de légères furfures, la surface malade était au doigt de la largeur d’un centime, elle avait un peu plus d’étendue au bout du nez. »
Retrouvons-nous dans celle description les caractères que M. Revergie a assignés à l’herpès, c’est-à-dire une surface vésiculeuse s’étendant en surface par la circonférence ?
« L’herpès crétacé est caractérisé par une tache arrondie, très limitée, qui, au lieu de sécréter un liquide, se recouvre de petites écailles blanches, adhérentes entre elles, de façon à former une couche assez semblable à de la craie, un peu teintée de jaune et de gris pâle. La maladie suit une marche très lente, mais quand on l’examine de près, on voit que, tout en affectant une forme arrondie, elle est terminée à sa circonférence par un liséré rouge, c’est par là qu’elle s’étend ! »
Quel autre caractère appartenant à l’herpès que l’extension centrifuge trouverez-vous dans cette description? Estce là un herpès? Pour nous l’herpès crétacé de M. Devergie est, comme nous venons de le dire, un lupus acnéique
de nature scrofuleuse dont vous trouverez la description dans notre Traité de la scrofule.
Quant aux formes composées, aux herpès eczémateux, lichénoïde, lupiforme, rupiforme, psoriasiforme, nous les rejetons complètement et les considérons non comme des herpès, mais comme des eczéma, des lichen, des lupus revêtant une marche herpétiforme, envahissante du centre à la circonférence.
Ainsi des onze variétés d’herpès à petites vésicules admises par M. Devergie, huit doivent être rejetées et les trois autres doivent être regardées comme des affections parasitaires.
Quant aux variétés d'herpès à grosses vésicules, il en est seulement deux, le zona et l’herpès phlyclénoïde, qui présentent constamment des prodromes, une marche régulière. Aussi les avons-nous placées parmi les pseudoexanthèmes. Mais l’herpes labialis, l’herpes præputialis ne sont pas toujours précédés de prodromes, n’offrent pas toujours celte prompte terminaison par résolution que M. Devergie a assignée à toutes les variétés de la seconde classe. Enfin, notre collègue n’a-t-il pas écrit que l’herpes labialis était quelquefois le reflet d’un mauvais état des voies digestives, faisant ainsi preuve d’une inconséquence remarquable, puisqu’il avait déjà donné comme caractère important des herpès à petites vésicules, l’existence de la gastralgie 1
Ainsi la division de M. Devergie ne repose sur aucune base, pas même sur une base anatomique, puisque certaines variétés ne présentent pas de vésicules; elle doit être rejetée. Si maintenant nous passons en revue les descrip- Baux. 7
lions que M. Devergie a faites des diverses espèces d’herpès, nous constaterons qu’elles sont çà et là parsemées d’erreurs.
Dans le chapitre consacré à l’herpès circiné, M. Devergie a écrit que le développement des cryptogames dans cette variété n’était que secondaire ; que c’était une grave erreur de croire avec les micrographes que le champignon était la cause de l'affection et qu’il suflisait de le détruiro pour obtenir la guérison; que comme caractère de l’herpès circiné il pourrait donner sans doute celui qui est tiré de l’existence du végétal ; mais que le parasite n’étant pas constant; tout le monde n’ayant pas un microscope à sa disposition, il le regardait comme un caractère de luxe pour le praticien.
N’est-il pas vrai que ces lignes contiennent autant d’erreurs que de phrases 1 Est-il permis à un médecin sérieux d’aflirmer aujourd’hui que dans l’herpès circiné le trichophylon est accessoire, secondaire, et que l’ou peut obtenir lu guérison de cette affection avec d’autres agents thérapeutiques que les parasilicides I que l’examen microscopique est un moyen secondaire parce que le microscope n’est pas entre les mains de tous les médecins 1
A l’exemple de M. Cazenave,M. Devergie admet et décrit un herpès lonsurant, expression vicieuse que l’on doit remplacer, vous ai-je dit, par celle de mycoderme lonsurant. Dans le cours de cette description l'auteur écrit : « Celte affection est d'ailleurs très rebelle et l’on pourrait jusqu’à un certain point la comparer sous ce rapport à la teigne ; il y a plus, suivant M. Bazin, elle résiste plus que la teigne, mais personne, je crois, ne partagera celte manière de voir. »
M. Devergie a mal compris notre pensée, mal interprété nos paroles : nous n’avons pas prétendu que l’herpès tonsurant était plus grave que la teigne (c’eût été une absurdité, puisque l’hcrpcs tonsurant est pour nous une des périodes d’une teigne), mais que la teigne tonsurante du cuir chevelu, dont l’herpès tonsurant n’est qu’une des phases, était plus rebelle que le favus, et nous avons écrit : « La teigne tonsurante est une affection moins grave que la teigne faveuse, car on n’a pas à craindre comme dans cette dernière ni la mort, ni la cachexie qui la précède, mais en dehors de ce point de vue la teigne tonsurante est au contraire plus sérieuse, elle a une durée fort longue.... »
Je n’ai d’autre particularité â vous mentionner touchant les herpes phlyctenodes, præputialis et labialis que l’admission par M. Devergie de deux formes d’herpes labialis, l’une aiguë consécutive aux fièvres éruptives, l’autre chronique et consécutive h des phénomènes d’embarras gastrique. Quant à l’herpes iris, M. Devergie le considère comme le reflet d’un état gastralgique. Nous dirons tout à l’heure ce que nous en pensons, mais n’oubliez pas ce fait important, à savoir que dans la première édition de son ouvrage M. Devergie avait placé celle variété dans les herpès à vésicules extrêmement ténues.
L’herpès en traînée est une affection qui apparaît sur les membres, la face interne de l’avant-bras, du bras et des jambes, chez les jeunes gens principalement, et présente une forme rubanée. C’est une variété insignifiante.
Enlin M. Devergie admet un herpès syphilitique, mais il est facile de se convaincre que, sous ce nom, il a décrit une tout autre affection qu’un herpès. Cet auteur a écrit,
en effet, page 683 : « L’herpès syphilitique est assez commun; il comporte les variétés d’herpès circiné ou nummulairc. Rien ne répond à l’herpes phlyctenodes ou au zona. On n’aperçoit pas de vésicules; c’est la forme, la couleur et le siège qui établissent l’analogie entre l’herpès circiné simple et la syphilide herpétique. La maladie apparaît sous forme de petites taches qui s'élargissent rapidement et se transforment en rougeurs circinées. Mais, tandis que, dans l’herpès, les vésicules sont manifestes, là elles sont souvent inappréciables, n’amènent pas de démangeaisons sensibles et prennent rapidement la couleur des svphilides. »
Ne vous semble-t-il pas évident que l’on ne peut regarder comme un herpès une affection dont les vésicules ne sont pas apparentes?
Ecole d’ Alibert . — Alibert a rangé l’herpès de Willan dans la classe des dermatoses eczémateuses, et l’a décrit sous le nom d 'olophlyctide.
« 1,’olophlyctide est un eczéma, dit-il, se manifestant par des vésicules réunies sous forme de plaques circonscrites sur une ou plusieurs parties des téguments. Ces vésicules, dont la base est très enflammée, s’affaissent avec assez de rapidité et se desséchent vers le septième jour pour donner naissance à des croûtes ou à des écailles grisâtres. »
Alibert admet les espèces suivantes d’olophlyctide : l’olophlyctide miliaire, l’olophlyclide volatile, les olophlyctides prolabiale, progènilale et hydroïque.
L’olophlyctide miliaire correspond aux herpes phlyctenodes, circiné et iris de Willan et Bateman. Alibert en donne la description suivante : t L’olophlyclide miliaire est caractérisée par des vésicules petites, ressemblant à des
perles, se développant comme par grappes le long du cou, sur le devant de la poitrine, aux joues, aux mains ou sur tout autre point de la surface du derme. L’éruption dure un septénaire, et si elle se continue plus longtemps, c’est que les vésicules se succèdent. La matière des vésicules, d’abord diaphane, ne tarde pas à devenir opaque. »
Évidemment cette description se rapporte à l’herpès phlycténode.
Mais plus loin, Aliberl ajoute que les herpès circiné et iris sont des formes de l’olophlyclide miliaire. C’est pourquoi nous avons dit que l’olophlyctide miliaire correspondait aux herpès phlycténode, circiné et iris.
« L’olophlyctide volatile correspond, dit Alibert, à la maladie connue sous le nom de feu de dents, feu volage des enfants. L’éruption attaque le menton, les lèvres, les joues, toute la face, se convertit en croûtes légères sans autre symptôme incommode qu’un léger prurit; ce sont de petites phlycténes qui caractérisent l’olopblyctide dont il s’agit. Souvent aussi, ce sont des pustules blanches dans leur milieu et marginées par une auréole d’un rouge plus ou moins intense; ces pustules forment des plaques séparées par des intervalles de peau saine; elles affectent presque toujours une disposition circulaire. Quand les enfants sont mal constitués, elle dure quelquefois longtemps. »
L’olophlyctide prolabiale correspond à notre herpes labialis. Alibert regarde celte affection comme critique et de bon augure quand elle succède aux fièvres ; mais il faut, pour qu’elle soit critique, que d’autres signes de la coction l’accompagnent. « En tout cas, ce qu’il y a de
certain, ajoutc-t-il, c’est que la nature choisit souvent
cette voie pour effectuer des solutions morbides. »
L’olophlyctide progénitale répond aux herpes præputialis et vulvaris, et enfin l’olophlyctjde hydroïque, à la miliaire et aux sudamina.
Il n’est pas question, parmi toutes ces variétés, du zona, parce qu’Aliberl décrit cette affection comme un gonre spécial des dermatoses eczémateuses.
Telles sont les variétés d’olophlvctide ou d’herpès admises par Alibert, variétés mal décrites, dont deux, l’olophlyctide hydroïque et l’olophlyctide volatile, ne doivent pas être considérées comme des herpès, et à la nature desquelles le célèbre dermatologiste n’a pas cherché à remonter. Pourquoi d’ailleurs remplacer l’expression d’herpès parcelle d’olophlyclidc? Alibert a prétendu qu’il avait agi ainsi * parce que le mot herpès, dont l’étymologie révèle la juste signification, était déjà connu pour exprimer un genre de dermatoses rampantes tellement réfractaires aux moyens de l’art, que leur opiniâtreté est pour ainsi dire passée en proverbe, et que les espèces du genre de celles qu’il désignait sous le nom d’olophlyclide présentaient de tout autres caractères, i Mais Willan et Bateman n’avaient-ils pas assigné à l’expression herpès une signification nette et précise qu’Àlibert aurait pu admettre aussi bien que nous?
Joseph Frank définit Y herpès : une éruption accompagnée de démangeaisons, presque toujours serpigineuse, souvent périodique et apparaissant sous forme tantôt de papules rouges et brunâtres, tantôt de pustules; il admet un herpès farineux, un herpès miliaire et un herpès rongeant.
L’herpès farineux comprend le pityriasis et le psoriasis, alléchons qui ne sont rien moins que dos herpès.
Sous le nom d’herpès rongeant, Frank décrit le porriyo favosa de Bateman, le sy cosis menti et le lichen piloris du même auteur.
Enfin la description que Joseph Frank donne de l’herpès miliaire s’applique à l’herpès phlycténode, l’herpès iris* l’herpes squamosus inadidans, l’herpès centrifuge, l’herpès
lichénoïde, cl aux herpes præpulialis et vulvaris
toutes affections qui, différentes par leur nature, portent néanmoins un nom semblable : herpès miliaire. Joseph Frank, envisageant ensuite la nature de l’herpès, en admet cinq sortes : l’herpès arthritique, l’herpès scorbutique, l’herpès syphilitique, l’herpès scrofuleux et l’herpès carcinomateux.
D’autre part, Joseph Frank écrit dans le chapitre consacré à Xhydroa : « l’hydroa, du mot grec «Tp»;, sueur, est caractérisé par des papules ou des pustules de la grosseur d’un grain de mil, qui apparaissent tout d’un coup, s’accompagnent de démangeaisons, sont passagères et se terminent souvent par de petites écailles ou par des croûtes ; il existe quatre espèces d’hydroa : l’hydroa sudamen, qui répond à l’affection que nous désignons sous lo nom de sudamina, l’hydroa fébrile, qui répond à l’herpes labialis, l’hydroa critique et l’hydroa nerveux. »
Les définitions que je viens de vous donner, les divisions que je vous ai énumérées suffiront, je pense, pour vous faire entrevoir la confusion déplorable qui existait dans les idées’du médecin de Vienne sur les affections cutanées.
M. Hardy n’admet pas l’herpès comme genre spécial,
considère l’herpès phlyclénode comme un zona, les herpès præputialis et vulvaris comme des eczéma, et conséquemment comme des affections darlreuses, décrit le zona parmi les affections cutanées accidentelles, et l’herpès circiné sous le nom de Iricliophylie circinée parmi les affections parasitaires. Nous avons déjà réfuté les opinions que professe notre collègue relativement à l’herpès ; il est donc inutile d'y revenir.
Telles sont les divisions et les variétés qu’ont adoptées les willanistes et les alibertistes ; si vous les examinez avec attention, vous resterez sans doute convaincus que Willan et ses adeptes ont été beaucoup plus logiques que les partisans d’Alibert ; qu’ils n’ont pas confondu l’espèce et le genre, placé l’espèce à la place du genre. Néanmoins les divisions des willanistes ont le tort de ne pas reposer sur la nature des affections, mais seulement sur la forme , le siège ou d’autres considérations moins bonnes encore, et ne sauraient dès lors être conservées.
Il nous reste, pour terminer celle leçon, à vous énumérer les divisions de, l’herpès que nous avons admises, à vous décrire les variétés que l’on doit accepter à notre époque.
Nous admettons deux classes d’herpès : des herpès de cause externe et des herpès de cause interne.
Les herpès de cause externe sont les herpès circiné, simple, à anneaux multiples et nummulaire, qui reconnaissent pour origine l’existence d’un parasite végétal , et les herpes præputialis, vulvaris, labialis , qui dans certains cas sont dus à l’action de substances irritantes, telle que la matière sébacée qui s’accumule entre le gland et le prépuce (herpes præputialis), etc.
Les herpès de cause interne sont les herpès zosler et phlycténode, pseudo-exanthèmes qui constituent tantôt des manifestations arthritiques, tantôt des manifestations dartreuses et d’autres fois sont idiopathiques ; l’hydroa, dont nous avons fait un genre à part voisin de l’herpès, que nous pouvons considérer ici, pour éviter des répétitions, comme un herpès tantôt aigu, mais le plus souvent successif et chronique, et qui constitue toujours une affection arthritique; les herpes labialis, præpulialis, vulvaris, qui
doivent être regardés comme des affections pseudo-exan-
thématiques, quand ils offrent une marche aiguë, et sont précédés ou accompagnés de phénomènes généraux, et au contraire, comme le reflet d’une maladie constitutionnelle, quand ils présentent des récidives, offrent une longue durée, etc.
Voici d’ailleurs le tableau synoptique de notre division de l’herpès et des espèces de cette affection que nous admettons :