DEUXIÈME CLASSE
Comprenant les acnés caractérisées jmr une lésion des (/landes annexes.
I" ORDRE. — Lésion i>e la glande annexe et de ses conduits.
Acné piloris ombiliquée.
Acné éléphantiasique.
II e ORDRE. — Lésion de la sécrétion glandulaire.
Acné sébacée dos régions velues caractérisée par «les enduite jaunâtres sur les régions velues.
Telles sont les espèces d’acné que l’on doit admettre lorsque l’on envisage cette affection au point de vue anatomo-pathologique ; si maintenant nous la considérons nu point de vue sémiologique, nous serons conduit par l’observation à admettre deux formes d’acné : l’acné boutonneuse et l’acné sécrétante.
La première, l’acné boutonneuse, sera seule l’objet de notre étude et nous vous décrirons successivement le genre acné, la place que les dermalologistes lui ont assignée dans leurs classifications, les espèces et variétés qu’ils ont admises.
Acné boutonneuse considérée comme affection générique. — Définition . — L’acné est une affection des glandes sébacées ou des glandes annexes des poils caractérisée par une éruption de pustules offrant une évolution lente, donnant naissance à de petites croûtes jaunâtres ou noirâtres et laissant de petites cicatrices, tantôt lisses, tantôt plissécs et gaufrées.
Nous diviserons la description de l’acné en trois parties
de l’acné. 249
correspondant aux trois périodes éruptives, de suppuration et de dessiccation que présente cette, affection.
Symplomatoloyie . — L’acné débute par une rougeur partielle des téguments, qui quelquefois constitue le seul phénomène que l’on puisse constater pendant toute la durée de cette première période, mais à la surface de laquelle apparaissent le plus souvent de petites élévations rouges, oblongues ou, au contraire, coniques et ombiliquées. Dans ce dernier cas, l’acné est caractérisée à son début par l’existence d’élevures rosées ou rouges, séparées les unes des autres par des intervalles variables, entourées d’une auréole également rouge, offrant une base indurée et un volume qui, le plus souvent, ne dépasse pas celui d’une tête d’épingle, mais atteint quelquefois les dimensions d’une lentille.
L’éruption acnéique se développe sans que le malade éprouve aucun phénomène prodromique, aucune chaleur et aucune douleur locale.
Après aveir duré pendant un temps plus ou moins long, cette période fait place à La deuxième, c’est-à-dire à la période de suppuration. On voit à ce moment les saillies acnéiques blanchir et jaunir à leur sommet, phénomène dû à la formation du pus, et se convertir progressivement en papulo-pustules, qui, après quelques jours d’existence, donnent issue au liquide qu'elles contiennent, liquide dont la concrétion détermine la formation de croûtes jaunâtres ou noirâtres plus ou moins épaisses et persistant pendant un temps variable. La suppuration se fait d’ailleurs lentement et pendant un assez long espace de temps l’acné se présente sous la forme de petites saillies coniques, rouges
et dures à leur base, purulentes à leur sommet, ainsi qu’il est facile de s’en convaincre en les perçant avec une épingle et en exprimant le liquide qui y est contenu.
Enfin commence la troisième période, ou de cicatrisa* Lion : les croûtes se détachent spontanément et tombent, l’induration tuberculeuse de la base se résout progressivement, mais, en général, avec une extrême lenteur, la rougeur des téguments disparait insensiblement et il ne reste comme indice de l’existence de l’acné que la présence de petites cicatrices, tantôt lisses, tantôt plissées et gaufrées, circulaires ou ovalaires.
L’éruption acnéique peut siéger sur toutes les parties du corps ; mais la face, le dos et la partie antérieure de la poitrine sont les régions le plus communément affectées. La paume des mains et la plante des pieds ne sont, au contraire, jamais le siège de cette affection.
Les papulo-pustules acnéiques sont plus ou moins nombreuses ; tantôt l’éruption est discrète, tantôt, au contraire, confluente et même cohérente.
En général, cette affection est indolore, et le malade qui en est atteint n’est tourmenté ni par des démangeaisons, ni par des picotements ; exceptons cependant l’acné arthritique dont les picotements et les élancements forment un des principaux caractères différentiels.
Marche , durée, terminaison, etc. — La marche de l’acnc est essentiellement successive : aussi voit-t-on des pustules à côté de cicatrices et de taches érythémateuses ; des éléments en un mot, qui ont accompli toute leur évolution à côté d’autres éléments dont l’évolution est incomplète et qui ne sont parvenus qu’à leur période de déclin, d’état ou
DE e’acné. 251
même de début, en sorte ({u’il est permis d’embrasser d’un seul coup d’œil la marche entière de l’affection.
Envisagée au point de vue de la durée, l’acné présente à considérer la durée individuelle de chaque pustule, et la durée totale de l’affection.
La pustule acnéique parcourt toutes les phases de son évolution pendant un laps de temps très variable : tantôt, en effet, son existence ne dépasse pas un ou deux septénaires, tantôt, au contraire, elle se prolonge pendant des mois; quant à l’affection, il est impossible d’en préciser avec netteté la durée, et nous devons nous borner à vous annoncer qu’elle persiste en général pendant un grand nombre d’années, pendant dix, quinze, vingt ans et même un laps de temps plus considérable. 11 arrive quelquefois qu’après avoir duré pendant des mois et des années, après avoir résisté à tous les moyens de traitement mis en usage à notre époque, l’éruption disparait spontanément, en un court espace de temps ; la plupart des dermatologistes contemporains ont observé de semblables guérisons et ils les ont attribuées à une cause anatomique, à la destruction de toutes les glandes sébacées, par l’affection acnéique.
Mais l’acné eùt-elle duré pendant vingt ans que toutes les glandes sébacées de la peau n’auraient pas été intéressées, tant leur nombre est considérable! Aussi ne pouvons-nous admettre cette explication anatomique. Nous pensons que si l’acné disparaît spontanément après avoir résisté pendant un laps de temps plus ou moins long à tous les moyens thérapeutiques mis en usage, il faut attribuer cette guérison à l’apparition des accidents d’une période plus avancée de la maladie constitutionnelle dont l’acné est l’effet. N’avons-
nous pas écrit que les accidents de deux périodes différentes
d’une maladie ne pouvaient coexister longtemps !
Terminaison. — L’acné peut se terminer de plusieurs façons différentes : d’une manière générale on peut dire que c’est une affection fixe qui accomplit toutes ses périodes dans le lieu où elle est née et ne subit point de métastase. Du moins peut-elle dégénérer en une affection grave, si le malade est sous l’imminence d’une maladie constitutionnelle ou en subit les effets. Vous aurez sans doute l’occasion d’observer la transformation in situ d’une couperose en lupus, d’une scrofulide acnéique en scrofulide crustacéc ulcéreuse, des pustules de l’acné en éléments cancroïdaux ou carcinomateux.
Anatomie pathologique. — L’acné a pour siège anatomique les glandes sébacées et pileuses. Nous nous fondons pour émettre cette opinion sur l’analyse chimique des matières excrétées, sur la coexistence de l’acne indurata, de l’acné pustuleuse, etc., avec les tannes, sur les dissections que nous avons faites depuis que nous sommes médecin de l’hôpital Saint-Louis, sur le développement considérable des follicules, dans les régions de la peau où l’acné se montre habituellement, et enfin sur l’absence constante de cette éruption sur les régions où les follicules n’existent pas, à la paume des mains, la plante des pieds, par exemple, etc.
Mais l’inflammation des glandes sébacées est-elle primitive ou consécutive au dépôt de la matière sébacée ?
L’une et l’autre manière de voir ont trouvé des partisans.
Samuel Plumbe a admis « que l’inflammation des follicules était toujours produite et entretenue par l’accumulation de la matière sébacée dans leur cavité. »
DE L’ACNÉ.
Mais cette opinion a trouvé un adversaire dans M. Rayer. Ce médecin a prétendu qu’elle était trop exclusive, que sans doute dans certains cas l’acné débutait par l’accumulation de la matière sébacée dans les follicules, mais que le plus souvent cette affection était caractérisée à son origine . par l’inflammation delà glande, et que l’on pouvait extraire de leur intérieur du sang ou du pus sans matière sébacée ; qu’au surplus l’enduit huileux, les élevures folliculeuses avec ou sans inflammation et les pustules de l’acné étaient le résultat de divers modes d’irritation des follicules sébacées.
Pour nous, il est avéré que très souvent l'inflammation est primitive ; cet état morbide peut affecter seulement le canal excréteur, et l’on observe alors les formes désignées sous le nom d’acne simplex ou pustuleuse depuis la base jusqu’au sommet; ou il envahit la glande dans sa totalité et c'est Y acné indurata que l’on a sous les yeux. Simultanément existe quelquefois une véritable hypertrophie ; aussi M. Hardy a-t-il eu tort de placer l’acné varioliforme parmi les acnés ducs à une rétention de la matière excrétée. Dans cette acné existe dès le principe une véritable hypertrophie; mais bientôt l’organisation change et l’on observe une disposition lobulée.
Enfin, chez les personnes affectées d'acné, ou prédisposées à cette affection, la peau est huileuse et les follicules sébacés sont hypertrophiés.
Diagnostic. — Avec quelles affections pourrait être confondue l’acné? La forme boutonneuse se différencie facilement de la forme sécrétante : dans un cas, en effet, il existe des saillies acuminées et rouges, dans l’autre une
sécrétion plus ou moins abondante, et l’absence dé toute élévation. Cependant, quand la croûte est formée, 11 pourrait exister du doute dans l’esprit; mais les caractères des croûtes sont essentiellement différents dans l’un et l’autre cas ; les croûtes de l’acné sébacée concrète sont molles, ciriformes, se laissent mouler entre les doigts et sont lerésul- • lat de la concrétion d’un liquide sécrété, tandis que les croûtes de l’acné boutonneuse sont solides, dures, et dues à la concrétion d’un liquide purulent.
L’acné et la menlagre offrent des analogies capables de faire tomber dans l’erreur. Cependant il existe des caractères distinctifs entre ces deux affections : c’est ainsi que la inentagre siège sur les régions velues, tandis que l’acné s’observe le plus souvent sur le nez, les joues, les parties, en un mot, où les poils sont rudimentaires, de sorte que si l’acné affecte les glandes sébacées, il n’est pas possible de commettre une erreur; mais si cette affection a pour siège la glande pileuse, le diagnostic sera [dus difficile ; toutefois les pustules de l’acné miliaire sont petites, disposées en groupes, et siègent sur le front, les tempes, le nez et le menton, quelquefois même sur toute la surface du corps où elles se réunissent de manière à constituer des groupes de forme circulaire, elliptique, ovoïde, etc. Enfin, ces pustules ont une durée très courte.
Quant à la variété d’acné que nous avons spécialement désignée sous le nom A' acné piloris, elle occupe les régions temporales, le cuir chevelu présente une ombilication et a pour siège anatomique les glandes annexes, tandis que la menlagre pustuleuse consiste dans l’inflammation des follicules pileux et est caractérisée par l’exis-
dk l’acwé* 266
tence d’une pustule acuminée et non déprimée à son centre.
L’impétigo est caractérisé par des pustules agglomérées dont le liquide se concrète en croûtes épaisses, jaunâtres, offrant la couleur du miel et présentant une marche rapide.
L’ecthyma est caractérisé par l’existence de taches rouges et limitées, sur lesquelles apparaissent des pustules larges, aplaties, entourées d’un cercle inflammatoire, marquées souvent d’un point noir â leur sommet; ces pustules se rompent après quelques jours de durée, donnent issue au liquide qu’elles contiennent et qui, au contact de l’air, se concrète en une croûte brunâtre dont la chute laisse une cicatrice déprimée et violacée; enfin, les pustules d’ecthyrna parcourent toutes ces phases dans l’espace de huit jours environ, tandis que les pustules acnéiques persistent pendant des mois.
Si le lichen est simple, il est caractérisé par des papules sur lesquelles peuvent exister des lamelles épidermiques ; si, au contraire, on a sous les yeux un lichen agrius, on observera des papules excoriées à leur sommet et recouvertes de croùtelles jaunâtres, mais dans l’un et dans l’autre cas le diagnostic ne saurait ètro douteux.
La scrofulide maligne tuberculeuse, ou lupus tuberculeux est non moins facile à différencier de l’acné : tandis que, en eflèt, les tubercules du lupus sont transparents, rénitents, offrent la couleur du sucre d’orge,ou celle de l’ocre, les pustules de l’acné présentent une couleur d’un rouge foncé ou d’un rouge inflammatoire, ne sont pas transparentes, et enfin sont douloureuses â la pression.
J’ai dit dans mon Traité de la scrofule, page 233 : c Ne pourrail-on pas prendre les tubercules de l 'acné rosea pour les tubercules du lupus? Le médecin qui confondrait le lupus tuberculeux avec la couperose serait sans excuse, mais il ne s’exposerait pas au même reproche de légèreté dans l’examen du malade, s’il prenait pour de la couperose un groupe de tubercules inflammatoires appartenant à la scrofule cutanée proprement dite.
» En effet, dans la couperose aussi bien que dans la scrofulide maligne inflammatoire, l’élément éruptif est à peu près le même, si ce n’est que dans la couperose l’inflammation a pour siège exclusif la glande ; maison évitera l’erreur en se rappelant que Y acné rosea est souvent accompagnée d’acne punctata, qu’elle n’est pas circonscrite, n’a pas un siège spécial et n’entraîne pas à sa suite l’ulcération des tissus sur lesquels elle siège. *
Pronostic. — L’acné, envisagée uniquement au point de vue de sa terminaison, ne constitue pas une affection sérieuse. Néanmoins, par sa persistance, son opiniâtreté, son siège sur les parties découvertes, elle fait souvent le désespoir du malade et du médecin. C’est principalement chez les femmes, si désireuses de posséder une peau indemne de toute éruption que l’acné constitue une affection désagréable, et dont les malades cherchent à se débarrasser par quelque moyen que ce soit.
Traitement. — Quels sont donc les agents thérapeutiques dont nous pouvons disposer lorsque nous avons h traiter une personne affectée d’acné ? Des dissensions, et même un désaccord complet existent entre les médecins au sujet du traitement de l’acné; tandis,- en effet, que
DE L’ACNÉ.
ceux-ci ne mettent en usage que des moyens locaux, ceuxlà rejettent toute thérapeutique et se contentent de conseiller des soins hygiéniques et la régularisation des fonctions de l’estomac ou de la menstruation; d’autres enfin conseillent d’unir l’usage d’agents locaux à celui de modificateurs internes. C’est celte dernière conduite que nous vous engageons à suivre : nous nous appuyons pour la préconiser et pour repousser l’opinion de M. Hardy, partisan exclusif des moyens locaux, et celle de MM. Cazenave et Gibert, adeptes de l’emploi des moyens hygiéniques et des agents locaux dans le traitement de l’acné, nous nous appuyons, dis-je, sur les considérations suivantes : sans doute les moyens locaux, les pommades, les lotions substitutives produiront une amélioration sensible dans l’état des malades; sans doute l’observation des régies hygiéniques, la régularisation des fonctions menstruelles et digestives, en plaçant le malade dans de meilleures conditions, pourront exercer une influence favorable sur l’acné, mais jamais on n’obtiendra, à l’aide de ces moyens, une cure certaine, radicale, et seule la combinaison des modificateurs généraux aux modificateurs locaux pourra donner cet heureux résultat. M. Hardy a tort d’avancer qu’à l’aide de l’usage exclusif de pommades et de lotions substitutives il obtient des cures radicales de l’acné; chaque année ma pratique me permet d’observer des malades qui prouvent jusqu’à l’évidence l’opinion contraire , qui prouvent que si l’on guérit l'acné à l’aide d’agents locaux, du moins ne la guérit-on pas définitivement, puisque cette affection n’a jamais tardé à réapparaître chez tous ceux qui en avaient fait exclusivement usage.
Baiki. *7
Ainsi, il nous paraît indispensable de combiner l’usage des modificateurs généraux de l’économie à celui des modificateurs locaux; mais quels sont ceux que l’on doit préférablement employer? C’est par leur énumération que nous allons terminer la première partie de celle leçon.
1" Moyens locaux. — De tout temps, le traitement de l’acné a fait partie du domaine de l’empirisme et de celui du charlatanisme; de temps immémorial nombre do remèdes secrets, et principalement de remèdes locaux ont été préconisés contre l’acné. Nous devons, d’ailleurs, à la vérité, de déclarer que les empiriques ont quelquefois obtenu des succès réels, mais momentanés, à l’aide de pommades variées. Au reste, à chaque instant naissent de nouvelles compositions pharmaceutiques qui détrônent celles qui les ont précédées et jouissent de la faveur du public jusqu’à ce qu’une nouvelle la leur enlève. De nos jours, c’est la pommade à Piodo-chlorure mercureux qui est généralement usitée et dont les bons effets sont hautement proclamés 1 Si l’on en croyait sou auteur, M. Hochard, elle guérirait avec une rapidité merveilleuse toutes les variétés d’acné, voire d’autres affections cutanées. Malheureusement M. Hochard oublie d’ajouter qu’il a expérimente sa pommade sur des malades du service de M. Hardy et du nôtre, et que les couperoses traitées par sa méthode n’ont pas guéri plus vite que celles que nous soumettions à l’action d’autres modificateurs, qu’en un mot, les résultats de l’expérimentation n’ont pas été plus favorables à l’iodochlorurc mercureux qu’aux autres agents substitutifs.
Selon nous, la pommade de M. Hochard n’a pas une action plus efficace que les pommades au biiodure et au
de l’acné. 259
protoiodure de mercure. C’est à cette dernière que notre collègue M. Hardy donne la préférence; il ordonne la pommade suivante :
A son go 30 grammes.
Protoiodure de mercure 10 à 50 contigr. et même 1 gram.
v Sous l’influence de cette préparation avec laquelle on pratique une onction tous les soirs, la peau rougit, l’épi- . derme se fendille et il arrive au bout d’un certain temps que les tissus n’éprouvent plus aucune modification. Il s’est alors établi une espèce de tolérance de l'enveloppe cutanée, et si la guérison n’est pas définitive, il faut augmenter la dose du sel mercuriel. Dans certaines acnés rebelles on est obligé d’augmenter plusieurs fois la dose de sel mercuriel et on peut même employer une pommade composée de parties égales d’axonge et de biiodure.» (Hardy) Nous croyons préférable de commencer le traitement en faisant usage d’une pommade dans la composition de laquelle entre une quantité assez grande de biiodure ; aussi prescrivons-nous l’application d’une légère coucbe de la pommade suivante :
Axongc 30 grammes.
Biioi litre de mercure 20
Sous l’influence du contact du biiodure apparaît une éruption artificielle, caractérisée par l’exhalation d’un liquide qui se concrète en croules molles et jaunâtres. Celte éruption disparait spontanément en quelques jours, et permet de soumettre de nouveau le malade à l’action de la pommade dont on doit continuer l’usage jusqu’à disparition complète de l'affection.
L’huile de cade, l’huile de noix d’acajou, sont aussi
d’excellents modificateurs, dont on ne devra pas négliger
l’emploi.
11 en est de même des bains alcalins, des bains de vapeur, des douches d’eau sulfureuse, des eaux de Loueschc, de Bagnères-de-Bigorre, de Barêges, de la pommade au sulfate de fer, des lotions astringentes, de la lotion au sublimé, par exemple :
Eau 100 grammes.
Sublimé... • 1
Traitement interne. — Ainsi que je vous l’ai dit plus haut, je ne me borne pas à faire ce traitement local, mais je mets aussi en usage des modificateurs généraux appropriés à la nature de l'affection.
Toutefois, si l’acné est due à une cause physique, telle que la malpropreté, l’usage des cosmétiques, etc., il faut seulement soustraire le malade ù l’action de ces causes et conseiller des soins hygiéniques.
L’acné reconnaît-elle pour cause l’existence de parasites animaux ou végétaux? M. Simon a découvert dans la matière sébacée un acare décrit aujourd’hui par tous les naturalistes sous le nom de demodex : mais doit-on admettre que cet acare est la cause de l’acné ? Si nous en croyons notre expérience, avons-nous dit, dans notre Traité des arthritides , le démodex ne s’observerait que dans les follicules sébacés à l’état sain ; c’est en vain, en effet, que nous avons recherché l’acare folliculaire dans un cas pathologique qui se prêtait merveilleusement à nos investigations. Le parasite ne se développerait-il que dans les glandes sébacées à l’état normal? Dans ce cas, il ne jouerait pas un rôle considérable dans la production des affec-
DE L’ACNÉ.
lions pathologiques de la peau. Toutefois, je ne me prononce pas, et des recherches nouvelles sontné cessaires pour résoudre cette intéressante question.
Du moins existe-t-il une variété d’acné due à un parasite végétal? M. Hardy a écrit qu’il avait observé un végétal dans la matière sébacée de l’acné, mais qu’il n’avait pu le ranger dans aucune des classes admises de nos jours; nous pensons qu’il a aujourd’hui complètement abandonné cette opinion, émise d’ailleurs principalement dans le but d’expliquer la contagion de l’acné varioliforme.
Il n’existe donc pas d’acné parasitaire, mais seulement une acné artificielle.
L’acné de cause interne est symptomatique de trois maladies constitutionnelles :
La scrofule,
L’arlhritis,
La syphilis.
Les tisanes amères, le sirop de fer, le sirop antiscorbutique, les eaux minérales ferrugineuses, sont les préparations auxquelles on aura recours dans le traitement général de l’acné scrofuleuse.
Au contraire, les préparations alcalines données à l’intérieur devront occuper la première place dans le traitement général de l’acné arthritique : on conseillera donc l’usage du sirop alcalin, du bicarbonate de potasse, de l’eau de Vichy, etc.
Enfin, l’acné syphilitique constituant une affection résolutive, c’est aux préparations mercurielles qu’il faudra avoir recours, si l’on veut en obtenir la prompte disparition.
Mais à quelle préparation donnerez-vous la préférence ?
à quelle dose la prescrirez-vous ? C’est le protoiodure de mercure que nous administrons ordinairement aux individus affectés de syphilide résolutive; mais nous avons reconnu qu’il était quelquefois utile, pour obtenir une guérison plus rapide, de varier les préparations. J’ai vu des syphilidcs d’abord modifiées heureusement par le protoiodure, devenir tout à coup stationnaires, quoique le traitement fût continué exactement, et ne présenter une nouvelle tendance à la résolution que lorsqu’on substituait au protoiodure un autre composé mercuriel, tel que la liqueur de Van Swieten ou les pilules de Dupuvtren.
Nous avons l’habitude de commencer le traitement en prescrivant une pilule de protoiodure contenant 0*',025 de sel mercuriel, et d’en ordonner deux après un certain laps de temps. Mais jamais nous ne dépassons la dose de 0,05 de protoiodure, certain que si nous n’obtenons pas d’effet avec cette quantité, nous n’en obtiendrons pas davantage avec des doses plus élevées.
M. Devergie conseille aussi un traitement interne ; mais c’est à une médication exclusivement antiscrofuleuse qu’il a recours, « parce que, dit-il, la peau atteinte d’acné miliaire, d’acné indurée et d’acne punctata, reflète par son organisation un tempérament plus ou moins lymphatique, qui doit diriger le médecin dans la voie de la thérapeutique. »
11 est évident que notre collègue n’a vu qu’une minime partie de la vérité, ne s’est pas aperçu que l’acné pouvait s’observer chez des malades doués d’un tempérament lymphatique, et chez des sujets arthritiques 1
CLASSEMENT DE L’ACNÉ.
2flâ
CLASSEMENT DE L’ACNÉ.
1° École de Willnn. — Willan et Bateman placèrent l’acné dans l’ordre des tubercules entre le vitiligo (nom sous lequel les auteurs anglais désignaient le lupus et la pelade), et le sycosis.
Bictt démontra que l’acné constituait une affection pustuleuse, et non une affection tuberculeuse, et la plaça dans l'ordre des pustules entre l’impétigo et la mentagre. M. Cazenave, son élève, a suivi son exemple et a adopté le même mode de classement.
M. Gibert a confondu l’acné, la couperose et Ja mentagre sous la dénomination générique d 'acné, et l’a placée dans l’ordre des pustules entre l’ecthyma et l’impétigo. 11 est évident que ce dermatologiste a commis une erreur rcgrettable'en agissant ainsi. Les trois affections qu’il confond sous la dénomination générique d’acné n’ont pas le même siège et ne constituent pas toutes des affections pustuleuses : la mentagre siège uniquement dans les follicules pileux, et l’acné dans les glandes annexes ou sébacées; la couperose enfin est caractérisée par la dilatation des capillaires de la peau et non par l’existence de pustules.
M. Rayer a placé l’acné dans l’ordre des inflammations pustuleuses entre la vaccincllc et la couperose, expression qui, dans l’esprit de M. Rayer, correspond à notre acné rosea.
Enfin, M. Devergie range l’acné dans lequalrièmc groupe de sa classification : « Nous avons réuni, dit-il, dans ce groupe des affections pustuleuses qui, pour la majeure partie, envisagées au point de vue de la cause et du traitement, ont entre elles les points de contact les plus directs.
L’impétigo, l’eclhyma, l’acné sont des affections de l’enfance et de la jeunesse; toutes trois sont liées à des conditions de constitution et de tempérament plus ou moins lymphatique, exigeant à peu près le même traitement. Le sycosis fait, il est vrai, exception sous ce rapport, mais il m’était difficile de séparer cette affection pustuleuse des autres. »
Or, est-il vrai que l’impétigo, l’eclhyma, l’acné, reconnaissent la même cause, exigent le même traitement? L’impétigo constitue une affection qui, le plus ordinairement, est symptomatique de la scrofule ; l’eclhyma est souvent une affection artificielle , et l’acné est une affection pathogénétique, scrofuleuse, syphilitique et arthritique. Existet-il identité de cause et de nature?
Est-il vrai que le diagnostic précis d’une affection pustuleuse conduit à une thérapeutique précise? Mais que savons-nous quand nous avons diagnostiqué acné, ecthyma, impétigo, sycosis, sinon que nous avons sous les yeux une affection pustuleuse?
De même, savoir que l’acné est une affection inflammatoire pustuleuse, n’est pas posséder des indices capables de vous diriger vers une thérapeutique rationnelle et utile, puisque des maladies multiples donnent naissance à des affections inflammatoires et pustuleuses.
La classification des willanisles, envisagée relativement à l’acné, ne saurait donc recevoir notre approbation ; voyons maintenant si celle des aliberlisles est plus rationnelle.
2° Ecole d'Alibert. — Le genre varus des dermatoses dartreuses d’Alibert comprend l’acné, la couperose et la
CLASSEMENT DE L’ACNÉ. 265
menlagre : ainsi, pour ce dermatologiste, l’acné constiluait une affection dartreuse. Je vous ai annoncé au sujet du traitement de cette affection générique, que l’acné n’était jamais à nos yeux une manifestation dartreuse, mais seulement une affection symptomatique de la scrofule, de l’arthritis et de la syphilis.
En niant toute relation de cause à effet entre la dartre et l’acné, je suis d’accord avec M. Hardy, mais je me sépare de mon collègue en reconnaissant que l’acné peut être la manifestation de trois maladies constitutionnelles, puisqu’il considère cette affection comme essentiellement accidentelle et indépendante de tout état général, puisqu’il la range dans sa classe des affections inflammatoires locales I En vous décrivant l’érythème je vous ai indiqué quelles étaient les objections que l’on pouvait diriger contre cette classe d’alfections accidentelles; il est donc inutile d’y revenir.
M.Gintrac (de Bordeaux) a placé l’acné dans la classe des maladies cutanées chroniques consistant en une altération locale, entre l’atricose ou alopécie et la mélasléarrhée, attribuant toutes les variétés d’acné â une inflammation chronique des follicules sébacés , à l’hypertrophie des follicules sébacés et de leurs conduits et enfin aux altérations de la sécrétion sébacée, mais ne les rattachant pas à une maladie constitutionnelle. Qu’il nous soit permis de trouver d’autant plus étranges, les dénominations de mélastéarrhée, d’atricose, etc., dont se sert M. Ginlrac, que quelques pages avant de les employer ce médecin s’élève contre la facilité avec laquelle Alibert a créé des mots nouveaux, ceux d’olophlyctide (herpès), de pyrophlyctide (pustule maligne), de spiloplaxie (lèpre), etc.
Ainsi les alibertistcs onl cherché à classerl’acné, non en prenant pour base l’élément anatomique, mais en s’appuyant sur la nature de l’affection; malheureusement tous ont erré et aucun d’eux n’a attribué h l’acné les véritables origines qu’il reconnaît.
Quant à nous, messieurs, nous avons considéré l’acné, d’une part, comme une affection générique et nous l’avons placée dans la classe des boutons et dans celle des exfoliations (acné humide); d’autre part, comme une affection symptomatique, et nous l’avons placée parmi les affections de cause externe et parmi les affections de cause interne.