‹ Leçons théoriques et cliniques sur les affections génériques de la peau professés par le Docteur Bazin, médecin de l'ĥopital de SaintLouisChapitre 18 sur 27 · CHRONIQUE · texte numérisé non relu

CHRONIQUE

f Herpes præpuüa- 1 lis, vulvaris, etc.

Iuiopathiuue

l'^El'DO- EXANTHEMATIQUE.

1 Hérités labialis.

\ Herpes prd’putia-

) lis, vulvaris.

Zona, herpès v phlyctéuode.

lOfi TROISIÈME LEÇON.

Description succincte de toutes nos variétés d'herpès. — 1“ Her/jès parasitaires. — Ces variétés d'herpès constituent des affections vésiculeuses que l’on observe communément dans la période de germination du trichophyton. Elles sont en général précédées par un prurit simple ou accompagnées au contraire de battements, de picotements et d’élancements. Chez quelques malades, les démangeaisons sont très vives, les obligent à se gratter et deviennent ainsi la cause du transport de la maladie d’un point en un autre du corps. Que de fois, soit à notre consultation, soit dans nos salles, n’aurez-vous pas l’occasion d’observer des malades adectés de teigne tonsuranle de la face et présentant sur le dos de la main, le poignet, la face externe de l’avant-bras, des cercles herpétiques, dont le premier j’ai indiqué la véritable origine dans mon Traité des teir/nes. » Quand le mal occupe la face, ai-je dit page 152, ce qui arrive le plus souvent, on ne se gratte pas ordinairement avec les ongles, comme dans le cas où il siège au cuir chevelu ; on se sert plus volontiers du dos de la main, du poignet avec lesquels on frotte plus ou moins vivement les points ou les démangeaisons se font sentir cl où existe le trichophvton, et l’on devient ainsi soi-même une source de contagion. » Ne comprenez-vous pas également que, si l’herpès circiné est plus souvent observé sur le membre droit que sur le gauche, c’est parce qu’on se sert moins souvent du second que du premier?

Quoi qu’il en soit, en même temps que le prurit ou peu de temps après apparaissent tantôt des bandes rouges de forme annulaire sur lesquelles se développent un grand nombre de vésicules extrêmement petites ; tantôt des cercles

DES ESPÈCES D’HERPÈS, érythémateux à la circonférence desquels les vésicules sc réunissent pour former un bourrelet analogue à celui de l’erylhema marginatum.

Les vésicules n’offrent qu’une durée éphémère, aussi ne constate-t-on le plus souvent que des cercles ou des bourrelets érythémateux à la surface desquels existe une desquamation épidermique.

Cette affection présente une tendance remarquable à s’étendre d’une manière excentrique par la production de poussées vésiculeuses qui se font à la circonférence, et permettent ainsi â l’affection d’acquérir des dimensions remarquables lors même qu’elle a pour point de départ un seul groupe très circonscrit. Aussi n’est-il pas rare de voir des cercles ou des arcs de cercle d’herpès circiné embrasser dans leur courbure la plus grande partie de la face du cou et môme du thorax.

L’herpès circiné constitue, avons-nous dit, l’une des formes éruptives sous lesquelles se traduitd’abordle Irichophylon quand il se développe sur la peau de l’homme ; une autre forme beaucoup plus rare est celle que l’on a désignée sous le nom d 'herpès iris ; elle est caractérisée par l’existence d’un cercle herpétique autour duquel s’en développe un deuxième et même quelquefois un troisième. Ces divers cercles concentriques peuvent offrir des nuances variées dues à l’évolution successive dos divers cercles.

Parfois un groupe de petites vésicules existe au centre du premier cercle; d’autres groupes plus ou moins irréguliers peuvent aussi se rencontrer çà et là dans les intervalles des anneaux concentriques.

Mais est-ce bien là 1 ’herpes iris de Balernan?

J’avoue que la lecture des livres de MM. Gibert, Cazenave et Devergie (t re édition) ne me laissait aucun doute sur ce point, quand un l'ait très remarquable d’hydroa est venu ébranler ma croyance et m’engager à consulter l’original, Bateman lui-même.

Or, après une lecture attentive et répétée de l’auteur anglais, je n’hésite pas à déclarer que la description donnée par Bateman de l’herpès iris s’applique à une variété d’hydroa aigu, plus rare encore que l’hydroa successif et chronique, et non pas à l’herpès parasitaire, à anneaux multiples et concentriques (1).

Comme il importe d’éviter la confusion entre ces deux

(I) Celte opinion est corroborée par le changement que M. Devergie a apporté au classement des diverses espèces d'herpès, dans sa deuxième édition : l’herpès iris qui, dans la première, faisait partie des herpès à vésicules extrêmement ténues, figure dans la seconde parmi les herpès à grosses vésicules.

Voici d'ailleurs un fait des plus remarquables, qui nous parait trancher la question d'une manière définitive; il a été recueilli, par M. Bougie, interne de mon service.

Hyukoa vtsicui.El’X. — Pavillon Saint-Mathieu, lit n° GO. — Baivin (Eugène), âgé de dix-neuf ans, brunisseur, entre dans le service le 24 janvier 18G2.

Antécédents de famille :

Père mort depuis longtemps, sur lequel il ne peut nous donner de renseignements positifs.

Mère morte, il y a dix-huit mois, d'un cancer du sein.

Antécédents du malade :

Pas d'antécédents scrofuleux ni syphilitiques, line seule blenuorhagic déclarée il y a un an, d’une durée d'un mois environ.

Donne constitution, système musculaire bien développé. Pas de troubles manifestes du côté de l'estomac ni des autres viscères, si ce n’est un peu do tendance à la constipation. Pas de rhumatismes ni de névralgies.

Il y a deux ans, première apparition de l'afTection pour laquelle il entre aujourd'hui dans le service. Début brusque, sans prodromes cl sans phénomènes généraux, seulement un peu de cuisson dans les points qui étaient le siège de l'éruption. Durée de trois semaines environ. Depuis cette époque.

sortes d’herpès iris, j’ai hâte de vous en faire connaître lès caractères différentiels.

L’herpès iris de Bateman est un herpès à grosses vésicules, comme le phlvcténode; l’herpès iris parasitaire est un herpès à vésicules presque imperceptibles, comme le circiné. Ce caractère est de la plus haute importance sans doute, mais il ne suffit pas. Dans la première affection, il existe parfois des prodromes, et la marche est plus rapide

iteux nouvelles apparitions de l'hydroa, reproduites à six mois de distance et dans les niâmes conditions que la première fois, c’est-à-dire sans prodromes et sans réaction marquée sur l'économie. Durée chaque fois d'un mois environ.

Dans l’intervalle des éruptions, notre sujet se portait très bien, il n'a du reste jamais eu aucune autre affection cutanée.

Le 18 janvier dernier, quatrième apparition de l'hydroa et celte fois le malade se décide à entrer à l'hôpital.

État actuel :

Au point de vue du siège topographique de l'affection, notons d'abord un , fait intéressant, c'est qu'elle occupe certaines régions bien limitées, savoir : les deux mains, les deux genoux (face antérieure), les deux pieds, enfin la muqueuse buccale.

1° Aux mains. C’est sur le dos de la main droite que l'éruption a débuté, et c'est en même temps dans ce point que les éléments anatomiques sont le mieux caractérisés. On y voit un certain nombre de taches ou plaques à leurs différentes périodes d’évolution.

Dans les plaques à l'état de développement complet, on remarque :

A. — Au centre, une petite ermite jaunâtre ou même brunâtre et ombiliquée ; sur certaines plaques, l’ombilic est très marqué et la circonférence de la croilte parait encore molle, soulevée par un peu de sérosité ;

B. — Eu dehors de la petite croilte centrale, une zone d’un diamètre de 3 à l millimètres et d'une coloration rouge lie de vin des plus caractéristiques résultant d'un travail inflammatoire manifeste;

C. — En dehors du disque rouge une aréole blanchâtre demi-transparente, composée d’niie masse de petites vésicules réunies, confondues en grande partie, et disposées de manière à former un bourrelet circulaire et comme bulleux ;

D. — Enfin Immédiatement en dehors de cette aréole blanchâtre, une nou-

que dans la seconde. Tout cela est juste, mais tout cela

ne suffît pas pour le diagnostic.

Comparons donc les deux affections dans leurs caractères objectifs et dans leur évolution, et nous allons trouver des signes différentiels qui ne permettent pas de les confondre.

Le siège topographique n’est pas le même : dans l’iris de Baleman , l’affection occupe constamment le dos des mains, la paume des mains, les doigts, les genoux, les pieds, la muqueuse des lèvres et de la bouche ; dans l’iris

voile zone rougeâtre^ d'uue coloration moins vive que la première, d'un diamètre également beaucoup moindre.

La largeur des plaques ainsi complètement développées varie entre celle d'uue pièce d’un Irunc et celle d'une pièce de 50 centimes.

Dans le voisinage de ces plaques, nous eu tiouvous d'autrps moins avancées qui nous présentent ;

Au centre, la petite croûte brunâtre entourée d'uu bourrelet blanchâtre qui l'enchâsse, puis en dehors, la zone rouge qui ne fait que commencer à paraître.

Il nous reste à décrire le mode de développement de l’éruption, et il nous est permis de le saisir très nettement sur certains points, notamment sur le dos de la main droite.

Tout à fait au dcbuL, comme premier phénomène, dans les points qui vont être le siège de l'éruption on aperçoit une légère tache rosée, qui, ne tardant pas à disparaître, est remplacée par une vésicule unique de la grosseur d’un grain de millet.

Cette vésicule se dessèche bientôt à son centre, s'ombilique et donne ainsi lieu à l'apparition de la petite croule centrale, pendant que sa périphérie reste encore saillante et soulevée par un peu de sérosité, qui lui donne une coloration d'un blanc jaunâtre.

Comme phénomène secondaire, il survient autour de la petite croûte un travail inflammatoire qui se traduit par la présence d’une zone d'un rouge violacé, puis eu dehors de la zone rouge apparaît le cercle blanchâtre composé de vésicules réunies et dont l’ensemble constitue une sorte de bulle circonfcrenlielle. Knfin au pourluur du cercle bulleux il se développe une deuxième zone colorée eu rouge, d'une nuance moins vive.

Ce qu’il ) a d'important à remarquer, c’est l'apparition secondaire <Ju cercle rouge inflammatoire entourant la vésicule centrale, parfaitement dis-

parasitaire, toutes les régions indistinctement, mais particulièrement les poignets et les seins, les parties découvertes.

Dans l’herpés à grosses vésicules, les plaques sont plus nombreuses que dans l’iris à vésicules très ténues.

Ces plaques sont bien différentes, quant aux dimensions, à l’aspect et à la disposition des éléments qui les constituent dans les deux espèces d’herpès.

linct et limité. C’est là un des caractères qui servent à distinguer l'hydroa vésiculeux de l’herpès phlycténoïde.

Kn effet dans l'herpès, les réunions de vésicules se développent toujours sur une surface rouge enflammée piimitivement et à contours irréguliers. Tandis que nous voyons dans l’hydroa une zone rouge lie de vin à contours nets et circonscrits ap|taraissant après le dcvclop[>ementde la vésicule initiale, à l’existence de laquelle elle parait entièrement subordonnée.

Dans l’intervalle des plaques, la peau est tout à l’ait saine, sans la moindre rougeur, sans la moindre tuméfaction. De plus le malade n’accuse pas de douleurs dans les points qui sont le siège de l’éruption, ni de démangeaisons, il éprouve seulement par instants un peu de chaleur et de tension.

A la paume des maius, les plaques sont un peu moins larges et la croûte du centre parait mettre un peu plus de temps à sc former, à cause sans doute de la résistance plus considérable de l’épiderme. Les diverses nuances de coloration sont tout aussi manifestes que sur la région dorsale, la zone rouge est même d’uu ton plus vif encore.

Au niveau des doigts, on observe certaines plaques où les divers éléments sont un peu moins nettement séparés, dans quelques-unes même le bourrelet de la périphérie s’est réuni à la vésicule du centre, et le tout forme une sorte de bulle volumineuse entourée d’un cercle rouge.

On pourrait ainsi, à juste titre, voir dans ces points un mélange d’hydroa bulleux et d’hydroa vésiculeux.

2° Aux pieds, les plaques sont un peu moins nombreuses, elles se rapprochent comme disposition de celles que nous venons de décrire à la paume des mains.

3* A la face antérieure des genoux, quelques plaques rares pai fadement isolées, éga'ement un peu moins développées que celles des mains.

4° Muqueuse buccale. — La lèvre inférieure est rouge, luméflée et présente à sa surface muqueuse un certain nombre de plaques (approchées, moins bien caractérisées au point de vue des nuances décoloration. Leur évolution

Dans l’hydroa ou iris de Ba Léman, la plaque est continue; les éléments qui la composent sont rapprochés, contigus; l’évolution de celle plaque a lieu de la manière suivante : à une tache rosée, éphémère, succède bientôt une vésicule qui s’ombiiique, se déprime à son centre, qui se transforme en une petite croûte brunâtre ou noirâtre, tandis que la circonférence s'affaisse et forme comme un cercle blanchâtre. En dehors de ce cercle se produit une

y est plut rapide, elles paraissent se transformer promptement en une sorte d'exsudation jaunâtre adhérente à la muqueuse.

La langue n’est pas exempte non plus, elle présente, notamment vers la pointe et sur les bords, de la rougeur ainsi que des plaques rudimentaires.

Rien sur le voile du palais ni dans l'arrière-gorge.

La présence de l’éruption sur la muqueuse buccale donne lieu à de la gène de la mastication avec sécheresse de la bouche et un peu de ptyalisme.

Comme symptômes généraux, un peu de céphalalgie et de perte d’appétit, pas la moindre réaction fébrile.

Traitement. — Un bain simple, une légère purgation.

Dès les premiers jours qui suivent l’entrée du malade, l’éruption se modifie manifestement ; quelques plaques nouvelles se développent sur les mains, tandis que les premières perdent un peu de leur coloration qui pâlit surtout sous l'influence des bains.

La muqueuse buccale se dégage assez rapidement, la lèvre inférieure revient à son volume normal, et la sécheresse de la bouche ainsi que la sali* vation tendent à disparaître.

L’état général se maintient très bon. Le malade mange deux portions avec appétit.

Comme traitement, on continue l’usage des bains simples.

Au bout d’un septénaire de séjour dans le service, c’est-à-dire environ douze jours après le début de l'affection ou observe un changement bien évident dans les éléments de l'éruption.

Les plaques ont perdu leurs nuances de coloration, elles s’affaissent de plus en plus, il n’y a plus de traces do sérosité. L’épiderme dans tous les points qui étaient le siège de l’éruption se dessèche et ne tarde pas à se séparer sous forme de squames rondes laissant à découvert des surfaces rosées pourvues d’un épiderme nouveau et sans dépression.

Sur la muqueuse buccale, il ne reste pas la moindre trace de l’éruption.

Le 14 février 1862 le malade sort du senice.

aréole inflammatoire d’un rouge plus ou moins foncé; en dehors de cette aréole a lieu une nouvelle production de vésicules phlycténodes rapprochées et confondues de manière à former un bourrelet circonférentiel, saillant, d’un blanc jaunâtre, qui ne tarde pas à être environné luimême par une seconde aréole inflammatoire d’un rouge plus ou moins vif. Baleman parle d’un troisième, d’un quatrième groupe excentrique de vésicules avec de nouveaux cercles rouges; il n’y en avait point dans les faits que nous avons observés.

Sur ces plaques de l’iris de Bateman, les nuances de couleur sontparfailement tranchées : ainsi on observe, du centre à la circonférence, une tache d’un brun jaunâtre, puis un cercle rougeâtre, un bourrelet blanchâtre et enfin un cercle d'un rouge vif. L’étendue de la plaque dépasse rarement la dimension d’une pièce de douze sous, suivant Bateman, c’est-à-dire les dimensions de notre pièce d’un franc.

Dans l’iris parasitaire, les plaques sont généralement plus larges, offrent des dimensions qui varient depuis celles d’une pièce de deux francs jusqu’à celle d’une pièce de cinq francs, sont moins saillantes et présentent des nuances moins diversifiées; leur évolution est plus rapide et se dérobe presque toujours à l’œil de l’observateur. Le centre de la plaque est tantôt vide, tantôt rempli par un groupe de petites vésicules, le plus souvent en desquamation; puis vient le premier anneau, cercle rouge, ou simplement érythémateux, ou couvert de petites granulations vésiculeuscs, ou de légères squamules; en dehors de ce cercle, quelques petits groupes vésiculeux ou squa-

Baiis. *

HJ TROISIÈME LEÇON,

meux, puis un second anneau. Dans la plupart des cas, la plaque n’a que deux anneaux concentriques ; mais quelquefois il y en a trois, et alors le second se trouve séparé du troisième par des groupes vésiculeux ou squameux analogues à ceux qui existent entre le premier anneau et le second.

On voit, d’après cette description, qu’il n’est pas possible de confondre l’iris de Batcman avec l’iris parasitaire; nonseulement le siège topographique et la marche des deux affections sont différents, mais encore les plaques, dans le premier cas, sont généralement plus petites, plus multipliées, plus saillantes, pleines et recouvertes de croûtes et de vésicules phlycténoïdes; tandis que, dans 1 herpès parasitaire, les anneaux sont distants, écartés les uns des autres, séparés par des espaces qui ne sont pas complètement recouverts de vésicules ou de squames ; il existe des points où la peau parait saine, et on n’observe ni croûtes ni vésicules phlycténoïdes, etc.

Ce n’est guère que dans l’hydroa aigu qu’on peut bien constater l’existence de tous les caractères signalés pour la première fois par Baleman. (Voyez la description de l’hvdroa.)

Dans l’hydroa successif et chronique, on ne trouve presque toujours qu’une seule vésicule, et souvent même, sur beaucoup de points , il n existe qu une simple tache érythémateuse, la vésicule ne se produisant pas, ce qui explique la divergence d’opinion qu’on rencontre parmi les dermalologistes sur le genre de l’éruption. Ainsi, dans le cours de l’année dernière, un malade atteint d’hydroa nous fut présenté comme un cas d’herpès iris (c’était le

diagnostic de M. Devergie). MM. Gibert, Cazenave et Hardy, qui virent le même malade, le considérèrent comme affecte, le premier, d’un herpès; le second, d’un érythème poussé jusqu’à la vésication, et le troisième d’un érythème papuleux.

Pour nous, c’était un hydroa; mais pourquoi, nous objectera-t-on , en faire un genre à part et différent de l’herpès? Non-seulement l’hydroa diffère de l’herpès par sa marche, qui est tantôt aiguë, tantôt et plus souvent successive et chronique, mais il en diffère surtout par l’évolution de la vésicule qui s’ombilique au centre, s’affaisse à la circonférence, s’entoure d’un cercle rouge inflammatoire, et ne se transforme en croûte que dans sa partie centrale; tandis que, dans l’herpès, c’est une croûte mince, jaunâtre, qui couvre toute l’étendue de la vésicule, et que le travail inflammatoire ne donne pas lieu à une aréole rouge circonférentielle pendant la période de dessiccation.

L’hydroa débute toujours par une vésicule unique, et non par un groupe de petites vésicules, comme cela peut avoir lieu dans l’iris parasitaire.

Dans la description que les dermatologisles ont donnée de l’herpès iris, ils ont tous écrit, M. Devergie lui-même, que l’affection pouvait débuter par une seule vésicule ou par plusieurs vésicules. Or, dans l’herpès iris de Bateman, il n’existe jamais qu’une vésicule centrale, vésicule toujours grosse comme celles de l’herpès pldycténode; tandis que l'herpès iris parasitaire peut débuter par un groupe de vésicules, mais ténues comme celles de l’herpès circiné.

Cette évolution particulière de l’hydroa, qui m’a déter-

miné à faire de celte affection un genre distinct de l’herpès,

n’a été indiquée par aucun auteur.

Enfin, pour terminer ce qui est relatif à la symptomatologie de l'herpès parasitaire, il faut dire ce que nous entendons par herpès nummulairc. Cette variété de l’herpès trichophylique est caractérisée par des plaques arrondies, circulaires, relevées à la circonférence et complètement couvertes de vésicules et de squames.

Si le malade, par un traitement approprié, ne met pas obstacle au développement ultérieur de l’affection, on observe bientôt la friabilité, le changement de couleur et l’envahissement des poils parun duvet champignonneux...

L’herpès circiné présente une durée variable suivant le traitement mis en usage et l’idiosyncrasie du malade. Si vous avez lu mon Traité des affections parasitaires, vous devez vous rappeler que j’ai écrit qu’un malade affecté d’herpès circiné à la face recule devant l’cpilalion qui lui a été proposée comme moyen curatif, et se borne aux applications parasiticides, l’herpès durera très longtemps cl pourra disparaître et reparaître plusieurs fois, occupant toujours les mêmes surfaces. Que se passe-t-il donc là, et pourquoi la maladie n’arrive-t-elle pas plus tôt à la troisième période? Le champignon qui produit l’éruption herpétique peut n’exister qu’entre les deux lames de l’épiderme et sur les poils de duvet ; or, par Te seul usage des lotions ou des onctions parasiticides, on peut détruire le champignon situé à la surface tégumcnlaire, sans atteindre celui qui occupe la racine des poils follets ; ce qui explique pourquoi l'éruption ne disparaît pas ou se montre de nouveau après avoir disparu. Mais le même traitement a pour effet de

s’opposer, jusqu’à un certain point, à l’extension du parasite sur les poils parfaits, et c’est ce qui fait que la maladie a tant de peine à passer à la période mentagreuse. Nous avons souvenir d’avoir donné des soins à un malade de la ville qui, par sa faute, et pour n’avoir pas voulu se laisser extraire les poils de la barbe, garda plus de dix-huit mois, à la première et à la deuxième période, une teigne lonsurante dont il était affecté. Ici, à l’hôpital, nous sommes rarement témoins de faits de ce genre, parce qu’on épile immédiatement les malades quand cette opération est indiquée.

11 est, enfin, quelques circonstances qui font varier les chances de durée de la maladie et qu’il est bon de connaître : il y a des idiosyncrasies incontestables : chez tel malade, l’herpès circiné disparait en quelques jours, et chez tel autre, il dure plusieurs mois sans que l’on puisse trouver dans la constitution ni dans le développement du système pileux l’explication de cette différence. Quelquefois même l’herpès circiné résiste à nos moyens de traitement avec une opiniâtreté qui certainement doit vous surprendre. Mais remarquez les difficultés de l’épilation dans une région où il n’y a que des poils follets ; la pince peut à peine les saisir, et presque toujours ils se brisent sous la traction : et cependant il faut tâcher de les extraire pour ne pas voir l'affection durer bien plus longtemps encore. Enfin on doit craindre une durée plus longue chez les sujets où le parasite trouve une abondante nourriture. Voici deux malades qui se présentent à nous en même temps, tous les deux affectés de teigne tonsurante de la face, à la période herpétique. C’est, si vous voulez, et comme d’ailleurs

cela arrive souvent, une femme et son mari : celui-ci porte une barbe bien fournie. Assignerons-nous à la maladie la même durée dans l’un et l’autre cas ! Évidemment non ;

car, chez la femme, l’herpcs circiné devra disparaître au bout d’un certain temps, et, après sa disparition, la malade pourra se considérer comme radicalement guérie. Pour l’homme, il en sera tout autrement : l’herpès sera ordinairement suivi des phénomènes de la deuxième et plus tard de la troisième période ; or, arrivée à ce dernier degré, la maladie se prolonge indéfiniment, à moins qu’il n’y ait, chose rare, après la chute des poils, une oblitération des follicules et par conséquent calvitie permanente.

Diagnostic. — Sur la tète comme à la face, l’herpès circiné peut être le premier signe de germination du cryptogame. Aussi M. Devergie a-t-il eu tort de soutenir une opinion contraire, c’est là une des nombreuses erreurs échappées à notre confrère et que M. Deffis a (tris soin de relever.

Au cuir chevelu, l’herpès précurseur échappe souvent à l’observation, et la desquamation qui lui succède pourrait être prise pour du pityriasis dartreux. Mais les plaques pityriasiques consécutives à l’herpès parasitaire sont nettement circonscrites, affectent une disposition manifestement circulaire , caractère qui n’appartient pas ordinairement au simple pityriasis. En outre, dans ce dernier cas les poils n’ont subi aucune altération , tandis que dans l’affection parasitaire ils sont altérés par le cryptogame, friables, et se cassent quand on veut les extraire avec la pince.

Le porrigo scutulata à la période pityriasique, avant la

DES ESPÈCES D'HERPÈS. lift

manifestation extérieure de l’achorion, est très difficile à distinguer de la teigne lonsurante au début. Quelquefois même il faut attendre pour se prononcer que l’affection arrive à une période plus avancée, que quelques poils se brisent, ou au contraire que des concrétions d’un jaune soufré apparaissent.

Sur le tronc, les anneaux trichophytiques seront difficilement confondus avec des anneaux faviques, psoriasiques ou pityriasiques. Les anneaux faviques offrent un plus petit diamètre et une uniformité remarquable ; les anneaux psoriasiques sont plus larges au contraire et recouverts de squames caractéristiques.

Quant aux affections pityriasiques, leur forme seule pourrait, dans certains cas ( pityriasis rubra), les faire prendre pour des plaques herpétiques, mais l’étendue, la marche de l’affection eten définitive l’examen microscopique feront suffisamment reconnaître leur nature.

Mais, plus souvent, l’herpès circiné sera confondu avec une syphilide circinée. Cependant les éruptions syphilitiques n’occupent pas ordinairement les mêmes régions que la teigne lonsurante ; elles ne sont pas accompagnées do démangeaisons. La syphilide papulo-vésiculeuse circonscrite, la seule qui puisse être confondue avec l’herpès parasitaire, est rare. Les courbes qu’elle décrit ne sont pas toutes régulières, comme les cercles de l’herpès circiné ; c’est assez souvent un croissant, un fer-à-cheval à côté d’un cercle incomplet. Enfin, il existe toujours une teinte sombre que l’on ne rencontre pas dans l’herpès circiné.

J’ai résumé le traitement de l’herpès circiné dans mon Traité des a //eclions parasitaires en ces termes : si la ma-

ladie occupe des surfaces où, à cause du peu d’abondance des poils ou du duvet, elle ne peut dépasser la période herpétique, il faut se borner aux parasiticides ; l’épilation n’est pas nécessaire ; peu importe d’ailleurs que les sujets affectés soient des hommes adultes, des femmes ou des enfants.

Si, au contraire, l’herpès circiné existe sur des régions velues, il faut épiler immédiatement quand l’affection est localisée; et, si, au contraire elle occupe de larges surfaces, la laisser se localiser, c’est-à-dire arriver à une période plus avancée, et en attendant faire, matin et soir, des lotions avec la solution de sublimé et, dans l’intervalle des frictions, avec de l’huile de cade ou la pommade au lurbilh.

Uerpes labialis , prœputialis , vu Ivaris. — L’herpes labialis siège presque exclusivement sur les lèvres supérieures et inférieures; toutefois il n’est pas rare d’observer simultanément avec les vésicules des lèvres, des groupes d’herpès sous le menton.

Tantôt il survient au déclin de la fièvre synoque, de la fièvre éphémère, des maladies fébriles, telles que la pneumonie, et constitue alors un phénomène critique favorable, etc.; tantôt il reconnaît pour cause un écart de régime, un mauvais état des voies digestives. Lorsqu’il survient dans ces circonstances, il constitue une affection pseudo-exanthématique idiopathique ; cependant, s’il récidive, s’il offre une longue durée, il peut être regardé comme symptomatique d’un maladie constitutionnelle ; quelquefois, enfin, il est dû à l’action d’une cause irritante cl constitue une affection artificielle.

DKS ESPÈCES D’HERPÈS. 121

Mais, quelle que soit son origine, c’est une affection légère qui ne réclame aucun traitement.

Je m’abstiendrai de vous faire Ta description de cette variété aussi bien que de l’herpes præputialis, n’ayant pas d’autres signes à vous donner que ceux que j’ai signalés en vous faisant l’histoire de l’herpès en général.

L’herpes præputinlis siège tantôt è la face externe et tantôt à la face interne du prépuce, et dans ce dernier cas la guérison est en général plus difficile que dans le premier.

Cet herpès apparaît sous l’influence de causes externes, telles que le frottement des vêtements rudes, l’action de cette matière sébacée, si abondamment sécrétée entre le prépuce et le gland. D’autre part il survient assez souvent consécutivement à des chancres, et dans ce cas récidive très fréquemment; aussi, plusieurs médecins ont-ils conclu, de celte existence préalable du chancre ;'i la nature syphilitique de l’herpès et à la nécessité de recourir à un traitement anlisyphilitique pour obtenir la guérison. Mais cette interprétation constitue à nos yeux une erreur : si l’herpes præputialis est souvent précédé d’un chancre, c’est moins parce qu’il se rattache à cet ulcère spécifique par les liens de cause à effet, que parce que des syphilides ayant apparu à la surface des téguments et nécessité un traitement mercuriel, elles ont déterminé l’apparition d’une maladie constitutionnelle jusqu’alors latente, l’apparition de l’arthritis, par exemple, et que dès lors des vésicules herpétiques se sont substituées à des affections syphilitiques; je dis substituées, parce que je n’admets pas la transformation d’une affection constitutionnelle en une autre affection constitutionnelle, et que je partage complètement

l’opinion de Pierre Frank qui disait qu’il aimait mieux croire qu’une semence de pommier pouvait donner naissance à un cerisier que d’accepter une telle proposition. Toutes ces considérations sont applicables â l’berpes vulvaris et à l’herpès du col de l’utérus.

Herpès phlycténoïde. — Cette variété se manifeste principalement sur les lèvres, les joues, le cou, la poitrine et les bras, mais peut occuper toutes les parties du corps. Elle apparaît fréquemment sous l’influence desécarlsde régime, des émotions morales, d’une légère excitation fébrile, du froid humide et des changements de température.

Souvent, aussi, elle est due à l’action d’agents irritants, ou constitue un phénomène critique d’un heureux augure dans les affections graves, telles que la pneumonie, les lièvres intermittentes.

Quelquefois, enfin, 1’herpcs phlycténoïde apparaît sans cause appréciable et constitue une affection idiopathique.

Les lierpes labialis, præputialis, l’herpès en traînée de M. Devergie, doivent être considérés comme des variétés de siège ou de forme de l’herpès phlycténoïde.

C’est surtout à l’herpès phlycténoïde que peut s’appliquer la description générale de l’herpès que nous avons donnée.

Envisagé au point de vue de sa nature, l’herpès phlycténoïde constitue une affection pseudo exanthématique, idiopathique ou symptomatique de la dartre, l’arthritis ou la syphilis, ou une affection artificielle, ou enfin un phénomène critique.

Mais existe-t-il des caractères à l’aide desquels il soit possible de différencier le pseudo-exanthème arthritique

(lu pseudo-exanthème darlreux ; l’herpès syphilitique des herpès arthritique et dartreux ? Oui, dans la plupart des cas.

L’herpès phlycténoïde de nature herpétique est déterminé par les émotions morales, tandis que l’herpès arthritique reconnaît pour cause l’impression du froid.

Dans l’herpès phlycténoïde arthritique, on observe l’existence de picotements et d’élancements au niveau des surfaces malades, l’éruption occupe les parties découvertes ou sexuelles, les vésicules offrent un volume inégal, et enfin l’interrogation du malade apprend que scs parents ou luimême ont été affectés de douleurs rhumatismales, de pyrosis ; dans l’herpès de nature dartreuse, au contraire, l’affection occupe indistinctement tous les points du corps, les vésicules offrent un volume égal, le malade est prédisposé au prurit et aux affections prurigineuses telles que l’eczéma, le lichen, possède un tempérament nerveux, est sujet aux migraines et aux dyspepsies herpétiques.

Dans l’herpès syphilitique, enfin, l’existence d’une rougeur cuivrée, la disposition de l’éruption en corymbes ou en cercles, des symptômes vénériens concomitants mettront le praticien sur la voie du diagnostic.

Toutefois il ne faudrait pas croire qu’il est toujours aussi facile d’établir le diagnostic de la nature du pseudo-exanthème que les signes différentiels que je viens de donner sembleraient l’indiquer ; il est des cas où les caractères objectifs, la marche, la terminaison de l’herpès sont identiquement les mêmes, que cette affection soit dartreuse, arthritique ou syphilitique. Mais qu’importe après tout une erreur de diagnostic? Que l’herpès soit arthritique ou dartreux, ii ne s’en termine pas moins spontanément d’une

manière heureuse, puisqu’il constitue un pseudo -exanthème. Dans quelques circonstances cependant la connaissance de la nature d’un pseudo-exanthème peut être utile : les névralgies consécutives au zona darlrcux, par exemple, réclameront l’emploi des arsenicaux, tandis que les alcalins triompheront de la myodynie consécutive au zona arthritique ; mais alors les caractères de l’affection consécutive seront le plus souvent suffisants, comme nous le verrons dans un instant.

Zona. — Le zona est ainsi appelé parce qu’il entoure le tronc ou les membres comme une demi-ceinture. Connu depuis la plus haute antiquité, il a successivement porté les noms d ’igiiis sucer (Celsc), d 'erysipelas puslulusum, erysipelas zoster (Scribonius largus), d ’/ierpes ph/yclenodes, (Y herpès zoster , de zoster.

Le zona se développe ordinairement sur le tronc et particuliérement sur la base de la poitrine. Quelquefois, cependant, il commence sur le tronc pour se terminer sur les membres. C’est ainsi qu’un zona peut partir de la ligue médiane de la région lombaire, contourner la fesse et se terminer à la partie interne de la cuisse.

Le zona peut occuper le front, les joues et même le cuir chevelu. M. Itayer cite le cas d’un zona de la face qui s’était propagé aux gencives et à la face interne des joues. Lorsqu’il occupe le tronc, il est transversal ou oblique, tandis qu’il revêt ordinairement la direction verticale quand il siège au front, etc.

La plupart des dermalologistes s’accordent à considérer le zo/ia du côté droit comme plus fréquent que le zona du côté opposé.

Après douze ou vingt-quatre heures de prodromes caractérisés par de la lassitude, de l’anorexie, de la fièvre, des douleurs lancinantes ou tensives et brûlantes sur les parties qui doivent être le siège de l'affection, on voit apparaître successivement ou simultanément des plaques rouges, irrégulièrement arrondies, offrant une étendue qui varie de 2 à 3 centimètres de longueur sur 1 à *2 centimètres de largeur, séparées les unes des autres par des intervalles de peau saine, disposées suivant une ligne oblique et dont l’ensemble représente une demi-ceinture, une zone qui ne dépasse la ligne médiane ni en avant ni en arrière.

Sur ces plaques érythémateuses naissent des vésicules brillantes, transparentes, réunies les unes à côté des autres en nombre variable de cinq à quinze ou vingt et dont la grosseur ne dépasse pas celle, d’un grain de millet. Mais la sérosité qu’elles contiennent ne tarde pas à devenir lactescente, opaque et souvent noirâtre ; leur volume atteint bientôt celui d’un petit pois, quelquefois même elles se fusionnent les unes avec les autres, de manière à constituer des bulles plus ou moins volumineuses ; enfin, vers le quatrième ou cinquième jour de leur existence, elles s’affaissent et se recouvrent de légères croûtes brunâtres ou jaunâtres qui tombent en laissant des taches rouges et lentes à disparaître.

La marche des vésicules n’est pas toutefois toujours aussi simple, et si l’inflammation a été trop vive, on voit au niveau de la vésicule une petite eschare dont la chute donne lieu à une plaie douloureuse. C’est surtout chez les vieillards dont la constitution est détériorée par de mauvaises conditions hygiéniques, que ces eschares grisâtres se dé-

veloppent ; elles laissent après leur chute une ulcération

douloureuse (zona gangréneux).

En général, la durée d’un groupe de vésicules est de huit à dix jours, mais comme les groupes naissent successivement, la durée totale de l’éruption est subordonnée à son étendue; on peut dire néanmoins qu’elle varie entre deux et trois septénaires; nous ne parlons pas du zona gangréneux dont les plaies exigent, pour se cicatriser, un ou deux mois.

Les phénomènes généraux cessent dés l’apparition de l’éruption, à moins que celle-ci ne soit lente et ne mette plusieurs jours à se faire; dans ce cas, ils persistent quelque temps; quelquefois même les douleurs névralgiques, ou le sentiment de brûlure se perpétuent pendant toute la durée du zona, persistent, après sa disparition, pendant plusieurs mois, et résistent à la plupart des agents thérapeutiques mis en usage.

Le zona constitue un pseudo- exanthème arthritique dartreux ou idiopathique; j’ai donné en ces termes les caractères qui différencient le zona dartreux du zona arthritique : le zona arthritique se montre le plus ordinairement chez l’adulte, il n’est pas rare dans l’enfance, et lorsqu il apparaît à cet ;ige, il est toujours arthritique. Le froid humide et les changements de température sont les causes occasionnelles qui déterminent l’apparition de celle affection. C’est sur cette circonstance étiologique que M. I’arrot s est appuyé pour considérer le zona comme une affection rhumatismale. Dans l'herpès zosler arthritique, l’inflammation est plus intense, les vésicules sont groupées moins régulièrement et présentent entre elles

une plus grande inégalité de volume. On rencontre au niveau de l’éruption une douleur tensive, qui augmente lorsque le malade opère des mouvements brusques et fait de larges inspirations. Cette douleur a son siège dans les muscles et disparait en même temps que les groupes vésiculeux. Enfin, on constatera souvent, chez les malades atteints de zona arthritique, de la dyspepsie, des migraines arthritiques, des hémorrhoïdes, etc. Le zona herpétique, au contraire, est plus fréquent dans la vieillesse que dans l’âge adulte. Il est souvent déterminé par des émotions morales, et s’accompagne d’ictère dans un certain nombre de cas.

11 présente des vésicules d’un volume assez égal et groupées d’une manière régulière; il est souvent précédé et ordinairement accompagné ou suivi de douleurs névralgiques. Ces douleurs diminuent quelquefois pendant l’éruption pour se montrer de nouveau après celle dernière qui, dans ce cas, ne semble être qu’un symptôme secondaire. On a vu des douleurs névralgiques durer des mois et des années, offrir une marche intermittente, puis être remplacées par des névralgies qui occupaient d’autres régions que les premières. Dans le zona dartreux, vous trouvez habituellement des migraines, des dyspepsies et d’autres affections herpétiques.

Le zona, comme toute affection pseudo-exanthématique, n’exige pour traitement que l’usage d’un régime doux, de boissons acidulés ou légèrement diurétiques, etc. Il sera bon de faire saupoudrer d’amidon les parties malades, et de proscrire les bains ou toute autre application liquide qui, en déterminant la rupture prématurée des vésicules,

laissent exposées à l’air des ulcérations douloureuses.

Si les douleurs du zona persistent après la disparition de l’éruption cutanée, on les combattra à l’aide des préparations arsenicales, si elles sont consécutives au zona dartreux, et à l’aide des préparations alcalines, si elles font suite au zona arthritique.

De l’hydroa (1). — Sous le nom d’hydroa, on désigne une affection analogue ü l’herpès phlyclénodc de Willan, caractérisée par des vésicules ou de petites bulles qui se montrent par groupes placés à des intervalles plus ou moins éloignés. Il n’est pas rare de voir cette affection durer pendant cinq à six mois.

L’hydroa arthritique est l’herpès successif et chronique, qui n’a pas suffisamment attiré l'attention des auteurs. Nous avons observé un assez grand nombre de ces herpès qui se rattachent manifestement à l’arthrilis.

Nous distinguons trois variétés d’hydroa :

1° L’hydroa vésiculeux;

2° L’hydroa vacciniforme confondu avec l’aphlhe chronique (olophlvctide chronique d’Alibert);

3" L’hydroa bulleux (pemphigus à petites bulles).

Première variété. — Vhydroa vésiculeux est une affection qui a été confondue généralement par les auteurs avec l’erythema papulatum.

Siège. — L’hydroa vésiculeux se développe sur les téguments cutanés et muqueux. A la peau, il existe ordinaire -

(I) L'hytlroa étant une affection peu connue des médecins, et au sujet de laquelle sc commettent journellement des erreur», j'ai cru devoir reproduire in extenso le chapitre que M. Bazin lui a consacré dans son Traité des arthrilidcs et des herpélides (Baudot).

DES ESPÈCES n'ilF.ItPÈS.

ment sur les parties découvertes; nous l’avons vu à la face dorsale des mains et des poignets, à la partie antérieure des genoux. Dans la plupart des cas, la muqueuse buccale a été affectée; l’éruption occupe de préférence la lèvre inférieure et la face interne des joues. Cependant, sur un de nos malades, la base de la luette était entourée par un cercle de vésicules. La conjonctive peut être aussi le siège des éruptions que nous étudions.

Symptômes. — L’affection est quelquefois précédée de malaise, d’anorexie et d’un léger mouvement fébrile; mais ces phénomènes prodromiques peuvent manquer, ou être si peu marqués, que l’attention du malade est d’abord attirée par le développement des vésicules.

L’éruption apparaît en premier lieu sur le dos des mains et sur les genoux; elle ne se montre habituellement sur la muqueuse buccale que vers le deuxième ou troisième jour. Toutefois, un de nos malades avait accusé, comme signe prodromique, une légère angine produite par une éruption vésiculeuse de l’isthme du gosier.

Quel que soit le siège de l’éruption, elle présente les caractères suivants : on aperçoit d’abord des taches d’un rouge foncé, petites, arrondies, un peu saillantes et à bords nettement limités. Ces taches ont des dimensions qui varient depuis la largeur d’une lentille jusqu’à celle d’une pièce de 20 centimes; elles sont quelquefois entourées d’une auréole rosée; elles présentent bientôt à leur centre une petite vésicule remplie d’un liquide jaunâtre et transparent. Celle vésicule naît le jour qui suit l’apparition delà tache rouge; elle se desséche rapidement au centre qui est

occupé par une petite croûte noirâtre, tandis que le liquide Bazm. 9

lâo TROISIÈME LEÇON,

est résorbé à la circonférence. Ces phénomènes s’accomplissent vers le deuxième ou le troisième jour de l’éruption.

A celte époque, l’affection prend un aspect particulier : on voit de petits disques rouges supportant à leur centre une croûte noirâtre et entourée d’un liséré blanchâtre, légèrement saillant. Ce liséré est formé par l’épiderme macéré qui, après la résorption partielle du liquide contenu dans la vésicule, est appliqué imparfaitement sur le derme. Au bout de quelques jours, la coloration de la petite tache disparait, la croûte centrale tombe en laissant une macule violacée qui s’ellace lentement.

Sur un de nos malades, l'affection a suivi une marche différente : on aperçut d’abord une petite vésicule arrondie et transparente; autour de la vésicule se montra une auréole rouge qui s’étendit peu à peu du centre à la circonférence, de manière à constituer une petite tache, légèrement saillante, comme celle que nous avons signalée précédemment. Les phénomènes ultérieurs nous sont connus : le liquide placé à la circonférence de la vésicule se résorba, tandis que celui qui en occupait la partie centrale se transforma en une croûte brunâtre.

Enfin, il peut arriver, surtout dans les temps froids, que le lluide exhalé dans la vésicule se résorbe promptement. 11 n’y aura dès lors qu’une petite macule blanchâtre ou jaunâtre, placée au centre d’un disque rouge et formée par de l’épiderme décollé. C’est dans ce cas que l’affection a pu être conlondue avec l’erylbema papulalum.

Sur les muqueuses, les vésicules sont blanchâtres et entourées d’une auréole violacée; les croûtes se détachent plus promptement.

Les disques rouges et vésiculeux sont plus ou moins nombreux. Ils sont sépares habituellement par des parties de peau saine; quelquefois ils sont disposés par groupes de deux à trois et se louchent par leur circonférence. Ils n’apparaissent pas tous simultanément, mais par poussées successives pendant plusieurs jours. Les parties affectées présentent à peine quelques démangeaisons. Les phénomènes fébriles, qui existent rarement au début, cessent dès que l’éruption se développe.

Chez nos malades, l’affection s’est montrée successivement sur les genoux et le dus des mains, puis sur la muqueuse buccale, et en particulier sur la face interne de la lèvre inférieure. Dans un cas, ainsi que nous l’avons dit, on voyait une couronne de vésicules à la base de la luette.

Durée et terminaison. — La durée de l’hydraa vésiculeux est de deux à quatre septénaires; chaque élément éruptif pris en particulier parcourt son évolution en quatre ou cinq jours. L’affection ne se prolonge pendant plusieurs semaines que par l’existence des poussées vésiculeuses. La récidive peut avoir lieu ; nous l’avons observée à différentes reprises.

Etiologie. — L’hydroa se montre dans les deux sexes, mais plus souvent dans le sexe masculin.

Il se développe chez les adultes vers l’dge de vingt à trente ans.

Il est plus fréquent au printemps'ct à l’automne; le froid et les variations de température ont une influence marquée sur son apparition et sa marche.

Enfin, cette affection s’est toujours manifestée chez des

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sujets qui avaient présenté ou présentaient encore des

symptômes d’arthritis.

Diagnostic. — Il est facile de reconnaître l’hydroa vésiculeux par les caractères que nous venons de donner. Cependant celle affection a été confondue et pourrait l’être encore avec l'érythème papuleux et l’herpès.

Dans l’érythème papuleux, on observe parfois une vésicule sur le sommet de quelques-unes des saillies rouges qui constituent l’éruption. Mais dans cette affection, la vésicule n’est qu’un symptôme accessoire; elle ne présente pas l’évolution de la vésicule de l’hydroa que nous avons décrite avec beaucoup de soin.

L’herpès est caractérisé par des vésicules groupées sur une base enflammée ; il est souvent accompagné de symptômes généraux. Dans l’hydroa, chaque vésicule repose sur une petite tache violacée et parfaitement distincte; les symptômes généraux font défaut le plus ordinairement.

Nature. — L’hydroa vésiculeux est une affection essentiellement arthritique; du moins l’avons- nous toujours rencontré chez des sujets arthritiques ; il a présenté constamment des rapports évidents avec des manifestations de l’arthrilis.

Pronostic. — Cette affection n’a aucune gravité; elle disparaît spontanément au bout de quatre à cinq semaines. On sait qu’elle est sujette à récidiver.

Traitement. — On devra se borner à prescrire des bains alcalins et à employer des moyens hygiéniques : on recommandera simplement le repos, un régime doux et des boissons diurétiques.

Deuxième variété. — L ’hydroa vaccini forme n’est pas

connu des auteurs; l’année dernière, j’eus l’occasion d’observer cette singulière éruption. J’envoyai mon malade consulter plusieurs médecins des hôpitaux : les uns crurent qu’il s’agissait d’une affection syphilitique, d’autres ne se prononcèrent pas sur la nature de cette éruption. L’affection durait depuis un an et avait été combattue sans succès par les moyens les plus variés. J’engageai le malade à se rendre aux eaux de Bourbonne, qui l’avaient débarrassé autrefois d’une arthropalhie rhumatismale : l’éruption, rebelle û tous les traitements jusqu’alors, n’a pas tardé à présenter de l’amélioration; elle a fini par disparaître complètement. En ce moment, il n’y a eu aucune récidive, et la santé est excellente.

Je ne crois pas que celte affection ait été décrite, cependant il est important de la connaître à cause des graves erreurs qu’elle peut occasionner.

Symptômes. — L’hydroa vacciniforme apparaît à la suite d’une promenade au grand air ou après l’exposition à un soleil ardent. 11 existe un peu de malaise, de l’anorexie; l’éruption se montre d’abord sur les surfaces découvertes, puis sur les autres parties du corps. La muqueuse buccale est aussi envahie par l’affection.

On voit en premier lieu des taches rouges, sur lesquelles naissent bientôt des vésicules transparentes qui ressemblent à celles qu’on observe dans l’herpès. Dès le second jour, ces vésicules, qui sont arrondies, présentent une ombilication très évidente ; en peu de temps, il se forme une croûte successivement au centre et à la circonférence de la vésicule. Lorsque cette croûte se détache, elle laisse une cicatrice déprimée ; chez le malade dont nous parlions

plus haut, les cicatrices nombreuses qui couvraient la surface du corps auraient pu faire croire à l’existence antérieure d’une variole.

L’affection se prolonge par des poussées successives pendant des mois; dans le cas que nous rapportons, l’hydroa vacciniforme a duré six mois.

Traitement. — Le traitement alcalin parait indiqué dans cette affection. N’oublions pas que les eaux salines de Bourbonne ont procuré une guérison rapide et radicale, alors que les autres médications avaient complètement échoué.

Troisième variété. — L’hydroa bulleux (pemphiyus à petites bulles) est une affection arthritique qui est généralement peu connue. Depuis que notre attention est attirée sur ce point, nous avons observé trois cas de pemphigus à petites bulles.

Siège. — L’affection s’est montrée sur les bras, le tronc et la partie interne des cuisses; elle s’est manifestée une fois sur la muqueuse buccale.

Symptômes. — L’éruption est quelquefois précédée par du malaise, la perte d’appétit et un léger mouvement fébrile. Un malade, qui se trouve encore dans les salles, a présenté de la fièvre et une angine pour laquelle on a pratiqué une saignée : c’est autour de la piqûre de la lancette que se montrèrent les premières bulles d’hydroa. Néanmoins les symptômes généraux cessent promptement et ils font souvent défaut. Le seul phénomène prodromique qui soit constant est un prurit très intense.

L’éruption se manifeste par des bulles qui présentent un caractère important, c'est l’inégalité de leur volume :

les unes sont de la grosseur d’une lentille, les plus considérables ne dépassent pas le volume d’un pois. Ces bulles sont arrondies, disposées d’une manière irrégulière, par groupes de trois à quatre; elles sont remplies d’un liquide transparent qui se trouble rapidement et prend une couleur jaunâtre ; enfin, elles reposent sur une surface rouge qui s’étend à leur base sous la forme d’une auréole. Pendant que de nouvelles bulles se développent, les anciennes se dessèchent et sont remplacées par une croûte jaunâtre; si l’une d’elles vient à être déchirée par le grattage, on trouve une surface violacée et légèrement excoriée. Dans l’intervalle des poussées, on n’observe aucun phénomène morbide , si ce n’est un prurit ordinairement très marqué.

Le malade conserve l’appétit, et la nutrition n’est point altérée.

Marche y durée et terminaison. — L’hvdroa bulleux présente une marche chronique : il se manifeste par des poussées successives et a une durée qui est en général de cinq à six mois.

Complications . — Sur un de nos malades, cette affection fut compliquée de prurigo : on voyait sur le tronc des papules rouges qui étaient recouvertes le lendemain par des bulles. Chez celui qui est dans les salles, l’éruption date de quatre mois et existe nsm-seulement sur les bras et la partie interne des cuisses, mais aussi sur la muqueuse des lèvres et des joues.

Étiologie. — Cette affection est plus fréquente chez l’homme que chez la femme.

Elle se manifeste chez les adultes de vingt à quarante

ans. Les saisons et les variations de température ont une influence marquée sur le développement de l’hydroa bulleux; c’est au printemps qu’il a été observé un plus grand nombre de fois.

Enfin, je ne ferai que rappeler les différentes causes occasionnelles, telles que régime, agents irritants, etc., qui agissent en éveillant la diathèse arthritique, sans laquelle elles resteraient impuissantes.

Diagnostic. — Les caractères de l'hydroa bulleux permettront toujours de le reconnaître.

Il ne saurait être confondu avec le pemphigus : il est important de bien établir le diagnostic différentiel entre ces deux affections qui n’ont pas toujours la même origine, et qui n’offrent pas surtout la même gravité.

Dans l’hydroa bulleux, les bulles sont petites et ne dépassent pas le volume d’un pois ; elles sont encore remarquables par l’inégalité de leur volume; elles occupent des régions assez bien circonscrites. Les bulles du pemphigus sont plus considérables; elles peuvent atteindre le volume d’une noix et même d’uu œuf de poule ; elles existent sur des régions variées cl s’étendent quelquefois sur la plus grande partie de la peau. Enfin, l’hydroa bulleux se termine par la guérison après une durée de quatre à six mois; la mort est la terminaison du pemphigus dans la très grande majorité des cas.

Nature. — L’hydroa bulleux est une affection arthritique ; nous en avons établi la nature en nous basant sur ses rapports fréquents avec différentes affections antérieures ou concomitantes qui appartiennent évidemment à l’arthritis. Nous pourrions encore invoquer, en même

DES ESPÈCES d’iIEIU'ÈS.

temps que les antécédents, quelques caractères objectifs, tels que le siège et la fixité de l’affection.

Pronostic. — Le pemphigus à petites bulles guérit constamment, tandis que le pemphigus proprement dit est presque toujours mortel.

Traitement. — Nous administrons à l’intérieur les amers et le sirop alcalin. Tant que les bulles persistent, nous nous contentons de saupoudrer les surfaces malades avec les poudres d’amidon et de tan. Les bains donnés à cette époque mettent à nu des surfaces rouges, douloureuses et provoquent l’apparition de nouvelles poussées; ils ne seront prescrits que plus lard dans le simple but de détacher les croûtes. On ordonnera de préférence des bains alcalins contenant 100 à 120 grammes de carbonate de potasse.

ni: L'KCZÉMi.

Par sa fréquence el le rôle important qu’il joue dans la pathologie cutanée, l’eczéma constitue une affection qui mérite à tous égards de fixer sérieusement notre attention. Sans doute, nous ne saurions, sans commettre une erreur, prétendre, avec Alibert, que l’eczéma est la dartre le plus communément observée; mais, du moins, nous est-il permis d’avancer que cette affection constitue l’une des manifestations les plus ordinaires de l’herpétisme et de l’arthritisme tégumentaires; que c’est une des formes morbides sous lesquelles se présente le plus habituellement la scrofule; enfin que c’est l’affection par laquelle se traduit le plus souvent, à la surface de la peau, l’existence de parasites ou l’action d’agents irritants.

Fidèle à l’ordre que nous avons suivi jusqu’ici, nous partagerons l’histoire de l’eczéma en trois parties, dont la première sera consacrée à l’étude du genre, la deuxième à la classification de cette affection, et la troisième à l’exposé et à l’examen critique des espèces et variétés admises par les dermalologistes.

1° Histoire du genre. — L’eczéma est une affection de la peau caractérisée, à sa période d’état, par l’existence de

DE L’ECZÉMA

vésicules petites, acuminées, agglomérées sur une surface plus ou moins étendue, et contenant un liquide séreux et transparent, vésicules qui s'affaissent lorsque le liquide qu’elles contiennent est résorbé, mais qui le plus souvent se rompent après vingt-quatre ou quarante-huit heures d’existence , et auxquelles succèdent l’exhalation et la sécrétion d’un liquide séreux et transparent qui se concrète en lamelles plus ou moins épaisses, et ensuite une simple exfoliation épidermique.

En définissant ainsi l’eczéma, nous le différencions de toutes les affections qui ont avec lui quelque point de contact.

En disant, en effet, que l’eczéma est caractérisé par des vésicules agglomérées, petites et d’une durée éphémère, nous le séparons de l’herpès caractérisé par l’existence de vésicules plus volumineuses et persistant pendant un temps plus long; des sudamina, de la miliaire et de la varicelle, affections qui occupent toute la surface du corps et dont l’élément vésiculeux ne disparait pas aussi rapidement que celui de l’eczéma; du pemphigus, constitué par des poussées successives de bulles; de l’impétigo enfin, dont les éléments sont groupés, il est vrai, mais pustuleux et non vésiculeux.

Si, au contraire, nous passons en revue les termes des définitions qu’ont données les auteurs qui se sont écartés, sur ce point, des doctrines willanisles, il nous sera facile d’y trouver des lacunes, et, par conséquent, d’en démontrer l’infériorité.

M. Devergie prétend que c’est à tort que la plupart dos auteurs définissent l’eczéma une affection vésiculeuse de

la peau caractérisée par une sécrétion plus ou moins abondante de sérosité. « 11 résulte d’une telle définition, dit-il, que le médecin qui aborde un malade recherche tout d’abord des vésicules comme caractère dominant et certain du diagnostic; mais il ne les trouve pas. Si l’eczéma est une affection vésiculeuse en raison de son élément morbide, le développement des vésicules n’est que momentané et apparaît au début de l’affection pour disparaître en quelques heures. Ce n’est donc que fort rarement que le médecin peut les apercevoir; d’ailleurs ces vésicules sont tellement ténues qu’elles ne peuvent être vues qu’au reflet de la lumière du soleil. Nous préférons définir l’eczéma, ajoute-t-il, une maladie superficielle de la peau caractérisée par les quatre phénomènes suivants : rougeur de la surface malade, démangeaison permanente, sécrétion de sérosilé limpide et citrine tachant le linge en gris et l’empesant; enfin état ponctué et rouge de la peau. La réunion de ces quatre caractères a une telle importance qu’il est impossible, quand on les a constatés, de confondre l’eczéma avec aucune autre affection de la peau. »

Les raisons rie M. Devergie sont plus spécieuses que solides. S’il est vrai que le médecin n’assiste pas toujours à la période vésiculeuse de l’eczéma, et constate seulement l’existence d’un suintement ou de squames à la surface de la peau, il est non moins vrai que le malade y a assisté, et que dès lors le médecin peut en constater l’existence par les yeux de l’esprit en interrogeant ce malade sur les phénomènes primitifs de l’affection.

D’ailleurs ne savez-vous pas qu’une définition, pour être

DE l’eczéma. 1A1

complète, doit comprendre tonte l’évolution de l'affection, et surtout indiquer quelle est la lésion primitive, essentielle, sans s’occuper d’ailleurs si cette lésion est éphémère ou non? Dés lors n’est-il pas évident qu’enlever de la définition de l’eczéma le terme principal, c’est la rendre incomplète?

Mais en admettant meme que l’on puisse faire abstraction de la période vésiculeusc dans la définition de l’eczéma, les termes de celle de M. Devergie n’en sont pas pour cela inattaquables et à l’abri de toute critique.

La rougeur n’est pas, en efTet, un phénomène constant de l’eczéma, et M. Devergie a eu tort de regarder celte coloration comme la compagne nécessaire de toutes les variétés d’eczéma, et, en particulier, de l’eczéma simple.

Nous avons démontré, d’autre part, que la sécrétion d’un liquide séreux et transparent était temporaire et accidentelle dans l’eczéma arthritique dont la sécheresse constitue un caractère important; qu’il n’existait pas un prurit véritable dans l’eczéma symptomatique de la même maladie constitutionnelle, mais seulement des picotements et des élancements.

Enfin, l’étal pointillé de la surface malade serait sans doute un excellent caractère, s’il ne se trouvait souvent masqué par l’existence de croûtes et de squames.

La définition que donne M. Hardy de l’eczéma peut aussi donner lieu à de nombreuses objections. « L’eczéma, dit cet auteur, est une affection caractérisée au début par le développement de vésicules et vésico-pustules petites et agminées, ou par des éraillures épidermiques, donnant lieu à une sécrétion séreuse ou séro-purulente plus ou

moins abondante, susceptible de se concréter en croûtes et se terminant enfin par une desquamation écailleuse de l’épiderme. »

Mais si nous admettons celte définition, aurons-nous des raisons plausibles pour placer l’eczéma dans l’ordre des vésicules ou préférablement dans celui des pustules? M. Hardy, en professant que l’eczéma est caractérisé tantôt par des vésicules, tantôt par des pustules, ne nous donne-t-il pas le droit de le considérer tout aussi bien comme une affection pustuleuse que comme une affection vésiculeuse? Sans doute, notre collègue avait en vue l’impétigo, qu’il considère comme une variété d’eczéma lorsqu'il écrivait ces lignes. Mais s’il est vrai que l’eczéma et l’impétigo constituent deux degrés de la dermite; que, dans les eczéma artificiels, on constate tantôt une éruption simplement eczémateuse, tantôt une éruption impétigineuse; que l’eczéma scrofuleux revêt le plus souvent la forme impétigineuse, il est non moins vrai que l’eczéma impétigineux ne débute jamais par une pustule ou une vésicopustule, mais par une vésicule dont 1a sérosité se trouble rapidement et devient purulente ; que l’impétigo est caractérisé par l’existence d’une pustule et non d’une vésicule ou d’une vésico-pustule ; que l’on ne peut confondre deux affections qui offrent un élément primitif différent; que l’on doit conséquemment considérer l’eczéma et l’impétigo comme deux genres distincts.

M. Hardy ajoute que l’eczéma peut aussi être caractérisé au début par l’existence d’éraillures épidermiques... Mais donner une telle définition, u’est-ce pas intervertir toutes les périodes de l'eczéma, méconnaître son évolution? Non,

DE l’eczéma. 143

l’eczéma fendillé ne constitue pas une variété spéciale; et ne vient pas donner un démenti à la classification anatomique des affections de la peau, ainsi que le prétend M. Hardy, et si notre collègue veut observer attentivement de nouveaux faits, il reconnaîtra que les érailluresne sont jamais primitives, mais toujours consécutives à l’apparition des vésicules, et qu’elles ne doivent leur existence qu’au siège de l'affection au niveau de plis articulaires.

Symptomatologie. — La description de l’eczéma peut être divisée en trois parties correspondant aux trois périodes successives de cette alTeclion : la période de vésiculation, la période d’exhalation et de la formation do squames, enfin la période de dessiccation.

1° Période de vésiculation. — L’éruption cutanée est en général précédée par un léger malaise, des phénomènes gastriques, un mouvement fébrile peu intense, un sentiment de prurit et de fourmillement au niveau des parties qui doivent être le siège de l’affection , et bientôt par l’apparition d’une rougeur diffuse dont l’existence n’est cependant pas constante. Ces phénomènes prodromiques durent vingt-quatre à quarante-huit heures et sont suivis de l’apparition, à la surface des téguments, d’un grand nombre de vésicules transparentes, agglomérées, et tellement ténues qu’on pourrait plus judicieusement leur donner le nom de granulations vésiculeuses, qu’il faut souvent les examiner de profil pour les apercevoir et qu’elles passent même quelquefois inaperçues. Ces vésicules sont remplies d’une sérosité transparente et limpide, et tantôt se crèvent après vingt-quatre ou quarante-huit heures d’existence, et

donnent issue à un liquide irritant, dont le contact détermine, à la surface des téguments, des excoriations et des ulcérations superficielles; tantôt ne se rompent [tas, mais se flétrissent et s’affaissent à mesure que le liquide qu’elles contiennent est résorbé, et sont suivies d’un travail d'exfoliation épidermique. C’est principalement à la plante des pieds et à la paume des mains, régions où l’épiderme est épais et résistant, qu’on observe celte résorption de la sérosité de l’eczéma.

Les phénomènes prodromiques que nous avons énumérés plus haut précèdent principalement l’apparition de l’eczema rubrum ; mais cette variété est un pseudo-exanthème au même litre que le zona et l’herpès phlyclénode; il est donc facile de comprendre leur existence; d’ailleurs ils cessent habituellement dès l’apparition de l’éruption cutanée, à l'exception toutefois du prurit qui persiste pendant toute la durée de l’éruption, et dont l’intensité est variable suivant l’espèce d’eczéma.

2° Période d'exhalation. — Après la rupture des vésicules existe une surface rouge, présentant une foule de petits pertuis d’une coloration plus foncée, formés par les orifices des glandes sudoripares et desquels s’écoule une sérosité transparente cl plastique qui tache le linge, irrite les parties voisines, ainsi que je viens de le dire, et détermine des exulcéralions donnant aussi naissance à un écoulement plus ou moins abondant de liquide. C’est à ce moment où, simultanément avec l’inflammation des follicules sudoripares, existe celle du derme, où cette membrane est le siège d’un grand nombre de petites ulcérations arrondies, superficielles, et dont les bords ne tardent

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pas à se réunir de manière à constituer une vaste surface ex ulcérée ; c’est à ce moment où l’exhalation du liquide eczémateux a lieu à la fois par les follicules enflammés et par la surface du derme exulcéré que commence la deuxième période, caractérisée essentiellement par la sécrétion d’un liquide séreux, transparente! plastique. Ce liquide diffère d’ailleurs complètement de la sueur et constitue un produit pathologique : la sueur, en effet, est acide, et le liquide de l’eczéma alcalin; la sueur a une composition chimique bien déterminée aujourd’hui et ne contient ni globules pyoïdes, ni cellules cylindriques, éléments dont on constate la présence dans le liquide eczémateux, enfin la sueur ne tache ni n’empèse les linges, caractère assez tranché pour que M. Devergie ait donné les taches grises des linges en contact avec une surface suintante, comme un signe distinctif du pityriasis sécrétant et de l’eczéma. Nous verrons, du reste, dans l’une des prochaines leçons, si l’on doit admettre un pityriasis sécrétant.

Quoi (ju’il en soit, le liquide exhalé se dessèche et se concrète en lamelles molles, d’un blanc grisétre, bleuâtre ou verdâtre, et se détachant pour être remplacées par d’autres squames de nouvelle formation ; mais à un moment donné la sécrétion séreuse se tarit et parlant cesse la formation de lamelles; du moins se produit-il une exfolialion épidermique qui constitue le caractère essentiel de la troisième période.

La durée de la deuxième période est très variable : tantôt en effet l’exhalation du liquide ne se perpétue que pendant quelques semaines ou quelques mois, tantôt au contraire elle persiste durant des années entières. C.epen-

Bazin. 10

danl il advient un moment où la sécrétion diminue de plus en plus et bientôt se tarit, où les squames deviennent aussi sèches que celles du pityriasis, où en un mot la troisième période s’établit détinilivement.

Troisième période. — Cette période est caractérisée par l’existence de squames minces, foliacées, s’enlevant facilement, mais se reproduisant aussi avec une extrême facilité, et au-dessous desquelles la peau est rouge et luisante. Ces squames diminuent progressivement de largeur et d’épaisseur, au point de ne plus constituer, après un certain temps, que de simples lamelles qui ne tardent pas à disparaître elles-mêmes. Alors n’existe plus au niveau des surfaces malades qu’une coloration d’un rouge plus ou moins foncé dont la teinte s’efface lentement, qu’un état luismt et vernissé des téguments, et l’eczéma eût-il duré dix. quinze, vingt ans, jamais il ne laisse à sa suite un tissu cicatriciel. Si, toutefois, l'eczéma a occupé des membres variqueux, on peut observer une maculalure des téguments, une teinte plus ou moins foncée de la peau.

Marche , durée , terminaisons. —L’éruption eczémateuse parcourt successivement les trois degrés de son évolution et présente à l’observateur des vésicules, une surface exhalante et des squames, niais il n’est pas rare de voir les premières périodes de l’éruption réapparaître, quand l’eczéma est cependant parvenu à la période de desquamation, et quand il n’existe plus qu’une surlace un peu rouge et couverte de squames. C’est alors que l’on observe comme indice du retour des premières périodes et de l’imminence d’une poussée vésiculeuse, un aspect luisant, vernissé et quelquefois granuleux des téguments.

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Je vous ai dit que la durée de cette affection était extrêmement variable, et que s’il était donné de la voir se terminer dans l’espace de deux & trois septénaires, il n’était pas rare de la voir se perpétuer pendant un temps très long ; que la guérison n’était ordinairement que temporaire et les récidives très fréquentes.

L’eczéma peut-il se convertir en une autre affection ? Quelques dermatologistes ont fait à cette question une réponse affirmative. Cependant il est rare d’observer ces transformations ; si des auteurs ont avancé avoir vu des eczéma se transformer en lichens ou en pityriasis, c’est qu’ils ont regardé comme des lichen et des pityriasis l’épaississement des téguments consécutifs à l’eczéma ou l’état squameux qui constitue la troisième période de cette affection et présente une si grande ressemblance avec le pityriasis. D’ailleurs cette dernière affection peut parfaitement remplacer l’eczéma. Dans ce cas, la partie vraiment importante de la question consiste dans le diagnostic de l'espèce : il n’y aura en effet aucun avantage à traiter une affection plutôt que l’autre, si elles sont toutes les deux de la même nature.

Des métastases s’observent fréquemment dans le cours de l’eczéma. Cependant toutes les espèces ne présentent pas celle transmutation de lieu d’une affection. Jamais les eczémas artificiels et arthritiques n’en ont offert d’exemple ; les eczémas scrofuleux dont on méconnaît la nature et pour le traitement desquels on conseille les préparations arsenicales ou autres, pourront sans doute disparaître et être remplacés par une affection grave, telle que la tuberculisation du poumon, tandis que, si l’on avait ordonné le sirop

d’iodurc de fer, aucun accident ne serait survenu ; mais est-ce là une véritable métastase, et ne doit-on pas considérer la tuberculisation comme une période plus avancée de la maladie qui a reçu pour ainsi dire un coup de fouet du traitement intempestif mis en usage ?

L’eczéma dartreux seul offre de nombreuses et fréquentes métastases : l’affection cutanée disparaît, mais survient un catarrhe bronchique ou intestinal, une hydropisie d’une des grandes séreuses de l’économie , et phénomène qui dénote bien les relations qui existent entre les hydropisies, les bronchites et l’eczéma, les affections métastatiques disparaissent dès le retour de l'affection cutanée. Pendant un temps plus ou moins long d’ailleurs, il existe une sorte de balancement entre l’affection cutanée et les affections viscérales, mais avec le temps et par les progrès de la maladie, celles-ci finissent par prendre droit de domicile dans l’économie, par coexister avec l’affection cutanée.

Tout eczéma récidive-l-il fatalement? M. Hardy a soutenu celte opinion et a écrit : « Chez les adultes, l’eczéma peut guérir et les récidives peuvent être éloignées, mais celles-ci sont en quelque sorte fatales, et l’individu qui a été une fois atteint d’eczéma restera toujours sous l’influence de la diathèse et sous l’imminence d’une manifestation locale, prête à se réveiller à la moindre occasion. »

Vous voyez, messieurs, dans cette assertion une nouvelle preuve de l’erreur dans laquelle a fait tomber notre collègue la fatale pensée de reconnaître une origine dartreuse à tout eczéma. Si, à notre exemple, M. Hardy avait admis plusieurs espèces d’eczéma : un eczéma artificiel , un

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eczéma parasitaire et un eczéma constitutionnel, aurait-il jamais émis une opinion aussi erronée !

Jamais l’eczéma artificiel ne récidive, si le malade est désormais soustrait à l’action des causes qui l’ont engendré; l’eczéma arthritique peut récidiver pendant toute la durée de la période légumentaire, mais du moment où se manifestent des affections de la troisième période, il disparait à jamais.

L’eczéma scrofuleux, comme d’ailleurs toutes les formes de la scrofule bénigne est sujet à récidiver pendant le cours de la première période ou même pendant celui des périodes subséquentes, mais les récidives ne sont pas constantes, nécessaires, infaillibles ; aussi le peuple sait-il très bien que les gourmes et les dartres sont séparées par une immense distance, si on les envisage au point de vue de la récidive.

Seules, les affections dartreuses, herpétiques, offrent des récidives fréquentes, je n’oserais dire nécessaires, récidives séparées d’ailleurs par des intervalles de temps variables suivant les conditions extérieures et surtout l’ége du malade ! C’est en effet un triste privilège qui appartient exclusivement aux affections dartreuses que la tendance à réapparaître aprésavoir été complètement guéries, et à envahir, à chaque nouvelle récidive, des parties plus étendues du corps. Toutes les causes capables de déterminer l’apparition de l’eczéma peuvent aussi être l’origine d’une récidive. Ainsi est-il de l’ège critique, de la grossesse, de la lactation, de l’application à la surface du corps d’agents irritants, du froid, des excès alcooliques, d’une nourriture trop excitante, des émotions morales, etc. Aussi le méde-

cin doit-il conseiller à un malade affecté d’un eczéma dar-

treux de se soustraire à l’influence de toutes ces causes. .

Anatomie pathologique. — Des solutions différentes ont été données au problème du siège anatomique de l’eczéma.

Biett l’avait placé dans le réseau vasculaire d’Eichornj c’est-à-dire dans la couche superficielle du derme.

M. Cazenave, élève de Biett, rejeta l’opinion de son maître, et se fondant sur l’impossibilité d’expliquer avec elle la sécrétion souvent si considérable de l’eczéma, professa que cette affection avait son siège à l’extrémité des conduits sudorifères. « Celte idée est plus rationnelle, a écrit ce dcrmatologiste, et on peut la regarder comme la sanction pathologique des principaux phénomènes qui constituent l’eczéma; n’explique-t-elle pas la superficialité de l’éruption et la sécrétion séreuse plus ou moins abondante qui l’accompagne, et surtout l’existence de ces petits permis qui apparaissent çà et là sur les surfaces enflammées de l’eczéma, et qui ne sont autre chose que les orifices béants des conduits sudorifères mis à nu et excoriés.

» On comprend très bien que l’inflammation gagne le réseau vasculaire et détermine, selon son intensité, tous les phénomènes de congestion, de rougeur, de purulence même qui compliquent si souvent l’eczéma; mais le point de départ, le caractère principal est une phiegmasie dé l’appareil sudorifère. »

Ces raisons n’ont pas satisfait M. Hardy, et ce dcrmatologiste a prétendu que la théorie de M. Cazenave n’était qu’une pure hypothèse que n’appuyaient ni l’examen microscopique ni l’analyse chimique, c La sécrétion séreuse ou séro-purulente de l’eczéma, qui tache et empèse le

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linge, ne ressemble, en effet, nullement à la sueur, dit-il, et les ulcérations ne peuvent être considérées comme étant des ouvertures microscopiques par lesquelles la sueur vient sourdre à la surface de la peau. 11 est facile aussi, en suivant l’évolution des phénomènes anatomo-pathologiques de l’eczéma, de voir ces petites ulcérations succéder à la rupture de petites vésicules initiales. Et d’ailleurs, comment expliquer, dans cette hypothèse, l’état squameux de la peau, phénomène qui joue assurément un rôle aussi important que les ulcérations et la sécrétion séreuse? N’est-il pas évident qu’il y a là une sécrétion vicieuse de l’épiderme qui le rend impropre à vivre de sa vie ordinaire, et fait qu’il se détache en écailles plus ou moins larges? Pour nous, si nous avions à nous prononcer sur cette question, nous croirions bien plus logique de placer le siège de la maladie dans la couche profonde de l’épiderme chargée de la sécrétion de la couche superficielle épidermique, et dont l’existence longtemps contestée doit être et est généralement admise aujourd’hui. »

Mais M. Hardy substitue à l’hypothèse de M. Cazenave une hypothèse moins admissible encore, je dirai plus, une hypothèse en contradiction avec les données de la physiologie. Pour ce médecin, l’eczéma siégerait dans la couche profonde de l’épiderme chargée de la sécrétion de la couche superficielle épidermique ; mais quel physiologiste a jamais professé que les couches profondes de l’épiderme sécrètent les couches superficielles ? N’est-il pas admis aujourd’hui que de toutes les parties constituantes de la peau le derme est seul doué de la propriété de donner naissance à un produit de sécrétion? L’épiderme, s’il est doué

de vie, puisque aujourd’hui on accorde une vitalité à tous les tissus de l’économie, voire même aux cartilages, l’épiderme reçoit du derme le sang qui le nourrit, comme il en a reçu le liquide dont il est né, mais l’épiderme ne saurait sécréter.

D’ailleurs M. Hardy a tort d’objecter à M. Cazenave que si l’eczéma siégeait dans les conduits sudoripares, la sécrétion devrait être identique avec la sueur, tandis qu’elle est constituée par un liquide séreux et séro-purulent qui tache et empèse le linge ; il oublie, en avançant cette proposition, que les produits pathologiques ne peuvent ressembler aux produits physiologiques, que l’inflammation d’une glande modifie le liquide sécrété.

Quant à moi, je me rallie complètement à l'opinion de M. Cazenave, et j’admets que l’eczéma consiste, au début, dans l’inflammation des orifices des glandes sudoripares, mais que cette inflammation ne reste pas limitée dans ces points, et se propage peu à peu à la surface de la peau, dont elle occupe bientôt le réseau vasculaire superficiel.

Sémiotique. — 1" Diagnostic. — L’eczéma peut être confondu avec trois aflections vésiculeuses : l’herpès, la miliaire et la gale. Nous avons déjà indiqué les caractères diagnostiques de l’herpès et de l’eczéma, nous ne les rappellerons pas.

La miliaire diffère de l’eczéma par des vésicules non groupées, une transpiration abondante et des phénomènes généraux plus ou moins graves, caractères que l'on n’observe pas dans l’eczéma et qui sont suffisamment distinctifs.

Gale. — Il n’est pas rare d'observer des eczema simplex

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que des médecins ont considérés comme des affections parasitaires et réciproquement ; et cependant quels ne sont pas les dangers d’une telle erreur? En ne détruisant pas l’aearus, ne pourra-t-on pas permettre la contagion de la gale à tous les membres d’une même famille?

L’existence de l’acarus à la surface de la peau détermine l'apparition de vésicules, d’une éruption eczémateuse. Mais dirons-nous avec M. Hardy, que cet eczéma constitue une dartre, que l’acarus a formé l’épine qui a déterminé l’apparition de la manifestation ilartreuse de la peau? A ce compte, que de dartreux ne faudrait-il pas admettre! Nous ne nions pas cependant que, chez certains malades, n’apparaissenl des affections dartreuses qui ont été évidemment provoquées par l’existence de la gale; mais nous regardons ces faits comme exceptionnels, et pensons que, le plus souvent, l’éruption vésiculeuse est essentiellement artificielle.

D’ailleurs il existe des caractères à l’aide desquels nous reconnaîtrons si cet eczéma est une manifestation herpétique provoquée par l’acarus, ou est simplement parasitaire.

L’eczéma psorique est diffus, disséminé à la surface de tout le corps; au milieu des vésicules s’observent des pustules d’ecthyma, et si l’on a soin de détruire l’acarus à l’aide d’une pommade insecticide, il suffit ensuite de faire usage de bains émollients et amidonnés pour faire disparaître l’eczéma ; tandis que, si l’acarus a déterminé l’apparition d’une affection dartreuse, en vain fera-t-on usage d’agents parasiticides, l’eczéma résistera jusqu’au moment où l'on conseillera l’emploi des préparations arsenicales.

Autrefois, on attachait une grande importance aux vésicules de la gale ; on s’était efforcé de les décrire avec soin, et c’était d’après les caractères qu’on leur avait assignés que l’on prétendait arriver au diagnostic. Aujourd’hui, au contraire, elles ne constituent plus qu’une circonstance secondaire dans le diagnostic, et nous ne regardons nullement comme caractéristiques la base papuleuse, le sommet acuminé et la transparence de la vésicule.

Le siège des vésicules entre les doigts, sur l’éminence hypolhénar, la verge chez l’homme et les seins chez la femme ; leur absence sur le visage, la présence d’un sillon et surtout du point blanc qui le termine, et qui est l’indice de la présence de l’acarus, sont les circonstances diagnostiques principales.

L’eczéma peut être confondu avec l’iinpetigo. Cependant il existe entre ces deux affections des caractères suffisamment différentiels; tandis, en effet, que l’eczéma débute par des vésicules remplies de sérosité transparente, l’impétigo est caractérisé par l’existence de pustules; tandis que le liquide eczémateux se concrète en lamelles minces et foliacées, le liquide de la pustule impétigineuse donne naissance à des croûtes épaisses, jaunâtres ou brunâtres et irrégulièrement disposées. On ne saurait donc confondre ces deux affections.

C’est une chose véritablement bien étrange et extraordinaire, que l’admission par M. Hardy des deux variétés suivantes d’eczéma : l’impctigo sycosiforme et l’impétigo acniforme, variétés que notre collègue nous reproche à tort d’avoir considérées comme des dépendances de l’herpès parasitaire.

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Voici d’ailleurs la description qu’il en donne : « L’impétigo sycosiforme siège ordinairement sur la lèvre supérieure, au-dessous de la cloison nasale; on l’observe bien quelquefois aussi sur la lèvre inférieure, mais la première est toujours son lieu de prédilection. 11 est caractérisé par des vésico-pustules qui, se développant dans la barbe, autour des poils, suivent toute leur évolution, comme dans d’autres régions, se rompent rapidement et forment des croûtes jaunâtres, verdâtres, qui se détachent, tombent et laissent à leur place une surface ulcérée, donnant lieu à une sécrétion séreuse ou séro-purulente. Ce liquide se transforme également en croûtes qui peuvent se succéder un grand nombre de fois avant la guérison complète de la maladie. C’est ce que M. Devergie appelle sycosis impétigineux. Or, cette éruption manque précisément des deux caractères essentiels et fondamentaux du sycosis, savoir : l’inflammation et l’induration du tissu cellulaire sous-cutané, et la chute ou la faible adhérence des poils de la barbe. 11 est bien important de ne pas commettre cette conlûsion, car le traitement est tout à fait différent dans les deux affections.

L’impétigo acniforme, qui n’a pas été décrit, est caractérisé par le développement dans la barbe d’une multitude de petites vésico-pustules isolées, arrondies, d’une durée éphémère, sans base indurée, du volume d’une tète d’épingle; on en voit huit, dix, douze apparaître en même temps dans la partie inférieure du visage, mais toujours discrètes et isolées; elles durent de trois à cinq jours, puis elles se rompent et sont remplacées par des croûtes, et il peut aussi y avoir une succession de vésico-pustules et de

croûtes qui prolongent la maladie des mois et des années; rien n’est plus difficile à guérir que cette affection : je l’ai vue souvent résister à tous les moyens locaux et généraux, même à l’épilation bien faite et suivie de lotions parasiticides. Ces derniers moyens auraient dù réussir si, comme le veut M. Bazin, cette affection n’était qu’une forme de sycosis dû à la présence du tricliophyton.

On distingue, comme la précédente, celte variété d’eczéma du véritable sycosis par l’absence d'induration du tissu cellulaire sous-cutané et par l’adhérence des poils de la barbe. Pour ne rien omettre, ajoutons que, dans les deux cas, l’examen microscopique viendra encore fournir de nouvelles données au diagnostic, s

Telle est la description que donne M. Hardy des variétés d’eczéma dites impétigo acniforme et impétigo sycosiforme. Mais existent-elles réellement ces deux formes, ou ne sont-elles que les produits nécessaires, le résultat fatal d’une logique rigoureuse? Leur création n’est-elle pas due, en un mol, au refus formel de n’admettre aucune autre forme humide de dartres que l’eczéma, et partant à la nécessité d’établir des formes mixtes pour faire rentrer dans la classe des dartres des affections évidemment constitutionnelles, l’acné, le sycosis par exemple? Pour nous, messieurs, qui n’admettons pas que la seule forme humide de dartres soit l’eczema, nous ne sommes pas dans le même embarras, et nous considérons l’impétigo sycosiforme comme un sycosis survenu chez un sujet arthritique, soit primitivement, soit consécutivement à une affection parasitaire, mais entretenu, dés lors, par la maladie constitutionnelle dont le parasite a éveillé la manifestation. Ces

DE L’Ef.ZÉMA.

réflexions peuvent s’appliquer à l’impétigo acniforme que nous regardons comme une acné arthritique ou scrofuleuse primitive ou consécutive.

Dans les deux cas, l’épilation combinée à l’usage des alcalins et du fer suffira pour faire disparaître tous les accidents.

L’eczéma peut être confondu avec des affections squameuses : le pityriasis et le psoriasis.

Le pityriasis aigu disséminé, ou pityriasis rosé, ne pourrait être confondu avec l’eczéma que par des hommes étrangers à la dermatologie. Cette affection, en effet, ne présente jamais de suintement, quelle que soit l’époque de son évolution à laquelle on l’envisage; est caractérisée par des taches d’un rouge vif, à hords sinueux et présentant une exfoliation lamelleuse au début, furfuracéc au déclin; enfin est disséminée à la surface de tout le corps, caractères suffisamment différentiels. Que si d’ailleurs des vésicules se produisaient à la surface, elles seraient accidentelles et occuperaient seulement quelques-unes des nombreuses plaques qui recouvrent tout le corps.

A l’état chronique, l’eczéma nummulaire pourrait être confondu avec le pityriasis alba herpétique; cependant l’eczéma arthritique n’offre pas des plaques aussi nombreuses et aussi multipliées que le pityriasis ; dans cette dernière affection, les squames sont sèches et grisâtres; dans l’eczéma chronique, au contraire, elles sont jaunâtres et souvent un peu humides. Enfin il faudra s’informer de l’existence antérieure ou de l’absence de suintement sur la partie affectée. Néanmoins on ne saurait se dissimuler la difficulté que l’on éprouve quelquefois, à établir le

diagnostic différentiel entre le pityriasis simple elle pseudopityriasis du cuir chevelu.

Psoriasis . — En général, le diagnostic est facile à établir. Cependant il est des psoriasis localisés, à la paume des mains et au cuir chevelu, arthritiques en un mot, qui peuvent d’autant mieux être le sujet de quelques hésitations de la part du praticien, qu’ils sont souvent le siège d’une sécrétion séreuse; mais, tandis que l’eczéma occupe toute la paume de la main, le psoriasis est caractérisé par des plaques arrondies, circonscrites, séparées les unes des autres par des intervalles de peau saine.

Enfin les squames du psoriasis sont adhérentes, blanches, nàcrées et argentées. D’ailleurs, le psoriasis nummulaire est caractérisé par l’association des lésions de l’eczéma et du psoriasis, et dés lors il n’y a plus de diagnostic différentiel à faire, la nature seule importe; or, elle est toujours arthritique.

On a confondu l’intertrigo avec l’eczéma ; cependant, si l’on se reporte au début de l’affection, on apprendra qu’elle n’a jamais ofl'ert à cette période de vésicules, mais uniquement une rougeur érythémateuse , et s’il existe des ampoules ou des bulles, on pourra reconnaître que leur existence est accidentelle; d’ailleurs, dans l’intertrigo, il existe des saillies inflammatoires des follicules pileux.

Pronostic. — La question des récidives domine tout le pronostic de l’eczéma; or, nous avons dit que les récidives n’étaient pas nécessaires, infaillibles; le pronostic n’est donc pas aussi grave que quelques auteurs l’ont avancé ; il est, d’ailleurs des caractères tirés du siège de l'affection qui font varier le pronostic. C’est ainsi qu’un eczéma qui

DE l'eczéma. 159

siège près des ouvertures naturelles, qui occupe la muqueuse, est plus difficile à guérir que celui qui siège sur la continuité des membres; c’est ainsi qu’un eczéma du cou est plus rebelle à cause des mouvements de latéralité, qui se produisent en cette région.

La sécheresse, l’état aigu ou chronique pourront aussi influer sur le pronostic, mais uniquement en nous révélant la nature de l’affection.

11 faut aussi tenir compte des causes occasionnelles ou prédisposantes, du tempérament, de la constitution, du régime alimentaire, de l’habitation dans les villes, de la température, de la profession du malade.

Traitement de l'eczéma. — C’est dans cette partie de l’histoire des affections cutanées qu’apparait dans toute son évidence la supériorité de nos doctrines. Tandis, en effet, que nos collègues marchent sans lumières dans la voie difficile de la thérapeutique, mettent en usage des médicaments dont l’emploi ne repose sur aucune base rationnelle, nous avons institué des règles certaines, infaillibles, pour le choix à faire de telle méthode de traitement préférablement telle autre, éclairé d’un jour inconnu jusqu’ici la thérapeutique des affections cutanées.

Il existe deux espèces d'indications thérapeutiques : les unes découlent de l’affection elle-même, les autres de la maladie dont celle affection est la manifestation cutanée.

L’état aigu ou chronique, l’humidité ou la sécheresse de la surface malade, le siège, donnent naissance à des indications tirées de l’afl'ection. Si l’eczéma revêt une forme aiguë, est accompagné d'un cortège de phénomènes inflammatoires, tels que rougeur, chaleur, tuméfaction,

tension..., l’indication qui prime toutes les autres consiste à faire cesser cet état inflammatoire à l’aide d'un traitement antiphlogistique. On emploiera donc la saignée générale, les boissons émollientes, les poudres d’amidon, les bains d’amidon, les purgatifs...

C’est surtout quand la surface eczémateuse est le siège d’un suintement abondant qu’il faut recourir à l’emploi de poudres qui, en se mêlant aux liquides exhalés, forment des croûtes qui s’opposent à la sécrétion subséquente du liquide et constituent, ainsi que je l’ai déjà si souvent répété, le meilleur topique que l’on puisse employer. Aussi faut-il les respecter lorsqu’elles se forment spontanément, et ne jamais les arracher.

Si l’eczéma siège sur les membranes muqueuses, ce n’est [dus à des poudres, mais à des liquides, des collutoires, qu’il faut avoir recours.

Lorsque l’eczéma occupe des parties de la peau adossées l’une à l’autre, il faut encore faire usage de poudres, telles que celle d’amidon, mais surtout avoir soin de tenir écartées l’une de l’autre les surfaces opposées.

Les ouvertures naturelles sont-elles enfin affectées, il faudra recommander l’immobilité de la partie malade, parce que les mouvements incessants sont la cause de la permanence de l’affection. L’orifice buccal est-il le siège de l’eczéma, on recommandera la privation de la parole, l’usage d’aliments liquides ou mucilagineux, de substances peu capables, en un mot, de déterminer des mouvements exagérés.

Mais si, après avoir satisfait à toutes ces indications, l’eczéma persiste encore, quelle conduite devrez-vous tenir?

DE L’ECZÉMA

Vous savez tous que c’est aux modilicaleurs généraux de l’économie, aux médicaments internes que vous devrez avoir recours; mais encore vous faut-il connaître quels sont ceux qui doivent mériter votre préférence. A l’exemple % d’Alibert, ferez-vous exclusivement usage du soufre à l’intérieur et du nitrate d’argent, comme topique, ou, comme Iîiett, ordonnerez-vous l’arsenic sans distinction et quelle que soit d’ailleurs la variété d’eczéma que vous aurez à traiter? Administrerez-vous le Meloe vesicatorius , chez les femmes et les enfants, confiant dans les heureux résultats que M. Devergie dit avoir obtenus de cette médication? Essayerez- vous successivement et tour à tour les divers médicaments qui ont été vantés contre les affections de la peau , en commençant par les plus bénins et finissant par les plus énergiques? ou enfin, réunirez-vous dans une même bouteille, les principaux médicaments qui jouissent delà propriété de guérir les affections cutanées, et proclamerez-vous la vertu infaillible de ce merveilleux et magique liquide, de ce sirop composé dans lequel l'arsenic se marie au mercure, la limaille de fer à l’iode et à l’iodure de potassium, affirmant que la nature bienveillante et médicatrice saura choisir celui de ces médicaments qui doit modifier l’économie et la ramener à son état naturel?

Evidemment tous ces modes de traitement sont irrationnels et pèchent par la base. Un même médicament estil capable de guérir des affections de nature différente? Ne répugne-t-il pas à un médecin sérieux d’administrer à la fois plusieurs médicaments dont quelques-uns ne sont pas inoffensifs, et de laisser à la nature le soin de choisir celui qui convient au cas donné? Agir ainsi n’est-ce pas faire

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aveu de son ignorance, de l’impossibilité dans laquelle on est de reconnaître la nature de l’affection, et enfin ne se produit-il pas une décomposition chimique dans l’estomac, ne se forme-t-il pas des principes nouveaux et différents de ceux que l’on voulait administrer?

La médication mise en usage par M. Hardy ne mérite pas davantage notre approbation : ce médecin a pris pour base de sa thérapeutique le tempérament et préconise l'huile de foie de morue quand le tempérament lymphatique est très prononcé, les préparations sulfureuses, au contraire, quand il est peu accusé et enfin, les arsenicaux chez les personnes nerveuses. Je dois avant d’aller plus loin vous faire remarquer que cette médication est en désaccord avec les opinions que professe M. Hardy sur l’eczéma : notre collègue ne reconnaissant à cette affection qu’une seule origine, le vice herpétique, aurait dû, ce nous semble, n’admettre qu’une seule classe de médicaments, que des agents thérapeutiques doués de semblables propriétés ! D’où vient donc qu’il a tiré une conclusion en désaccord avec les prémisses? La raison en est simple cl facile à saisir : M. Hardy, n’admettant comme causes de l’eczéma ni l’arthritis, ni la scrofule, ni les agents externes, et d’autre part étant doué d’un jugement trop profond pour ne pas être frappé des différences d’aspect que cette affection présente, pour ne pas s’apercevoir qu’il faut mettre en usage des modificateurs différents si l’on veut obtenir des résultats heureux, a dû chercher à concilier cette unicité de cause avec celle multiplicité d’agents thérapeutiques et a eu recours à l’explication suivante : < L’eczéma est toujours dartreux, mais enté sur des terrains différents, il doit natu-

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rellement subir des modifications dans sa forme et son aspect extérieur ; ainsi est-il du froment dont la ^qualité varie suivant le sol dans lequel il a germé et qui lui fournit les éléments de sa nutrition, tout en restant d’ailleurs invariablement froment ; l’eczéma produit par des substances irritantes est toujours dartreux ; le contact de certains agents ne détermine un eczéma qu’autant qu’il a lieu sur un individu dartreux.

» L’eczéma survenu chez un scrofuleux, une personne douée de la constitution que M. Bazin a appelée arthritique, ces eczémas sont dartreux et ne doivent les modifications qu’ils présentent dans leur aspect qu’à la nature scrofuleuse et arthritique du terrain sur lequel ils ont apparu.

» Nous administrons dans ce cas l’huile de morue, le sirop de fer, les sulfureux, etc., parce qu’il faut changer la nature de ce terrain sur lequel a pris naissance l’eczéma et qui lui a imprimé des modifications évidentes, mais nous n’en considérons pas moins celte affection comme une manifestation darlreuse. <

Que d’objections ne peut-on pas adresser à une telle doctrine? Sans doute en administrant les antiscrofuleux, on modifie l’économie, on la place dans de meilleures conditions, mais du moins n’est-il pas permis d’avoir la prétention de guérir une affection darlreuse par ce seul traitement. On s’est attaqué à l’un des éléments, on s’en est rendu maître à l’aide de ce traitement, mais il est impossible de guérir avec un modificateur d’un état général de l’économie, un autre état général essentiellement différent , de guérir simultanément avec un même agent deux maladies constitutionnelles. Je ne vois pas, s’il en était ainsi,

pourquoi chez un dartreux atteint de scrofule, l’arsenic, en modifiant l’économie, le terrain sur lequel ont apparu des écrouelles par exemple, ne guérirait pas celte dernière affection, puisque l’huile de morue a la propriété de guérir par la même action une affection dartreuse !

Pour nous, messieurs, si le sirop d’iodure de fer et l’huile de morue guérissent l’eczéma, c’est que cette affection est une manifestation de la scrofule. C’est ici le lieu de répéter le vieil aphorisme d’Hippocrate : Naluram morborum curationes ostendunt.

Traitement interne. — 1° Est-il toujours prudent d’entreprendre la cure d’un eczéma scrofuleux, de la gourme des enfants? J’ai répondu à cette question dans mon Traité de la scrofule et j’ai dit : « Posée en d’autres termes, cette question à laquelle il a été diversement répondu, ne saurait embarrasser personne. C’est comme si nous nous demandions, en effet, s’il faut attaquer la scrofule dès son principe, ou s’il vaut mieux attendre que le scrofuleux soit arrivé à une période plus avancée de la maladie pour commencer le traitement. Évidemment le précepte : Principiis obsta est applicable ici, ou il ne le serait jamais en médecine.

» On conçoit que sous le règne des théories humorales on ait pu donner le conseil de respecter les gourmes dans lesquelles on ne voyait que des affections dépuratoires ; il ne saurait en être de même aujourd’hui, pour nous surtout qui voyons dans ces éruptions le début ordinaire d’une maladie constitutionnelle. »

11 faut donc toujours commencer aussitôt que possible le traitement de l’eczéma scrofuleux ; les préparations ferrugineuses et iodées sont celles qui ont obtenu depuis long-

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temps noire préférence dans le traitement de la gourme, parce que non-seulement elles la font disparaître* rapidement, mais encore éloignent les manifestations ultérieures de la scrofule, et c’est surtout le sirop d’iodure de fer que nous prescrivons ; celte préparation jouit de l’avantage d’être prise facilement par les enfants et de contenir assoun à l’autre de l’iode et du fer. Le sirop anliscorbuqui parait ne devoir ses propriétés qu’à l’iode qu’il contient, le sirop de raifort iodé de Dorvaut sont aussi administrés avec avantage*

Tous ces sirops se donnent en général à la dose de 15 à 60 grammes.

La solution minérale iodo-phosphatée du docteur Uzac pourra donner aussi d’heureux résultats dans le traitement de l’eczéma scrofuleux.

A l’administration du fer et de l’iode nous joignons en général l’usage de tisanes amères, telles que celles de houblon, de gentiane, de fumeterre, de pensée sauvage, etc.

Enfin, il est utile de faire prendre tous les cinq ou six jours un purgatif, de l’huile de ricin, de la manne, de l’eau de Sedlilz, etc., afin de stimuler ainsi les fonctions gastriques et en même temps de provoquer l’absorption des remèdes internes.

Quant à l’huile de foie de morue, si souvent administrée aux malades affectés d’eczéma scrofuleux, nous en réservons l’emploi pour les affections malignes de la scrofule. Cependant, si l’eczéma résistait à l’iode et au fer, il serait bon d’associer l’huile de morue à ces médicaments.

Nous pouvons résumer ainsi le traitement interne de l’eczéma scrofuleux : on ordonnera de boire chaque jour un

^ciés L’

tique

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lilrc de tisane de houblon édulcorée avec le sirop antiscorbulique ; de prendre chaque jour, matin et soir, une cuillerée à bouche de sirop d’iodure de fer, et tous les quatre ou cinq jours, un verre ou deux d’eau de Sedlitz, le matin à jeun, pendant la période d’exhalation de l’affection.

Eczéma herpétique. — Si l’eczéma reconnaît pour cause le vice herpétique, c’est aux préparations arscnicalcs||u.’jl^ faut avoir recours ; on administrera la liqueur de Fovvler, la liqueur de Pearson, les solutions d’acide arsénieux, d’arséniale de soude, d'ammoniaque dli de fer ; c’est à ces trois derniers composés que nous donnons en général la préférence. Cependant nous réservons plus spécialement l’arséniate de fer pour les sujets débilités, anémiques. Nous ordonnons chaque jour deux pilules contenant chacune 5 milligrammes d’arséniate de fer pour 5 centigrammes d’extrait de douce-amère, et nous augmentons progressivement le nombre des pilules jusqu’à ce que l’on soit arrivé à en prendre vingt-cinq à trente (10 à 15 centigrammes d’arséniate de fer par jour).

C’est au contraire sous forme de solution que nous prescrivons l’arséniate d’ammoniaque et nous formulons ainsi la solution :

Eau distillée. 300 grammes.

Arséniatc d’ammoniaque 5 centigrammes.

On prend matin et soir une cuillerée à bouche de cette solution et on augmente progressivement jusqu’à ce que l’on soit arrivé à la dose de quatre à cinq cuillerées par jour.

Simultanément, le malade boit tous les joui s un litre de tisane de saponaire, et prend tous les deux ou trois jours un verre ou deux d’eau de Sedlitz.

DE L’ECZÉMA

Eczéma arthritique. — Enfin, si l’eczéma est arthritique, on ordonnera au malade de boire de la tisane de saponaire ou île pensée sauvage édulcorée avec le sirop de furneterre ou d’orme pyramidal ;

De prendre, matin et soir, une heure avant le repas, une cuillerée à soupe du sirop suivant :

Sirop do Annotent) ou do saponaird.. . 500 grammes.

Bicarbonate de soude 6 à 8 grammes ;

enfin de boire une eau alcaline à ses repas.

Traitement local de T eczéma . — Deux sortes de topiques peuvent être mis en usage dans le traitement de l’eczéma : les uns trouvent leur application dans toutes les espèces d’eczéma; les autres, au contraire, doivent être exclusivement réservés pour certaines espèces.

Les topiques communs à toutes les espèces d’eczéma sont : les cataplasmes de fécule , les bains et les poudres d’amidon, le liniinent oléo-calcaire, l’huile de cade pure ou mitigée, les pommades au calomel, à l’oxyde de zinc, au calomel et au tannin, etc.

Mais il ne faut pas croire que toutes ces pommades peuvent être indistinctement employées à toutes les périodes de l’eczéma : les cataplasmes de fécule, les bains et la poudre d’amidon seront prescrits au début de l’affection, tandis que les pommades astringentes trouveront au contraire leur application à la période de déclin ou de desquamation épidermique de l’affection.

Quant aux topiques spécialement réservés pour telle ou telle espèce d’eczéma, ce sont les suivants :

Les bains d’amidon, de Condillac ou de Vichy, à l’hydrofére, doivent être principalement ordonnés contre l’eczéma

arthritique ; c’est aussi aux personnes affectées de cette espèce d’eczéma que nous ordonnons l’usage de lotions alcalines et de la glycérine. C’est pour avoir indistinctement employé la glycérine dans le traitement de tous les eczémas ou exclusivement dans celui de l’eczéma dartreux ou scrofuleux que des praticiens recommandables ont été conduits à en proscrire l’emploi. Si ces médecins n’avaient employé cet agent médicamenteux que dans le traitement de l’eczéma arthritique, ils en auraient, comme nous, obtenu d’heureux résultats.

Enfin, c’est aussi contre l’eczéma arthritique que nous conseillons la pommade au sulfate de fer :

Sulfate de fer fit) à 30 centigrammes.

Céline. l\ grammes.

Axonge 30 grammes.

C’est aux malades affectés d’eczéma dartreux que nous prescrivons les bains et les lotions d’arsénialc de soude, les lotions de sublimé ou d’acétate de plomb, s’il existe du prurit, et en fin la pommade au calomel avec :

Calomel 2 à 4 grammes.

Axonge 30

Les bains sulfureux au contraire donneront d’heureux résultats lorsqu’on les ordonnera à des malades affectés d’eczéma scrofuleux à leur déclin, tandis que leur emploi sera suivi d’une exaspération considérable de l’affection, si l’eczéma est dartreux ou arthritique.

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