‹ Leçons théoriques et cliniques sur les affections génériques de la peau professés par le Docteur Bazin, médecin de l'ĥopital de SaintLouisChapitre 19 sur 27 · CLASSEMENT DE L’ECZÉMA · texte numérisé non relu

CLASSEMENT DE L’ECZÉMA

Willan et Batcman ont placé l’eczéma dans l’ordre des vésicules, à côté de la gale, de l’herpès et de la varicelle; .

DE L’ECZÉMA

Biett, MM. Cazenave, Gibcrt et Devergie ont reproduit dans leurs ouvrages la classification willanique et placé également l’eczéma dans l’ordre des vésicules.

Je n’ai pas besoin, ce me semble, de vous démontrer combien est peu naturelle une classification qui ne repose que sur cette seule base : l’élément primitif, et qui place la gale à côté de l’herpès et de l’eczéma, la syphilide vésiculeuse à côté de l’eczéma dartreux, de la gourme, etc.

École (T Alibert. — Alibert a fait de l’herpès de Willan le genre Olophlyctide des dermatoses eczémateuses, et a décrit l’eczéma sous le nom d ’herpes squamosus madidans, parmi les dermatoses dartreuses.

Le genre herpès d’ Alibert renferme deux espèces qui sont l’herpès furfureux et l’herpès squameux. L’herpes squamosus madidans constitue une variété de la seconde espèce.

Quelques auteurs ont considéré la périphrase dont s’était servi Alibert pour dénommer l’eczéma ( herpes squamosus madidans), comme pittoresque et valant à elle seule une définition. Nous ne saurions accepter cette opinion ; peut-on dire en effet que l’épithète madidans (humide) s’applique aux eczémas arthritiques dont la sécheresse est le principal caractère?

Quoi qu’il en soit, Alibert a eu le tort de n’admettre qu’une seule origine pour l’eczéma, de regarder tous les herpès squameux humides comme des dartres. 11 vous suffira de suivre pendant quelque temps notre visite pour vous convaincre de l’existence des eczémas artificiels, scrofuleux, arthritiques, etc. D’ailleurs la classe des dartres d’Alibert est essentiellement hétérogène : ne sc compose-t-elle pas, en efl'ct, de l’herpès, du genre varus parmi les espèces duquel

se trouve le varus menlagra, affection parasitaire, du genre melitagre (impétigo de Willan), et enfin du genre e<thiumenos ou lupus, qui comprend des affections scrofuleuses?

Pierre et Joseph Frank ont décrit l’eczéma sous le nom A' herpès miliaire et lui ont attribué une origine arthritique, scorbutique , syphilitique , scrofuleuse , carcinomateuse.

Nous admettons les origines scrofuleuse et arthritique de l’eczéma, mais nous rejetons les trois autres

M. Ginlrac (de Bordeaux) a admis un eczéma darlreux, un eczéma scrofuleux et un eczéma arthritique ; malheureusement il n’a fait que signaler la relation qui existait entre la goutte et les affections cutanées, sans indiquer aucun caractère spécial à ces affections et, enfin, a omis l’eczéma artificiel et l’eczéma parasitaire.

M. Hardy, disciple d’Alibert, a conservé intacte la doctrine du maître et a considéré l’eczéma comme une affection exclusivement darlreuse. Je vous ai déjà énuméré les vices de cette manière de voir, je crois donc inutile d’y revenir.

Quelle place doit occuper l’eczéma dans une classification des affections de la peau? D’une part, l’eczéma constituant une affection générique de la peau doit être rangé à côté de l’herpès parmi les affections vésiculenses; de l’autre, constituant une affection symptomatique, il doit être placé parmi les affections de cause externe et parmi les affections de cause interne. Un tel classement est naturel et a l’avantage de vous donner immédiatement une idée de la nature de l’affection et, partant, du traitement à suivre pour en obtenir la guérison.

ÉNUMÉRATION ET DESCRIPTION DES ESPÈCES ET VARIÉTÉS d’eczéma ADMISES PAR LES AUTEURS.

1° École de Willan. — Willan el Bateman admirent trois variétés d’eczéma : Y eczema solare, l 'eczema impcliyinodes , et Y eczema rubrum.

L’eczema solare, dit Bateman, apparaît en général, au printemps, se perpétue jusqu’à l’automne ; il est dù, ainsi que son nom l’indique, à l’action des rayons solaires et occupe les parties découvertes. 11 est précédé et accompagné de chaleur.de fourmillement, et quelquefois de gonflement tel, que la couleur naturelle des doigts, par exemple, disparait. Les vésicules sont petites, peu proéminentes et remplies d’une sérosité laiteuse.

Mais qu'est-ce donc qu’un eczéma artificiel qui débute au printemps et se perpétue jusqu’à l’hiver? Est-ce là la durée ordinaire d’un eczéma de cause externe ou plutôt n’est-ce pas celle d’un eczéma de cause interne ? Nous pensons que l’eczema solare de Bateman est un eczéma symptomatique du rte maladie constitutionnelle.

L’eczéma impétiginode est caractérisé, d’après Bateman, par l’existence de vésicules petites, séparées les unes des autres, contenant un liquide transparent, semblables aux pustules psydraciées qui adhèrent fortement au tissu de la peau ; elles sont accompagnées de douleur, chaleur, démangeaisons, donnent issue à une lymphe qui irrite et enflamme l’épiderme ambiant qui s’épaissit, devient rude, rouge et gercé comme dans l’impétigo. L’apparition des vésicules et des pustules qui a lieu quelquefois dans cette

maladie établit l’aiTinilé qui existe entre l’eczéma et l’impétigo.

Cel eczéma impétiginode reconnaît pour causes l’action de substances irritantes telles que le sucre, les parcelles métalliques, la chaleur, etc. Aussi les garçons épiciers, les forgerons, les limeurs y sont-ils principalement exposés.

Cette variété constitue évidemment un eczéma artificiel.

3" Eczema rubrum. — Sous ce nom, Baleman a décrit la forme aiguë de l’eczéma et la variété désignée sous le nom d’eczéma bydrargyrique.

L'eczema rubrum, dit-il, est dû à l’action des substances mercurielles, à l’impression du froid ou survient sans qu’on puisse le rattacher à aucune cause.

L’eczema rubrum est précédé par une tension, une chaleur et une démangeaison assez vive, phénomènes que suit bientôt une rougeur intense sur laquelle sont parsemées un nombre considérable de vésicules que l’on n'aperçoit bien qu’en les regardant à contre-jour ; mais leur volume ne tarde pas à augmenter, et après quarante-huit heures d’existence, elles sont grosses comme une tête d’épingle, remplies d’une sérosité laiteuse et parfaitement visibles à l’œil nu. Elles se rompent alors et donnent issue à un liquide ilere qui irrite la peau, l’enflamme, etc.

Cet eczema n’est donc que la forme aiguë sans distinction de cause et d’origine.

llielt et son élève M. Cazenave ont admis deux grandes classes d’eczén.a : l’eczéma aigu et l’eczéma chronique :

L’eczéma aigu comprendrait trois espèces : Yeczema simplex , Yeczema impeti'jinodes et Yeczema rubrum.

L’eczema simplex, dit M. Cazenave, a sans doute une

DES ESPÈCES D’ECZÉMA, marche lente, mais diffère de l’eczéma chronique qui succède toujours à l’état aigu. Il apparaît tout à coup et sans avoir été précédé de phénomènes précurseurs : les vésicules sont réunies en grand nombre les unes à côté des autres, transparentes et développées sur une surface qui n’offre aucun changement de coloration ; tantôt le liquide est résorbé, tanlôt au contraire la vésicule se rompt. Très souvent l’affection se prolonge par poussées successives et dure ainsi deux, trois septénaires et même plus.

Cet eczema peut être général, mais le plus souvent il est borné à une surface peu étendue : il a pour siège de prédilection le bras, l’avant-bras, et surtout l'intervalle des doigts, où il peut simuler la gale.

C’est surtout chez les jeunes gens et les femmes qu’on l’observe ; il survient à la suite d’applications irritantes ou du séjour auprès d’un fourneau ou d’un foyer ardent.

Cet eczéma simplex de Biett et de M. Cazenave constitue lin eczéma de cause externe.

Quant aux eczema impetiginodes et rubrum, ils correspondent aux variétés homonymes de Bateman. Du moins M. Cazenave en donne -t-il une description plus nette que l’auteur anglais. L’eczema impetiginodes, ajoutet-il, n’est pas un eczema rubrum compliqué de pustules d’impétigo, mais une éruption dont les vésicules transparentes d’abord, passent non pas à l’état de véritables pustules, mais à celui de vésicules pustuleuses. Autrement la maladie serait un véritable impétigo.

2° L’eczéma chronique, que M. Cazenave décrit comme une forme spéciale, comme une espèce, n’a d’importance qu’au point de vue de la marche de cette affection. D’ail-

M h QUATRIÈME ET CINQUIÈME LEÇON,

leurs, M. Cazenave est dans l’erreur en prétendant que tout eczéma chronique offre une période d’exhalation. En est-il ainsi pour l'eczéma numinulaire, nianuale, arthritique en un mot?

M. Gibert admet les trois variétés de Bateman, Y eczema salure, Y eczema impeliyinodes, Y eczema rubrum, et lYczema simplex de liielt ; mais il ajoute : « On n’aurait qu’une idée fort imparfaite de l’eczéma, si l’on ne s'attachait à retracer les nuances que présente cette affection, quand clleesl partielle, soit primitivement, soit consécutivement, c’està-dire lorsque, après avoir été générale, elle persiste opiniâtrement dans certaines régions qu’elle affecte de préférence. Ces régions sont le cuir chevelu, les oreilles, les yeux, les parties génitales ; aussi devons-nous consacrer un paragraphe à chacune de ces variétés d’eczéma. »

Malheureusement M. Gibert n’indique en aucune façon la nature spéciale de ces eczémas ; pour notre collègue, toutes ces variétés n’ont d’importance que parce qu’elles offrent certaines modifications dues au siège qu’elles occupent. Enlin, il est plusieurs variétés de siège très importantes que M. Gibert a passées sous silence.

M. R ayer a admis les trois variétés d’eczéma désignées sous les noms d'eczema simplex, rubrum et impeliyinodes, mais il décrit, à l’occasion de l’eczema simplex, une variété nouvelle dont la découverte serait due à l’un de ses élèves, |e docteur Levain. Cette variété est caractérisée par des groupes de vésicules dont les dimensions varient entre celle d’une pièce de cinquante centimes et celle d’une pièce de deux francs, dont le volume est plus petit que celles de l’herpès phlyclénode, mais qui ont assez d’analogie avec

DES espèces d’eczéma. 476

les groupes de l’herpes præputialis ; de sorle que celle variété semble un moyen de transition entre ces deux éruptions vésiculeuses.

L'eczéma du docteur Levain constitue à nos yeux un herpès circiné parasitaire et non un eczéma ; l’erreur de MM. Levain et Rayer a d’ailleurs eu une influence singulière sur quelques dermatologistes : Levain avait ajouté dans sa description que sur les groupes vésiculeux l’épiderme pouvait quelquefois être enlevé d’une seule pièce, et M. Devergie, s’appuyant sans doute sur celte phrase, a inventé Y eczema unisquamosum. Cependant il existe cette différence entre M. Levain et M. Devergie, que celui-là n’a pas assigné de région limitée à sa variété d’eczéma, tandis que celui-ci a prétendu que l’eczema unisquamosum n’existait que sur le front.

C’est aussi probablement en s’appuyant sur ces faits d’eczérqa intermédiaires à l’herpès et à l’eczéma que M. Hardy a été conduit à rejeter l’herpès et à ne faire de cette affection et de l’eczéma qu’un seul genre.

Comme M. Gibert, M. Rayer donne ensuite la description des variétés de siège, et admet un eczéma du cuir chevelu, un eczéma de la face, un eczéma des oreilles, des mamelles, de la région ombilicale, de la partie interne des cuisses, du prépuce, du scrotum, de la marge de l’anus et de l’extrémité inférieure du rectum; de la partie externe des cuisses, de la vulve, de la marge de l’anus et des membranes muqueuses du vagin et du rectum ; les eczémas des membres inférieurs et supérieurs, du pli du coude, des aisselles, du jarret et des mains.

Mais pas plus que M. Gibert, M. Rayer n’a insisté sur la

nature de ces variétés, sur leurs relations avec telle ou telle maladie constitutionnelle ; aussi n'a-t-il produit qu’une œuvre incomplète.

Nous ne faisons qu’indiquer ici ces variétés, parce que nous devons en faire la description quand nous énumérerons les espèces et variétés que nous admettons, et que nous voulons éviter des répétitions inutiles. D’ailleurs un assez grand nombre ne formant pas des espèces particulières, ne méritent pas les honneurs d’une description spéciale. C’est double emploi, par exemple, de décrire séparément les eczémas des parties génito-anales de l’homme et de la femme, et les eczémas des membres qui ne présentent aucune particularité digne de mention.

M. Devergie est de tous les dermalologisles celui qui a admis le plus grand nombre de variétés d’eczéma. Cette affection envisagée au point de vue des divisions scolastiques peut, dit-il, être envisagée à des points de vue multiples :

Au point de vue de la forme morbide ;

— de la conformation ;

— de la partie qu’elle affecte ;

— de la marche ;

— de la durée.

1“ Variétés d'eczéma d'après la forme morbide. — M. Devergie admet des eczémas simples et des eczémas composés : cette division est pour notre collègue d’une importance capitale, et les auteurs ont eu tort, d’après ce dermalologiste, de ne pas tenir compte des formes composées, et de reconnaître seulement des formes simples.

< Celles-ci, dit-il, sont rares et ne se montrent guère qu’au printemps ; celles-là sont nombreuses, et les seules

peut-être que l’on voit en automne et en hiver ; elles sont d’ailleurs aussi élémentaires que les formes simples. Pour nous qui en avons fait une étude spéciale, nous y attachons une importance beaucoup plus grande qu’à la division secondaire que Willan a établie dans les formes primitives qu’il a créées; qu’un psoriasis soit guttata, diffusa , gyrata , cela importe peu ; mais s’il est compliqué d’une autre forme morbide, il en ressort des indications thérapeutiques toutes particulières, car si la forme morbide qui le constitue psoriasis composé exige surtout remploi des sulfureux, ce ne sera plus alors seulement au goudron et à l’arsenic qu’il faudra s’adresser, mais à l'association de plusieurs sortes d’agents médicamenteux.

* Ces formes composées seraient au nombre de quatre : l’eczéma impétigineux,

— lichénoïde,

— herpétiforme,

— psoriasiformc.

»Ces quatre formes ne constituent pas des complications morbides, mais la maladie naît dès l’abord avec les deux éléments de composition, et il n'y a pas là, comme le prétend M. Cazenave, une double maladie dans laquelle une des deux affections est dominante.

» Dans l’eczéma impétigineux, la vésicule existe, mais dès le début elle devient purulente.

» Dans l’eczéma lichénoïde, la papule est dès l’abord secrétante, etc. »

Sans doute ces quatre formes existent; sans doute on observe des eczéma dont les vésicules deviennent purulentes peu de temps après leur apparition, des eczéma secs

Bazin. '2

et dont l’apparence est à peu près celle du lichen ; sans doute la description qu’en donne notre collègue est calquée sur la nature. Mais à quoi sert d’admettre toutes ces variétés, si on ne peut les rattacher à une cause, si on ne connaît leur nature ? Leur description n’est-elle pas stérile? 11 n’en eût pas été de inéine si M. Devergie avait ajouté que l’eczéma impétigineux est une affection de nature scrofuleuse, l’eczéma lichénoïde une affection de nature arthritique, etc.

Les variétés admises en se plaçant au point de vue de la configuration appartiennent toutes à l’eczema simplex ; elles sont au nombre de quatre : V eczema amorphe, Y eczéma nummulaire, Y eczéma fendillé, Y eczema nnisquamosurn.

Je vous ai dit que cette dernière variété devait être rejetée ; il en est de même de l’eczéma amorphe. Peut-on regarder, en effet, comme une variété particulière l’eczéma qui peut occuper toutes les parties du corps, est Yariable dans sa forme comme dans son étendue ?

Dans la dernière leçon j’ai essayé aussi de vous démontrer que l’eczéma fendillé débutait comme toutes les variétés d’eczéma par des vésicules, que les fissures n’existaient pas dés le début de l’affection, mais étaient dues à sa situation au niveau des parties mobiles, et que celte variété n’avait pas sa raison d’étre.

11 ne reste donc des quatre formes d’eczema simplex basées sur la configuration que l’eczéma nummulaire. Nous admettons l’existence de cette variété, mais tandis que M. Devergie ne lui assigne aucune origine, nous la rattachons exclusivement à l’arthritis.

Envisageant l’eczéma au point de vue de la marche et de la durée, notre collègue le divise en aigu et chronique, en fugax et perstans. Mais il ajoute : « Les auteurs ont admis à tort l’existence de X eczema fugax. Nous ne connaissons rien de plus tenace qu’un eczéma. »

Nous croyons que M. Devergie prête à ses devanciers ou à ses contemporains une opinion qu’ils n’ont pas émise ; en vain nous avons cherché l’eczema fugax dans les traités des dermatologistes, nous ne l’avons pas trouvé.

Enfin, M. Devergie, comme MM. Gibert et Rayer, admet des variétés de siège : ce sont les eczémas de la tête, des oreilles, de la racine du nez ou unisquamomm, du mamelon, du nombril, de la vulve, des bourses, des jambes ; mais il décrit comme ses prédécesseurs toutes ces variétés sans s’occuper de leur nature ; en outre, il omet quelques variétés importantes, telles que les eczéma palmaire et plantaire, etc., et enfin commet quelques erreurs. 11 dit, par exemple, que l’eczéma de la tête ne survient que dans l’enfance, à moins qu’il ne soit dû à l’extension d’un eczéma des oreilles au cuir chevelu ; que cet eczéma donne toujours lieu à une abondante sécrétion et cause des démangeaisons atroces.

Cependant n’observe-t-on pas souvent chez les adultes des eczémas arthritiques du cuir chevelu qui ont apparu primitivement en celte région, et ne donnent pas naissance à une sécrétion abondante de liquide? Les eczémas scrofuleux et artificiels de la tête, qui sont, il est vrai, le siège d’une exhalation assez abondante de liquide, n’occasionnent-ils pas que fort peu de démangeaisons?

Signalons une dernière erreur : M. Devergie prétend

que l’eczéma du mamelon peut reconnaître pour cause la

syphilis !

Telles sont les espèces et les variétés admises par les willanistes : toutes, comme vous devez vous en apercevoir, sont basées sur la forme extérieure, l’aspect physique, la marche, la durée de l’affection, mais aucune ne repose sur la nature de l’eczéma, seul fondement capable de conduire à une thérapeutique rationnelle et utile. Voyons maintenant si les espèces et variétés des alibertisles sont préférables.

Ecole d'Alibert. — Alibert prétendant que Willan avait détourné de son acception primitive le mot herpès, en comprenant sous ce nom plusieurs affections vésiculeuses qui devaient être rangées parmi les olophlyctides, Alibert considéra l’herpès (1) comme un genre des dermatoses dartreuses et en admit deux espèces : Y herpès fur fur eux, qui comprenait les deux variétés suivantes : l’herpès furfureux volatil et l’herpès furfureux circiné (pityriasis et psoriasis); Y herpès squameux qui comprenait cinq variétés :

L’herpés squameux humide ( herpes squamosus madidans),

— scabioïde ,

— orbiculaire ,

— centrifuge,

— lichénoïde.

L’herpès squameux humide constitue une forme d’eczéma qui correspond à l’affection que nous désignons sous

(I) Nous avons dit qu'Alibcrt avait décrit l'herpès de Wdlan sous le nom d’olophlyclide et l'avait placé parmi les dermatoses eczémateuses.

DBS ESPÈCES D’ECZÉMA. 181

le nom d’eczéma dartreux ; elle est en effet caractérisée par un suintement abondant, des démangeaisons intolérables, etc.

L’herpès scabioïde est une variété qui a pour siège les parties génitales, le scrotum, la racine de la verge, le gland, le prépuce, la vulve, le périnée, la partie interne et supérieure des cuisses, quelquefois môme la muqueuse du vagin et du rectum, etc.; elle doit son nom au prurit qu’elle occasionne et qui a été comparé à celui que provoque la gale. Elle est d’ailleurs caractérisée par l’existence d’une multitude de papules vésiculeuses qui très souvent ne dépassent pas le volume d’une tête d’épingle, etc.

Cette variété constitue pour nous un eczéma arthritique. 11 en est de môme de l’herpès squameux orbiculaire, variété ainsi appelée parce qu’elle a pour siège le pourtour des orifices naturels, et de l’herpès squameux centrifuge dont Àlibert a donné la description suivante : « 11 siège dans le creux des deux mains ; là on aperçoit des cercles ou points orbiculaires, lesquels résultent du dessèchement de l’épiderme qui blanchit à la suite d’une inflammation plus ou moins intense, cercles qui s’agrandissent de plus en plus du centre à la circonférence, jusqu’à ce que la face interne de la main se trouve dépouillée de la cuticule. Cette maladie esttrès incommode, elle occasionne une sensation cuisante. »

Enfin sous le nom à' herpès lichénotde, Alibert a décrit évidemment une affection primitivement squameuse et non un eczéma ; il dit en effet : « Dans quelques circonstances l’herpès squameux se présente sous une forme absolument sèche, l’épiderme sc sépare du derme en écailles dures, coriaces, blanchâtres, analogues par leur forme, leur cou-

leur et leur aspect aux lichens parasites qui couvrent fécorce des arbres. Celte variété de forme peut devenir très grave, et les anciens disaient, avec une sorte de raison, que les lichens frayaient la route vers la lèpre. »

Telles sont les variétés d’eczéma ou d’herpès squameux admises par Alibert, variétés que cet auteur rattache toutes à une seule origine, regarde toutes comme des manifestations de la dartre. Vous me demanderez sans doute ce qu’Alibcrt entend par dermatose eczémateuse, si notre eczéma est pour lui une dermatose dartreuse. Ce dermatologisle a compris sous ce nom des affections caractérisées par un état phlegmasique du derme et il a employé l’épithète eczémateuse, de t*Çc»je brûle, parce que, d’après lui, on peut justement comparer le développement de ces dermatoses aux effets produits par le feu. Dans le premier degré de ces affections, il se manifeste, dit-il, une chaleur vive, une rougeur intense accompagnée de douleur (érythème correspondant au premier degré de la brûlure), puis un soulèvement de l’épiderme (vésication correspondant au deuxième degré de la brûlure), enfin si la cause morbide devient plus intense, il se produit des érosions et même des ulcérations.

Ainsi, il ne faut pas vous en laisser imposer par l’épithète eczémateuse et croire que l’eczéma constitue un genre des dermatoses eczémateuses d’Alibert.

M. Hardy, à l’exemple de son maître, professe que toutes les espèces, toutes les variétés d’eczéma constituent des affections dartreuses. 11 admet trois groupes bien tranchés de variétés d’eczéma : les variétés suivant l'aspect, les variétés fondées sur la configuration, et les variétés de siège.

DES ESPÈCES i/ECZÉMA. 183

Les variétés du premier groupe sont au nombre de quatre : ce sont V eczema simplex, l 'eczema rubrum, Y eczéma fendillé et X impétigo.

L’eczema simplex survient au moment des premières chaleurs chez les jeunes sujets, et est caractérisé par des plaques rouges sur lesquelles se développent de petites vésicules qui se rompent rarement, mais s’affaissent et au bout de quelques jours sont remplacées par de petites squames, de sorte que la maladie est promptement guérie. Quelquefois cependant il se fait une rupture de vésicules cl une concrétion du liquide, mais dans ces différents cas li) maladie reste une maladie purement locale, caractérisée par l’éruption que nous venons d'indiquer.

Cet eczema simplex constitue pour nous une affection artificielle.

L’eczema rubrum est une affection aiguë de nature herpétique, nous y reviendrons au sujet de nos divisions.

Quant à l’eczéma fendillé, nous vous avons déjà dit qu’il n’existait pas comme forme spéciale.

L’impétigo ne saurait être distingué de l'eczéma en bonne philosophie, dit M. Hardy; l’eczéma et l’impétigo sont deux formes différentes de la même maladie parce qq’à toutes les phases de leur évolution ils portent la ressemblance la plus frappante.

L’impétigo, en effet, débute par de petites pustules qui ont la même forme que les vésicules de l’eczéma, qui ne durent, comme elles, que vingt-quatre ou quarante-huit heures, se rompent et laissent à leur place une ulcération arrondie d’où s’écoule un liquide plus épais et plus plastique que celui de l’eczéma, liquide qui se concrète en

croûtes épaisses, inégales, rocheuses et semblables «4 do

petites masses de miel.

Nous ne saurions accepter avec notre collègue que l’eczéma et l’impétigo constituent deux formes de la même maladie. Pour nous l’impétigo est un genre distinct se séparant suffisamment de l’eczéma par l’existence de pustules dont le liquide se concrète en croûtes épaisses et jaunâtres, et il nous paraît irrationnel de confondre deux affections dont l'une est caractérisée par l’existence de vésicules et l’autre par l’existence de pustules.

M. Hardy admet quatre variétés d’après la configuration, ce sont : Veczema figuration, caractérisé par des plaques bien limitées, disposées d’une manière symétrique ;

L’ eczéma nummulaire ;

L 'impétigo sparsa, et l 'eczema diffusion, variétés caractérisées par des plaques irrégulièrement disséminées sur différentes parties du corps et ne présentant aucune limite bien tranchée.

Seule parmi toutes ces variétés, la forme nummulaire offre une certaine importance ; elle constitue toujours, en effet, une manifestation arthritique.

Les variétés de siège sont : les eczema piloris (i ) capitis, delà face, du sein, du nombril, des parties génitales, des mains et des pieds.

La plupart de ces variétés sont pour nous des eczémas arthritiques, quelques-unes, telle que l’eczéma du sein, sont arthritiques ou artificielles. M. Hardy ne pouvait leur assigner une telle origine , puisqu’il rejette l’arthrilis ;

(I) Il serait plus rationnel de dire eczema pitare. (NuTE Dli Rédacteur.)

PUS ESPÈCES d’eczéma. 185

dans la dernière leçon qu’il a faite à l’hôpital Saint-Louis, il a même cru devoir renouveler les objections que l’année dernière il avait déjà dirigées contre cette maladie constitutionnelle.

Malheureusement, il a suivi la même voie que l’année précédente, a conclu du particulier au général, de l’exception à la règle, s’est attaqué, en un mot, aux petits forts qui entourent la citadelle, au zona, à l’urticaire, au pemphigus, au lieu de diriger toutes ses batteries contre la véritable force, contre les affections chroniques, telles que l’eczéma, le lichen, le pityriasis, etc., seul terrain, seule tour inexpugnable de l’arthrilis.

Du reste, notre collègue, après avoir énuméré tous ses arguments, a ajouté qu’il en ferait bon marché, si la thérapeutique que nous conseillons contre les affections dites arthritiques avait une efficacité réelle. Eh bien ! nous sommes convaincu que l’on peut placer la question sur le terrain de la thérapeutique, et nous osons affirmer pour la centième fois que les alcalins ont une action irréfutable dans le traitement désaffections cutanées de nature arthritique. D’ailleurs, le débat ne peut manquer d’avoir un arrêt, puisqu’il possède dans les médecins des eaux minérales alcalines des juges compétents ; or, vous pouvez être convaincus qu’il ne me sera pas défavorable.

Dans l’histoire de l’eczéma commedans celle des autres affections cutanées, M.Gintrac a séparé complètement Informe aiguë de la forme chronique, et a considéré cette dernière seule comme une affection constitutionnelle. Nous vous avons déjà fait remarquer que la forme inflammatoire ou non 'nflammatoire d’une affection n’en modifiait pas la nature.

La forme chronique de l’eczéma peut être, selon M. Gintrac, la manifestation cutanée de quatre maladies constitutionnelles : de la dartre, de l’arlhritis, de la scrofule et de la syphilis. Aussi cet auteur décrit-il un eczéma herpétique, un eczéma arthritique, etc. Malheureusement il ne connaissait pas les caractères objectifs différentiels de ces espèces d'eczéma, et a confondu souvent toutes ces espèces entre elles.

M. Gintrac admet, en effet, comme variétés de l’eczéma herpétique, l’eczéma chronique de la face et du cuir chevelu des jeunes enfants, qu’il désigne encore du nom de croûtes de lait. Or, cette variété est éminemment scrofuleuse, et M. Gintrac lui-même a d’ailleurs entrevu ses relations avec les autres manifestations scrofuleuses, puisqu’il écrit :* Le tempérament le plus ordinaire aux jeunes enfants

est lymphatique La diathèse scrofuleuse peut s’allier à la

diathèse herpétique pour rendre la croûte de lait plus intense et plus rebelle;.... le rachitis peut s’allier à la croûte de lait. » La deuxième variété de l’eczéma chronique herpétique est l’eczéma des adolescents. Ici encore M. Gintrac décrit sous le nom d’eczéma herpétique un eczéma scrofuleux ; il dit, en effet, qu’il peut être une suite des achores de la première enfance, qu’on le voit chez les individus dont le tempérament est lymphatique, qui ont les ganglions cervicaux engorgés, etc.

Les autres variétés sont :

L’eczéma chronique de la face chez les adultes, des oreilles,

— du mamelon,

— de l’aisselle,

L’eczéma de la région dorsale des mains,

— de l’intervalle des doigts,

— du nombril,

— de l’anus et des parties sexuelles,

L’eczéma chronique en général.

Un giand nombre de ces variétés doivent être considérées comme des eczéma arthritiques et non comme des eczémas herpétiques.

Cependant, seul entre tous les dermatologistes, il avait reconnu les relations de l’eczéma avec la diathèse arthritique, puisqu'il a écrit (page 63, t. 1, chap. Arthritis).

« L’eczéma a présenté également dans quelques cas un cachet particulier qui l’a fait attribuer à une origine analogue (à l’arthritis), » et il cite l’observation d’une dame de cinquante-deux ans qui avait été atteinte de douleurs et de gonflement aux articulations, de nodosités...., et qui fut atteinte d’un eczéma de la vulve et des parties adjacentes, eczéma qui disparut dès que se montra une fluxion arthritique.

Mais à ces seules lignes se bornèrent les observations de M. Gintrac; il n’assigpa aucun caractère distinctif à l’eczéma arthritique et le confondit souvent avec l’eczéma herpétique.

M. Gintrac n’a pour ainsi dire accordé qu’une mention à l’eczéma scrofuleux, le chapitre qu’il lui a consacré comprend, en effet, ces seules lignes : « L’eczema scrofuleux queM. Bazin appelle inflammation exsudative superficielle produit effectivement un suintement abondant d’un fluide sanieux, roussâtre. Elle est fréquente au cuir chevelu, où se perpétue une sorte de croûte de lait ; derrière les oreilles,

dans les conduits auditifs, où elle entretient une otorrfaée opiniâtre ; à la face, sur les joues, le nez, les lèvres. Les surfaces malades, où ne se fait sentir que très peu de prurit, sont pâles , humides et habituellement recouvertes de croûtes minces formées de pus et de lamelles épidermiques. On a constaté l’engorgement des ganglions lymphatiques. »

Quant à l’eczéma syphilitique, nous ne l’admettons pas.

Enfin, M. Gintrac passe sous silence l’eczéma artificiel.

11 est évident, d’après cet énoncé des opinions de M. Gintrac, que ce dermatalogiste a entrevu la vérité, mais à travers un voile qu’en vain il a essayé d’écarter. Du moins, doit-on le féliciter d’avoir fait de nobles efforts pour rattacher les affections cutanées à leur véritable cause, à des maladies constitutionnelles; pour baser la thérapeutique sur la nature des affections.

Telles sont les espèces et variétés d’eczéma des alibertistes. Si nous voulions maintenant établir un parallèle entre les willanistes et les adeptes d’Alibert, nous devrions dire que les premiers n’ont admis que des variétés suivant le siège, la forme, la durée, etc., et n’ont reconnu aucune espèce; tandis que parmi les alihertistes,M. Gintrac a admis quatre espèces et plusieurs variétés pour chacune d’elles; Alibert et M. Hardy une seule espèce : l’eczéma darlrcux et des variétés de forme, de siège;.... que les alibertistes ont émis conséquemment des idées plus justes, sinon complètement exactes sur l’eczéma, et que leurs doctrines doivent être regardées comme supérieures à celles des willanistes, puisqu’ils ont tous considéré l’eczéma comme une

manifestation d’une diathèse, ou d’une maladie constitutionnelle.

Espèces et variétés admises par M. Bazin. — Il existe pour nous deux grandes classes d’eczéma, des eczémas de cause externe et des eczémas de cause interne.

L’eczéma de cause externe est dû tantôt à l’action de substances irritantes, tantôt à celle de parasites, d’où les deux espèces suivantes : eczéma artificiel et eczéma parasitaire.

L’eczéma de cause interne peut être symptomatique de trois maladies constitutionnelles : la scrofule, la dartre et l’arthritis.

Eczémas constitutionnels.— 1“ Scrofuleux. — L’eczéma scrofuleux, vulgairement connu sous le nom de gourmes , et que j’ai désigné sous celui de scrofulide bénigne exsudative, dans mon Traité de la scrofule , débute par une vésicule remplie d’un liquide séreux, qui ne tarde pas à devenir séro- purulent ; mais l’existence de cette vésicule est si éphémère, qu’on ne la constate ordinairement pas, et que le plus souvent, lorsque le malade se confie à vos soins, il présente à la surface du cuir chevelu des croûtes jaunâtres ou verdâtres, humides, molles et exhalant une odeur fade et bien souvent infecte ; ces croûtes sont çâ et là le siège de fissures desquelles s’écoule un liquide séropurulent ou purulent, qui se concrète â son tour en croûtes jaunes ou verdâtres.

L’exhalation séro-purulenle ne tarit pas, mais a lieu sans qu’il se. produise à la surface du tégument de nouvelles poussées vésiculeuses.

Au-dessous des croûtes existe une surface rouge, granu-

190 QUATRIÈME Et CINQUIÈME LEÇON,

leuse et quelquefois même fongueuse. Il n’est pas rare de voir l’inflammation se propager au tissu cellulaire souscutané, et des indurations profondes, de petits abcès ou des furoncles apparaître. Je ne saurais trop appeler votre attention sur cette propagation de l’inflammation au tissu cellulaire et aux ganglions lymphatiques du voisinage, car c’est là l’un des caractères principaux des inflammations scrofuleuses.

Les gourmes peuvent occuper une partie ou la totalité du cuir chevelu, envahir même les oreilles, le cou, la face et quelquefois la plus grande partie de la surface du corps. D'ailleurs la tête n’est pas le siège exclusif de l’eczéma scrofuleux, et cette affection peut occuper primitivement toute autre région du corps, du moins est-il vrai qu’elle débute dans la grande majorité des cas par la tcte et la face.

L’eczéma scrofuleux n’est pas accompagné de fortes douleurs, quand il se complique de furoncles, d’abcès et de gauglites , ni de violentes démangeaisons, quand il est passé à l’état chronique. Telle n’est pas, du reste, l’opinion des dermalologistes contemporains qui ont écrit que l’enfant se livrait aux grattages avec passion ; mais je pense que pour soutenir une telle opinion, ils ont dû s’appuyer sur des faits d’eczéma compliqués de la présence des parasites du régne végétal ou animal.

Lorsque l’eczéma est passé à l’état chronique, on n’observe plus que des croûtes sèches, farineuses, écailleuses, blanchâtres ou d’un blanc jaunâtre, et formées dans la majeure partie de lamelles épidermiques. C’est cette période de l’eczéma que l’on a désignée sous le nom de pseudo-

teigne furfuracée. Quelquefois les cheveux sont agglutinés et forment de petits faisceaux enveloppés d’une gaine chatoyeuse et brillante que l’on a comparée à de l’amiante.

L’eczéma scrofuleux ouvre le plus souvent la marche des accidents scrofuleux, débute dès la plus tendre enfance, disparait vers l’ûge de trois ou quatre ans pour faire place à de nouveaux accidents, tels que l’ophthalmie, etc. Toutefois, il peut se continuer comme gourme pendant la jeunesse et même l’êge adulte; il n’est même pas rare de le voir révéler primitivement l’existence de la scrofule dans la jeunesse ou l'ége adulte. Il y a plus, il peut constituer une forme fixe, primitive, de la scrofule : toute la maladie semble alors s’épuiser sur la peau.

11 est une affection que l’on confond souvent avec la gourme et dont la nature est cependant essentiellement différente : c’est le favus. J’ai dit, dans mon Traité de la scrofule, qu’il fallait tenir compte de l’ensemble des caractères et non s’attacher à un caractère unique, que la coexistence de la couleur jaune soufré , jaune blanchâtre, etc., de la sécheresse des croûtes, de leur dépression en godet ou en cupule, de la décoloration des cheveux, de leur friabilité ; que la réunion de ces signes ne pouvait laisser aucun doute dans l’esprit; que si les croûtes n’existaient pas, il fallait attendre leur reproduction avant de se prononcer; que le microscope, en permettant de reconnaître l’existence de l’achorion, était enfin un moyen infaillible de lever toute hésitation.

2" Eczéma arthritique. — Je vous ai fait, il y a deux ans, l’histoire de l’eczéma arthritique ; on peut la résumer en ces termes;

Celte affection se présente sous la forme de petites plaques nummulaires bien circonscrites , dont les bords nettement limités sont quelquefois festonnés, et qui occupent les parties découvertes du corps, c’est-à-dire le front, les lèvres et principalement la lèvre supérieure, la nuque, les tempes, le dos des pieds et des mains, les parties génitales, les mamelles, etc., quelquefois la ligne médiane, mais plus souvent un seul côté du corps; l’asymétrie constitue, en effet, un des principaux caractères des affections arthritiques. Ces plaques eczémateuses sont petites , dépassent rarement les dimensions d’une pièce de 5 francs et sont séparées les unes des autres par des intervalles de peau saine; quelquefois, cependant, plusieurs petites plaques peuvent se réunir et donner ainsi naissance à une surface eczémateuse assez considérable. Quel que soit d’ailleurs le siège qu’elles occupent , elles offrent une sécheresse remarquable, sont recouvertes de squames minces ou de croûtes jaunâtres et lamelleuses, sont le siège à leur début d’une démangeaison assez vive, qui ne larde pas à faire place à des élancements et des picotements, offrent souvent une coloration violacée, et à leur pourtour des dilatations variqueuses des vaisseaux capillaires du derme.

Cet eczéma affecte une marche chronique, disparait sous l’influence d’un traitement approprié pour reparaître aux mêmes endroits à des époques déterminées, ne tend pas à se généraliser et disparaît même à une certaine époque de la vie du malade, soit parce que la maladie constitutionnelle offre un temps d’arrêt, soit parce qu’il fait place à des manifestations arthritiques d’une période plus avancée.

L’ eczéma arthritique offre des variétés suivant le siège, la marche et la configuration.

Les principales sont l’eczéma du front, l’eczéma orbiculaire d’Alibert, qui siège au pourtour des orifices naturels, et offre une ténacité remarquable; l’eczéma de la région ano-coccygienne, l’eczéma variqueux, qui occupe les membres des individus affectés de varices, et est le plus ordinairement arthritique; l’eczéma des parties latérales ou de la pulpe des doigts, caractérisé par l’existence de dix à vingt cercles rouges qui se recouvrent île vésicules, autour desquelles se voit, après leur rupture, un liséré épidermique blanchâtre; l’eczema manuale, donlM. Hardy a donné une bonne description. Cette variété se présente tantôt à l’état aigu, tantôt à l’état chronique. L’eczema manuale chronique est symptomatique de l’arlhritis, ou dû au contact de substances âcres. Dans cette circonstance, il fait partie des éruptions artificielles; c’est lui que l’on désigne vulgairement sous le nom de yale des épiciers.

L’eczema manuale aigu offre des symptômes plus particuliers : sur le dos ou à la paume des mains, naissent des vésicules qui ont le volume d’un grain de millet. Si l’éruption est confluente, elle s’accompagne de rougeur et d’un gonflement notable à la paume des mains et à la plante des pieds; l’épanouissement de l’épiderrne empêche les vésicules de se rompre; le liquide qu’elles renferment se résorbe, et la membrane se réapplique sur le derme. On voit alors des plaques jaunes qui se détachent en laissant à nu un épiderme de nouvelle formation, rouge ou violacé.

Enfin l’eczéma herpétiforme , la dernière variété que nous ayons à vous signaler, sc présente sous la forme d’un

Bazin. >3

cercle plus ou moins complet, dont les limites offrent un bourrelet rouge, couvert de petites croûtes et de squames minces et jaunâtres, se continuant insensiblement en dehors avec la peau normale et présentant en dedans des bords déchiquetés formés par l’épiderme décollé. Le centre du cercle est sain et n’offre aucune cicatrice.

Dans les régions pourvues d’un épiderme épais comme au talon, il se forme une infiltration plastique entre les lames dissociées; en outre, la rougeur est peu visible, étant cachée par l’épiderme; elle est remplacée par une couleur ocre, qui se rapproche de la teinte cuivrée syphilitique, d’où il résulte qu’il est facile de prendre cet eczéma arthritique pour une syphilide tuberculeuse ou pustulo-crustacée.

Eczéma herpétique. — Nous avons admis trois sections différentes d’herpétides : 1° des herpétides pseudo-exanthématiques; 2° des herpétides sèches; 3" des herpétides humides. — L’eczéma occupe à la fois la section des herpétides pseudo-exanthématiques et celle des herpétides humides.

Nous avons écrit, en effet, dans notre Traité des affections arthritiques et herpétiques : « VVillan et ses élèves reconnaissent l’eczéma aigu trois variétés : l’eczema simplex, l'eczema rubrum, l’eczema impetiginodes. Mais l’eczema simplex est un hydroa de cause externe ou de nature arthritique; l’eczema impetiginodes n’est qu’une complication de l’eczéma aigu; il est souvent dû «à l’action de causes irritantes. 11 ne reste donc plus que l’eczema rubrum; seulement il est important d’établir dans cette affection une distinction qui n’a pas été faite par les auteurs. 11 existe deux espèces d’eczema rubrum : l’un pré-

Sente l’aspect symptomatique des pseudo- exanthèmes ; l’autre est le premier degré de l’eczéma chronique de nature herpétique, qui commence presque toujours par l’état aigu. Nous conservons la dénomination d 'eczema rubrum à l’eczéma pseudo-exanthématique, et nous désignons la seconde variété sous le nom de forme inflammatoire de l’eczéma chronique herpétique ; mais l’eczéma chronique herpétique n’oITre pas toujours à son début une forme inflammatoire, et quelquefois présente d’emblée une forme sécrétante; il est donc utile d’admettre deux formes d’eczéma chronique, une forme inflammatoire et une forme sécrétante. Nous avons dès lors à décrire l’eczema rubrum, la forme inflammatoire et la forme sécrétante de l’eczéma chronique.

1 “ Eczema rubrum généralisé. — Cette variété est mal décrite par les auteurs qui la confondent avec l’eczéma ordinaire dont elle ne différerait que par une plus grande intensité de la coloration. Pour nous, c’est une espèce distincte qui offre une marche et une évolution particulières.

Comme tous les exanthèmes, l’eczema rubrum est précédé de phénomènes prodromiques consistant en un malaise général, de l’anorexie, un mouvement fébrile plus ou moins intense, des démangeaisons sur les surfaces qui doivent être le siège de l’éruption, et même dans certains cas de l’agitation et du délire.

Bientôt apparaissent des plaques arrondies offrant une coloration d’un rouge vif, formant une saillie assez considérable au-dessus des parties environnantes et dont les dimensions ne dépassent pas 2 à 4 centimètres, mais qui peuvent néanmoins occuper toute une région en se réunis-

19fi QUATRIÈME ET CINQUIÈME LEÇON.

sant les unes aux autres. Sur ces surfaces ne tardent pas à naître des vésicules ordinairement isolées et distinctes, mais quelquefois cependant agglomérées, vésicules plus volumineuses que celles de l’eczéma chronique et visibles pour la plupart. Les unes s’affaissent après la résorption du liquide qu’elles contiennent et sont remplacées par une desquamation furfuracée ; d’autres se rompent et donnent naissance à des croûtes jaunâtres qui recouvrent des surfaces enflammées et légèrement ulcérées. Ces croûtes se détachent bientôt et l’on voit à leur place des squames qui durent quelque temps. Rarement cette éruption est limitée, parfois même elle envahit toute la surface du corps.

Cette affection offre une marche essentiellement aiguë et se termine dans l’espace de deux à trois septénaires. Pendant la durée de l’éruption on observe une ou deux poussées vésiculeuses.

L’eczema rubrum récidive avec une grande facilité, mais à une certaine époque une nouvelle éruption survient qui présente une durée plus longue et finit par se fixer d’une manière définitive dans quelques régions.

Le pronostic de l’eczema rubrum n’est pas sérieux, cependant M. Hardy rapporte un cas de mort survenu à la suite de phénomènes graves produits du côté du cerveau et de la poitrine. D’ailleurs, le malade est exposé à des récidives ou à l'apparition d’herpétides chroniques et sous ce point de vue le pronostic ne laisse pas que d’être fâcheux.

2“ Eczéma herpétique chronique. — II présente, avonsnous dit, deux formes : la forme inflammatoire et la forme sécrétante :

1° Forme inflammatoire. — D^ns cette forme, il existe

DBS ESPÈCES D’ECZÉMA. 197

quelquefois, mais non constamment, des phénomènes prodromiques, le plus souvent même les premiers symptômes consistent en des démangeaisons et un sentiment de chaleur sur les parties qui doivent être le siège de l'éruption? Bientôt apparaît une rougeur diffuse et plus ou moins étendue sur laquelle on ne tarde pas à observer un grand nombre de vésicules si petites, qu’elles passent le plus ordinairement inaperçues. Ces vésicules durent vingt-quatre à quarante-huit heures, s’affaissent lorsque le liquide qu’elles contiennent est résorbé, ou se rompent et laissent à leur place de petites ulcérations qui fournissent un liquide abondant, clair et visqueux. Ce liquide tache le linge en gris, l’empèse et renferme une grande quantité de lymphe plastique, des globules pyoïdes et souvent des globules de pus. Cette sécrétion se perpétue pendant un temps variable de quelques jours à trois ou quatre semaines. Lorsque celte sécrétion vient à diminuer, le liquide se dessèche et se transforme en squames minces humides et jaunâtres qui se détachent et sont remplacées par une tache rouge des téguments qui persiste pendant un temps plus ou moins long. Les démangeaisons et le prurit diminuent quand la sécrétion apparaît, et cessent quand commence la période squameuse. Aussi doit-on considérer comme d'excellents signes la diminution et la disparition de la chaleur cutanée et des démangeaisons.

Quelquefois l’inflammation du derme offre un degré d’acuité plus intense; alors le liquide contenu dans les vésicules devient purulent et l’on a sous les yeux l’eczéma impétiginode des auteurs.

Cette forme inflammatoire se termine par résolution au

bout de trois ou quatre semaines ou passe à l’état chror nique ; niais lorsque l’eczéma inflammatoire a disparu, le malade n’est pas à l’abri des récidives, et le plus souvent cette affection reparaît à des intervalles plus ou moins éloignés jusqu’à ce que la forme chronique s’établisse définitivement.

2“ Forme sécrétante. — Cette forme est tantôt consécutive à la forme inflammatoire, tantôt primitive; dans ce dernier cas, les phénomènes que l’on observe sont identiques avec ceux de l’eczéma aigu, mais offrent une intensité moindre et présentent une marche moins rapide. La rougeur est en effet moins vive, les vésicules plus discrètes que dans l’eczéma aigu et les périodes d’exhalation et de desquamation épidermiques se prolongent pendant un temps très long.

Nous ne saurions trop appeler votre attention sur l’abondance de la sécrétion dans l’eczéma herpétique, sur les caractères du liquide exhalé qui est clair et visqueux, sur l’intensité du prurit, qui est, en général, plus prononcé quand la sécrétion devient moins intense et pendant la nuit que pendant le jour, sur l’étendue des surfaces malades, sur la tendance que possède cette affection à envahir la plus grande partie de la membrane tégumentaire, et enfin sur la disposition symétrique des plaques eczémateuses. Ces phénomènes constituent en effet les signes distinctifs de l’eczéina herpétique. C’est principalement aussi dans celte espèce que l’on observe les métastases dont je vous ai parlé en faisant l’histoire générale de l’eczéma. L’affection cutanée disparait souvent, vous ai-je dit, et un catarrhe bronchique ou intestinal apparaît, un asthme ou une hydro-

pisie se déclare. Pendant longtemps existe une sorte de balancement entre l’affection cutanée et les affections viscérales, mais parles progrès de la maladie constitutionnelle , les affections des muqueuses prennent droit de domicile dans l’économie, coexistent avec l’eczéma. Cette affection finit d’ailleurs par déterminer une cachexie très prononcée et caractérisée par de la diarrhée, de l’amaigrissement et la fièvre hectique.

L’eczéma sécrétant occupe préférablement les membres, les parties du corps où la peau présente une finesse remarquable, mais siège souvent aussi sur les régions qui offrent un développement considérable des follicules sudoripares, le scrotum, l’anus, les oreilles, les aisselles, etc. Cet eczéma ne reste pas d’ailleurs longtemps limité aux mêmes surfaces et se développe rapidement sur des parties voisines ou éloignées.

Nous n’attachons pas une grande importance aux variétés établies d’après le siège ou l’aspect ; cependant, comme il en est quelques-unes qui offrent des caractères spéciaux, nous allons les indiquer.

Les variétés d’après le siège sont :

L’eczema capitis,

— des oreilles,

— des seins,

— de l’ombilic,

— des parties génitales,

— des mains et des pieds.

Ces diverses régions peuvent être non-seulement le siège d’un eczéma dartreux, mais encore d’un eczéma scrofuleux ou d’un eczéma arthritique, l’eczema capitis, par exemple,

est symptomatique de la scrofule, de la dartre et de l’arthritis ; l’eczéma des parties génitales constitue une manifestation de ces deux dernières maladies. Mais l’eczéma arthritique présente une physionomie spéciale et est caractérisé par des plaques nummulaires bien circonscrites, sèches e t squameuses ; et les eczémas darlreux et scrofuleux qui présentent entre eux des analogies évidentes peuvent cependant être assez facilement différenciés ; tandis, en effet, que l’eczéma scrofuleux donne naissance à une sécrétion abondante et séro-purulente, s’accompagne d’engorgements ganglionnaires, d’ophlhalmies, d’un prurit léger, etc., l’eczéma herpétique est caractérisé par une sécrétion considérable de sérosité limpide, par des démangeaisons intenses, la rougeur des surfaces affectées et l’extension de l’affection à la plus grande partie de la surface du corps, etc.

De toutes les variétés, d’après l’aspect, admises par les auteurs : eczema simplex, eczema impeliginodes, eczema rubrum, eczéma nummulaire, eczéma fendillé, l’eczéma nummulaire est la seule que nous ayons conservée : celle affection est tantôt arthritique, tantôt parasitaire; mais tellement différente dans les deux cas, qu’il est impossible de les confondre.

Ajoutons, enfin, que la cause provocatrice elle-même peut nous éclairer sur la nature de l’eczéma. C’est ainsi que l’eczéma constitutionnel, provoqué par la psore, est presque constamment de nature herpétique.

DU SYCOSIS.

Quel que soit le jour sous lequel vous envisagiez le sycosis, que vous considériez l’étiologie, le traitement ou la nature de cette affection, vous découvrirez toujours des horizons nouveaux, des vues inconnues de nos prédécesseurs. Aussi l’histoire de cette affection est-elle l’une des plus attrayantes et des plus instructives, et mérite-t-elle justement les développements que nous allons lui consacrer.

Si l’on ne prenait en considération que le court espace de temps qui s’est écoulé depuis le moment où l’histoire du sycosis n’a laissé, pour ainsi dire, aucun progrès à réaliser, on serait tenté de croire que la connaissance de cette affection ne remonte pas à une époque éloignée de la nôtre, et cependant l’expression grecque •« se retrouve dans les écrits des médecins de l’antiquité. Celse, le contemporain de Virgile, d’Horace et d’Ovide, a donné de cette affection une description assez bonne, et a admis deux variétés de sycosis : le sycosis pustuleux et le sycosis tuberculeux. Il est vrai que cet auteur définissait le sycosis un ulcère des téguments; mais l’étonnement, que l’on éprouve en lisant une telle définition, cesse quand on sait que les médecins de l’antiquité et du moyen âge avaient

l’habitude de considérer toutes les affections dartreuses comme des ulcères de la peau, et que ce n’est qu’à dater de Willan et Bateman que les affections cutanées furent définies avec précision.

Les anciens connaissaient donc le sycosis et en ont donné une assez bonne description; mais ils en ignoraient les causes, la nature, le traitement rationnel, et il faut arriver à l’année 1852 pour voir combler les lacunes qu’ils avaient laissées dans l’histoire de cette affection. C’est à cette époque, en effet, que parut notre mémoire sur la nature parasitaire du sycosis, sur ses relations évidentes avec l’herpès circiné et le pityriasis alba, et enfin sur le traitement de cette affection.

Sous le règne de Claude, régna épidémiquement dans toute l’Europe, et principalement à Home, une maladie inconnue jusque-là et qui laissa dans l’esprit des contemporains une impression d’autant plus profonde qu’elle produisait de hideuses difformités au visage.

Quelques dermatologistes contemporains ont refusé d’admettre que l’affection, dont Pline nous a transmis la description, lût un sycosis. Je ne saurais partager leur opinion, et je pense qu’il est possible de reconnaître, dans la relation du célèbre naturaliste, tous les caractères de notre sycosis.

« Cette affection, dit Pline, n’était pas dangereuse et n’entraînait aucun péril pour la vie; elle incommodait seulement par la mauvaise odeur et la difformité qu’elle produisait. »

Or, le sycosis ne cause jamais la mort, mais constitue seulement une affection repoussante, et par les saillies

DU SYCOSIS.

bourgeonnante8 auxquelles elle donne naissance, et par le liquide sanieux, Acre et fétide qui s’écoule de la surface malade.

« La mort était mille fois préférable. »

Mais ce n’est là qu’une réflexion de l’écrivain qui, envisageant le siège de l'affection, la difformité qu’elle produit, les souffrances que l’on devait endurer pour obtenir sa guérison, puisqu’il fallait, pour arriver à ce résultat, que les surfaces malades fussent cautérisées jusqu'aux os, trouvait la mort mille fois préférable.

« Elle étail contagieuse. »

Or notre sycosis est contagieux, et soit dans notre service, soit à notre consultation, vous pourrez recueillir de nombreuses observations prouvant jusqu’à l’évidence cette contagion ; seulement ce n’est pas le sycosis qui est contagieux, mais l’herpès circiné ou le pityriasis alba qui le précède.

« Elle était contagieuse et se transmettait par les baisers dont les chevaliers et les nobles avaient l’habitude de se saluer. »

Ce mode de salutation n’est plus en usage parmi nous; aussi la transmission par les baisers n’est-elle pas habituelle et n’a-t-elle lieu de cette manière que du mari à son épouse ou à ses enfants; mais la boutique du barbier a remplacé la salutation romaine; c’est là que des serviettes ou des rasoirs il est transmis sur la face du malade, où il trouve toutes les conditions nécessaires à son développement.

« Le peuple et la classe moyenne en furent exempts. »

Cette particularité est facile à comprendre quand on sait

que les chevaliers romains ne saluaient pas les plébéiens.

« La maladie gagnait la poitrine, et de hideuses écailles apparaissaient sur les mains. ï

Mais n’avons-nous pas démontré que le trichophyton pouvait occuper toute la surface du corps, et que le malade, en se grattant la joue avec le revers de la main droite, transportait le parasite sur le dos de la main et déterminait ainsi l’apparition, sur ce point, d’un cercle d’herpès circiné?

« C’est un chevalier romain, Pcrusinus, qui l’importa d’Asie en Europe. »

Nous avons eu l’occasion d’observer un fait à peu près semblable il y a quelques années : un habitant de Fontenay-aux-Roses étant venu se faire raser à Paris emporia le trichophyton dans son pays, et bientôt tous les habitants du village furent couverts de cercles d’herpès circiné.

Ainsi, les principaux traits de l’épidémie romaine sont conformes, identiques même avec les phénomènes que l’on observe dans le syeosis, et l’on ne saurait émettre sans erreur une opinion contraire à celle que nous venons de défendre, prétendre que l’affection épidémique dont Pline nous a transmis la description est une autre affection que notre syeosis.

Description du genre. — Définition. — Le syeosis est une affection des follicules pileux caractérisée par l’existence de pustules siégeant à la base des poils, précédées ou suivies d’une induration qui ne dépasse pas ordinairement les téguments, mais peut cependant occuper le tissu cellulaire sous-cutané.

Nous partagerons la description du syeosis en trois

DU SVCOSIS.

parties correspondant aux trois périodes de cette affection.

Première période. — Le sycosis peut apparaître sans être précédé d’aucun phénomène morbide, ou, au contraire, offrir des symptômes précurseurs dont la connaissance est d’une importance capitale. Dans ce derniers cas, on observe tantôt l’apparition de petites pustules discrètes, isolées et se perpétuant pendant un temps variable, des mois, des années même, tantôt un cercle d’berpès ou d’érythème parasitaire et le pityriasis alba parasitaire (première et deuxième périodes de la teigne tonsurante).

Que le sycosis ait été précédé ou non de ces phénomènes, il débute par des pustules disséminées çà et là dans la * barbe, ou groupées à la partie médiane de la lèvre supérieure, papuleuses à la base et purulentes au sommet, acuminées, k traversées par un poil et persistant pendant un certain temps, à l’inverse des pustules de l’impétigo, dont la durée est éphémère, et qui se crèvent après quelques heures d’existence.

Ce n’est, en effet, que vers le quatrième, cinquième ou sixième jour, qui a suivi leur apparition, que les pustules Se rompent et que le liquide qu’elles contiennent se concrète en une croûte brunâtre, mince, affaissée sur ses bords, peu adhérente et individuelle pour chaque pustule. Jamais, d’ailleurs, on ne constate un suintement séro-purulent, comme dans l’impétigo. Ces pustules peuvent être isolées et séparées les unes des autres par des intervalles dû • peau saine, ou, au contraire, lassées les unes à côté des autres, de manière à constituer des groupes pustuleux ; c’est dans ce dernier cas que l’on n’observe à la période de dessiccation qu’une seule croûte noirâtre et traversée par

les poils. D’ailleurs on trouve souvent réunis sur le même malade les divers aspects de l’éruption : sur un point de la lèvre supérieure existe une agglomération de petits boutons rouges et acuminés, plus loin un groupe de pustules, et sur un autre point, enfin, une croûte adhérente.

Si les pustules sont nombreuses, l’inflammation gagne les téguments voisins et le tissu cellulaire sous-culanc, et l’on ne tarde pas à observer des indurations s’enfonçant plus ou moins profondément dans le tissu cellulaire souscutané, et revêtant l’apparence de masses tuberculeuses plus ou moins considérables. C’est meme parce que la plupart des malades ne viennent réclamer vos soins qu’au moment où les tubercules sycosiques existent, que Willan • et Baleman, trompés par une observation incomplète et superficielle, rangèrent le sycosis dans l’ordre des tubercules entre l’acné et le lupus.

Quoi qu’il en soit, ces indurations offrent un volume qui tantôt ne dépasse pas celui d’un petit pois, tantôt acquiert celui d’une cerise, d’une noix même; leur surface présente une coloration d'un rouge plus ou moins foncé, est lisse dans quelques cas, mais plus souvent encore mamelonnée. En pressant les indurations entre les deux doigts d’une main, on constate facilement qu’elles s’enfoncent dans le tissu cellulaire. Si alors le malade se confie aux soins éclairés d’un médecin et si un traitement rationnel est mis en usage , les tubercules ne tardent pas à s’affaisser et à disparaître ; mais si le malade continue à rester dans l’inaction, ou met en usage des remèdes intempestifs, on voitnaître de la surface malade des végétations plus ou moins volumineuses et apparaître des ulcérations des-

DU SYCOStS.

quelles s’écoule un liquide sanieux et fétide ; alors aussi les poils tombent spontanément ou à la suite de la moindre traction et des phlegmasies circonscrites se développent autour des tubercules sycosiques, etc.

L’apparition de ces phénomènes est d’ailleurs facile à comprendre : l’inflammation du follicule pileux qui constitue le sycosis se propage aux parties environnantes après un laps de temps plus ou moins long, et détermine l’apparition d’indurations tuberculeuses, de phlegmons du tissu cellulaire, de furoncles, etc., mais par suite de l’inflammation même du follicule pileux, toute connexion entre le poil et le follicule qui le contient ne tarde pas à être détruite, et le poil tombe spontanément dans les cataplasmes ou est arraché à l’aide de la plus légère traction. Cette chute des poils est d’ailleurs temporaire, à moins que l’affection ne persiste pendant un temps assez long, et que l’inflammation adhésive ne détermine l’oblitération du follicule. Dans ce cas, le poil ne peut être sécrété de nouveau, et si la guérison a lieu, du moins n’est-elle obtenue qu’au prix d’un calvitie irrémédiable. Mais si cette oblitération du follicule n’a pas lieu, et c’est là le phénomène le plus fréquemment observé, la papille pileuse peut encore sécréter, malgré une altération profonde dans sa structure, les éléments constituants du poil, mais des éléments altérés comme le bulbe pileux, d’où ils tirent leur origine, et qui ne constituent plus qu’un poil grêle, blanc et lanugineux ou rougeâtre, privé de capsule et dont les éléments sont totalement confondus. Néanmoins, le poil est encore doué de vitalité, et, par sa présence, constitue une épine qui contribue puissamment à entretenir l’inflammation suppu-

rative dans le follicule d’où il émane; mais si notre méthode thérapeutique est mise en usage, le poil ne tarde pas à reprendre ses caractères normaux, sa force et sa couleur habituelle.

Biett et M. Rayer ont commis une erreur en avançant que le sycosis ne laissait à sa suite aucune cicatrice. Sans doute si sa durée n’est pas longue, si un traitement approprié est mis en usage, les téguments recouvreront leurs caractères normaux ; mais si l’affection sc prolonge, si des ulcérations se produisent à la surface des tubercules, etc., des cicatrices plus ou moins profondes et assez semblables à celles de l’acné, témoigneront, par leur présence, de l’existence antécédente du sycosis.

Marche , durée et terminaison du sycosis. — La marche du sycosis est irrégulière, mais successive ; aussi est-il possible de constater chez un même malade les divers ;lges de cette affection , d'observer à côté de pustules dont le sommet est recouvert d’une croûte, des pustules à la période de purulence, des pustules naissantes et même de simples rougeurs ; c’est surtout lorsque tous ces degrés sont réunis les uns à côté des autres, lorsqu’on même temps le tissu cellulaire s’est enflammé et que des tubercules existent, c’est surtout à ce moment que l’aspect du malade est vraiment hideux et repoussant.

La durée du sycosis est indéterminée, et si quelquefois il suffit de quelques semaines ou de plusieurs mois pour obtenir la guérison, dans d’autres circonstances l’afTeclion persiste pendant plusieurs années. C’est alors que notre traitement offre une véritable efficacité, que l’on peut affirmer qu’une seule épilation sera suffisante. Alors, en

nr sycosis.

effet, il n’exisle plus de parasites, et les poils constituent autant de séquestres, autant de corps étrangers dont l’expulsion favorise singulièrement la guérison; mais il n’en est pas de même au début du sycosis; à cette période de l’affection, il est nécessaire d’épiler plusieurs fois les surfaces malades si l’on veut obtenir la guérison.

On a assez souvent l’occasion de voir récidiver le sycosis, et je ne parle pas de la réapparition d’une affection incomplètement guérie, mais du retour d’un sycosis dont on a constaté la parfaite guérison. A quelle cause faut-il attribuer cette récidive? Si le sycosis subit l’influence des variations de température , apparaît au commencement de l’hiver et disparait au printemps, il doit être considéré comme une affection arthritique ; si, au contraire, ces circonstances ne se présentent pas, et si la récidive a cependant lieu, on doit l’attribuer à une nouvelle contagion, à une nouvelle transmission sur la face du trichophyton.

Le sycosis, abandonné h lui-même, peut guérir spontanément, et c’est alors la nature qui fait tous les frais de cette guérison, dont on peut expliquer le mécanisme de la manière suivante : l’inflammation du follicule pileux, qui constitue la lésion anatomique du sycosis, donne naissance à une sécrétion purulente qui joue à l’égard du trichophyton le rôle d’un agent parasiticide, le détruit si bien qu’on n’en trouve plus aucune trace en examinant au microscope les poils qui traversent les tubercules sycosiques, et ainsi se trouve enlevée la cause première de l’affection lorsque le sycosis est parasitaire; d’autre part, Je pus détruit les connexions qui existent entre le follicule pileux et le poil; celui-ci ne tarde pas à tomber et cesse

Hazin. 14

de constituer un séquestre, un corps etranger qui entretient l’inflammation du follicule. Ainsi disparait la cause qui perpétuait l'affection après la destruction du parasite.

C’est en s’appuyant sur ces faits que M. Devergie a rejeté l’épilation , a avancé que la nature s’en chargeait, que; les poils tombaient spontanément dans les cataplasmes.

Sans doute, la nature épile, mais il faut un temps très long pour que l’épilation soit complète, tandis que si l’on épile soi-même, une ou deux séances suffisent pour obtenir ce résultat et pour que le malade soit pour ainsi dire guéri. D’ailleurs le médecin n’est-il pas le ministre de la nature, ne doit-il pas l’aider dans les actes qu’elle accomplit pour amener la guérison, et n’imitons-nous pas le procédé qu’elle emploie lorsque nous épilons avec une pince? Ne l’aidons-nous pas dans ses efforts pour éliminer la cause qui entretient l’affection, en arrachant un poil à la chute duquel elle travaille pendant des mois?

Enfin le svcosis, abandonné à lui-même, ne guérit pas toujours et subit quelquefois même des transformations fâcheuses. Il n’est pas très rare, en effet, d’observer la conversion du sycosis en affections graves et sérieuses, en syphilides et en scrofulides, si on le laisse persister pendant plusieurs années, et si le malade se trouve soumis à l’influence de la syphilis ou de la scrofule pendant l'existence de cette affection.

Le sycosis est-il, au contraire, traité d’après notre méthode thérapeutique, la guérison ne se fait pas attendre, mais exige un temps variable suivant la période de l’afTertion à laquelle on commence le traitement. Si le sycosis

DU SYCOSIS.

n’est accompagné ni d’herpès circiné ni de pityriasis alba, un mois, six semaines ou deux mois au plus suffiront pour obtenir une guérison solide; si, au contraire, les symptômes de la première et de la deuxième période de la teigne tonsurante existent encore, un laps de temps plus considérable sera nécessaire.

Siège du sgcosis. — Bateman, envisageant le sycosis au point de vue du siège topographique, a admis deux variétés de sycosis, le sgcosis menti et le sycosis capillitii. Cette division a été adoptée par M. Devergie; toutefois cet auteur a cru devoir substituer à l’expression capillitii celle de pilaris, afin, dit-il, de généraliser le sycosis capillitii que Bateman a décrit avec beaucoup de raison, mais qu’il n’a pu reconnaître qu’à la tête, tandis qu’il peut occuper toutes les régions velues du corps.

Pour nous, le mot piloris est plus vicieux que celui qu’il remplace. Par ces mots sycosis pilaris, on indique, en effet, le siège anatomique de l’affection, et non le siège topographique; on spécifie que cette variété de sycosis occupe le follicule pileux; mais tout sycosis, par cela même qu’il est sycosis, consiste dans l'inflammation du follicule pileux. Le sycosis menti est également un sycosis pilaris, une inflammation des follicules pileux. Ainsi, non-seulement en ajoutant l’épithète pilaris au mot sycosis, on n’indique pas le siège topographique de cette affection, mais encore on emploie une épithète inutile, puisque l’expression sycosis entraîne à sa suite l’idée d’inflammation d’un follicule pileux.

Nous rejetons donc les divisions de Bateman et de M. Devergie, et nous nous contenions fie signaler la possi-

SIXIÈME I.ECON.

bililé de l’existence du sycosis sur toutes les régions velues : la face, le pubis, les aisselles, la nuque, le dos de la main, etc. En général, si l’on n’arrcte pas cette affection dans sa marche, elle envahit une partie assez considérable de la figure; quelquefois cependant, elle reste limitée A une surface peu étendue, n’occupe que la partie de la lèvre supérieure correspondant à la sous-cloison du nez et aux narines, et offre alors la forme d’un prisme triangulaire dont le sommet remonterait vers les ouvertures nasales. Ces deux variétés diffèrent essentiellement dans leur nature : la première est une affection parasitaire, la seconde une affection arthritique.

Siège anatomique. — Le sycosis, envisagé au point de vue de son siège anatomique, doit être considéré comme une affection inflammatoire du follicule pileux.

M. Cazenave, qui s’est principalement occupé de la question du siège anatomique du sycosis, et a publié en 18A1 un mémoire sur ce sujet, place celte affection dans le follicule pileux.

Lorsqu’il n’existe qu’une pustule, c’est-à-dire lorsque le sycosis n’a pas dépassé la première période, M. Cazenave assigne, avec raison, pour siège à l’affection le conduit du follicule pileux; mais lorsque l’on constate la présence d’indurations qui font corps avec la peau et offrent une base plus ou moins large, il faut admettre, avec le même auteur, que l’inflammation s’est propagée au culde-sac glandulaire, et même au tissu cellulaire et aux aréoles sous-dermiques.

On a cherché s’il n’existait pas des signes différentiels entre le phlegmon du follicule pileux et le phlegmon du

DU SYCOSIS.

tissu cellulaire compliquant le sycosis, et on a cru en trouver; mais s’il existe réellement des caractères distinctifs, il faut avouer qu’au lit du malade, il est difficile de constater aucune différence entre ces deux affections.

Dans le sycosis cependant, les poils sont altérés dans leur couleur et dans leur structure. Ils sont, en effet, jaunâtres et si on les examine au microscope à cette période, on n’y constate plus, il est vrai, l’existence de spores ou de sporules, mais on voit que les fibres sont écartées par des intervalles remplis de pus.

Sémiotique. — 1” Diagnostic. — Un assez grand nombre d’affections peuvent être confondues avec le sycosis; ce sont : l’impétigo, l’eclhyma, le lichen, l’acné, le furoncle, le lupus, les abcès symptomatiques des caries dentaires, les syphilides circonscrites.

1” Impétigo. — 11 est assez rare que le sycosis soit confondu avec un impétigo par un observateur attentif.

Dans l’impétigo, l’affection siège en dehors des poils, ou s’il existe des pustules traversées à leur centre par un poil, on en observe d’autres sur les parties voisines qui n’offrent pas ce caractère.

Dans l’impétigo, les pustules sont groupées, tandis qu’elles sont discrètes dans le sycosis.

La pustule iinpéligine.use est purulente dans sa totalité, c’est-à-dire depuis la base jusqu’au sommet, tandis que la pustule de la mentagre est papuleuse à la base et seulement purulente au sommet; enfin elle est acuminée, caractère que l’on n’observe pas dans la pustule irapéligineuse.

D’ailleurs la durée des deux pustules est différente. La

pustule de l’impétigo se rompt après un laps de temps très court et qui ne dépasse pas, en général, vingt-quatre à quarante-huit heures, tandis que la pustule sycosique persiste cinq, six, sept jours même, sans s’ouvrir.

Enfin, on observe dans l’impétigo un suintement séropurulent qui fait complètement défaut dans le sycosis.

2" Ecthyma. — Cette affection est rare à la face, siège de prédilection du sycosis, mais on peut la rencontrer sur la main, où existe quelquefois aussi le sycosis, et alors il est utile de pouvoir différencier ces deux affections l’une de l’autre.

L’ ecthyma est caractérisé par des pustules isolées, aplaties, larges, entourées d’un cercle érythémateux et présentant un point noir à leur centre; les croûtes qui résultent de la dessiccation du liquide que contiennent les pustules ccthymatiques sont plus épaisses que celles du sycosis ; jamais enfin on ne constate la présence de ces indurations dont nous vous avons signalé l'existence autour des pustules sycosiques.

3" Lichen. — Le lichen de la face seul pourrait être confondu avec la mentagre, mais il est accompagné d’un prurit vif et persistant; bien que disposées par groupes, les papules de lichen n’ont pas exclusivement leur siège à la base des poils : on en trouve sur le front et sur d’autres régions où ne s’observe pas l’éruption mentagreuse ; le lichen, enfin, n’est pas associé à une éruption puslulofuronculaire, comme l’est le plus souvent la mentagre.

4° Acné. — Dans cette affection, les pustules ont leur siège sur les régions pourvues de glandes sébacées, le nez, le front et les joues, tandis que le sycosis a pour siège les

OU SYCOS1S. 215

parties du corps où existent les follicules pileux, et principalement le menton et les lèvres.

L’éruption acnéique n’a pas lieu par groupes successifs comme celle de la mentagre.

Enfin, quand l’acné occupe les glandes pileuses, elle pourrait être confondue avec la mentagre ; mais dans cette dernière affection, la pustule est acuminée et non déprimée au centre et ombiliquée comme la pustule de l’acne pilaris.

5° Furoncle. — Il est en général unique, a pour siège les aréoles du derme, donne naissance à un bourbillon et est le plus souvent disséminé sur diverses régions du corps, et principalement sur les fesses, les cuisses, le dos. Le furoncle complique d’ailleurs quelquefois le sycosis.

6" Le lupus n’est pas difficile à différencier du sycosis. Au début du lupus, en effet, existent des tubercules rénilents , demi-transparents , offrant une coloration d’un jaune d’ocre ou celle du sucre d’orge, indolents ou à peine sensible à la pression, offrant une marche très lente et persistant pendant des années.

7° Les abcès symptomatiques des caries dentaires et les abcès dermiques peuvent à la rigueur être confondus avec le sycosis; les abcès sous-cutanés symptomatiques d’une carie dentaire sont circonscrits, attaquent les follicules des poils qui s’atrophient, se flétrissent et tombent comme dans la mentagre ; mais un examen attentif fera toujours distinguer ces petites tumeurs circonscrites , arrondies, fluctuantes dans toute leur étendue, des indurations furonculaires de la mentagre. Les abcès dermiques offrent une coloration violacée, sont fluctuants dans toute

2i<5 S1XIÈMK LEÇON.

leur étendue, et ne lardent pas à s’ouvrir spontanément et

à donner issue à un pus séreux caractéristique.

8° Les syphilides pustuleuse et tuberculeuse pourraient être confondues, l’une avec le sycosis pustuleux, et l’autre avec le sycosis tuberculeux.

Néanmoins dans la syphilide pustuleuse, les éléments ne sont pas limités à la face, mais disséminés à la surface du corps et disposés en cercles, en ellipses ou offrant une forme irrégulière. Les pustules sont recouvertes de croûtes verdâtres ou brunâtres, et entourées d’une auréole cuivrée.

Au contraire, les pustules sveosiques sont limitées à la face, aux lèvres , au menton , entourées d’une auréole rouge franchement inflammatoire , et la croûte qui les revêt, quand elles se sont rompues, est jaunâtre et non brunâtre ou noirâtre. D’ailleurs, avec la syphilide pustuleuse existent souvent d’autres accidents de même nature.

Les tubercules sycosiques peuvent être confondus avec la syphilide tuberculeuse ; cependant il existe des caractères distinctifs nombreux.

La syphilide tuberculeuse occupe plusieurs parties du corps, le front, les ailes du nez et les lèvres, la face ; la région deltoïdienne et la face externe de l’avant-bras aux membres supérieurs, la face interne de la jambe aux membres inférieurs ; tandis que le siège de prédilection, et pour ainsi dire exclusif du sycosis, est la face.

La syphilide est caractérisée par l’existence de tubercules groupés comme les pustules de la syphilide pustuleuse et disposés en cercle, en ellipse, etc., offrant la coloration du cuivre jaune rouge, semblant simplement

1)U SYCOSIS.

appliqués sur le tienne, et n’étant pas sensibles à la pression ; au contraire, les tubercules svcosiques n’occupent que la face et principalement le menton, sont irrégulièrement disposés, offrent une couleur inflammatoire, s’enfoncent dans le tissu cellulaire sous-cutané, et sont douloureux lorsqu’on les touche ; jamais , enfin , il n’existe concomitamment d’ulcères syphilitiques.

Pronostic. — Le sycosis ne constitue pas une affection grave : jamais, en effet, il n’occasionne la mort et si le malade est soumis au traitement rationnel que nous avons institué, l’affection disparaît en peu de temps, sans laisser aucune trace de son existence. Toutefois, par son siège à la face, par la difformité qu’il produit, il constitue une affection désagréable. D’ailleurs, il est sujet à récidiver, et s’il reparaît après une guérison complète, le retour de l’affection peut être attribué, soit à une nouvelle contagion, soit à l’existence d’une maladie constitutionnelle dont il est la manifestation cutanée.

Ajoutons enfin que le sycosis tuberculeux est moins grave que le sycosis pustuleux : l’un, en effet, est symptomatique de l’existence de parasites, l’autre d’une maladie constitutionnelle.

Thérapeutique. — Toute bonne thérapeutique repose nécessairement sur un diagnostic complet, c’est-à-dire sur la double connaissance de l’élément primitif et de la nature de l’affection. Si l’on n’envisage que la modalité pathologique, l’élément inflammatoire, la pustule, le tubercule, on n’aura qu’une seule thérapeutique, on sera conduit à ne conseiller qu’un seul ordre de moyens, qu’un traitement local antiphlogistique, c’est-à-dire des cataplasmes.

21b SIXIÈME LEÇON.

dos lotions éuiollienles, des bains, etc. Telle est la thérapeutique de M. Caxenave.

Si, au contraire, on subordonne l’élément local, l’élément inflammatoire à l’élément nature et si l'on n’admet pas que le sycosis puisse reconnaître d’autre cause que l’action du trichophyton, on sera non moins exclusif dans sa thérapeutique, et l’on se bornera à l’emploi des agents parasilicides. Telle est la ligne de conduite que suivent MAI . Hardy et Ginlrac.

Notre manière de voir est toute différente de celles que nous venons de vous exposer. Nous pensons qu’il ne faut négliger aucun des deux éléments, nature et modalité pathogénique, aux dépens l’un de l’autre, mais leur accorder, dans la thérapeutique, la part légitime qui leur revient : nous croyons surtout qu’il ne faut pas, comme MM. Gintrac et Hardy, exclure toute autre nature que la nature parasitaire de cette affection, et que l’on doit admettre un sycosis de cause externe et un sycosis de cause interne.

Le sycosis de cause externe reconnaît deux origines essentiellement différentes : tantôt, en effet, il est dû à l’action de substances irritantes, telles que le tabac, le liquide sécrété par la pituitaire affectée de catarrhe nasal, l’huile de cade, etc.; tantôt, au contraire.il reconnaît. pour origine la présence du trichophyton à la surface de la peau ; en un mot, le sycosis de cause externe est artificiel ou parasitaire.

Dans le premier cas, il faut avant tout enlever la cause, soustraire le malade à l’action des substances irritantes qui ont déterminé le sycosis, et ensuite conseiller un traitement approprié à l’état local. Dans le second, il faut

BU SYCOSIS.

surtout s’attacher à détruire le parasite; or, vous savez que le seul moyen de mettre tous les points du follicule pileux en contact avec la solution parasilicide est d’arracher tous les poils avec la pince, d’épiler en un mot. Sans doute, à une certaine période du sycosis, le trichophyton n’existe plus, a été détruit complètement par l’action du pus sécrété parle follicule pileux enflammé; mais alors même, l’épilation est encore nécessaire, parce que le poil constitue, ainsi que je vous l’ai dit, une épine qu’il faut enlever à tout prix, si l’on veut obtenir une prompte et radicale guérison. D’ailleurs on observe souvent, simultanément avec les tubercules sycosiques, le sycosis pustuleux ou le pityriasis alba, et, dans ce cas, l’épilation est indispensable.

Je ne vous rappellerai pas le manuel opératoire de l’épilation, vous en trouverez la description dans mon Traité des affections parasitaires.

Mais si le sycosis est la manifestation cutanée d’une maladie constitutionnelle, quelle conduite devrez-vous tenir? C’est alors qu’il faut ordonner un traitement général en rapport avec la nature de l’affection. Mais des trois espèces de sycosis que nous admettons, le sycosis scrofuleux et le sycosis syphilitique sont des affections composées. Le premier est ordinairement compliqué d’acné et d’impétigo, le deuxième d'ulcérations siégeant en dehors des follicules pileux. II ne reste donc, comme affection simple, que le sycosis arthritique ; aussi est-ce le seul dont nous nous occuperons. II. est nécessaire, lorsque le sycosis constitue une affection arthritique, de conseiller le traitement antiarthritique et l’épilation, d’avoir égard, en un mot, à l’état général et à l’étal local.

L'administration des alcalins à l’intérieur et à l’extérieur remplira la première indication, et pour satisfaire à la seconde, on ordonnera des cataplasmes de fécule de pomme de terre ou de farine de lin, s’il existe de l’inflammation, et ensuite des onctions avec l’huile de cade, dont l’action est substitutive ; mais surtout on recommandera expressément l’épilation, qui n’aura pas pour but de mettre à nu tous les points du follicule pileux, et de faciliter leur contact avec la solution de sublimé, mais d’enlever une épine, cause perpétuelle d’irritation pour le follicule pileux enflammé.

Enfin nous ne saurions trop vous engager à solliciter le malade à éloigner la cause du mal; c’est là, en effet, une indication capitale à remplir dans le traitement de la menlagrc. Que la cause soit occasionnelle et efficiente ou prédisposante, ordonnez-cn la soustraction. C’est faute d’agir ainsi que vous observerez un grand nombre de récidives; aussi avons-nous pu écrire, dans une brochure sur la mentagre (1855) : « Tel mentagreux est employé comme commis dans un magasin de nouveautés: après l’épilation, la lèvre va se trouver de nouveau exposée à la poussière des châles, des étoffes de soie ou de laine ; tel autre se mettra, après sa guérison, à secouer des balles de laine; un troisième est homme de peine et balaye journellement les docks : à peine débarrassé de sa mentagre, le voilà qui reprend son travail habituel ; un quatrième se fera de nouveau raser chez le barbier de son village : tous ces menlagrcux pourront être repris plusieurs fois de la même affection, puisqu’ils continuent à vivre dans les milieux où ils ont manifestement puisé les éléments de leur maladie. »

CLASSEMENT DIT SYCOSIS.

CLASSEMENT DU SYCOSIS.

École de WH Ion. — liateman dit en commençant l’Iiistoire du svcosis : « J’ai cru devoir ranger celte affection dans l’ordre des tubercules fi cause de son affinité avec l’acnc. »

Biett et M. Cazenave, au contraire, l’ont placé dans l’ordre des pustules : * La menlagre est essentiellement pustuleuse, dit M. Cazenave, et ce caractère est facile à observer ; il a été cependant méconnu par plusieurs pathologistes anglais, tels que Willan, liateman, Samuel Plumbe, qui regardent les tubercules comme l’élément primitif, tandis qu’ils ne sont que consécutifs, sont loin d’exister dans tous les cas, et qu’enfin c’est constamment par les pustules que la maladie débute. »

M. Gibert décrit, sous le nom générique d’acné, et dans l’ordre des pustules, l’acné proprement dite, la menlagre et la couperose.

M. Rayer a placé cette affection dans l’ordre des inflammations pustuleuses.

Enfin, M. Devergic a admis un sycosis pustuleux et un svcosis tuberculeux. Le premier devrait être naturellement rangé dans l’ordre des pustules, et le second dans l’ordre des tubercules.

Telle est la place qu’ont assignée au sycosis, dans leurs classifications, les vvillanisles.

Mais quelle idée entraîne h sa suite un tel classement, si ce n’est celle d’un élément primitif pustuleux? Pouvezvous, avec lui, concevoir que le sycosis est dans le plus grand nombre des cas une affection parasitaire, entrevoir la nature de l’affection? El enfin, ce mode de classification

222 SIXIÈME I.EÇON.

n’a-t-il pas le tort de placer les unes à côté des autres des

affections essentiellement différentes?

École d'Alibert. — Dans sa première édition, Alibcrl avait fait du sycosis une darlre qu’il avait désignée sous le nom de darlre pustuleuse.

Dans la seconde édition, il rangea encore le sycosis dans la classe des dermatoses dartreuses, mais le désigna sous le nom de vurus mentagra.

Joseph Frank a décrit le sycosis sous le nom d 'herpès rongeant, variété d’herpès qui comprend le lupus, le porrigo favosa de la face de Bateman, le sycosis menti, le lichen pilaris. Or, l’herpès de Joseph Frank, envisagé au point de vue anatomique, est une inflammation souvent pustuleuse du corps muqueux de la peau, qui se termine par desquamation ou par ulcération, et celte même affection, envisagée au point de vue de la cause, reconnaît pour origine, d’après le médecin de Vienne, l’action d’agents irritants, ou les diathèses arthritique, scorbutique, syphilitique, scrofuleuse, carcinomateuse. Nous vous avons dit que le sycosis consiste dans l’inflammation du follicule pileux, et nous vous apprendrons dans un instant que nous admettons le sycosis artificiel, dù à l’action d’agents irritants, et le sycosis arthritique, mais que nous rejetons les quatre dernières espèces, et enfin que nous reconnaissons l’existence d’un sycosis parasitaire.

M. Gintrac a accepté nos travaux sur les affections parasitaires, a rangé le sycosis dans la classe des affections dues à un champignon, et a proclamé la supériorité de notre traitement sur tous ses aillés ; mais il s’est séparé de nous lorsqu’il s’est placé sur le terrain de la nature du sycosis :

classement nr SYcnsis. 223

il n’a pas admis le sycosis arthritique, et a refusé de reconnaître l’identité de nature, qui, selon nous, existe entre l’herpès circiné, le pityriasis alba et le sycosis ; les raisons sur lesquelles il appuie son opposition sont les suivantes :

1* Le sycosis ne présente qu’exceptionnellement la forme circulaire qui fait le caractère essentiel de celui-là (l’herpès);

2* L’un est légèrement vésiculeux et n’offre que momentanément de petites pustules, l’autre se compose de pustules très développées ;

y Ce dernier est en outre caractérisé par des papules, des saillies, des tubercules qui se montrent dès les premiers temps, et que l’on ne trouve à aucune période de l’herpès tonsurant, pas même après un an de progrès;

à* L’un détermine la brisure des cheveux , l’autre la chute et non la rupture des poils ;

5“ L’un a une marche continue, l’autre un accroissement par saccades ou poussées ;

<5° L’un est fréquent dans l’enfance, l’autre ne s’observe que chez les adultes ;

7" L’un ne cède que fort lentement, soit aux moyens anciennement employés, soit même à l'épilation ; l’autre guérit par ce procédé avec une merveilleuse promptitude ;

8° Enfin, on ne voit pas les enfants atteints d’herpès donner à leurs parents le sycosis, ni celui-ci passer sous la forme d’herpès de la barbe du père sur le cuir chevelu des enfants à la manière des herpès tonsurant et circiné chronique.

Telles sont les raisons alléguées par M. Ginlrac pour ne pas admettre une identité entre l’herpès circiné, le pityriasis alba et le sycosis. Mais il est évident que M. Gintrac a mal interprété nos paroles, mal compris notre pensée.

2’2A SIXIÈME T.EÇON.

Nous n’avons pas voulu dire, en proclamant l’identité de ces trois degrés d’une même affection , qu’ils possédaient les mêmes caractères, mais seulement qu’ils reconnaissaient la même cause, le même principe, la même nature ; que ces affections se succédaient l’une à l’autre, constituaient des phases successives, des périodes d’une même maladie. La germination du parasite, ainsi que l’a fait remarquer M. Deffis, marche de l’extérieur à l’intérieur, et, d’abord superficielle, atteint progressivement les parties profondes ; c’est pour cela que nous avons successivement sous nos yeux des cercles d’herpès circiné dus à la présence du trichophyton dans l’épiderme ; le pityriasis alba, dû à l’engainement des poils, et le svcosis, qui n’apparaît que lorsque le parasite a pénétré à l’intérieur du follicule pileux.

Ces trois phases sont d’ailleurs indépendantes l’une de l’autre, et l’on voit des teignes tonsurantes à leur première période guérir rapidement, tandis que d’autres résistent à tous les traitements. D’où vient cette différence? Comment expliquer celte variation? Par la condition de terrain. Si le champignon se plaît à la superficie, il y restera pendant longtemps, ne pénétrera même jamais à l’intérieur du follicule et résistera à tous les traitements.

Les objections de M. Gintrac ne reposent donc pas sur une base solide, et il me semble que l’on ne saurait mieux assimiler cet auteur qu’au pathologiste qui avancerait que l’infiltration purulente du poumon, ou les abcès de cet organe, ne constituent pas des lésions de la pneumonie, parce que les symptômes correspondant à ces états anatomiques ne sont pas identiques avec ceux de la première

période de la pneumonie. Sans doute, ils ne sont pas identiques et ils ne peuvent l’être, parce que l’infiltration purulente constitue une phase plus avancée de la maladie ; mais cela ne prouve pas que l’infiltration purulente ne soit une lésion de la pneumonie.

M. Hardy a admis une classe d’affections parasitaires dans laquelle il a placé le sveosis ; mais il n’a reconnu que le trichophylon comme cause de cette affection, et a rejeté le sycosis arthritique, le sycosis artificiel, etc.

Quant à nous, nous avons considéré le sycosis comme une affection générique, et nous avons placé le sycosis pustuleux dans l’ordre des affections pustuleuses, et le sycosis tuberculeux dans l’ordre des affections tuberculeuses. Toutefois comme cette dernière variété est constamment précédée de la première, on peut en faire abstraction et considérer le sycosis comme une affection pustuleuse. D’autre part, nous avons envisagé le sycosis comme une affection symptomatique, et nous l’avons placé parmi les affections de cause externe et parmi les affections de cause interne. Cette classification n’a-t-elle pas l’avantage d’indiquer l’élément primitif et la nature de l’affection?

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