DESCRIPTION DES ESPÈCES ET DES VARIÉTÉS D’ACNÉ ADMISES PAR M. BAZIN
PREMIÈRE CLASSE. — Acnés de cause externe.
i°Acné artificielle. — Cette variété, produite en général par la malpropreté ou par l’abus des cosmétiques, est caractérisée par des pustules miliaires de courte durée, et qui disparaissent dès que vient à cesser la cause qui en a provoqué l’apparition.
2° Acné pathogénétique. — Cette variété reconnaît pour cause l’ingestion de l’iode ou des boissons alcooliques. L’ingestion de l’iode détermine des éruptions érythémateuses, papuleuses, pustuleuses; de ces dernières seules nous avons à nous occuper. L’acné iodiquc se développe surtout chez les individus scrofuleux, c’est-à-dire chez les individus auxquelles s’adresse de préférence la médication iodée et chez lesquels cet agent trouve un terrain admirablement préparé pour la production de l’acné.
L’éruption, habituellement discrète, est disséminée sur la face, les épaules, la poitrine, les fesses et les membres; elle est caractérisée par des boutons coniques, acuminés, rouges à leur base, entourés d’une vive auréole, marchant rapidement vers la supuration, qui tantôt'se limite à leur sommet, tantôt les envahit dans leur totalité, offrant en
DES ESPÈCES D’ACNÉ.
un mot une durée beaucoup moins longue que les pustules de l’acné constitutionnelle.
Quelquefois la pustule se transforme en une induration papulo-iuberculeuse d’un rouge intense, sensible à la pression et profondément implantée dans le tissu de la peau.
Il suffit, pour obtenir la guérison, de suspendre la médication iodique.
L’ingestion des boissons alcooliques détermine l’apparition de la couperose. Cette affection pathogénétique siège en général à la face, et particulièrement au nez, aux joues et au front; elle occupe à peu prés symétriquement les deux côtés du visage. Au début, elle est caractérisée par des taches rouges constituées évidemment par une injection vive des capillaires sanguins ; ces taches se dessinent principalement aux époques où le malade se trouve sous l’influence de l’excitation produite par l’ingestion des liqueurs alcooliques : leur intensité et leur étendue augmentent alors pour revenir progressivement à leur état ordinaire à mesure que l’excitation tombe ; mais chaque crise semble laisser une empreinte de plus en plus profonde et durable.
Telle est la couperose à son premier degré et dans son état de simplicité. Si le malade persiste dans ses habitudes vicieuses, on voit apparaître des pustules rouges, acuminées, purulentes au sommet, d’une durée éphémère, mais remplacées bientôt par de nouvelles pustules, ou même des tubercules, des engorgements partiels des joues.
Toutefois ces derniers phénomènes sont aussi rares dans la couperose alcoolique qu’ils sont fréquents dans les formes constitutionnelles ; aussi devra-t-on, lorsque l’on en
constatera l’existence, rechercher si, en outre de !a cause connue, il n’existe pas une cause supérieure, une maladie constitutionnelle à laquelle il faille rapporter leur développement.
Le traitement est entre les mains du malade bien plus qu’entre celles du médecin ; c’est assez vous dire que la couperose pathogénétique ne guérit presque jamais, tant il est difficile de faire renoncer un ivrogne à ses habitudes.
8° Acné parasitaire. — L’acarc des follicules peut-il être la cause de l’acné ponctuée ou même de l’acné varioliforme? Cette affection serait-elle contagieuse? Nous vous avons dit que de nouvelles recherches et de nouveaux faits étaient nécessaires pour la solution de ces deux questions.
DEUXIÈME CLASSE. — A cnn constitutionnelles.
Acné scrofuleuse. — Les formes de l’acné qui constituent des manifestations de la scrofule sont : l’acne punctata, l’acne sebacea, l’acné varioliforrne, l’acne milia ris, l’acno indurata et l’acne rosea. Nous ne devons pas nous occuper dans cette leçon des acné punctata et sebacea, il ne nous reste donc à décrire que les quatre dernières formes :
1* Acné varioliforrne. — L’acné varioliforrne est une hypertrophie crypteuse sur laquelle j’ai attiré d’une manière spéciale l’attention des dermatologisles dans un mémoire publié en 1851.
L’aené varioliforrne a ordinairement pour siège la face, le col, le devant de la poitrine; mais on peut l’observer sur toutes les régions du corps ; j’en ai vu un cas fort in-
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Pressant sur les membres inférieurs, plusieurs sur les parties sexuelles.
Ses caractères sont nettement accusés et parmi les affections de la peau il n’en est pas de plus facile k reconnaître quand on l’a vue une fois. Ce sont de petites éminences papulo-tuberculeuses, variables en grosseur, depuisun grain de mil jusqu’au volume d’un gros pois ou d’une petite cerise, dures, non douloureuses au toucher, à moins qu’elles ne soient compliquées d’inflammation, ombiliquées, discrètes ou cohérentes, rares ou en grand nombre, d’une durée en général assez longue, d’une couleur se rapprochant du blanc de cire, comme demi-transparente sur les bords de l'ombilic.
On a émis des doutes sur les rapports de l’acné varioliforme avec la scrofule, mais je puis vous assurer que dans tous les cas soumis à mon observation, il a été facile d’établir la relation de cette affection avec les autres accidents de la scrofule.
2° Acné mUiaris. — L’acne miliaris est caractérisée par de6 pustules très petites, acuminées, entourées d’une auréole rouge ou rosée, et constituées par un mélange de matière sébacée, de lymphe plastique et de sérosité purulente. Ces pustules sont discrètes et séparées par des intervalles de peau saine ou cohérentes, réunies les unes à côté des autres de manière à former des groupes dont la forme souvent régulière représente des figures géométriques, celle d’un anneau, d’un demi ou d’un quart de cercle, etc. 11 est en général facile de reconnaître que ces groupes sont constitués par une réunion de pustules; quelquefois cependant on n’arrive qu’avec peine A diagnostiquer cet élé-
ment primitif, parce que les pustules s’étant rompues, il n’existe plus que des plaques saillantes, régulières ou irrégulières, rouges et recouvertes de squames blanches et peu épaisses, plaques offrant quelque analogie avec celles du lichen lividus. Tantôt l’acné miliaire scrofuleuse n’occupe que le front, tantôt, au contraire, elle .est disséminée à la surface de tout le corps. J’ai publié dans mon Traité de la scrofule (page 60*2, deuxième édition), une observation remarquable d’acné miliaire scrofuleuse généralisée; depuis cette époque j’ai eu l’occasion d'observer plusieurs faits semblables.
3“ L'acne indurata (varus disseminatus d’Alibert) est caractérisée par des pustules plus volumineuses que celles de l’acné miliaire, dures et rouges à leur base, purulentes à leur sommet, discrètes ou confluentes ; dans ce dernier cas, elles se réunissent pour former de petits groupes tuberculeux. Ces pustules sont le résultat d’un travail inflammatoire qui s’empare d’abord de la glande sébacée, se propage consécutivement au tissu cellulaire ambiant, et ne détermine que lentement la suppuration dont la première apparition a lieu au sommet de la papulo-pustule.
L’acne indurata se termine souvent par la destruction de la glande sébacée, qui s’élimine par suppuration ou par l’évacuation d’une petite masse de bourbillon, à la manière du furoncle, et laisse après elle, soit une tache cicatricielle, soit une cicatrice oblungue et plissée.
h" L 'acné rosea est une affection cutanée caractérisée par des éminences papulo-pustuleuses, dont la couleur varie depuis le rose pâle jusqu’au rouge lie de vin, dont le sommet, habituellement purulent et jaunâtre, tranche sur la
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couleur rouge de la base et des parties environnantes, qui sont discrètes ou tellement nombreuses qu’elles sont pressées les unes à côté des autres, et qui reposent sur une surface rouge, érythémateuse ou offrant un état manifestement phlébectasique des capillaires cutanés.
Telles sont les diverses formes de l’acné scrofuleuse; on les trouve non-seulement réunies chez un même malade, mais encore associées aux autres scrofulides bénignes, à l’eczéma ou à l’impétigo.
La scrofulide acnéique n’existe pas dans la première enfance, si on en excepte l’acné varioliforme, que nous avons rencontrée vers l’âge de cinq à dix ans. C’est le plus ordinairement vers l’époque de la puberté que l’acné apparaît, et cette affection se continue pendant un temps quelquefois fort long. Le plus souvent elle se montre par poussées successives. Elle disparait en général, comme les autres scrofulides bénignes, quand surviennent les périodes ultérieures de la scrofule.
Dans l’âge adulte, surtout chez les femmes qui arrivent à l’époque critique, la scrofule peut débuter par la couperose qui dure un temps fort long et ne disparait qu’à l’apparition des premiers signes de la scrofule viscérale.
L’acné scrofuleuse pourrait être confondue avec l’acné syphilitique ; mais l’acné scrofuleuse oecupe presque exclusivement la face, le dos, les épaules, le devant de la poitrine, tandis que l’acné syphilitique est indistinctement répandue sur le tronc et même sur les membres inférieurs. La première espèce n’affecte aucune disposition spéciale, tandis que dans la seconde les pustules sont discrètes ou réunies par petits groupes et entourées d’un cercle cuivré.
L’acne rosea peut être confondue avec la syphilide tuberculeuse circonscrite. Mais la première affection est symétriquement répandue sur la partie médiane de la face, tandis que la seconde est bornée au front, au nez, à la lèvre, offre une couleur cuivrée, ne détermine aucune démangeaison et présente des squames à la surface des tubercules.
I/acné scrofuleuse est une affection sans gravité qui disparaît et reparaît souvent comme le lichen, jusqu’à ce que l’âge ou une période plus avancée de la scrofule en ait mis pour toujours les malades à l’abri.
Mais les différentes variétés de l’acné ne sont pas toutes également légères : la forme rosea a une bien autre ténacité que les formes miliaris, jndurata et varioliforme et nonseulement la couperose peut se transformer in situ en scrofulide secondaire, mais par sa modalité pathogénique, elle résiste davantage au traitement topique et général dirigé contre elle.
Nous avons indiqué les régies à suivre pour le traitement de l’acné scrofuleuse; il est donc inutile d’y revenir.
Acné arthritique. — Quatre variétés de l’acné : l’acno pilaris, l'acné miliaris, l’acne indurata et l’acno rosea, peuvent constituer des manifestations de l’arlhritis.
1° L’acne pilaris est caractérisée par des saillies papuleuses à leur base, pustuleuses à leur sommet, traversées au centre par un poil et ombiliquées. Le pus contenu au sommet de la pustule se dessèche promptement et se convertit en une croûte jaunâtre qui repose sur une saillie arrondie, rouge cl indurée. Lorsque l’affection persiste pendant un certain temps, les poils tombent et l’on ne constate plus alors que des papules recouvertes de croûtes légèrement
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déprimées, qui s’affaissent et disparaissent lentement, mais laissent habituellement des cicatrices blanches et indélébiles.
Cette alTection occupe, ainsi que son nom l’indique, les parties velues du corps, mais préférablement le front, le cuir chevelu, les joues, etc.; elle se présente en général sous la forme de plaques multiples plus ou moins circulaires, et se juxtaposant pour représenter des figures variées. Souvent elles sont disposées en un demi-cercle qui part d’une tempe pour se rendre à l’autre, là les plaques vont se continuer avec celles qui occupent les favoris et la barbe de manière à encadrer la plus grande partie du visage.
Dans V acné piloris, la lésion consiste dans l’inflammation des glandes sébacées qui sont annexées aux follicules pileux; eette lésion nous explique parfaitement l’aspect de la papulo-pustule qui est formée par un tubercule rouge, sur lequel existe une pustule ombiliquée et traversée au centre par un poil. L’umbilicalion répond à l’ouverture du follicule pileux qui a conservé son volume normal, et la papulopustule est constituée par les glandes annexes hypertrophiées et enflammées. Si l’inflammation se propage au follicule pileux et b la papille pilifère, on observe la chute des poils.
L’acne pilaris s’accompagne de quelques picotements ou de démangeaisons peu marquées ; elle constitue une difformité plutôt qu’une maladie. Elle a une longue durée et présente de fréquentes récidives.
Diaynuslie. — La description précédente nous permet de reconnaître l’acne pilaris dans la majorité des cas ;
cependant elle peut à la rigueur être confondue avec le
lichen pilaris, la mentagre et la syphilide pustulo-crustacée
circonscrite.
Dans le lichen pilaris par hypertrophie papillaire, il existe une papule acuminée, formée par l’augmentation du follicule pileux, et bien différente de la papulo-pustule ombiliquée de l’acne pilaris.
Dans le lichen pilaris par altération fonctionnelle de la papille, on trouve une matière muqueuse qui se concrète dans le follicule pileux et se montre au dehors sous la forme de plaques jaunâtres ou brunâtres. Il ne faut pas confondre ces plaques rugueuses et inégales avec celles qui s’observent dans l’acne pilaris.
Dans la mentagre pustuleuse, c’est le follicule pileux qui est enflammé ; il en résulte une pustule acuminée et non déprimée au centre. Au contraire, la pustule d’acné présente une ombilication comme nous l’avons remarqué.
Beaucoup de médecins prennent l’acne pilaris pour la syphilide pustulo-crustacée circonscrite, affection qui débute par de petites pustules aenéiques et se développe souvent sur la face et le cuir chevelu. Cependant on reconnaîtra cette affection aux symptômes suivants qui manquent dans l’acne pilaris : les pustules n’ont qu'une durée éphémère, se transforment rapidement en croûtes brunâtres entourées d’une auréole cuivrée ; la chute de ces croûtes laisse des cicatrices qui présentent une teinte cuivrée plus prononcée qu’au début de l’éruption, qui sont lisses et non plissées et gaufrées comme celles de l’acne pilaris.
2" Nous avons déjà décrit les acné miliaris , indurata et
DES ESPÈCES D’ACNÉ.
rosacea, il ne nous reste donc plus qu’à indiquer les caractères qui nous permettront de reconnaître si ces variétés sont scrofuleuses ou arthritiques.
En général, l’acné miliaire scrofuleuse siège uniquement sur le visage et sur les épaules, et est associée à l’acne punctata et à l’acne indurata, caractères qui nous permettront de la séparer de l’acné miliaire arthritique. Quelquefois, cependant , l’acné miliaire scrofuleuse est généralisée ; c’est alors sur les antécédents et les phénomènes concomitants qu’il faut s’appuyer pour établir le diagnostic. 11 faut se rappeler d’ailleurs que l’acné scrofuleuse ne donne pas naissance aux picotements que ressentent les malades affectés d’acné arthritique ni aux cicatrices caractéristiques de l’acné syphilitique.
L’acne indurata scrofuleuse siège aussi fréquemment à la face que sur le dos et souvent sur ces deux régions. Elle s’accompagne le plus habituellement de gourmes, d’adénopathie et des autres variétés d’acné scrofuleuse : acné punclata, pustuleuse, sébacée, etc.
L’acne indurata arthritique se développe par plaques sur le dos, la partie interne des cuisses, et coïncide fréquemment avec différentes affections arthritiques.
L’acne rosea peut être une affection scrofuleuse, arthritique ou pathogénélique, c’est-à-dire survenue à la suite de l’abus des liqueurs alcooliques. Comment parviendronsnous à reconnaître la nature de ces différentes espèces d’acne rosea? Les caractères objectifs n’ayant rien de bien particulier pour chacune «Telles, ne pourront pas nous rendre de grands services dans le diagnostic qui a rapport à la nature de l’affection; nous devrons donc nous appuyer
sur les antécédents, les affections concomitantes, la constitution et l’état de santé du malade.
Acné syphilitique. — Il existe trois variétés de syphilides pustuleuses :
1° La syphilide pustuleuse lenticulaire ;
2° La syphilide pustuleuse miliaire;
3° La syphilide pustuleuse phlyzaoiée.
Les deux premières seules doivent être considérées comme des acnés syphilitiques, la troisième variété constitue l’eclhyma syphilitique.
La syphilide pustuleuse lenticulaire, ou l’acné syphilitique lenticulaire, est caractérisée par des boutons discrets et réunis en groupes, indurés à leur hase, purulents à leur sommet, ressemblant assez, en un mot, aux pustules de la varioloïde.
L’éruption débute le plus souvent par la face ou par le cou, et envahit successivement le dos et les membres. Toutefois nous devons dire que dans l’acné vulgaire cette marche est encore plus marquée. Le sommet de chaque pustule se recouvre d’une croûte qui tombe après un certain laps de temps, et alors il ne reste plus qu’un bouton induré qu’il est facile de prendre pour une papule. Ce bouton qui, dans la plupart des cas, est gros comme une lentille, peut présenter un volume plus considérable sans jamais atteindre celui d’une merise, comme cela se voit dans la syphilide papulo-luberculeuse exanthématique. 11 finit lui-même par disparaitre en laissant une petite cicatrice blanche, arrondie, légèrement déprimée, bien différente de la Cicatrice allongée et plissée qui appartient à l'acné vulgaire.
DES ESPÈCES D’ACNÉ.
11 est possible de confondre la syphilide pustuleuse lenticulaire avec l’acné vulgaire. Cependant les pustules de l’acné, plusvoluniineuses que cellesde la syphilide lenticulaire, présentent une couleur rouge sombre, suppurent lentement, siègent principalement sur la face et le dos, ne s’observent jamais sur les membres inférieurs et sont suivies de petites cicatrices plissées et allongées ; tandis que celles de la syphilide ont une teinte cuivrée, suppurent plus rapidement, peuvent se montrer sur les membres et produisent ces maculalurescicatricielles que nous avons décrites plus hauts
La syphilide pustuleuse miliaire, vaguement décrite par les willanistes sous le nom d'impétigo disséminé, débute par le tronc et la face, et même par les membres.
Elle est caractérisée par de petites pustules, disposées en groupes disséminés, dont l’éruption se fait par poussées succossives.
Ces petites pustules, ordinairement discrètes, sont à leur centre traversées par un poil et entourées d’une auréole d’un rouge vif, dont la teinte n’est point cuivrée, ainsi que l’a prétendu M. Cazenave. Leur sommet purulent se transforme bientôt en une croûte jaunâtre analogue à celle de l’impétigo scrofuleux.
11 résulte de cette description que les pustules de la syphilide pustuleuse miliaire ne sont pas caractéristiques; mais il n’en est pas de même des petites taches cicatricielles qui leur succèdent : elles sont, en eil'et, cuivrées, de forme arrondie, et présentent au centre une dépression par laquelle commence la décoloration. Au bout J’un certain lemps| le centre est d’un blanc mat, tandis que le pourtour est encore cuivré.
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De toutes les affections génériques de la peau, nulle autre que le lichen ne présente un principe générateur aussi difficile à reconnaître; nulle autre ne laisse un plus grand doute dans l’esprit quand, après avoir diagnostiqué le genre on ne recherche pas quelle espèce le malade présente.
Le lichen, eu effet, offre une origine multiple, reconnaît pour causes tous les principes générateurs des affections cutanées, c’est-à-dire la scrofule, la dartre, l’arthritis, la syphilis, les parasites et l’action des substances irritantes; aussi constitue-t-il l’une des affections génériques les plus intéressantes.
S’il est vrai que l’expression licheti, du mot grec Xu'xd», se retrouve dans tous les ouvrages de la littérature médicale grecque ou latine, du moins n’avait-elle pas une signification rigoureuse, et les médecins de l’antiquité s’en servaient-ils pour désigner notre impétigo ou les autres affections pustuleuses, la papule et la psore, c’est-à-dire les affections papuleuses et vésiculeuses. Il faut arriver à Willan cl Bateman pour voir le sens du mot lichen être précisé avec netteté. Ce sont, en effet, ces deux médecins qui, les premiers, considérèrent le lichen comme une affection papuleuse et le définirent « une éruption étendue
DU LICHEN
de boutons attaquant les adultes, liée à un dérangement intérieur et se terminant ordinairement par la teigne périodique non contagieuse > .
Sans doute cette définition laissait à désirer, mais du moins avait-elle le mérite de ranger exclusivement le lichen parmi les affections papuleuses. Par ces mots, d’ailleurs : « et se terminant par la teigne périodique » , Willan voulait dire par une desquamation légère.
La définition de Biett est plus précise, et celle que nous donnons s’en rapproche beaucoup.
Définition. — Le lichen constitue pour nous une affection cutanée, caractérisée à sa période d’état par l’existence de papules nombreuses, discrètes et disséminées sur toute la surface du corps, ou réunies les unes à côté des autres de façon à former des groupes limités à certaines régions, papules accompagnées à une époque de leur existence d’une hypertrophie des papilles et d’une exagération des plis de la peau.
1° Symptomatologie. — Le lichen peut offrir une marche aiguë ou une marche chronique. C’est surtout dans le premier cas que l’on observe des symptômes prodromiques offrant plus ou moins d’analogie avec ceux des fièvres éruptives, c’est-à-dire de la courbature, un malaise général, de l’inappétence, un enduit blanchâtre à la surface de la langue, un mouvement fébrile, etc.
Des symptômes précurseurs peuvent cependant précéder le lichen chronique, et alors ils consistent dans une démangeaison ou un prurit quelquefois atroce à la surface de tout le corps, ou seulement des parties qui doivent être le siège du lichen.
Bazin. 19
290 HllTIÈME LKÇON.
Que des prodromes aient existé ou non, on voit apparaître^ la surface des téguments, des boutons pleins, c’està-dire ne contenant pas de liquide à leur intérieur, acuminés, ne dépassant pas la grosseur d’un grain de millet, présentant la coloration normale de la peau ou, au contraire, une couleur rosée ou rouge, discrets et disséminés sur de larges surfaces, ou réunis et groupés les uns à côté des autres, de manière à constituer des plaques nettement limitées et séparées par des intervalles de peau saine.
Si l’affection offre une marche aiguë, l’éruption se fait simultanément sur tous les points du corps, et en moins d’un septénaire les papules perdent leur coloration rouge, s'affaissent et se terminent par une desquamation furfuracée; si, au contraire, le lichen revêt la forme chronique, l’éruption est lente et les papules, d’abord limitées à une seule région envahissent successivement les autres parties du corps, à moins que, par suite de leur nature, elles n’aient pas de tendance à occuper toute la surface des téguments.
Lorsque le lichen a acquis son entier développement, et lorsque le malade ne s’est pas soumis à un traitement rationnel, on ne constate plus seulement l’existence des papules que je vous ai décrites il y a un instant, mais encore celle de plusieurs phénomènes caractéristiques : ç’est-àdire. d’une sécheresse particulière de la peau, d’un épaississement marqué de celte membrane, d’une exagération remarquable des rides qu’elle présente à l’état normal, d’un état granuleux de sa surface qui la fait ressembler à une peau de chagrin, et enfin si l’affection occupe des parties mobiles, telles que le creux poplité, le pli du coude, la
DU LICHEN
paume des mains, de crevassesetde rhagadesqui intéressent profondément le derme.
Le lichen est accompagné d’nn prurit dont l’intensitc, en général augmentée par la chaleur du lit, l’usage des boissons alcooliques ou de tout autre excitant, varie surtout avec la nature de l’affection : nul, en effet, dans le lichen syphilitique, modéré dans le lichen aigu et dans le lichen scrofuleux, il est très prononcé, quelquefois même intolérable, dans le lichen herpétique.
Sous l’intluence des démangeaisons que le malade éprouve et des frictions répétées qu’il fait pour les calmer, apparaissent au sommet des papules irritées et excoriées * des vésicules ou de petites croûtes squameuses, adhérentes dans un seul point, libres dans le reste de leur étendue, en sorte que l’on a sous les veux un aspect qui simule assez bien celui des lichens qui recouvrent le tronc des vieux arbres ; ces croûtes laissent, en se détachant, des excoriations qui sont le siège, pendant un certain temps, d’un léger suintement séreux ; aussi confond -on assez souvent avec l’eczéma, le lichen parvenu à ce degré d’intensité.
Vous savez tous que c’est sous le nom de lichen agrius que l’on désigne la variété de lichen dont les papules sont excoriées et recouvertes de croûtes.
Marche. Durée. Terminaison. — Si le lichen revêt la forme aiguë, il disparaît en général, avons-nous dit, après une assez courte durée; il peut cependant se prolonger pendant plusieurs septénaires à cause de la production d’éruptions successives, et dans des circonstances exceptionnelles, il passe à l’état chronique. Le lichen de la dentition peut persister au delà de sa durée habituelle)
revêtir tous les caractères du lichen scrofuleux et ne plus ‘ céder qu’à un traitement antiscrofuleux. L’affection cutanée
accidentelle a constitué dans ce cas une épine qui a provoqué l’éveil de la scrofule, maladie constitutionnelle jusqu’alors latente, et dont l’apparition a modifié les caractères de l’affection cutanée préexistante et en a prolongé la durée.
Le lichen chronique, au contraire, constitue une affection tenace et -rebelle : il présente de temps en temps des améliorations qui donnent l’espérance d’une terminaison prochaine; mais l’apparition d’une nouvelle poussée ne tarde pas à détruire nos illusions : aussi est-il impossible de fixer la durée de cette affection. D’ailleurs sa persistance est en rapport avec la cause qui lui a donné naissance : le lichen scrofuleux disparaît en général à l’Age de la puberté, tandis que le lichen herpétique tend d’autant plus à s’invétérer que le malade avance davantage en Age, et tandis que le lichen arthritique ne s’efface définitivement qu’au moment où surviennent des manifestations d’une période plus avancée de la maladie.
Le lichen peut se transformer sur place en une autre affection : c’est ainsi que le lichen agrius se transforme in situ en mélilagre et le lichen squameux en psoriasis; c’est ainsi que les papules dégénèrent et se convertissent en tubercules; quelquefois aussi subsistent consécutivement à la présence du lichen des taches brunes, noires, hyperchromateuses, qui ne disparaissent que lentement.
Siège anatomique. — M. Cazenave a placé le siège du lichen dans la papille nerveuse, et a considéré celte affection comme une névrose. Aux yeux de ce dermatologisle,
DU LICHEN
le lichen constitue une affection nerveuse des papilles tactiles et la papule du lichen une papille pathologique.
Des objections sérieuses ont été adressées à M. Cazenave, relativement à celte manière de voir : on lui a fail remarquer que le lichen n’apparaissait jamais dans la paume des mains et au niveau des doigts, c’est-à-dire sur les parties du corps où existent le plus grand Nombre de papilles;
Que jamais les papilles du lichen n’affectaient la forme des papilles physiologiques;
Que dans le lichen pilaris, l’affection avait bien réellement son siège sur la papille pileuse et non Sur la papille tactile.
M. Hardy a émis une hypothèse nouvelle, et a placé le siège du lichen dans le corps muqueux de Malpighi.
11 nous parait évident que ce corps muqueux de Malpighi, qui jouit d’une vitalité si obtuse et qui constitue un produit de sécrétion, ne peut donner naissance au lichen.
Nous pensons que cette affection a son siège dans la papille chargée de la sécrétion épidermique, et nous nous fondons principalement pour émettre celte assertion sur le fait de la sécrétion épidermique abondante, dont est accompagné le lichen de la face externe des membres.
Sémiologie. — Diagnostic. — L’ordre des affections papuleuses comprend le lichen et le prurigo ; or ces deux affections offrent des analogies assez grandes pour qu’il soit permis de les confondre ; quels sont donc les caractères distinctifs à l’aide desquels nous différencierons le lichen du prurigo?
On a avancé que les papules du prurigo étaient plus
volumineuses que celles du lichen; sans doute cette assertion est vraie si l’on compare seulement le lichen herpétique au prurigo scrofuleux, mais il existe plusieurs espèces de lichen, un lichen scrofuleux, un lichen herpétique, un lichen arthritique , etc. Or n’est-il pas vrai que les papules du lichen scrofuleux offrent un volume plus considérable que celles du prurigo herpétique?
On a prétendu que le prurigo offrait au sommet des papules, des gouttelettes sanguines desséchées; mais quand le lichen est accompagné de démangeaisons très fortes, et quand le malade se livre à des grattages répétés, ces gouttelettes sanguines desséchées n’existent-elles pas?
Enfin les papules du lichen sont, d’après quelques dermatologistes, rapprochées, agglomérées les unes à côté des autres, confondues même, tandis que celles du prurigo offrent des caractères opposés. Sans doute, ce signe est excellent pour différencier le lichen chronique confluent du prurigo; mais lorsque le lichen est aigu, les papules sont aussi espacées, aussi disséminées que celles du prurigo.
Si aucun des caractères différentiels qui ont été signalés entre le lichen et le prurigo ne peut être accepté, quels sont donc les signes à l’aide desquels nous diagnostiquerons telle affection préférablement à telle autre? Les différences que l’on a signalées entre ces deux éruptions sont-elles essentiellement théoriques et ne peuvent-elles pas être saisies sur le vivant? Les lignes précédentes démontrent assez, ce me semble, que ces deux affections sont difficiles à différencier l’une de l’autre, et qu’au besoin on pourrait les réunir en une seule, n’en faire
OU LICHEN
qu’un seul et même genre dermatologique. Telle est la conduite qu’a tenue Alibert, dont la plume a écrit que c le lichen difTérait si peu du prurigo, que ces deux affections avaient des caractères si peu pathognomoniques, qu’il les avait confondues en une seule et même affection t .
U existe cependant quelques caractères à l’aide desquels il est possible d’établir le diagnostic différentiel de ces deux affections : le lichen est-il aigu, les papules sont disséminées sur la plus grande partie de la surface du corps, tandis que si l’affection dont le malade en observation est atteint est un prurigo, elle n’occupe qu'une partie limitée du corps. D’autre part, si le lichen est parvenu à sa troisième période, c’est-à-dire s’il est caractérisé par l’hvper-
trophie du derme, l’exagération des plis de la peau ,
il n’est pas’possible de le confondre avec le prurigo, dans le cours duquel on n’observe jamais ces phénomènes.
La gale a été confondue avec le lichen ; mais il faut remarquer que les médecins qui ont fait celle confusion n’ont pas commis une erreur de genre, n’ont pas pris un genre pour un autre, mais ont commis une erreur portant sur la nature de l’affection, ont attribué à l’ér.uption papuleuse symptomatique de la présence de l’acarus une nature autre que celle qu’ils devaient lui reconnaître. Ne savez-vous pas qu’il existe souvent chez les malades affectés de la gale une éruption caractérisée non-seulement par des vésicules, mais encore par des papules, qu’il existe en un mot un véritable lichen parasitaire? Et n’est-il pas vrai qu’en avançant que ces malades sont affectés de lichen, on n’erre pas sur le genre, mais on porte un diagnostic incomplet, on
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ne spécifie pas l’espèce de lichen dont le malade est
atteint (1) 7
Quoi qu’il en soit, il est des caractères qui permettent de reconnaître la nature de l’éruption papuleuse, de ne pas confondre le lichen parasitaire avec le lichen de cause interne; n’existât-il pas en effet de sillons, les organes sexuels fussent-ils exempts de toute éruption, que l’immunité de la face, l’existence de pustules dans la paume des mains et sur les éminences thénar et hypothénar, la présence de phénomènes semblables chez les personnes avec lesquelles a couché le malade, l’existence de démangeaisons plus vives la nuit que le jour vous permettraient de soupçonner la nature parasitaire de l’affection. Le plus souvent, d’ailleurs, on observe des galeries épidermiques ou sillons à l’extrémité desquels existe un petit point blanc, indice de la présence de l’acarus.
L’eczéma, que vous l’envisagiez à l’une ou à l'autre de ses trois périodes, à la période d’éruption, à celle d’exhalation, ou à celle de dessiccation, l’eczénta peut être confondu avec le lichen. Toutefois le diagnostic différentiel est ordinairement facile.
L’eczéma à sa première période et le lichen sont caractérisés par l’existence d’élévations boutonneuses; mais dans la première de ces deux affections les éléments sont vésiculeux, tandis que dans la seconde on observe des saillies pleines et solides.
Lorsque l’eczéma est parvenu à sa deuxième période, il
(t) Cet réflexions sont applicables au diagnostic de la gale et de l'eciéma.
(Note do Traducteur.)
I>U LICHEN
ne peut être confondu qu’avec le lichen dont les papules ont été excoriées ou dont les papules sont surmontées à leur sommet d’une vésicule, qu’avec un lichen qui donne naissance, en un mot, à un suintement assez abondant. Mais, tandis que dans l’eczéma parvenu à cette période on observe de larges squames à la surface des parties malades, on ne constate, lorsqu’exisfe un lichen, que la présence de croûtelles fragmentées, adhérentes et individuelles pour chaque papule. D’autre part, si un liquide transparent s’écoule de la surface malade, sa quantité beaucoup plus considérable dans l’eczéma que dans le lichen permettra d’établir sûrement son diagnostic.
Enfin, à la troisième période de l’eczéma comme au déclin du lichen, on observe la formation de squames à la surface des téguments ; mais, tandis que, s’il existe un lichen, on constate, en même temps que cette desquamation, un état hypertrophique du derme et l’exagération des plis de la peau, c’est plutôt un amincissement qu’un épaississement des téguments que l’on observe, s’il existe un eczéma.
On a écrit qu’il était possible de confondre le lichen urticatus avec l’urticaire, mais le diagnostic différentiel de ces deux genres n’a pas pour nous sa raison d’être, puisque nous admettons avec Alibert et M. Hardy que le lichen urticatus n’est qu’une variété de l’urticaire. Le lichen urticatus offre, en effet, tous les caractères de l’urticaire : il est caractérisé par l’existence de papules rouges ou rosées, volumineuses, et dont la durée est aussi éphémère que celle de l’urticaire proprement dite.
Le psoriasis et l’ichthyose sont deux affections squa-
ill'ITIÈME LEÇON.
meuses que l’on pourrait confondre, à la rigueur, avec le lichen invétéré. Mais Pichthvose est une affection congénitale et arrêtée dans son évolution, le lichen une affection en voie d’évolution et survenue à une époque plus ou moins avancée de la vie du malade. D’autre part, le psoriasis est caractérisé par des plaques saillantes au-dessus des parties environnantes, recouvertes de squames nacrées, argentées, adhérentes et lamelleuses, débute, en général, par les coudes et les genoux, et n’est le siège d’aucune démangeaison ou seulement d’un prurit légor que l’on ne saurait comparer au prurit atroce dont sont atteints les malades affectés de lichen.
L’herpès circiné offre de l’analogie avec le lichen circonscrit; mais, tandis que l’herpès offre une forme très régulière et que sa circonférence est parsemée de vésicules, le lichen est caractérisé par l’existence de papules existant au centre et à la circonférence de la plaque et devient le siège d’une desquamation farineuse, quand le centre s’affaisse et marche vers la guérison ; enfin l'extension de chaque plaque se fait par l’apparition à la circonférence d’un cercle papuleux el non d’un cercle vésiculeux.
L 'erythemn papulatum du dos do la main et de la face est caractérisé par l’existence de saillies ressemblant jusqu’à un certain point aux papules du lichen, mais qui ne sont pas accompagnées de démangeaisons et reposent sur un fond rouge existant aussi dans leur intervalle.
La couperose pourrait enfin être confondue avec le lichen de la face ; mais, tandis que celte dernière affection occupe le front, la couperose a pour siège de prédilection les joues, le nez, les lèvres et le menton, est accompagnée de pustules d’acne indurata el d’acné pustuleuse,
DU LICHEN
de la dilatation des capillaires cutanés, tous caractères que l’on n’observe jamais dans le lichen.
Pronostic. — Le lichen constitue une affection tenace, qui résiste aux agents thérapeutiques dont nous disposons, récidive quand nous avons été assez heureux pour la faire disparaître, et enfin s’accompagne quelquefois (lichen herpétique) d’un prnrit atroce, désespoir du malade et du médecin aussi entraine-t-il à sa suite, en raison de ces circonstances, un pronostic assez fâcheux.
La gravité du lichen varie d'ailleurs avec sa nature : cette affection reconnaît-elle pour origine une cause externe, elle disparaîtra avec la cessation de la cause, si le malade n’est pas sous l’influence d’une maladie constitutionnelle, telle que la scrofule, la dartre, etc., et ne doit pas, en conséquence, être regardée comme sérieuse ; reconnait-clle, au contraire, pour principe une cause interne, une maladie constitutionnelle, le pronostic varie avec la maladie dont elle est l’effet : le lichen syphilitique dont nous pouvons si facilement obtenir la disparition, constitue l’espèce la moins grave et n’a d’importance, au point de vue du pronostic, qu’en dévoilant l’existence de la syphilis, dont les manifestations ultérieures sont désormais suspendues au-dessus de la tète du malade; le lichen scrofuleux et le lichen arthritique cèdent assez facilement aux agents thérapeutiques mis en usage, circonstance qui rend le pronostic favorable; enfin le lichen herpétique, si souvent rebelle aux médications les plus rationnelles et les mieux dirigées, qui occasionne un prurit si atroce, entraîne à sa suite un pronostic des plus fâcheux.
Traitement du lichen. — Les indications thérapeutiques
sont fournies par l’affection générique elle-même et par la nature de cette affection.
1° Iruiications fournies par l'affection générique. — Si le lichen se présente à l’état aigu, c’est à la médication émolliente qu’il faut avoir recours ; ce sont les bains d’amidon, les bains de son, etc., les tisanes émollientes, qu’il faut conseiller.
Le lichen est-il, au contraire, passé à l’état chronique, il est trois des symptômes qu’il présente qui réclament une médication spéciale, ce sont :
Le prurit,
L’état hypertrophique de la peau,
La sécheresse de la peau.
Si l’on veut calmer le prurit, on devra mettre en usage les bains frais, les lotions avec l’eau blanche, l’eau aluminée on vinaigrée, les lotions de sublimé selon la formule suivante :
Sublimé Og',10
Eau 300 «ranimes,
les pommades opiacées ou à la glycérine , l’oxyde de zinc, le sublimé, etc., l’huile de cade pure ou mitigée avec l’huile d’amandes douces.
Il est d’ailleurs utile de savoir que le prurit, comme les autres symptômes, réclame une médication différente suivant sa nature, que l’huile de cade donne des résultats merveilleux s’il s’agit d’un lichen scrofuleux, et réussit beaucoup moins s’il s’agit d’un lichen dartreux, etc.
Existe-t-il un état hypertrophique de la peau, on emploiera avec avantage les frictions fondantes, les pommades
DU LICHEN. 30 1
avecl’iodure île potassium ou l’iodure de plomb, ou l’extrait de ciguë, ou les substances alcalines.
Enfin, si la peau est rude et sèche , c’est aux bains de vapeur qu’il faudra avoir recours.
Mais en vain mettrait on tous ces moyens en usage pendant un laps de temps très long, on ne parviendrait jamais A guérir complètement le malade : la manifestation cutanée s’effacerait sans doute, mais pour reparaître dès que l'on cesserait l’emploi des moyens externes. 11 faut, selon nous, pour obtenir une guérison radicale, pour éviter les récidives, satisfaire non-seulement aux indications fournies par l’affection générique, mais encore à celles qui sont fournies parla nature du lichen.
2° Indications fournies par la nature de t affection . — Si le lichen reconnaît pour origine une cause externe, il est indispensable de soustraire le malade à l’action de la cause qui a engendré l’affection.
Le lichen est-il artificiel, c’est-à-dire dû à la profession du malade (forgeron, cuisinier), à des frictions avec des pommades, telles que la pommade à l’ipécacuanha, il suffira de conseiller au malade de changer de profession ou de cesser l’usage de la pommade pour voir disparaître l’affection ; c’est ainsi que l’année dernière il nous suffisait après avoir provoqué une éruption lichénoïdeà l’aide de frictions avec la pommade à l’ipécacuanha, de cesser l’usage de l’agent irritant et d’employer les émollients pour voir l’affection papuleuse s’effacer en peu de temps.
Le lichen est-il dû à l’existence de parasites animaux ou végétaux à la surface du corps, il faut conseiller la friction insecticide s’il est symptomatique de la présence de l’acarus,
l’épilation et les parasiticidess’il apour cause le trichophyton.
Si le lichen constitue la manifestation cutanée d’une maladie constitutionnelle, de la syphilis, de la scrofule, de l’arthritis ou de la dartre , il faut mettre en usage une médication différente suivant la maladie dont il est l'effet.
Est-il syphilitique , vous aurez recours aux pilules de protoiodure d’hydrargire.
Est-il scrofuleux, vous ordonnerez la tisane de houblon sucrée avec le sirop antiscorbutique, le sirop de fer, les frictions avec l’huile de cade, etc.
Est-il arthritique, vous conseillerez la tisane de hardane, le sirop alcalin, l’eau de Vichy, et à l’extérieur l’huile de cade mitigée.
Est-il herpétique, vous prescrirez la solution d’arséniate d’ammoniaque, ou les pilules avec l’arséniate de fer, les lotions et les bains avec l’arséniale de soude.
Celte manière d’envisager la thérapeutique du lichen concilie des opinions essentiellement dissidentes: M. llardy proscrit les alcalins ; eh bien I nous adoptons cette opinion s’il s’agit d’un lichen dartreux, mais nous la rejetons si nous avons à traiter un malade affecté d’un lichen arthritique.
M. Devergie repousse, au contraire, les arsenicaux et préconise les alcalins : évidemment il est tombé dans l’erreur opposée à celle qu’a commise M. Hardy, a évité Scylla pour tomber dans Carybde.
Les eaüx minérales auxquelles on doit envoyer les malades affectes de lichen , varient aussi avec l'espèce de lichen : si cette affection est l’effet de la scrofule, on engagera le malade à aller passer une saison aux eaux de
CLASSEMENT 01J LICHEN. 303
Louesche ou de kreuznach ; si , au contraire , elle est arthritique, c’est vers les sources de Vichy, de Hoyat.d’Ems, de Worms, etc., qu’on le dirigera; enfin, si elle constitue une manifestation herpétique , c’est une eau arsenicale , telle que celle de Plombières, de la Bourboule, ou une eau sulfureuse légère, telle que celle d’Uriagc, de Sainl- Gervais, que l’on conseillera.
CLASSEMENT DU LICHEN
Willan et Bateman ont rangé dans l’ordre des papules les trois affections suivantes : le strophulus , le lichen et le prurigo.
M. Gibert place également le lichen dans l’ordre des papules à côté du prurigo ; il a écrit : « Le genre strophulus décrit à part par Baternan constitue, à proprement parler, une espèce intermédiaire entre les exanthèmes et les papules : tantôt les élevures se rapprocheraient de celles de l’urticaire, tantôt s’entoureraient d’une rougeur érythémateuse, tantôt offriraient une grande analogie avec les papules du prurigo, tantôt ressembleraient davantage à celles du lichen; quoi qu’il en soit, sans trop nous écarter de la classification anglaise, nous avons préféré ne pas séparer le strophulus du genre lichen, elle décrire comme une variété de cette affection papuleuse. »
Ainsi, l'ordre des papules de M. Gibert ne comprend qne le prurigo et le lichen.
Cette opinion a été adoptée par M. Cazenave, dont la plume a écrit : « Les papules comprennent deux genres :
le prurigo et le lichen » Et plus loin, « le strophulus
n’est qu’une variété de lichen. »
M. Devergie a admis l’opinion des ailleurs anglais : « Le groupe des affections papuleuses, a-t-il écril, comprend trois maladies qui ont entre elles de l’analogie dans la forme morbide et les phénomènes qu’elles développent ; ce sont : le lichen, le strophulus et le prurigo. »
Cependant il se met pour ainsi dire en contradiction avec lui-même, en commençant l’article Strophulus par ces mots : « Willan a donné cette richesse de dénominations à diverses variétés d’une forme de lichen qui affecte les enfants à la mamelle. » Mais si le strophulus est une forme de lichen, pourquoi le décrire comme un genre spécial?
M. Rayer range également dans l’ordre des papules le lichen, le strophulus elle prurigo.
Nous pouvons résumer la manière dont les willanistes ont envisagé le classement du lichen, en disant que tous ont placé cette affection dans l’ordre des papules, mais que certains d’entre eux ont considéré le strophulus comme un genre spécial, et certains autres comme une variété de lichen. Du moins, ce classement du lichen est-il passible de tous les reproches que nous avons faits, au classement de l’eczéma, de l’acné, etc.
2° École d’A/ibert. — Alibert n’a pas considéré le lichen comme une affection générique, mais a décrit celle affection comme une espèce du genre prurigo de la famille des dermatoses scabieuses.
Le neuvième groupe des dermatoses d’Aliberl constitue, en effet, le groupe des dermatoses scabieuses, groupe dont le caractère général est de provoquer à la surface de la peau un prurit plus ou moins violent, suivi ou non de desquamation, et qui porte les malades à se gratter sans
CLASSEMENT DU LICHEN
cesse pour éteindre ou apaiser la sensation pénible qui les incommode. Ce groupe comprend deux genres : la gale et le prurigo ; celte dernière affection offre quatre espèces parmi lesquelles se trouve le prurigo lichénoïde ou furfurant (prurigo lichenoides vel fur fur ans ), espèce ainsi ' appelée, « parce que les papules prurigineuses finissent par produire une furfuration analogue à celle du son ou de la farine, d’où vient que certains auteurs, Plenck et Willan en particulier, la désignèrent sous le nom de lichen, d’autres sous celui A' herpès farinosus. »
Ai-je besoin de faire remarquer combien est peu naturelle une famille dont les membres ne présentent d’autre lien de parenté que la démangeaison, offrent une origine essentiellement différente (prurigo et gale).
Que sont devenus dans la classification de M. Hardy les deux genres des dermatoses scabieuses d’Alibert? La gale est placée, et à juste raison, parmi les affections parasitaires, mais le prurigo fait à tort partie de l’ordre des maladies cutanées accidentelles; notre collègue admet que le prurigo n’est jamais idiopathique, qu’il faut toujours rechercher la cause qui lui a donné naissance; que dans l’immense majorité des cas il annonce une affection parasitaire : la gale ou la phlhiriase ; qu’il est quelquefois lié au slrophulus ou dépend d’une névrose de la peau, et, tandis qu’Alibert ne reconnaît pas la séparation du prurigo et du lichen, décrit celte dernière affection dans la classe des dartres, et professe que le lichen reconnaît exclusivement le vice dartreux pour origine.
D’autre part, ce dcrmalologiste ayant observé que le lichen pouvait reconnaître pour cause la profession du
Bazin. 20
306 ill'lTl KMK LEÇON,
malade, l’exposition à la chaleur de la l'orge ou des fourneaux, et ne pouvant sans inconséquence considérer ce lichen artificiel comme une dartre, puisqu’il n’offre aucun des caractères qu’il a assignés aux affections herpétiques : hérédité, tendance à l’extension, marche chronique, récidive, le sépara du lichen dartreux et en fit un genre qu’il décrivit sous le nom de strophulus et plaça à côte du prurigo dans la classe des maladies cutanées accidentelles.
Le strophulus de M. Hardy correspond donc à notre lichen artificiel, et non, ainsi que le prétend notre collègue, à notre lichen scrofuleux ; il existe, en effet, de grandes différences entre ces deux affections : le strophulus de M. Hardy disparaît spontanément sous l’influence des émollients et de la soustraction de la cause, tandis que le lichen scrofuleux ne cède jamais qu’à l’usage prolongé d’une médication antiscrofuleuse, etc.
Ainsi, M. Hardy a considéré le lichen et le strophulus comme deux genres distincts, qu’il a placés, le premier dans la classe des dartres, le second dans celle des maladies cutanées accidentelles.
Joseph Frank a décrit le lichen dans trois chapitres : dans celui du strophulus, dans celui du psydracia et dans celui de l’herpès furfureux.
M. Gintrac (de Bordeaux) a donné la description du lichen aigu et du strophulus ou lichen aigu de la première enfance dans la classe des fièvres éruptives et des exanthèmes aigus, et celle du lichen chronique dans la classe des herpétides, à côté de l’urticaire et du prurigo; enfin, il a mentionné le lichen arthritique, puisqu’il dit : « On
CLASSEMENT DU LICHEN
voit le lichen et le prurigo alterner avec des attaques de goutte. »
Ce classement ne peut recevoir notre approbation, parce qu’il n’est pas rare d’observer chez les enfants des lichens aigus que l’on peut, à bon droit, rattacher à la dentition, se généraliser, devenir chroniques, persister jusqu’à la puberté, constituer en un mot des lichens scrofuleux.
Dira-t-on que dans la première période ils constituaient des exanthèmes et dans la seconde des dartres? Étranges dartres en vérité que celles qui se substituent in situ à des pseudo-exanthèmes ! Pour nous, la dartre et le pseudoexanthème constituent une seule et même affection : un lichen scrofuleux. (Juant au lichen aigu, proprement dit, c’est un lichen artificiel.
Tous ces classements du lichen, willanistes ou alibcrtistes, sont donc entachés d’un vice radical, les uns parce qu’ils rapprochent des affections de nature différente en rangeant dans l’ordre des papules toutes les espèces de lichen (Gibert, Cazenave, Devergie), les autres parce qu’ils réunissent des affections qui n’ont pas de caractères communs, la gale et le prurigo (Alibert), ou confondent toutes les espèces de lichen, le lichen arthritique, le lichen scrofuleux, le lichen herpétique, etc. (Hardy).
A ces classements peu naturels nous avons substitué le suivant :
Envisageant le lichen comme une affection générique, nous l’avons placé dans l’ordre des papules à côté du prurigo.
Considérant d’autre part le lichen, comme une affection spéciale, nous l’avons placé parmi les affections de cause externe et parmi les affections de cause interne.
Le lichen de cause externe est artificiel ou parasitaire.
Le lichen de cause interne est scrofuleux, arthritique, herpétique ou syphilitique.
ÉNUMÉRATION ET DESCRIPTION DES ESrÈCKS ET VARIÉTÉS DE LICHEN.
1° École de Willan. — Bateman a admis sept variétés de lichen :
1° Le lichen simplex est caractérisé par une éruption de boutons rouges, paraissant d’abord sur la lace et sur les bras, et s’étendant au reste du corps. Cette maladie est précédée de phénomènes généraux et disparait après une durée de dix jours à trois semaines; aussi, ajoute-t-il, peut-elle être confondue avec la rougeole, la scarlatine.
2° Le lichen piloris est simplement une modification de l’espèce précédente, les boulons paraissant seulement aux racines des poils de la peau. A nos yeux, le lichen piloris de Bateman est une affection arthritique ; ce dermalologisle avait d’ailleurs fidèlement observé ses relations avec les affections arthritiques, puisqu’il dit qu’elle alterne souvent avec de la céphalalgie et des maux d’estomac.
3° Le lichen circonscrit est caractérisé par des faisceaux ou réunions de boulons qui ont un bord très marqué et une forme irrégulièrement circulaire ; quelques-uns d’entre eux sont stationnaires pendant une ou deux semaines, après lesquelles ils disparaissent; mais de nouveaux bords parsemés de boutons assez larges, qui finissent par se réunir, augmentent progressivement l’éruption : elle peut se transformer en psoriasis.
4* Le lichen agrius se manifeste à la suite de symptômesfébriles qui sont adoucis par le développement de cette éruption papuleuse. Les boutons se manifestent sous la forme de larges taches qui sont d’un rouge vif, sont atteints d’une inflammation qui s’étend très loin et accompagnés de démangeaisons et de douleurs vives et cuisantes. Ces symptômes seraient très affaiblis le matin et augmenteraient après le dîner ; celte éruption serait quelquefois accompagnée de vésicules , pourrait se terminer après des attaques répétées en une maladie appelée impétigo.
5° Le lichen lioidus est caractérisé par la couleur d’un rouge foncé ou livide de ses boutons qui paraissent surtout sur les extrémités, ne sont pas accompagnés de fièvre, et persistent plus que ceux des variétés précédentes. Le lichen lividus est un lichen arthritique que nous avons décrit sous le nom de lichen lividus, ou à papules déprimées.
0 e Le lichen tropicus est exclusif aux pays chauds.
7° Enfin le lichen urticatus est ainsi appelé, dit Bateman, parce que les boutons ressemblent si fort aux empreintes faites par les morsures de punaise qu’ils en imposent h l’observateur. Cette éruption serait particulière aux enfants. Nous avons déjà dit à l’article Diagnostic que c’était une variété d’urticaire.
M. Cazenave admet avec Biett deux formes principales :
Le liche7i simplex et le lichen agrius.
La première forme peut se présenter à l’état aigu ou à l’état chronique. A l’état aigu, elle est caractérisée, dit-il, par des papules du volume d’un grain de millet, rouges ou rosées , accompagnées de cuisson , et dont la durée ne dépasse pas un septénaire.
A l’état chronique, les papules offrent la même coloration que celle de la peau et se perpétuent pendant des mois entiers. Le lichen simplex offre d’ailleurs des variétés que nous connaissons, ce sont :
Le lichen pilaris,
Le lichen lividus,
Le lichen circumscriptus,
Et le lichen urticatus,
que M. Cazenave regarde comme une variété très importante et qui ne constitue pas un lichen.
M. Cazenave ne décrit pas le lichen tropicus de Bateman, mais ajoute aux variétés de l’auteur anglais le lichen gyratus caractérisé par la disposition des papules en forme de rubans.
Enfin le slrophulus que Bateman considérait comme un genre à part, ne constitue pour M. Cazenave qu’une variété de lichen affectant essentiellement les enfants à la mamelle, existant toujours à l’état aigu, et consistant dans une éruption de papules rouges et blanches et accompagnées de démangeaisons.
Cet auteur admet d’ailleurs les cinq variétés de strophulus reconnues par Bateman :
Le strophulus intertinctus , dont les papules enflammées, éparses, sont entremêlées de taches érythémateuses;
Le strophulus confertus, dont les papules sont confluentes ;
Le strophulus volaticus, dont les papules sont disposées par petits groupes peu nombreux, arrondies et répandues sur diverses régions.
Le strophulus olbidus, dont les papules sont blanches
et quelquefois entourées d’une légère auréole inflammatoire ;
Le slrophulus candi <lus , dont les papules sont plus larges et sans inflammation à leur base.
La seconde forme de lichen admise par M. Cazenave est le lichen agrius, forme qui tantôt succède au lichen simplex, tantôt survienl d’emblée.
Le lichen agrius est caractérisé par des papules rouges, enflammées, devenant le siège de petites ulcérations d’où s’écoulerait un liquide séro-purulent qui se concréterait et formerait de véritables petites croûtes jaunâtres, pouvant se reproduire pendant un temps assez long. Des démangeaisons atroces accompagnent cette éruption.
Après avoir duré plusieurs septénaires la quantité du liquides séro-purulents devient de moins en moins abondante, les squames plus sèches et la peau reprend ses caractères habituels.
M. Gibert a admis toutes les variétés de Bateman, mais il a décrit le slrophulus comme une espèce de lichen et non comme un genre spécial, et a admis une variété nouvelle qu’il a désignée du nom de lichen acarique. Ce'lichen se montre, dit-il, vers la fin de {'été chez les citadins qui vont se promener à la campagne, dans les lieux boisés. ( Voyez page 320.)
M. Rayer 3 accepté les variétés de Willan et de Bateman et a décrit les lichens simplex, piloris, circumscriptus, agrius, urticatus, lividus, tropicus ; mais, en outre, il a admis quatre variétés de siège : le lichen de la face, le lichen des membres, le lichen des parties génitales et de la marge de l’anus, le lichen du cuir chevelu.
' 1“ Le lichen de la face est commun, dit-il, pendant l’été chez les personnes dont le visage est habituellement exposé aux ardeurs du soleil ; il est caractérisé par une desquamation furfuracée décrite sous le nom de dartre farineuse ; lorsqu’il passe à l’état chronique, la peau devient jaunâtre, sèche et furfuracée ; enfin l’éruption augmente sous l’influence des spiritueux.
Cette affection ne nous paraît pas être un lichen, mais un pityriasis ou une acné rosea.
2° Lichen des membres. Les liras et les avant-bras des cuisiniers, habituellement exposés à l'influence d’une température très élevée sont souvent atteints d’un lichen simple ;
Cette variété constitue évidemment un lichen artificiel.
3" Le lichen des parties génitales et de la marge de l'anus est, de toutes les variétés de cette éruption, la plus rebelle et la plus difficile à distinguer de l’eczéma lorsque les grattages du malade ont déterminé un suintement assez abondant.
Cette affection forme sans doute une manifestation arthritique.
b° Lichen du cuir chevelu. Il est rare, dit M. Rayer, que le lichen attaque primitivement le cuir chevelu, mais lorsque cette éruption est développée sur la nuque, le front ou les tempes, elle peut envahir les parties environnantes. Une vive démangeaison, une desquamation furfuracée en sont les symptômes principaux.
Nous ne saurions voir dans les caractères assignés à cette variété de lichen des signes du lichen, et nous pensons que celle description se rapporte plutôt an pityriasis.
M. Devergie prétend qu’il faut attaquer de front la définition des auteurs en vertu de laquelle le lichen doit être considéré comme n’étant pas de nature contagieuse ! Ce médecin posséderait plusieurs faits incontestables de la transmission de l'affection, au moyen d’un contact plus ou moins prolongé. Eh bien ! messieurs, nous croyons que notre collègue a émis une assertion erronée et contre laquelle nous ne saurions trop nous élever.
Sans doute le lichen symptomatique de l’existence de l’acarus ou du trichophyton peut se développer chez une autre personne à la suite du transport du parasite qui en est la cause, mais le lichen artificiel, le lichen constitutionnel peuvent-ils se développer par simple contact d’un individu avec un autre?
11 existe, selon M. Devergie, des formes simples et des formes composées de lichen. Les formes simples sont nombreuses et peuvent se grouper autour de deux variétés principales : le lichen simplex et le lichen agrius.
Le lichen simplex se rencontre sous trois dispositions différentes : le lichen diffus, qui se montre sur une partie quelconque du corps, la jambe, l’avant-bras, la poitrine ;
Le lichen circonscrit dont nous avons déjà parlé ;
Le lichen gyratus , dont les papules disposées en petits groupes, forment une espèce de ruban.
Mais, quelle que soit la forme que revêt le lichen simplex, il peut être discret ou confluent, aigu ou chronique, et lorsqu’il est confluent ou chronique, il devrait, dit M. Devergie, porter le nom de lichen agrius ferox.
Il existerait donc deux variétés de lichen agrius, le lichen
simplex, transformé en lichen agrius et le lichen agrius
primitif!
Enfin il existe, d’après M. Devergie, deux autres variétés de lichen simplex, le lichen piloris et le lichen lividns. Ces deux variétés constituent pour nous des variétés de lichen arthritique.
Le lichen agrius forme, selon M. Devergie, une espèce importante : il est caractérisé, d’après cet auteur, par l’existence de papules volumineuses dont la majeure partie donne lieu, avec le temps, à une sécrétion purulente à leur sommet, comme les pustules ; par des démangeaisons beaucoup moins intenses que celles qui accompagnent le lichen simplex confluent, par une ténacité très grande, et enfin par son apparition chez des enfants doués d’un tempérament lymphatique.
Ce lichen agrius constitue pour nous une affection scrofuleuse; aussi avons-nous écrit dans notre Traité de la scrofule, qu'en décrivant le lichen agrius, M. Devergie avait décrit de main de maître le lichen scrofuleux.
Le lichen agrius pourrait d’ailleurs se présenter sous trois formes différentes : lichen agrius diffmus, circttmscriptus et gyralus, c’est-à-dire dans les mêmes conditions que le lichen simplex.
» Nous ne pouvons accepter ces divisions. Le lichen agrius n’occupe jamais une surface limitée, mais est caractérisé, au contraire, par des papules disséminées sur toute l’étendue des téguments; jamais enfin on ne voit, ainsi que l’affirme M. Devergie, l’éruption former des traînées de papules obliquement dirigées de dehors en dedans.
11 existe, selon M. Devprgie, trois formes composées do
lichen : le lichen uriicans, le lichen eczémateux et le lichen herpétiforme.
Le lichen uriicans ne constitue pas pour nous une variété de lichen, mais une variété d’urticaire; il est caractérisé, en effet, par des papules volumineuses, rosées ou décolorées, qui présentent une marche fugace comme celle du cnidosis.
Le lichen eczémateux est une forme à la fois papuleuse et vésiculeuse. « Elle affecte, dit M. Devergie, la partie externe des membres sous la forme de plaques arrondies, disséminées, sécrétantes, surtout au début de la maladie et donnant alors de la sérosité roussâtre comme l’eczéma ; puis la sécrétion s’arrête peu à peu, et l’état papuleux se montre nettement dessiné. »
Cette forme de lichen constitue pour nous une variété d’eczéma arthritique.
Le lichen herpétiforme est très rare ; il est caractérisé, selon notre collègue, par des plaques nettement arrondies, terminées par un bourrelet et parsemées de papules nombreuses, et ne donnant pas naissance à une sécrétion appréciable. Ces plaques offrent une grande ténacité, tendent à s’élargir et amènent des démangeaisons très prononcées. La différence principale qui existe entre cette variété et la précédente, c’est que l’une est sécrétante (lichen eczémateux), ce qui la relie au tempérament lymphatique et nerveux, et que l’autre sécrète peu et se relie au tempérament bilieux et nerveux.
Nous venons de vous dire que le lichen eczémateux était une manifestation arthritique, nous pensons que le lichen herpétiforme est une affection symptomatique de l’existence de parasites.
310 HUITIÈME I.EÇON.
2° École (TAlibert. — Alibert n’a admis qu’une seule espèce de lichen, a rattaché cette affection exclusivement à la dartre.
M. Ginlrac admet un lichen aigu et un lichen chronique. La première espèce est décrite dans la classe des fièvres éruptives et des exanthèmes aigus, la seconde dans la classe des maladies cutanées chroniques. Je vous ai déjà exposé les défauts d’une telle manière de voir, il est donc inutile d’y revenir; ajoutons que le lichen aigu de M. Gintrac, qui se développe en général chez les individus soumis à l’action d’une forte chaleur, chez les forgerons, les cuisiniers, les faucheurs ou les laboureurs, etc.; que ce lichen aigu est une affection artificielle et non une fièvre éruptive; que si le strophulus ou lichen aigu de la première enfance est souvent lié au travail de la dentition, à un dérangement des voies digestives, à une mauvaise alimentation, du moins ces divers états doivent-ils être regardés comme la cause occasionnelle et non comme la cause interne de l’affection ; que la scrofule est la maladie à laquelle on doit rattacher le plus souvent le strophulus ou lichen aigu des enfants; qu’enfin, si cette affection n’est pas scrofuleuse, elle est artificielle.
Les variétés de siège ou de forme admises par M. Gintrac sont les mêmes que celles des willanisles ; il est donc inutile de les indiquer.
M. Hardy considère le lichen comme une manifestation exclusivement dartreuse (1), n’adinet, en un mot, qu’une
(I) Dans les leçons sur les affections cutanées dartreuses professées pendant l'année 1861 à l'hôpital Saint-Louis et rédigées par la plume de mon ami le docteur Pihan Dufeillay, M. Hardy ne décrit plus le lichen dans un
seule espèce de lichen et n’accorde une description spéciale qu’aux quatre variétés suivantes : lichen simplex, circonscrit, aejrius et invétéré , se contentant d’énumérer les lichens tropicus, urticatus , lividus, pilaris, podicis, etc.
chapitre spécial, ne le considère plus comme un genre particulier. ■ On a répété, dit-il, pour le lichen, les mêmes objections déjà faites à la réunion du ■ pityriasis et de l’eczéma ; cette fois encore nous ne chercherons pas à les réfuter autrement que par l'examen des faits. Pour nous dans la majorité des cas, le lichen est une éruption de nature dartreuse se rattachant au genre eczéma dont elle forme, non plus une variété comme l'impétigo, mais une espèce particulière, reliée toutefois au genre par des caractères si intimes, qu’ou ne saurait l'eu séparer et qu'en thérapeutique, plus encore qj’cu diagnostic, il importe de les envisager simullanément.
> Le lichen offre trois caractères pathognomoniques, c'est la rudesse de la peau, l’augmentation de son épaisseur et l’exagération de scs ride3.
» Ces trois lésions fondamentales semblent tout d'abord étrangères à l’eczéma. Mais il nous faut remarquer qu'elles caractérisent le lichen confirmé, qu'elles sont loin de se rencontrer au début de l'affection et que ce n'est que progressivement et par une série d'altérations et transformations successives que la peau subit des changements aussi profonds et aussi nets. A la période initiale, le lichen offre une quantité considérable de petites papules agminées, pleines, mélangées intimement à un certain nombre de vésicules, voire même de vésico-pustules. »
Nous ne pouvons accepter la manière de voir de M. Hardy : nous croyons que le lichen est caractérisé uniquement à la période initiale par des papules et non par des papules mélangées à des vésicules et même à des vésicopustules ; nous pensons que si l'eczéma donne naissance à une certaine période de son existence à des altérations légumentaires offrant une très grande analogie avec celles que l’on observe dans le cours du lichen, du moins n’est ee pas là une raison pour confondre l'eczema et le lichen en une seule affection, pour réunir deux étals morbides caractérisés à leur période d'état l’un par l’existence de papules et l'autre par l'existence de vésicules. Pourquoi ne confondrait-on pas aussi l’hystérie et l'épilepsie, maladies qui offrent tant de. points de contact, se trouvent si souvent associées l'une à l'autre ? Pourquoi n'agirail-on pas ainsi à l'égard de la congestion et de l’apoplexie cérébrale ? Sans doute il serait très utile do pouvoir réduire à un petit nombre toutes les espèces morbides, mais la science ne peut se prêter à toutes les simplifications qu'il plail à notre imagination de concevoir et de désirer !
(Soit DU RÉDACTEUR.)
Vous apprendrez dans un instant que les lichens lividus et pilaris ont à nos yeux une grande importance, constituent pour nous îles manifestations constantes de l’arllirilis.
Telles sont les espèces et les variétés de lichen admises par les vvillanistes et les aliberlistes. Pour les adeptes de l’école anglaise, il n’existe pas d’espèces de lichen, mais seulement des variétés de siège et de forme ; parmi les partisans des doctrines d’Alibert, M. Hardy, à l’exemple de son maître, a rattaché exclusivement à la dartre le lichen, et M. Gintrac a admis, il est vrai, plusieurs espèces de lichens, mais malheureusement a omis une espèce importante (lichen scrofuleux), a séparé le lichen aigu du lichen chronique, a considéré seulement cette dernière forme comme dépendante d’une maladie constitutionnelle, et n’a en conséquence possédé qu’une partie de la vérité.
A toutes ces divisions nous en avons substitué une plus naturelle et plus pratique.
Espèces et variétés de lichen admises par M. Bazin. — Nous admettons un lichen de cause externe et un lichen de cause interne.
Le lichen de cause externe est artificiel ou parasitaire.
Le lichen de cause interne constitue une manifestation de la syphilis, de la scrofule, de l’arthrilis, de la dartre.
Mais chacune de ces espèces comprend un certain nombre de variétés que vous trouverez dans le tableau suivant :