‹ Leçons théoriques et cliniques sur les affections génériques de la peau professés par le Docteur Bazin, médecin de l'ĥopital de SaintLouisChapitre 22 sur 27 · ÉNUMÉRATION ET DESCRIPTION DES ESPÈCES ET VARIÉTÉS · texte numérisé non relu

ÉNUMÉRATION ET DESCRIPTION DES ESPÈCES ET VARIÉTÉS

d’acné.

1° Ecole de Willan. — Bateman a admis quatre variétés d’acné qu’il a désignées sous les noms d 'acné simplex, d’acne punctatu , A' acné indurata , et A' acné rosacea.

Il n’accepte pas la division de l’acné admise par Darwin et d’après laquelle existeraient deux espèces d’acné : l’acné stomacal et l'acné héréditaire, parce que, dit-il, les substances ingérées ne déterminent l’apparition de l’acné que chez les personnes prédisposées. Vous apprendrez bientôt que nous admettons l’existence d’une acné pathogénétique.

Les descriptions que donne l’auteur anglais des quatre variétés d’acné (acné simplex, punctata, indurata et rosacea) ne présentant aucune particularité, nous les passerons sous silence.

Biett a décrit les quatre variétés d’acné admises par

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Bateman, mais a reconnu en oulre l’existence d’une cinquième variété, de l’acne sebacea.

M. Cazenave ne diffère de son maître Bien que parce qu’il ne considère pas l’acne punctata comme une variété spéciale mais « comme une complication qui peut exister avec les acné simplex et induratn, et qui consiste dans une accumulation morbi le de matière sébacée dans les follicules qui sécrètent cette substance. L’ouverture de ces follicules offre un point noirâtre, et celte circonstance donne à la maladie une physionomie particulière. »

« Anciennement, dit M. Rayer, Aetius et, dans ces derniers temps, Sauvage, ont désigné sous le nom d 'acné les tubercules rouges de la couperose. Plus récemment Willan et Baleman ont compris, sous celte dénomination, la couperose et la dartre pustuleuse disséminée d’Aliberl. La dénomination de couperose étant généralement usitée en France pour rappeler une inflammation chronique et pustuleuse des follicules de la peau de la face, j’ai cru devoir employer le mot acné dans une acception plus restreinte que les pathologistes anglais; je m’en suis servi pour désigner l’affection déjà indiquée par Âlibert sous le nom de dartre pustuleuse disséminée, et dont la description sous le nom A’acne punctata avait été fondue par Willan et Bateman avec celle de la couperose. Toutefois, en décrivant isolément ces deux affections, je m’empresse de reconnaître que l’acné se présente sous la même forme et affecte les mêmes éléments que la rouperose. Je n’ai séparé ces deux variétés que parce que la dénomination de couperose s’applique en France à une maladie de la face fort rebelle, tandis que l’acné est souvent une éruption

de l’adolescence beaucoup moins grave et exclusivement bornée à la peau du tronc.

» En résumé, je décrirai, ajoute M. Rayer, sous le nom A’ acné, une inflammation chronique des follicules sébacées, comune chez les adolescents et les adultes, caractérisée par des pustules isolées, acuminées, le plus ordinairement développées sur les régions scapulaire et sternale, dont la peau est grasse et huileuse, plus rarement sur la face; suivie après leur dessiccation de taches violacées, d’indurations tuberculeuses violacées ou d’un blanc laiteux, presque toujours entremêlées de tannes et d’élevures folliculeuses. »

Mais M. Rayer ne consacre pas un chapitre spécial à chacune des variétés admises par Bateman, et se contente de décrire les diverses formes sous lesquelles peut se présenter l’acné dans le chapitre consacré à la symptomatologie de cette affection.

M. Gibert, avons-nous dit, comprend sous le nom générique d’acné, l’acné proprement dite, la mentagre et la couperose.

Ce dcrmalologiste a admis les trois variétés d’acné décrites par Bateman sous les noms A' acné simplex, puncta ta et indurata, ne leur accordant d’ailleurs qu’une minime importance et les considérant comme différant seulement l’une de l’autre par la forme des pustules (or, Y acné punctata est-elle une affection pustuleuse?) D’aulre part, l’acMc rosacea, quatrième variété de l’auteur anglais, se trouvant décrite dans un chapitre spécial, sous le nom de couperose, on voit que M. Gibert ne diffère en aucune façon de Bateman.

DES ESPÈCES D’ACNÉ.

Nous pouvons résumer les opinions des divers auteurs willanistes sur les variétés d’acnés, en disant que tous sont d’accord quant à l’existence des acné simplex, punctata et indurata, que les uns ont, en outre, admis une quatrième variété, Y acné rosacea, tandis que d’autres (Rayer) ont décrit à part cette variété sous le nom de couperose ; qu’enfin Ltiett, MM. Cazenave, Gibert et Rayer décrivent l’acné sébacée, dont Bateinan ne fait pas mention ; que d’une manière générale, il existe donc pour les willanistes cinq variétés d’acné : l’acne simplex, l’acne punctata, l’acne indurata, l’acnc rosacea, l’acne sebacea; mais qu’il n’existe pas d’espèces d’acné, que ces dermatologisles ne reconnaissent pas d’acné scrofuleuse, d’acné arthritique, d’acné pathogénétique, etc.

T Ecole d'Alibert. — Le genre varus des dermatoses dartreuses d’Alibert correspond à l’acné des willanistes; il comprend cinq espèces : le varus comedo, le varus miliaire, le varus orgeolet, le varus disseminata et le varus gutta rosea.

Le varus comedo est caractérisé par le suintement de la matière sébacée et la concrétion de l’humeur onctueuse qui se noircit par l'action de l’air atmosphérique ; il répond à l’acné sébacée et à l’acne punctata.

Le varus miliaire est caractérisé, d’après Aliberl, par de petits grains blanchâtres et luisants comme des perles, absolument semblables à des grains de millet, aboutissant rarement à la suppuration, mais s'effaçant par la force de résorption qu’exerce la peau. Cette espèce attaquerait principalement les tilles chlorotiques.

Le varus orgeolet est ainsi appelé à cause de sa forme

oblongue qui l’a fait comparer à un grain d'orge; il siège sur le bord libre de l’une ou de l’autre paupière, se forme sans irritation apparente et est dù à une matière sébacée qui séjourne plus ou moins longtemps dans son réservoir. Alibert a soin de faire remarquer qu’on pourrait le confondre avec le furoncle dont il diffère en ce qu'il n'offre pas do bourbillon central et est accompagné d’autres vari.

Le varus disséminants est une variété de siège caractérisée seulement par la dissémination des pustules à la surface du corps.

C’est une variété qui n’a pas évidemment sa raison d’être.

Enfin le varus gutta rosea correspond à notre acné rosea.

Telle sont les espèces du genre varus qu’Alibert a admises; mais sans parler de l’inutilité de se servir de l’expression inusitée de varus, ne peut-on pas reprocher à ce dermatologisle d’avoir regardé toutes ces espèces comme autant de manifestations darlreuses, alors qu’en plusieurs passages il écrit qu’on les rencontre chez des chlorotiques, chez des personnes pâles, décolorées, dont la fibre est relâchée, etc. (acné scrofuleuse), chez des buveurs de profession (acné pathogénétique), et enfin chez les individus affectés d’héraorrhoïdes, etc. (acné arthritique)?

MM. Ginlrac, Hardy et Devergie ont admis ma définition de l’acné et ont établi des divisions basées sur l’anatomie pathologique. Mais je ne tiens à ma définition que lorsque je suis sur le terrain de l’anatomie pathologique, et dés que je me place sur celui de la symptomatologie, j’en fais immédiatement l’abandon ; c’est là ce que n’ont pas compris les dermatologistes précédents, aussi ont-ils été conduits à donner une classification irrationnelle de l’acné.

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M. Gintracest peut-être de tous les dermatologistes contemporains celui qui a le mieux entrevu la vérité, malheureusement cet auteur n’a pas assez écarté le rideau qui la cachait à ses yeux, n’en a dès lors aperçu qu’une partie, et n’a pu élever qu’un édifice incomplet.

M. Gintrac a admis la classification suivante de l’acné :

Les maladies des follicules sébacés offrent trois groupes dont le premier comprend les affections dues à l’inflammation chronique des follicules sébacés ;

Le deuxième, les affections dues à l'hypertrophie des follicules sébacés ;

Le troisième, les affections dues à l’altération de la sécrétion sébacée.

Le premier groupe offre les trois variétés suivantes :

1° L’acne rosacea;

2° L’acnc miliaris ;

3" L’acne indurata.

Le deuxième groupe offre aussi trois variétés qui sont : 1" L’acne ombilicata, ou varioliforme, ou inolluscum conlagiosum de Bateman;

2° Le molluscum pendulum;

3" Les tumeurs sébacées sous-dermiques.

Enfin le troisième groupe comprend :

1° L’acne sebacea, ou stéarrhéc;

2” La mélastéarrbée (coloration noire imprégnant les paupières et les parties voisines de la face); 3" L’ichthyose sébacée, fausse ichthyose ;

4’ Les cornes humaines.

Si l’on ne considère l’acné qu’au point de vue anatomopathologique , cette division est excellente; mais si l’on

envisage celte affection au point de vue de la nature, de la cause qu’elle reconnaît, elle n’a plus sa raison d’être. 11 aurait donc fallu que le médecin de Bordeaux plaçât à côté de cette division anatomo-pathologique, une division basée sur l’origine de l’affection.

M.Devergie admet deux variétés d’acné, l’une est caractérisée par l’absence d’hypertrophie des follicules et l’autre par l’existence de cette hypertrophie.

La première comprend :

L’acne simplex ou rosacea,

L’acne indurata,

L’acne miliaris,

L’acne puncta ta,

L’acne sebacea;

La seconde comprend :

L’acne sebacea hypertrophique et l’acné tuberculoïde.

Cette division est non moins anatomo-pathologique que celle de M. Gintrac, et est en conséquence passible des mêmes reproches.

Nous n’avons aucune particularité à indiquer au sujet des acné simplex, indurata, miliaire, punctata el sebacea; mais il n’en est pas de même des acné sebacea hypertrophique et tuberculoïde.

Nous serions heureux de savoir sur quels caractères s’appuie M. Devergie pour différencier l’acne sebacea sans hypertrophie de l’acne sebacea avec hypertrophie. Dans l’observation qu’il cite, page 381 de son ouvrage, ce ne fut que trois mois et demi après l’entrée du malade que la matière sébacée fut enlevée el que M. Devergie put voir le signe caractéristique de l’affection « une série de petites

DES ESPÈCES D’ACNÉ.

éminences coniques d’un rose violet, qui sont des follicules sébacés développés outre mesure ! » Mais pendant le laps de temps durant lequel le caractère pathognomonique fit défaut, quel diagnostic porta M. Devergie? C’est ce qu’il a oublié de dire.

Enfin, M. Devergie désigne notre acné varioliforme sous le nom d'acné tuberculoïde, et il s’appuie pour repousser notre dénomination sur ce fait « que dans cette maladie existent des tumeurs folliculeuses qui atteignent le volume des plus grosses noix, que l’ombilication ne se produit qu’après la rupture des tumeurs et l’issue au dehors de la matière sébacée qu’elles contiennent, que l’expression dont nous nous servons n’a donc sa raison d’être qu’à une période de l’affection. »

On croirait, en vérité, en lisant ces lignes, que M. Devergie n’a jamais observé d’acné varioliforme ! Dernièrement se trouvait dans notre service un jeune homme dont j’ai rapporté l’observation dans mon Traité de la scrofule, et qui portait un bouton d’acné varioliforme à la paupière supérieure ; plusieurs d’entre vous l’ont observé et doivent se rappeler que le volume de ce bouton égalait celui d’un grain de millet. J’ai eu depuis dix ans l'occasion d’observer un assez grand nombre d’exemples de cette affection, et j’ai pu me convaincre que ce n’était qu’exceptionnellemenl que les boutons d’acné varioliforme atteignaient le volume d’un gros pois, que jamais ces boutons n'acquéraient le développement que leur prête M. Devergie. Enfin l’ombilication n’a pas lieu lorsque la matière sébacée est évacuée, c’est-à-dire à une période avancée de l’affection, mais au contraire dès le début, et l’analogie qu’offre l’acné

Bazin. 18

varioliforme avec la pustule de variole ombiliquée est tellement frappante qu’au premier aspect des médecins distingués ont confondu cette affection avec la variole !

M. Hardy admet que certaines variétés d’acné sont dues à la rétention de la matière sébacée et à son évacuation, d’autres à l’inflammation des follicules.

Les premières sont :

L’acne punclata,

L’acné varioliforme,

^ fluente,

L’acné sébacée. . . concrète, cornée ;

Les secondes sont :

L’acne simplex,

L’acne indurata,

L’acne rosacea.

L’acné hypertrophique.

Nous ne reviendrons pas sur les défauts de cette division essentiellement anatomo-pathologique. Nous nous contenterons de vous faire remarquer que notre collègue a commis l’erreur de considérer l’acné varioliforme comme une affection contagieuse, et toutes les variétés d’acné en général comme des affections essentiellement accidentelles, et ne pouvant être rattachées à aucune maladie constitutionnelle; que son acné hypertrophique serait caractérisée par l’existence de tumeurs rougeâtres, sessiles ou pédiculées, surmontant une peau épaissie et rugueuse, et accompagnées d’acné sébacée fluente !

Il nous reste, pour terminer cette leçon, à vous indiquer quelles sont les espèces et variétés que nous admettons

DBS ESPÈCES d'acné. 275

el à vous en tracer la description succincte. Nous avons déjà donné une division basée sur l’anatomie pathologique, celle qui suit repose, au contraire, sur la nature de l’affection et constitue une division de l’affection générique.

Nous admettons une acné de cause externe et une acné de cause interne.

L’acné de cause externe est.

j artificielle,

I parasitaire?

: scrofuleuse,

L’acné de cause interne est. . . . arthritique,

/ syphilitique.

Mais nous admettons, avons-nous dit, sept formes d’acné dont :

Quatre ont pour siège la glande sébacée ; ce sont : L’acne simplex,

L’acne indurata,

L’acne rosacea,

L’acné va ri oli forme;

Deux ont pour siège la glande pileuse ; ce sont :

L’acné pileuse ombiliquée,

L’acné pustuleuse miliaire ;

Enfin, une variété siège simultanément dans la glande pileuse et dans la glande sébacée :

C’est l’acné hypertrophique.

Quelles sont celles de ces formes qui appartiennent à là scrofule, à l’arthritis ou à la syphilis?

■ Les variétés d’acné dites pileuse ombiliquée el varloliforme sont exclusivement symptomatiques , la première de l'arthrite: et la seconde de la scrofule.

(.es variétés désignées sous les noms d ’nene indurala el

d 'acné rosacea constituent des manifestations de la scrofule et de l’arthritis.

Enfin l’acné pustuleuse miliaire est une affection symptomatique del’arthritis,dela scrofule et de la syphilis.

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