‹ Leçons théoriques et cliniques sur les affections génériques de la peau professés par le Docteur Bazin, médecin de l'ĥopital de SaintLouisChapitre 20 sur 27 · ESPÈCES ET VARIÉTÉS DE SYCOSIS ADMISES I’AR • LES DEHMATOLOGISTES · texte numérisé non relu

ESPÈCES ET VARIÉTÉS DE SYCOSIS ADMISES I’AR • LES DEHMATOLOGISTES

1° Ecole de Willan. — Bateman a admis deux espèces de sycosis, le sycosis menti et le sycosis capillitii.

« La deuxième variété, dit Bateman, a pour siège l’occiput, le front, les tempes. Les tubercules se réunissent entre eux, deviennent circulaires, s’élèvent en forme de pointe et présentent plus de mollesse que ceux du menton;

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ils suppurent tous dans l’espace de huit à dix jours, deviennent confluents, soulèvent la peau, donnent lieu sur )a suiface à un état d’ulcération qui lui fait prendre l’aspect granulé et le font ressembler à l’intérieur d’une figue. »

Cette description ne s’applique-t-elle pas plutôt à une acné pilaris qu’à un sycosis?

Seul, entre tous les dermatologistes, M. Devergie a admis ces deux variétés de l’auteur anglais, et, à ce sujet, il fait les réflexions suivantes : « Bateman est le seul auteur qui ait donné une description exacte de cette affection; tous ceux qui l’ont suivi ne nous ont tracé qu’une description incomplète ou confuse de cette maladie; tous l’ont rapprochée ou confondue avec l’acné, dont elle diffère; aucun d’eux n’a parlé du sycosis capillitii, dont Bateman avait cependant retracé les caractères avec assez de soin pour faire voir qu’il s’agissait d’une forme morbide à part. Essayons de suppléer à ces lacunes. »

El après avoir fait la description du sycosis menti, qui ne présente aucune particularité digne d’être mentionnée, il trace les principaux traits du sycosis pilaris, variété qui correspond, vous le savez, au sycosis capillitii de Bateman. Nous avons déjà frappé de notre blâme l’expression sycosis pilaris; il est donc inutile de revenir sur ce sujet et de nous y appesantir. Mais, au moins, la variété que notre collègue désigne sous ce nom est-elle un sycosis? Peut-on reconnaître, dans la description qu’il en donne, les caractères d’un sycosis?

M. Devergie a assigné à cette variété les signes suivants : elle apparaît, selon lui, à l'âge critique, vers quarante-

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cinq ou cinquante ans, occupe le sommet de la tête, le front au niveau de la racine des cheveux, les tempes, l’occiput, quelquefois le pubis, le sternum chez les personnes velues, etc.

Elle apparaît insidieusement et se présente sous la forme d’un ou de deux boutons qui amènent une sensation de chaleur, donnent naissance à des élancements et à des picotements, acquièrent le volume d’une très petite lentille, sont durs, peu inflammatoires, semblent s’entr’ouvrir à leur sommet, bien qu’ils aient une forme plate; et présentent bientôt à leur centre une petite sécrétion jaune grisâtre formant une croûte de niveau d’ailleurs avec le reste de l’engorgement.

Ces boutons offrent une coloration d’un jaune rougeâtre ou cuivrée qui tend à les rapprocher du corona veneris. D'ailleurs, les papules et les pustules ne sont pas traversées par un poil, etc.

Plus loin, il ajoute ; « Il n’existe, comme on le voit, aucune analogie entre le sycosis pilaris et l’acné. »

M. Devergie a, selon nous, commis plusieurs erreurs en écrivant ces lignes : des erreurs de genre et des erreurs d’observation.

L’affection dont je viens de vous faire la description ne saurait porter le nom de st/cosis capillitii, ainsi que le veut M. Devergie, mais bien celui A'acne pilaris. 11 vous suffira, en effet, de comparer cette description à celle que nous donnerons de l’acne pilaris, dans la prochaine leçon, pour vous convaincre de l’identité du sycosis pilaris de M. Devergie avec l’acne pilaris : siège, marche, forme, tout leur est commun.

En outre, M. Devergie prouve qu’il a observé d’une manière superficielle, en avançant que l’on ne constate jamais l’existence de poils aucentre de la tumeur. Sans doute, si l’on examine la pustule d’acné à une période avancée de son évolution, à une époque où l’inflammation suppurative a détruit les connexions du poil avec le follicule pileux et en a déterminé la chute, sans doute on arrivera à la conclusion de M. Devergie ; mais si l’on ne néglige pas d’examiner la pustule à son début et à sa période d’état, on s’assurera qu’à cette époque elle est réellement traversée à son centre par un poil.

Je dois ajouter d’ailleurs, afin de ne pas éveiller la vive susceptibilité de mon collègue, que je ne lui reproche pas d’avoir reproduit, sous le pseudonyme de sycosis pilaris, la description que j’ai donnée de l’acne pilaris. Comment le pourrais-je, puisque la publication du traité de M. Devergie est antérieure à celle de mes leçons sur les arthritidesetles herpétides? J’ai eu seulement pour intention de démontrer que M. Devergie s’était trompé sur le genre, avait décrit sous le nom de sycosis une affection qui doit être décorée de celui d’acné. 11 a du reste commis une autre erreur en prétendant que le sycosis pilaris constitue une affection idiopathique; il forme toujours une manifestation arthritique.

En outre des variétés de siège, M. Devergie a encore admis des variétés de forme et des variétés composées.

Les variétés de forme sont le sycosis pustuleux et le sycosis tuberculeux ; nous vous avons déjà fait remarquer que le sycosis tuberculeux était toujours consécutif au sycosis pustuleux, et que l’on pouvait donc n’admettre qu’une seule variété, le sycosis pustuleux.

Les forme composées sont aussi «au nombre de deux : Y impétigo sycosi forme et Y herpès sycosi forme.

€ L’impétigo sycosiforme , dit M. Devergie, siège ordinairement au milieu de la lèvre supérieure, immédiatement au-dessous de la cloison du nez, et il y apparaît en une ou plusieurs pustules dont la sécrétion se transforme bientôt en une croûte d’un gris jaune sale, plus ou moins ramassée, saillante, qui tombe au bout de quelques jours pour faire place à une croûte nouvelle se reproduisant tous les quinze jours ou toutes les trois semaines, et ainsi de suite pendant des mois et des années. Chose remarquable, l’affection ne fait que des progrès extrêmement lents en surface, mais persiste avec une grande ténacité, etc. Cette affection diffère de l’impétigo, dont l’élément primitif, la pustule, est superficiel, tandis qu’elle est caractérisée par une pustule plus profonde et entourée d’un engorgement inflammatoire qui constitue la moitié ou les trois quarts de la pustule, engorgement moins considérable d’ailleurs que celui de la pustule du sycosis menti.

t> 11 existe deux variétés de cette forme morbide par rapport au point de départ de l’affection, et dont le praticien doit bien tenir compte : l’une est essentiellement scrofuleuse, survient dans la jeunesse, est précédé d’un écoulement nasal, etc., l’autre est accidentelle et attribuée presque toujours par le malade à l’emploi du rasoir.

» M. Bazin considère l’impétigo sycosiforme comme une inentagre dans laquelle existerait également le trichophyton. Aussi conseille-t-il l’usage de l’épilation. Nous avons voulu observer la valeur de l’épilation et nous avons reconnu que les malades que l’on s’abstenait d’épiler guérissaient quel-

quefois plus vite que les autres; cependant je dois ajouter que l’épilation m’a paru favoriser en général la guérison. J’ajouterai enfin que dans un certain nombre de cas je n’ai pas obtenu cette guérison. »

Telle est la description que donne M. Devergie de l’impctigo sycosiforme ; telles sont les réflexions dont il l’accompagne.

Il est évident que l’impétigo sycosiforme de M. Devergie correspond à notre sycosis arthritique et à notre sycosis scrofuleux. Du reste, nous devons savoir gré à notre collègue d’avoir reconnu la nature scrofuleuse de cette affection ; mais nous ne saurions accepter les opinions qu’il nous prête. Nous n’avons jamais professé que l’impétigo sycosiforme était une menlagre due également au trichophyton, mais nous avons écrit que « la présence de parasites cutanés pouvait quelquefois déterminer des éruptions constitutionnelles secondaires et d’une guérison plus ou moins

difficile, parmi lesquelles l’impétigo sycosiforme et l’iinpé- %

tigo acnéiforme. Pour moi, ai-je dit, ces deux affections sont placées sous l’influence des diathèses arthritique et scrofuleuse; elles se montrent, soit spontanément, soit consécutivement. Qu’une personne scrofuleuse ou arthritique soit atteinte d’un sycosis parasitaire, en vain vous la traiterez pendant longtemps par les parasiticides; vous n’obtiendrez pas la guérision, parce que la présence du trichophvton aura éveillé les diathèses arthritique et scrofuleuse, et vous ne pourrez obtenir d’heureux résultats dans ce cas, qu’en mettant en usage les médications antiarthritique et antiscrofuleuse. »

Enfin, si M. Devergie n’a pas obtenu des succès constants

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à l’aide de l’épilation, c’est que celte petite opération ne suffît pas, et qu’il faut en général lui associer un traitetement antiarthrilique ou antiscrofuleux.

L’herpès sycosiforrne est la seconde forme composée du svcosis : M. Devergie n’a observé qu’une seule fois cette affection : la surface malade, dit-il, large d’une pièce d’un franc, était circonscrite par un bourrelet épaissi, pustuleux, induré, qui s’étendait lentement par sa circonférence, laissant tout un centre dépourvu de poils au milieu d’une barbe épaisse et noire. Qu’est-ce que cette affection?

M. Rayer n’a admis qu’une seule variété de sycosis; cependant il mentionne le sycosis capillitii de Batemah. 11 est intéressant de lire dans le chapitre que M. Rayef à consacré au sycosis les lignes suivantes : « Je ne crois pas que le sycosis soit contagieux; cependant M. Fovillc a vu plusieurs aliénés à Rouen qtli ont été atteints de sycosis pour avoir fait usage du même rasoir ; il se pourrait donc que le sycosis fût contagieux. » Ainsi, déjà à cette époque, on avait observé des faits évidents dte contagion, et cependant il faut arriver jusqu’à l’année 1834 pour que, grâce à nos travaux, elle soit démontrée d'une manière irréfutable.

M. Cazenave n’a décrit qu’une seule variété de sycosis : le sycosis menti ; n’a admis aucune des origines que nous avons attribuées à cette affection, c’est-à-dire le parasitisme, l’arthritisme, la scrofule, etc., et s’est contenté de lui assigner des causes banales, telles que là jeunesse, l’adolescence, les tempéraments sanguin et bilieux, l’automne, l’exposition au feu, les excès de boissons, l’action irritante du rasoir, etc.

Comme MM. Rayer et Cazenave, M. Gibert n’a décrit

qu’un seul sycosis; mais il s’est séparé de ces dermatologistes en reconnaissant sa nature parasitaire, en admettant la relation de cette affection avec l’herpès circiné et le pityriasis alba. Toutefois il ajoute qu’il ne peut s’empêcher de croire à l’existence d'une variété de sycosis non parasitaire, mais il ne va pas au delà de ce doute. Nous avons résolu cette question en admettant un sycosis artificiel, un sycosis arthritique, un sycosis scrofuleux et un sycosis syphilitique.

Telles sont les espèces et les variétés de sycosis admises par les willanistes : vous voyez que tous les dermatologistes de l’école anglaise, dont les travaux parurent avant la publication de nos recherches sur les affections parasitaires, méconnurent la véritable nature de celte affection, et n’admirent que des variétés de siège ( sycosis menti et capil - , litii), ou même ne décrivirent qu’un seul sycosis; que, parmi les auteurs qui, depuis 1854, ont fait paraître de nouvelles éditions ou ont publié de nouveaux traités, les uns ont persisté dans la voie qu’ils avaient précédemmentsuivie, ont nié l’importance du parasitisme, avancé que la découverte du trichophyton intéressait tout au plus l’histoire naturelle, contesté l'existence constante du parasite (Cazenave, Devergie); que les autres, au contraire, ont accepté franchement les résultats de nos travaux, admis l’étiologie parasitaire du sycosis, mais ont méconnu les relations de cette affection avec l’arthritis, la scrofule, etc., prouvant ainsi qu’ils n’entrevoyaient qu’une partie de la vérité.

École d'Alibert . — Aliberl n’a admis qu’une seule variété de sycosis, qu’il a désignée du nom de vnrus mentagra , cl qu’il a rattachée à la dartre. Nous vous avons dit, en effet,

que le varus mentagra constiluait la sixième variété du genre varus de la classe des dermatoses dartreuses. Malheureusement la dartre ne donne jamais naissance au sycosis, et cette affection est seulement la manifestation cutanée de trois maladies : la scrofule, l’arthritis et la syphilis.

En 1842, un médecin hongrois, M. Gruby, adressa A l’Académie des sciences de Paris un mémoire sur un c/f«mpignon qu’il disait avoir observé dans une forme spéciale de la mentagre, et qu’il désignait sous le nom de Microsporon mentagrophytes. — Deux ans plus tard, le docteur Gruby annonçait l’existence d’un autre champignon dans l’herpès tonsurant, et le Suédois Malmsten, après avoir reconnu la véracité de l’assertion du médecin hongrois, décorait ce parasite du nom de trichophyton tonsurant.

En 1843, l’attention était donc attirée sur l’étiologie parasitaire du sycosis , et cependant les travaux du médecin hongrois n’eurent aucune influence sur la thérapeutique. C’est ainsi que dans son Traité des affections cutanées, édité en 1850, M. Cazenave rejette les théories végétales du médecin allemand, et les considère comme des hypothèses, des découvertes capables, tout au plus, d’intéresser l’histoire naturelle.

Quant à nous, messieurs, nous nous gardâmes bien de tenir le môme langage, de suivre la même voie que notre collègue. Armé du microscope, nous cherchàmesavec ardeur à vérifier les assertions du docteur Gruby. Nous eûmes beaucoup de peine à démêler la vérité parce que le médecin allemand nous avait induit en erreur, en nous faisanteroire qu’il existait deux champignons dans la teigne tonsurante, le microsporon mentagrophytes et le trichophyton.

Néanmoins, après des recherches patientes et multipliées, nous parvînmes à nous convaincre qu’il n’existait qu’un seul champignon : le trichophylon.quece champignon se trouvait sur les cercles herpétiques, autour des poils et à leur intérieur dans l’affection désignée par quelques dermatologistes sous le nom de pityriasis alba, que souvent, mais non toujours, on en constatait la présence dans les poils qui traversent à leur centre les tubercules sycosiques, et que l’on devait attribuer à l’action destructive du pus, l'absence assez fréquente du champignon dans les poils du sycosis ( Considérations sur la nieutagre et les teignes de la face , 185/]).

Depuis cette époque, toutes les observations que nous avons faites sont venues confirmer nos assertions, affermir nos convictions; enfin, M. Dcffis inocula le trichophylon en 1850, et donna ainsi la démonstration pratique de l’étiologie parasitaire de la leigne tonsurante.

C’est donc à nous que revient justement l’honneur d’avoir définitivement fixé la nature de la teigne tonsurante, d’avoir établi les relations qui existent entre l’herpès circiné, le pityriasis alba et le sycosis; d’avoir fondé sur des données scientifiques, un traitement rationnel et certain dans ses résultats.

Du moins, n’admettons-nous pas que le sycosis est une affection exclusivement parasitaire, mais lui reconnaissonsnous, au contraire, une origine multiple.

M. Hardy a admis complètement nos opinions sur la nature parasitaire du sycosis et sur ses relations avec l’herpès circiné et le pityriasis alba; «AM. Bazin, a-t-il écrit, appartient l’honneur d’avoir démontré l’identité du

sycosis avec les autres espèces d’herpès; nous avons soumis celte opinion à un contrôle sévère, et après avoir renouvelé les expériences microscopiques, rencontre des hommes atteints de sycosis qui nous présentaient leurs Femmes et leurs enfants avec de l’herpès circiné, nous avons dû admettre que l’herpès circiné ol le sycosis étaient une seule et même maladie, produite par la présence d’un seul et même champignon, le trichophyton. » En outre* notre collègue, depuis la publication de nos travaux, n’a pas cessé de travailler à la propagation et à la défense de nos idées, et s’est ainsi créé un titre à la reconnaissance générale.

Mais, M. Hardy s’est séparé de nous, en ne reconnaissant qu’une seule -espèce de sycosis : le sycosis parasitaire, et en rejetant le Sycosis arthritique, le sycosis de cause externe, le sycosis scrofuleux, etc.

M. Gintrac ne décrit, comme M. Hardy, qu’une seule espèce de sycosis : le sycosis parasitaire , mais nie les relations de cette affection avec l’herpès circiné et le pityriasis alba ; nous avons déjà réfuté les objections du médecin de Bordeaux et démontré que le sycosis constitue réellement une phase de la teigne tonsurante plus avancée que le pityriasis alba et l’herpès circiné ; il est donc inutile de revenir sur ce sujet; ajoutons seulement que M. Gintrac accepte notre traitement , et professe que l’épilation donne les résultats les plus décisifs, .le ne m’explique pas, dit-il , si c’est en enlevant les spores logées dans les conduits pilifères, ou en enlevant le poil devenu corps étranger dans un follicule enflammé que l’épilation réussit, je constate seulement qu’elle guérit très rapidement le

sycosis, et si l’idée de l’épilation n’est pas nouvelle, du moins, est-ce à M. Bazin que revient l’honneur d’avoir fait entrer cette méthode dans le domaine de la science et dans la pratique de l’art. »

Ainsi Alihert, MM. Hardy et Gintrac n’ont reconnu qu’une seule espèce de sycosis ; Alibert un sycosis dartreux, MM. Hardy et Gintrac, un sycosis parasitaire. Ainsi le premier de ces médecins a commis une grave erreur, les deux autres ont entrevu seulement une partie de la vérité. Le sycosis n’est jamais, en effet, une affection dartreuse, et s’il constitue souvent une affection de cause externe, il est souvent aussi la manifestation cutanée d’une maladie constitutionnelle. Enfin, le sycosis de cause externe n’est pas exclusivement parasitaire, mais encore artificiel.

Après vous avoir démontré que les willanistes et les alibertisles ont tous marché dans la voie de l’erreur en traçant l’histoire du sycosis, je dois vous énumérer les espèces et les variétés que nous admettons.

Il existe, selon nous, deux grandes classes de sycosis : le sycosis de cause externe et le sycosis de cause interne.

Le sycosis de cause externe est dû, tantôt à l’action de certaines substances, à la surface du corps, c’est le sycosis artificiel, tantôt à la présence de parasites, c’est le sycosis parasitaire.

Le sycosis de cause interne peut être la manifestation cutanée de trois maladies constitutionnelles : l’arthritis, la scrofule et la syphilis.

Le sycosis artificiel reconnaît pour causes l’action de substances irritantes, telles que l’huile de cade, etc. Oui de vous, s’il a suivi pendant quelque temps notre service,

n’a eu l’occasion d’observer sur les membres des malades atteints de psoriasis et auxquels nous avions ordonné des frictions avec l’huile de cade, des saillies tuberculeuses, à la base, purulentes au sommet et traversées à leur centre par un poil, preuve évidente de leur siège dans un follicule pileux. Eh bien ! cette éruption constitue un sycosis de cause externe déterminé par l’action irritante de l’huile de cade sur les follicules pileux.

Trop souvent nous voyons des malades déterminer l’apparition d’un sycosis en se frictionnant avec des substances irritantes, afin d’obtenir leur entrée à l’hôpital ou d’y prolonger leur séjour.

J’admets aussi que celte affection peut être produite par l'action d’un rasoir ébréché; mais alors c’est une affection peu importante qui n’est jamais accompagnée d’indurations, s’enfonçant dans le tissu cellulaire sous-cutané, et qui guérit spontanément. Si des indurations olivaires, profondes, surviennent chez une personne qui s’est fait raser, soyez convaincus que l’affection est due au transport d’un parasite sur les téguments de la face, et non à l’irritation produite par le rasoir.

Le trichophyton est en effet la cause la plus fréquente du sycosis de cause externe.

Le sycosis de cause interne peut être symptomatique de la scrofule, delà syphilis ou de l’arthritis, mais les sycosis scrofuleux et syphilitique sont des affections complexes qui n’existent jamais seules, et sont accompagnées : le sycosis scrofuleux d’impétigo, le sycosis syphilitique, d’ulcération de même nature. Le sycosis arthritique est donc la seule variété qui se présente dans un état de simplicité parfaite;

SIXIÈME LEÇON, aussi pourrez-vous, lorsque vous aurez établi le diagnostic du genre sycosis, faire abstraction des sycosis scrofuleux et syphilitique, dont la nature est suffisamment indiquée par les affections concomitantes, et rechercher simplement si le malade est affecté d’un sycosis arthritique ou d’un sycosis parasitaire.

Quelles sont donc les différences qui existent entre ces deux espèces de sycosis?

Le sycosis parasitaire est précédé d’herpès circiné et de pityriasis alba, affections qui constituent les deux premières périodes de la teigne lonsurante, précèdent en conséquence le sveosis, et dont il est encore possible de constater les vestiges lorsque l’affection est arrivée à sa troisième période, c’est-à-dire lorsque le sycosis existe. D’ailleurs, si les cercles d’herpès circiné avaient disparu, on pourrait en reconnaître l’existence en interrogeant le malade sur le début de l’affection. 11 vous apprendrait certainement, en effet, que l’éruption a débuté par des cercles rouges auxquels a succédé un duvet blanc et farineux.

Quelquefois, cependant, le sycosis parasitaire apparaît d’emblée, n’est précédé d’aucun phénomène précurseur, et .alors les commémoratifs funl défaut; mais dans ces cas même, il existe des signes qui vous permettront de reconnaître la nature de l’affection. C’est au menton, siège de prédilection du sycosis parasitaire, qu’on observe cette affection. Klle est caractérisée par l’existence de tubercules disséminés çà et là et s’enfonçant dans le tissu cellulaire sous-cutané, par des indurations phlegmoneuses , des furoncles, des adénites, etc., les poils s’arrachent avec une grande facilité, et c’est apres s’ètre fait raser que le ma-

ladc a vu apparaître les boutons dont il est affecte. L’ensemble de ces signes ne peut laisser aucun doute dans l’esprit.

La rusure est l’origine h laquelle le malade rapportera le plus souvent son éruption; mais gardez-vous ducroire, avec M. Chausil, qu’elle ne constitue qu’une cause mécanique, qu’elle n’agit que par son contact irritant; considérez-la au contraire comme un moyen de transport du végétal d’un individu sur un autre, comme un moyen de contagion. Il n’est pas difficile, du reste, d’expliquer pourquoi, dans certains cas, le syeosis débute d’emblée, taudis que le plus souvent il est précédé de cercles herpétiques, de pityriasis alba. Si le trichophyton est seulement déposé à la surface du derme, entre la couche molle et la lame cornée de l’épiderme, il germera dans ces points, et déterminera l’apparition des cercles d’herpès circiné, de ces flocons et de ces lamelles qui tranchent par leur couleur nacrée au milieu des débris épidermiques; si au contraire le végétal est déposé dans le follicule pileux, il en déterminera immédiatement l’inflammation, et le syeosis sera la première manifestation de l’existence du trichophyton.

D’ailleurs, ne faut-il pas une singulière crédulité pour admettre que l’irritation produite par le rasoir (et seulement par celui du barbier, car les personnes qui se rasent elles-mêmes ne sont jamais atteintes de teigne tonsuranlc), pour admettre que celte irritation soit capable de déterminer des cercles d'herpès circiné, du pityriasis alba, et que ces affections, nées de l’irritation, soient transmissibles par le contact !!!

Je n’ai pas crainte d’en appeler à votre observation; car pour moi, l’étiologie parasitaire du syeosis est irréfutable 1

Au contraire, si le sycosis est un symptôme de l’arthritis, il sera précédé d’une éruption pustuleuse, discrète à son début et limitée à une partie peu étendue de la face, à la lèvre supérieure en général, offrira une intermittence remarquable, c’est-à-dire disparaîtra pendant l’été pour ne plus revenir qu’au commencement de l’hiver suivant, ou même à l’apparition du printemps; n’offrira jamais ces indurations profondes dont on constate l’existence dans le sycosis parasitaire; donnera, si on le presse entre les deux doigts de la main, la sensation d’un tubercule superficiellement placé, sera le siège de picotements et d’élancements, et malgré sa longue durée, n'aura aucune tendance à s’étendre et à se propager aux parties voisines.

Enfin, le traitement est essentiellement différent dans les deux cas : nous vous avons dit que, si le sycosis était arthritique, il fallait combiner l’épilation et les alcalins, tandis que si celte affection était parasitaire, c’était aux parasiticiiles et à l’épilation qu’il fallait recourir.

Nous attendons souvent, d’ailleurs, l’apparition du sycosis chez les malades affectés de teigne tonsurante, avant de conseiller l’épilation. Un malade se présente-t-il à nous atteint d’herpès circiné ou de pityriasis alba, nous ordonnons seulement l’usage de pommades et de lotions mercurielles, afin de détruire, à l’aide de ce traitement, toutes les spores qui existentà la superficie, de circonscrire ainsi le champ de l’affection, et de permettre au sycosis de se développer. De cette façon, nous n’employons l’épilation qu’à une période où elle produit des résultats merveilleux, où deux ou trois séances suffisent pour que l’on obtienne la guérison.

Si même il existe simultanément avec le sycosis des vestiges de la première et de la deuxième période, nous attendons encore que toute l’affection soit transformée en sycosis pour épiler.

Je ne veux pas terminer cette leçon sans ajouter que des objections ont été dirigées contre notre méthode de traitement; que M. Chausit, dans une brochure qui mérite, à juste titre, le nom de pamphlet, a prétendu qu’il avait examiné, à l’aide du microscope, les poils de trente ou quarante malades affectés cependant de teigne tonsuranle, et n’avait jamais observé de spores; que, par conséquent, le traitement basé sur cette étiologie parasitaire était irrationnel !

Quelle réponse voulez-vous que nous fassions à une telle objection? Si M. Chausit n’a pas constaté l’existence de spores, que certainement le premier d’entre vous découvrirait s’il se donnait la peine d’observer au microscope un poil engainé par la substance champignonneuse, n’estil pas vrai que sans doute il est mal doué de la nature et que ses sens le servent mal ! ! Les aveugles ne voient pas la lumière du soleil, bien qu’elle éclaire tous les hommes !

Plus loin M. Chausit ajoute : « L’épilation est complètement inutile, puisque nous avons observé des malades qui, après avoir été épilés plusieurs lois, rentraient à l'hôpital avec un sycosis aussi intense qu’avant l’épilation. » Mais il est des malades qui ne possèdent rien moins que le désir de se guérir et qui, à tout prix, veulent garder une affection qui leur ouvre facilement les portes de l’hôpital ; aussi sortent-ils de nos salles à moitié guéris pour rentrer quelques jours plus tard à l’hôpital ; font-ils usage, au besoin,

Baziü. 16

2/j2 SIXIÈME LEÇON,

de pommades irritantes , pour rappeler leur affection. Qu’ils rentrent alors dans un des services voisine, et nos collègues, inhabiles à différencier le sycosis parasitaire du sycosis non parasitaire, considéreront l’affection produite par les substances irritantes comme une récidive de l’affection parasitaire.

DE L’ACMÉ.

Que devons-nous entendre par le mot acné ? Telle est la première question que nous avons à résoudre et dont la solution a une importance capitale, puisque les dermatologistes ne sont d’accord ni sur l’étymologie, ni sur la définilion de l’acné.

Il n’est en effet rien de si variable que l’étymologie assignée au mot acné : tandis qu’Aetiusd’Amide le fait dériver du mot grec — et si celte étymologie était réelle, il faudrait dire acmé et non acné, — d’autres auteurs prétendent qu’il a pour origine l’expression grecque o*v»i qui signifie paille, force, vigueur, et qu’il a été créé pour indiquer que c’est chez les jeunes gens et à cet âge de la vie où dominent la force et la vigueur qu’on l’observe en général ; enfin notre collègue M. Hardy le fait venir des deux mots grecs a privatif et je démange et professe qu’il signifie simplement éruption sans démangeaisons.

D’autre part, vous constaterez l’existence de divergences non moins grandes entre les auteurs, si vous recherchez quelles sont les définitions de l’acné qu’ils ont successivement données : Aetius d’Amide, tous les médecins qui lui succédèrent dans l’antiquité et le moyen âge, Sauvages même, confondirent l’acné avec l’impétigo et décrivirent

simultanément ces deux affections sous le nom de psy-

dracia.

Les premiers entre tous les dermatologistes, Willan et Bateman donnèrent à l’expression acné une signification rigoureuse et la définirent d’une façon plus précise : « L’acné, ont-ils écrit, est caractérisée par la présence de tubercules séparés les uns des autres, durs, enflammés, qui subsistent quelquefois longtemps et qui suppurent quelquefois aussi très lentement et en partie. »

Biett a distrait l’acné de l’ordre des tubercules, et l’a rangée dans celui des pustules, s’appuyant pour combattre l’opinion de Willan et de Bateman sur l’absence d’induration à la base des pustules dans certaines variétés d’acné, et l’existence constante du pus depuis la base des saillies acnéiques jusqu’à leur sommet lorsqu’on les envisage à leur période d’état.

M. Cazenave a adopté l’opinion de son maître et a rangé l’acné dans l’ordre des pustules, mais en outre il lui a assigné pour siège anatomique les glandes sébacées.

M. Gibert a considéré également l’acné comme une affection pustuleuse, mais a décrit, sous cette dénomination, non-seulement l’acné proprement dite , mais encore la couperose et la mentagre, affections essentiellement différentes dans leur nature et aussi dans leur élément priftiitif.

Ainsi avait d’ailleurs agi Alibert, dont le genre vartis comprend l’acné proprement dite (varus miliaire et varus disséminé), la couperose ( varus gulta rosea) et la mentagre (varus mentagra). La seule différence qui existe entre ces deux dermatologistes, c’est qu’Alibert considérait le genre varus comme une manifestation dartreuse et que M. Gibert

DE L’ACNÉ.

n’a pas accepté cette origine, a regardé la mentagre comme une affection parasitaire, l’acné et la couperose comme des affections locales (1)?

M. Rayer a cru devoir donner au mot acné une signification moins étendue que celle que lui avaient assignée les pathologistes anglais Biett et M. Cazenave ; il a uniquement compris sous cette dénomination la dartre pustuleuse disséminée d’Alibert et a rejeté dans un autre chapitre les affections non pustuleuses que ses devanciers avaient décorées du nom d’acné. Les acné punctata et guttata se trouvent, en effet, placées dans la classe des vices de sécrétion, et si la couperose est décrite, comme l’acné, parmi les inflammations pustuleuses, du moins occupe-t-elle un chapitre spécial. Ce dermatologiste s’est fondé, pour établir cette séparation, sur l’habitude que l’on a, en France, de dénommer sous le nom de couperose une inflammation pustuleuse des follicules de la peau de la face, inflammation rebelle et appartenant à l’âge adulte, tandis que l’acné qui, il est vrai, dit-il, se présente sous la même forme, et affecte les mêmes éléments, est une affection de l’adolescence moins grave et exclusivement bornée au tronc.

En 1850, parut mon mémoire sur l’acné varioliforme, mémoire dans lequel je critique les opinions de Willan, Bateman, Biett, MM. Cazenave et Rayer, dans lequel je dis :

« La plupart des auteurs définissent l’acné : une éruption pustuleuse... Cette définition est mauvaise; elle exclut

(1) C'est aux médecins latins qu’Alibert a emprunté l’expression varus qui correspond à l’axvr. des Grecs. Quelques dermatologistes l’ont bit dériver du mot uorius, varié, bigarré, et ont prétendu que les auteurs voulaient ainsi exprimer l’aspect nuancé du visage des personnes qui en étaient atteintes.

au moins deux des variétés admises par eux, l’acne punctata et l’acne sebacea ; il n’y a pas de pustules dans ces deux variétés.

» On a parfaitement senti qu’il était impossible de séparer les formes punctata et sebacea de la forme pustuleuse pour en constituer des espèces k part. Elles ont la même origine, un siège identique, se manifestent dans les mêmes conditions, sont modifiées par les mêmes agents thérapeutiques, coexistent souvent même avec l'acné pustuleuse ; en faire séparément l’histoire, c’eût été s’écarter de la nature et s’exposer à un reproche de logique ; on ne l’a pas tenté. Mais comme il fallait soumettre l’acné à la classification étroite de Willan, classification bonne au point de vue de la sémiotique, mauvaise au point de vue de la pathologie, on a mieux aimé donner une définition conforme à la classe qu’une définition qui pût embrasser toutes les variétés de l’espèce.

» Quant à nous, qui sommes loin de vouer un culte à la classification du pathologiste anglais, nous définirons l’acné : une affection des cryptes cutanés, caractérisée par l’hypertrophie de ces cryptes avec altération de la matière sébacée, qui, tantôt retenue dans les cavités folliculaires, détermine une éruption à la peau, et qui, d’autres fois s’épanche au dehors en formant des enduits lamellçux pu crustacés. »

Celte manière de voir a été adoptée par mes collègues MM. Devergie et Hardy, mais en l’acceptant, on ne se place pas sur le terrain de la sémiologie, mais exclusivement sur celui de l’anatomie pathologique, puisque l’on prend pour base le siège anatomique et non la symptomatologie.

DE L’ACNÉ.

Il faut donc pour être complet ne pas rester sur ce terrain anatomo-pathologique mais encore parcourir celui de la sémiologie. Ainsi ferons-nous.

L’acné, envisagée au point de vue anatomo-pathologique, peut être divisée en deux classes, dont la première comprend toutes les variétés qui sont caractérisées par une lésion des glandes sébacées et la deuxième toutes les variétés qui sont caractérisées par une lésion des glandes annexes.

Ces deux classes peuvent d’ailleurs être subdivisées chacune à leur tour en deux ordres dont le premier comprend toutes les espèces qui sont caractérisées par une lésion de la glande ou de son conduit, et la seconde toutes celles qui sont caractérisées par un vice de sécrétion de la glande.

Voici, d’ailleurs, le tableau synoptique des classes, ordres et espèces d'acné.

PREMIÈRE CLASSE D’ACNÉS

Comprenant les acnés caractérisées /mi- une lésion des glandes sébacées.

1*’ ORDRE. — Lésion de la glande et de ses conduits.

Acné congestive (rosea).

Acné inflammatoire . . .

Acné hypertrophique . .

Acné atrophique

I miliaire.

? indurée.

/ simplex, varioii forme, lupus acnêlque.

Il' ORDRE. — Lésion de la sécrétion glandulaire.

... . „ < Acné ponctuée duc à la

{ distension des conduit*.

/ fluente.

Acné par évacuation . . Acné sébacé*.* | I ponctuée.

concrète

croàtiîuse.

1 soyeuse.

( cornée.

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