‹ Leçons théoriques et cliniques sur les affections génériques de la peau professés par le Docteur Bazin, médecin de l'ĥopital de SaintLouisChapitre 26 sur 27 · DESCRIPTION SUCCINCTE DE CES ESPÈCES ET VARIÉTÉS DE PITYRIASIS · texte numérisé non relu

DESCRIPTION SUCCINCTE DE CES ESPÈCES ET VARIÉTÉS DE PITYRIASIS

Pityriasis de cause externe. — Des deux variétés de pityriasis de cause externe, le pityriasis parasitaire seul présente des particularités dignes d’être mentiohnées.

Le pityriasis versicolor est caractérisé par de» taches dont la coloration rappelle souvent la teinte du café au lait, mais qui présentent quelquefois une couleur brune ou jaune ; ces taches sont le siège d’une desquamation furfuracée, revêtent une forme irrégulière, offrent des bords sinueux et recouvrent une partie plus ou moins grande des téguments : tantôt, en effet, leurs dimensions ne dépassent pas celles d’une pièce de vingt centimes, tantôt elles occupent la plus grande partie de la face antérieure de la poitrine. Le tronc et le cou sont les sièges de prédilection de cette affection ; il n’est pas rare, cependant, de l’observer sur les membres.

Si l’on examine au microscope les squames d’une tache de pityriasis versicolor, on constate qu’elles contiennent des spores à l’état de liberté, et un grand nombre de tubes ou filaments droits ou contournés, simples ou ramifiés, dont l’ensemble constitue un réseau très riche.

Les spores sont presque toutes sphériques, pins grosses que celles du microsporon Audouini, réfractent fortement la lumière et ne renferment pas de granulesà leur intérieur.

L’ensemble de ces spores et de ces tubes constitue un végétal auquel on a donné le nom de microsporon fur fur. Ce champignon végète à la surface des poils, mais ne pénètre pas à leur intérieur.

36 h NEUVIÈME LEÇON.

Le traitement du pityriasis versicolor est exclusivement externe ; nous avons l’habitude de conseiller aux malades atteints de cette affection des lotions avec le solutum de sublimé :

Eau 1000 grammes.

Sublimé 10 —

et des bains sulfureux ou de sublimé.

1° Pityriasis alba trichophy tique. — Nous vous avons dit, en vous traçant l’histoire de l’herpès, que la teigne tonsurante était caractérisée à son début par des cercles herpétiques, érythémateux, etc. D’autre part, nous vous avons appris que le sycosis constituait la troisième période de la teigne tonsurante. Quelle affection forme donc le trait d’union entre l’herpès parasitaire et le sycosis? Vous avez tous nommé le pityriasis alba trichophylique.

Lorsqu’en effet le trichophyton a germé dans le tissu cutané et a développé, par l’irritation qu’il produit, des inflammations éruptives , il apparaît à l’extérieur sous l’aspect d’une substance blanche, floconneuse ou lamellcuse, substance qui forme autour des poils une gaine amiantacéc d’un blanc mat, complète ou incomplète. Si elle est incomplète, on voit au centre de la petite masse blanche constituée par le champignon un point noir qui répond à l’extrémité libre du poil cassé. Mais, plus souvent, la gaine est complète, et les poils entièrement cachés à la vue ne se peuvent reconnaître qu’à la saillie de la matière cryptogamique. La matière champignonneusc existe aussi dans l’intervalle des poils.

Il est rare d’observer seulement le pityriasis alba ; le plus ordinairement, on constate simultanément l’existence de

cercles d’herpès circiné et même de tubercules sycosiques.

Nous vous avons dit, en décrivant le sycosis, que si la teigne tonsurante n’était encore parvenue qu’à sa deuxième période (j)ityriasis albu), il était bon d’attendre l’apparition des tubercules sycosiques avant d’épiler les surfaces malades et de se borner à faire usage d’une pommade parasitaire, de la pommade au turbith, par exemple:

A songe JO grammes.

Turbith minéral 0,50 à 2 grammes.

Toutefois, nous conseillons quelquefois l’épilation quand le malade ne présente que les phénomènes de la deuxième période; mais alors la guérison exige un temps beaucoup plus long que si cette opération était pratiquée un peu plus tard, c’est-à-dire lorsque les tubercules sycosiques existent.

2" Pityriasis de cause interne. — Pityriasis arthritique. — Vous avez vu dans le tableau synoptique que nous vous avons tracé des espèces et variétés de pityriasis, que nous admettons un pityriasis arthritique pseudo-exanthématique et un pityriasis arthritique chronique.

En général, le pityriasis rubra aigu est précédé de phénomènes prodromiques, dont la durée ne dépasse pas deux à trois jours ; à ces symptômes succède une éruption qui se présente sous deux aspects différents ; aussi peut-on admettre deux variétés de pityriasis : le pityriasis maettlala et le pityriasis circinata.

Le pityriasis rubra maculata est caractérisé par des taches d’un rouge vif, offrant de petites dimensions, une forme plus ou moins arrondie et des bords sinueux, ne faisant aucune saillie au-dessus des parties environnantes,

disséminées à la surface du corps, séparées les unes des autres par des intervalles variables de peau saine, mais sc réunissant quelquefois et constituant alors de larges plaques. Ces cercles érythémateux sont le siège d’une exfolialion épidermique, qui, d’abord lamelleuse, devient rapidement furfuracée. La rougeur des taches disparait progressivement, et le pityriasis rubra passe à l’étal de pityriasis simplex.

Le pityriasis rubra circinata est caractérisé par de petites taches rouges, disséminées, semblables à celles que l’on observe dans le psoriasis guttata, et se réunissant pour constituer des cercles plus ou moins étendus et assez analogues à ceux de l’herpès circiné, ou pour former des bandes linéaires et des demi-cercles qui rappellent l’éruption de la lèpre vulgaire.

Le pityriasis rubra aigu disparaît quelquefois après un laps de temps très court , après une durée de dix ou quinze jours, niais persiste dans d’autres cas pendant six semaines ou deux mois. Jamais, d’ailleurs, il ne passe à l’état chronique.

Le pityriasis rubra aigu constitue une affection idiopathique ou symptomatique de l’arthritis et de la dartre. A quels caractères peut-on reconnaître sa nature? Le traitement ne saurait en aucune façon venir à notre aide pour résoudre ce problème, puisque dans tous les cas le pityriasis rubra aigu guérit spontanément. Les causes, la marche et surtout les rapports du pityriasis rubra aigu avec d’autres affections, pourront seuls nous éclairer; c’est ainsi que le pityriasis arthritique apparaît sous l’influénee du froid, survient chez des individus qui présen-

teut tous les caractères de la constitution arthritique, tandis que le pityriasis herpétique récidive fréquemment, se montre à la suite d’émotions morales, coexiste avec des migraines, des dyspepsies herpétiques, etc.

D’ailleurs, une erreur de diagnostic sur la nature de l’affection importe peu, puisque le pityriasis rubra aigu offre une tendance naturelle à se terminer par résolution et ne présente par lui-même aucun danger.

On pourra cependant favoriser sa guérison en prescrivant des boissons rafraîchissantes, une petite saignée si les phénomènes fébriles sont intenses, plusieurs laxatifs, etc., Pityriasis chronique arthritique. — Le pityriîfSis arthritique se développe sur les régions velues et les parties découvertes : le cuir chevelu, les sourcils, là barbe, les parties génitales, la partie antérieure de la poitrine et les aisselles.

Il se présente sous la forme de plaques irrégulières qui se manifestent de préférence à la nuque, aux régions temporales, à la partie antérieure, du cuir chevelu, aux joues et à la lèvre supérieure mais occupent rarement toute la surface de la tète et la ligure. Tantôt chacune des plaques de pityriasis présente une couleur générale ou une couleur partielle et disposée en forme de disques autour de chaque poil, tantôt elles n’offrent aucun changement dans leur coloration. Quoi qu’il en soit, on remarque que les glandes piliféres forment une saillie plus considérable et sont recouvertes de squames minces et petites; que les poils qui les traversent sont enveloppés d’une gaîne épidermique qui remonte plus ou moins haut sur la tige, sont le siège d’une sécheresse et par-

tant d'une friabilité remarquable. Lorsque l’affection persiste pendant un long espace de temps, les poils s’atrophient, se cassent avec la plus grande facilité et tombent; ils repoussent fans doute, mais à un certain moment les altérations de la papille sont si considérables que la perte du poil de temporaire devient permanente et que la calvitie est définitive.

La sécheresse de la partie affectée et des poils trouve son explication naturelle dans la suspension de toute sécrétion de la sueur et de la matière sébacée, dans l’abondance des squamules qui remplissent le canal de la glande pilifére et dans la sécrétion des parois du follicule.

Ajoutons enfin que les surfaces affectées de pityriasis arthritique sont le siège de prurit et plus souvent encore de picotements et d’élancements.

Cette affection persiste pendant un laps de temps variable de quelques mois à plusieurs années et offre de fréquentes récidives. Une calvitie temporaire, souvent permanente, est le résultat ordinaire du pityriasis arthritique.

Chez les scrofuleux, il n’est pas rare d’observer à la suite d’un eczéma chronique un pseudo-pityriasis qu’il est difficile de distinguer du pityriasis arthritique. Cependant on parviendra, dans la plupart des cas, à établir le diagnostic différentiel. On apprendra du malade, s’il s’agit d’un faux pityriasis qu’une sécrétion plus ou moins abondante existait au début de l’affection; le pityriasis, au contraire, est squameux dans toutes ses périodes. Le faux pityriasis présente des squames plus épaisses, un peu jaunes, qui ont un certain aspect d’humidité; le pityriasis est caractérisé par des squames sèches, plus fines et grisâtres. Enfin

celui-là occupe des lieux de prédilection, la lace postérieure des oreilles ou le pavillon auriculaire ; il n’est pas accompagné de prurit et de picotements comme le pityriasis arthritique.

La difficulté qu’on éprouve à guérir le pityriasis arthritique nous engage à nous arrêter quelque temps sur son traitement. Voici ce que je conseille contre cette affection :

1° J’ordonne la tisane de saponaire ou de pensée sauvage édulcorée avec le. sirop de fumeterre ou d’orme pyramidal.

2° Le malade prend, jnatin et soir, une heure avant le repas, une cuillerée à soupe de sirop alcalin :

Sirop do saponaire, de Tolu, de fumeterre, etc.. . . 500 grammes,

bicarbonate de soude A à 10 graui.

3” Je prescris une eau alcaline aux repas, soit de l’eau de Vichy artificielle, soit celles de Chateldon, de Fougues, de Vittel, ou toute autre se rapprochant de ces dernières par ses vertus thérapeutiques.

à» Je fais raser ou couper, à quelques millimètres de la peau, les cheveux ou les poils qui recouvrent les parties malades.

5° Tous les trois jours, je recommande de badigeonner à l’huile de cade les surfaces affectées.

6° On emploie trois ou quatre fois par jour les lotions avec une solution de glycérine ou de saponine, et une faible dose de carbonate de soude :

Eau de son 500 grammes.

Glycérine anglaise 30

Carbonate de soude 25 cenligr. à 1 gram.

Bazis. 2i

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7° On peut varier les bains et donner : bains alcalins et bains (le vapeur, douches alcalines et douches de vapeur.

8” Enfin, il faut surveiller le régime qui doit être approprié à la maladie constitutionnelle, {leçons sur les affections arthritiques.)

Pityriasis herpétique. — Le pityriasis dartreux comme le pityriasis arthritique constitue tantôt une affection pseudo-exanthématique, tantôt une herpétide sèche squameuse (chronique). Nous avons déjà décrit le pityriasis rubra aigu ou pseudo-exanthématique, il ne nous reste donc plus qu’à tracer l’histoire du pityriasis chronique. Or les auteurs, prenant en considération l’absence ou la présence des phénomènes congestifs dans le pityriasis, en ont admis deux variétés.: le pityriasis alba et le pityriasis rubra. Cette distinction est réelle et mérite d’être conservée. Mais nous avons déjà décrit un pityriasis alba parasitaire et un pityriasis rubra pseudo-exanthématique ; aussi pour éviter toute confusion désignerons-nous les deux variétés de pityriasis herpétique sous les noms suivants : 1» pityriasis simple, T pityriasis inflammatoire.

1° Le pityriasis simple {alba des auteurs) est caractérise par des plaques irrégulières, disséminées à la surface de tout le corps, offrant à leur début la largeur d’une pièce de cinquante centimes, ou celle d’une pièce d un franc, se réunissant quelquefois, après une certaine durée, et occupant alors une large surface, ne laisant habituellement aucune saillie au-dessus des téguments voisins, et déterminant des démangeaisons vives, qui augmentent sous l’influence de la chaleur, des excès de table, etc.

Loin d’occuper exclusivement les parties velues, comme

le pityriasis arthritique, il sedéveloppe sur toutesles régions de l’économie, et s’il apparaît primitivement sur des parties recouvertes de poils, du moins se propage-t-il aux surfaces voisines. D’ailleurs, dans ce pityriasis, l’inflammation reste limitée longtemps au réseau papillaire du derme et n’envahit qu’accidentellement le follicule pileux. Aussi lif chute des poils n’a-t-elle lieu qu’après une longue durée de l'affection.

Comme toutes les affections herpétiques, le pityriasis présente des récidives fréquentes et tend à s’invétérer.

2° Le pityriasis inflammatoire est caractérisé par des surfaces rouges, irrégulières et parfois un peu saillantes, et par des squames plus larges et plus adhérentes que celles du pityriasis simple. Les parties malades sont le siège de cuissons et de vives démangeaisons.

Le pityriasis inflammatoire occupe des régions étendues; quelquefois il se propage à toute la surface du corps. 11 se prolonge ordinairement pendant plusieurs mois et présente de temps en temps des exacerbations.

Le traitement général du pityriasis herpétique ne diffère pas de celui de toutes les affections dartreuses : il consiste dans l’usage à l’intérieur de préparations arsenicales. Nous ordonnons en outre des bains renfermant de la gélatine et une petite quantité de sulfure de potasse, de l’huile de eade pure ou mélangée avec l’huile d’amandes douces en proportions variables et employée comme topique, etc.

DU PSORIASIS.

J’ai commencé l’histoire du pityriasis, en vous disant que l’ordre des squames de Bateman comprenait trois affections : le pityriasis, le psoriasis et l’ichthyose; mais en énonçant cette assertion, je sous-entendais dans mon esprit que la lèpre des Grecs de Bateman et le psoriasis ne formaient qu’une seule et même affection ; s’il n’en eût été ainsi, j’aurais dû professer que l’ordre des squames de Bateman comprenait quatre genres : la lèpre des Grecs, le psoriasis, le pityriasis et t ichthyose.

Est-il donc vrai que sous les nomsdifférenls delêpre et de psoriasis, Bateman ait décrit une même affection : le psoriasis ; que la lèpre des Grecs et le psoriasis ne constituent qu’un seul et même genre ? Telle est, messieurs, notre manière de voir, et nous pouvons revendiquer à son appui l’observation et le raisonnement.

Si vous recherchez quelle ligne de conduite ont suivie les dermatologistes, qui depuis Bateman jusqu’à nos jours ont joui d’une réputation méritée, et nous ont transmis les fruits de leur observation, vous verrez que l’une et l’autre opinion ont eu pour défenseurs des médecins également recommandables, que si Biett, MM. Cazenave, Devergie et Bayer ont imité Bateman, d’autre part Samuel Plumbe, MM. Gibert, Emerv, Fleury, Ginlrac et Hardy n’ont pas

DU PSORIASIS.

admis l’opinion du médecin anglais, mais ont fait un seul genre des deux affections qu’il séparait, ont regardé la lèpre vulgaire comme une simple variété de forme du psoriasis.

Ainsi nous ne pouvons nous appuyer sur le témoignage des dermatologistes, puisque la manière de voir de Bateman a trouvé parmi eux autant d’adeptes que celle que nous défendons.

Quelles sont donc les raisons qui militent en faveur de notre opinion ? Nous pouvons en invoquer plusieurs : en premier lieu, nous voyons les auteurs qui ont admis les deux genres ne pas être d’accord sur leurs caractères distinctifs. Tandis, en effet, que Bateman a écrit que la lèpre des Grecs était caractérisée par des plaques écailleuses de différentes dimensions, mais ayant toujours la forme circulaire, et le psoriasis, au contraire, par des taches irrégulières dont le contour n’était ni ovale, ni régulier, comme celui de la lèpre, M. Cazenave différencie ces deux affections en disant que dans la plaque de lèpre il existe une dépression centrale et des bords élevés, et dans celle du psoriasis, au contraire, une élévation papuleuse dans toute l’étendue ; et M. Devergie, enfin, avance que la lèpre vulgaire existe, mais que tous les dermatologistes l’ont peu ou mal décrite, qu’ils l’ont confondue, à l’instar d’Alibert, avec le psoriasis herpétiforme, forme composée du psoriasis; que la lèpre vulgaire est caractérisée par une petite rougeur qui s’élargit, se dispose en fer à cheval, c’est-à-dire, prend, comme Willan l’a fait observer, une forme ovoïde, représente une anse ovale dont un segment manque, ce segment étant formé par de la peau saine ; que M. Cazenave s’est donc trompé quand il a décrit la lèpre vulgaire

comme représentant des cercles qui peuvent prendre une étendue très considérable et se confondre entre eux, que ce sont là les caractères du psoriasis herpétiforme.

Ainsi, entre les médecins qui ont admis la lèpre vulgaire règne un désaccord complet au sujet de ses caractères distinctifs, preuve évidente du peu d’individualité de cette affection.

D’autre part, il n’est pas rare d’observer sur le même

malade et des saillies psoriasiques recouvertes d’écailles

dans toute leur étendue, et des anneaux dont le centre est sain, et des segments d’ovoïde, en un mot la lèpre vulgaire à côté du psoriasis, preuve nouvelle de l’identité d’origine et de nature de ces deux variétés.

C’est qu’en effet la lèpre vulgaire n'est qu’une modification dans la forme que peut revêtir l’éruption psoriasique; c’est qu’elle n’est due qu’à la réunion, à la juxtaposition en forme de cercle de gouttes psoriasiques, ou à l’évolution toute spéciale d’une plaque nummulaire de psoriasis, évolution qui consiste en ce que le centre guérit, tandis que la circonférence reste malade.

Enfin ces deux affections reconnaissent les mêmes causes, affectent la même marche, donnent naissance à la même symptomatologie et réclament le même traitement. Existe-til deux affections moins dissemblables?

Le mot psoriasis vient de gale, et était employé par les Grecs pour désigner une affection squameuse. Mais cette expression ne tarda pas à perdre son sens primitif, représenta successivement dans l’esprit des auteurs une affection humide ou une affection sèche, fut appliquée, en un mot, à des affections squameuses, papuleuses, pustuleuses,

DU PSORIASIS. 375

et Bateman est le premier dermatologiste qui lui ait donné une signification précise.

Cet auteur en assignant une place au psoriasis dans son ordre des squames (ordre II) â côté du pityriasis et de l’ichthyose, fit, en effet, cesser toute confusion. Le seul reproche que l’on puisse lui adresser est d’avoir séparé la lèpre vulgaire et le psoriasis, d’en avoir fait deux genres distincts.

Définition . — Nous définissons le psoriasis une affection de. la peau caractérisée à la période d’état par des squames sèches, épidermiques, iamelleuses, épaisses, adhérentes, offrant tantôt une couleur d’un blanc terne» tantôt une couleur argentée ou nacrée, squames qui constituent des plaques écailleuses de forme et d’étendue variable, et audessous desquelles on constate une saillie plus ou moins grande des téguments et une rougeur qui rappelle quelquefois la teinte des ëyphilides.

Symptomatologie. — Nous partagerons la description de cette affection en trois parties correspondant aux périodes d’éruption, d’étal et de déclin.

1° Période d'éruption. — Dans le plus grand nombre des cas le psoriasis apparaît d’emblée et n’est pas précédé de phénomènes précurseurs, quelquefois cependant on constate l'existence d’un prurit plus ou moins intense avant l’apparition de l’éruption ou bien celle-ci est précédée d’un pityriasis de même nature ou de nature différente, d’un lichen généralisé ou circonscrit, d’une syphilide, etc. ; nous avons eu l’occasion d’observer dans notre service la transformation uisitu d’un lichen syphilitique en psoriasis: après un traitement mercuriel de deux mois, les papules

se recouvrirent de squames blanches el argentées, se transformèrent, en un mot, en papules psoriasiques.

Non-seulement, d’ailleurs, on voit un psoriasis généralisé succéder à une affection générique, mais on observe encore la conversion d’une affection circonscrite, d’une syphilide tuberculeuse par exemple, en un psoriasis arthritique. Cette transformation in situ d’une affection syphilitique en psoriasis, est le plus ordinairement méconnue, aussi les médecins sont-ils frappés d’étonnement quand ils constatent l’insuccès des préparations mercurielles et iodurées, de l’usage des eaux de Bagnères-de-liigorre, de Luehon, d’Aix, pendant toute une saison, chez des malades présentant cependant des manifestations vénériennes, et cherchent-ils vainement pourquoi ces malades sont réfractaires à une médication qu’ils persistent à considérer comme rationnelle ! Pour nous, messieurs, le nœud de la question est facile à trancher : nous constatons une transformation de la syphilide en psoriasis arthritique, nous rejetons donc le mercure et ses succédanés, pour conseiller les alcalins intus et extra, une saison à Vichy, etc., et nous avons le bonheur de voir notre traitement couronné d’un rapide succès.

Quoi qu’il en soit, le psoriasis apparaît le plus- souvent d’emblée : il débute par de petites saillies papuleuses qui se recouvrent de squames quelquefois très étroites (psoriasis punctata ); dans d’autres circonstances, la saillie est plus large, arrondie, bombée au centre et déprimée à la circonférence [psoriasis guttata ), ou au contraire l’élévation est déprimée à son centre, relevée sur ses bords, el entourée d’une ligne rougeâtre.

DU PSORIASIS.

Si le psoriasis se généralise, on ne larde pas à observer des variétés de formes différentes de celles que je viens de vous indiquer. En effet, si la goutte du psoriasis guttala s’étend par sa circonférence, ou si autour d’une plaque de psoriasis s’en forment d’autres qui se réunissent à elles, on voit le psoriasis revêtir la forme de surfaces nummulaires (psoriasis nummufaire) ; les plaques de psoriasis nummulaire peuvent à leur tour se réunir, se fusionner et former des surfaces anguleuses et losangiques ( psoriasis diffusa ), ou enfin les saillies du psoriasis guttala peuvent se réunir suivant la direction d’une ligne plus ou moins droite, d’une bande ( psoriasis gyrata ), ou suivant une ligne circulaire ( psoriasis circinala, lèpre vulgaire).

Mais, quelle que soit la diversité d’aspect et de forme que présente le psoriasis, il n’en constitue pas moins une seule et même affection; aussi considérons-nous la minutie avec laquelle les dermalologistes ont décrit ces variétés de forme ou d’aspect comme une faute d’autant plus grande, que non-seulement la connaissance de la nature, cl partant de la thérapeutique de la maladie, n’en a pas été éclairée d’une lumière nouvelle, mais que l’insistance que l’on a mise à les étudiera fait oublier de rechercher leur origine.

Quelle que soit d’ailleurs la forme sous laquelle se présente le psoriasis, il nous offre à étudier au point- de vue de son développement, l’élément symptomatologique et la disposition topographique.

Les éléments symptomatologiquessontla rougeur, la surélévation au-dessus des parties environnantes et les squames.

Les saillies papuleuses du psoriasis sont le siège d’une rougeur dont on peut quelquefois constater l’existence au

pourtour des plaques ou lorsque les squames présentent des fissures, mais qui n’est en général visible que lorsque les squames ont été enlevées à l’aide de bains ou d’applications liquides, telles que la glycérine, l’huile de cade, etc. La nuance de cette rougeur varie à l’infini : rosée dans quelques cas, elle est d’un rouge vif dans d’autres et se rapproche le plus souvent de la teinte cuivrée des syphilides.

La surélévation (Te la tache psoriasique au-dessus des parties environnantes est en général plus marquée au centre; quelquefois cependant la circonférence de la plaque est plus élevée que la partie médiane. Cette saillie reconnaît pour cause l’hypertrophie de la peau et la superposition des squames ; elle constitue un élément important dans le diagnostic de cette affection.

Les squames sont constituées par des lamelles blanches, nacrées, argentées, adhérentes aux téguments sur lesquels elles reposent, et dont on ne les détache qu’avec quelque difficulté ; la face interne de la partie exfoliée, de la squame, offre des saillies et des dépressions correspondant aux saillies papillaires et à leurs intervalles.

La face externe, au contraire, est irrégulière, offre une couleur micacée et d’un blanc d’argent ou un aspect terne; c’est dans ce cas que les taches de psoriasis gutlata ont pu être comparées avec justesse aux taches de bougie ou à de petits morceaux de plâtre. Ces squames psoriasiques sont formées par la réunion de lamelles épidermiques plus ou moins nombreuses; quelques auteureont cependant écrit qu’ils y avaient observé, à l’aide du microscope, non-seulement des cellules d’épithélium, mais encore des globules de pus, des globules pyoïdes et des végétaux myco-der-

DU PSORIASIS.

iniques. Quant à moi, je puis vous affirmer que je n’ai jamais constaté, dans les nombreux examens microscopiques auxquels je me suis livré, que l’existence de cellules épider» iniques. Ajoutons cependant qu’il n’est pas rare d’observer du pus ou de la sérosité purulente souS les squames, mais seulement dans le psoriasis aigu.

Le psoriasis débute, en général, par les coudes et les genoux, se répand de là sur le tronc et gagne ainsi successivement toutes les parties du corps, voire même la tête et la face. On a écrit que le psoriasis de la face était rare, mais cette assertion constitue évidemment une erreur : nous avons eu, assez souvent, en effet, l’occasion de l’observer. Seulement, comme les squames n’existent presque jamais, soit parce que, siégeant sur une peau fine, elles se détachent plus facilement, soit parce que les malades, pour masquer leur affection, ont soin de les détacher, on peut être induit en erreur si on n’est pas prévenu.

D'ailleurs le siège du psoriasis varie suivant l’origine qu’il présente. Est-il artificiel, ifr est limité aux points d’application de l’agent producteur, de la cause ; est-il arthritique, Il n’occupe que les parties découvertes, le cuir chevelu, la paume dés mains, la plante des pieds; est-il enfin herpétique, il offre cette tendance à la généralisation qüe nous vous signalions il y a un instant.

2° Période d'étal. — Quand le psoriasis a acquis un certain degré de développement, il cesse de s’étendre et reste stationnaire pendant un temps plus ou moins long, des mois, des années même ; c’est à cette époque où l’éruption psoriasique ne subit plus aucune modification que commence la deuxième période essentiellement carac-

térisée par la persistance des phénomènes que je viens d’indiquer. Toutefois, il n’est pas très rare de voir apparaître des recrudescences dans le cours de celte période d’état, et alors l’extension de l’affection revêt tantôt une marche aiguë, tantôt une marche lente et chronique.

Dans le premier cas on observe une rougeur érythémateuse qui, née des plaques psoriasiques, gagne progressivement les parties environnantes et ne tarde pas à se recouvrir de squames minces, foliacées et analogues à celles du pityriasis inflammatoire ; quelquefois même, la surface malade est suintante comme celles qui sont le siège de l’eczéma, mais l’absence de croûtes jaunes et épaisses, et de l’état ponctué des téguments, le début de l’affection par les coudes et les genoux, les caractères de l’éruption à son origine, caractères qu’un interrogatoire habile pourra vous révéler, cet ensemble de connaissances vous empêchera de tomber dans l’erreur.

Dans le second cas, l’extension se fait lentement et par l’addition de nouvelles plaques.

L’existence d’un psoriasis peut se concilier avec une santé parfaite ; aussi quelques dermatologistes ont-ils avancé que le psoriasis était une affection que l’on ne rencontrait que chez les personnes robustes.

Cependant, messieurs, nous voyons chaque jour des individus frêles et délicats en être affectés; aussi ne saurions-nous admettre d’une manière absolue l’assertion de nos collègues.

On a également imprimé que cette affection était rare chez les femmes et les petites filles ; c’est là, messieurs, une nouvelle erreur : il n’est personne d’entre vous qui

DU PSORIASIS.

n’ait observé, s’il a suivi assidûment notre visite pendant quelques mois, de nombreux exemples d’enfants du sexe féminin affectés de psoriasis.

Enfin simultanément avec le psoriasis peuvent exister d’autres accidents de la dartre ou de l’arthrilis, des congestions, des migraines, des névralgies, etc.

3" Période de déclin. — Le psoriasis peut se terminer par la guérison, mais c’est là une exception que nous n’avons que trop rarement l’occasion de constater. Cependant le psoriasis artificiel guérit toujours si le malade se soustrait à la cause qui l’a engendré ; le psoriasis arthritique s’efface aussi sous l’influence d’un traitement approprié, et s’il est sujet à récidiver, du moins disparaît-il définitivement à une certaine période de la vie, terminaison heureuse que l’on ne peut jamais espérer quand le psoriasis est de nature herpétique.

Dans ce dernier cas, en effet, le psoriasis persiste le plus souvent jusqu’à la mort dumalade. Cette issue peut d’ailleurs survenir de différentes manières : tantôt c’est à une maladie aiguë intercurrente, une pneumonie, une pleurésie, etc., que succombe le malade; tantôt l’affection s’invétère, le psoriasis recouvre toute la surface du corps, des fissures et des crevasses se produisent au niveau des articulations que le malade ne peut désormais faire jouer sans douleur, puis un moment arrive où les organes digestifs s’altèrent, où la quatrième période de la dartre commence, c’est-àdire où les altérations organiques se produisent, où l’asthme, la bronchite, le cancer apparaissent et constituent autant de causes d’une mort plus ou moins prochaine.

Quoi qu’il en soit, lorsque le psoriasis entre dans Ig

période de la décroissance, les squames deviennent de moins en moins nombreuses, et si, après s’être détachées de la surface malade, elles se reproduisent encore pendant un certain temps, du moins leur quantité diminue-t-elle de jour en jour; la saillie sur laquelle elles reposent s'affaisse progressivement, et enfin la teinte rouge des téguments devient de moins en moins intense ; en sorte qu’après un certain laps de temps il n’existe plus à la place des saillies recouvertes de squames que des taches plus ou moins rouges, taches qui s’effacent elles-mêmes plus ou moins rapidement, et le psoriasis eût-il duré dix, vingt ans, il ne laisse aucun stigmate de son existence passée.

Marche , durée. — Nous ne saurions, avec M. Devergie, diviser le psoriasis en psoriasis aigu et en psoriasis chronique. Ce n’est qu’accidenlellement que cette affection revêt la forme aiguë : au début, à un moment donné de son existence, elle se généralise avec une rapidité extrême; toute la surface du corps est couverte d’une rougeur érythémateuse et est le siège d’une desquamation foliacée, mais après un laps de temps variable et qui ne dépasse pas en général un mois ou six semaines, la rougeur diminue, les squames deviennent moins abondantes, çà et là apparaissent des Ilots où la peau recouvre son état naturel, Ilots qui s’agrandissent et deviennent de jour en jour plus nombreux jusqu’au moment où l’affection est rentrée dans ses limites ordinaires et a repris ses allures habituelles.

N’est-il pas vrai que ce mode d’apparition ou cette recrudescence momentanée de l’affection ne constitue qu’un accident et ne doit pas nous faire admettre la division de M. Devergie?

DU PSORIASIS. S83

La durée du psoriasis est variable et en rapport avec sa nature. Est-il herpétique, sa durée est indéterminée ; il disparait sans doute sous l’iniluence d’un traitement approprié, mais pour récidiverbienlôl, ou pour laire place à de nouvelles manifestations, et triste privilège qui lui est commun avec toutes les affections dartreuses, il tend à chaque récidive à envahir des surfaces plug étendues.

J’ai déjà dit que le psoriasis arthritique était également sujet aux récidives, mais que du moins il disparaissait à jamais à une certaine période de la vie du malade.

Quant au psoriasis artificiel, sa durée est en rapport avec le temps pendant lequel le malade reste soumis à l’action de l’agent producteur.

Siège anatomique. — M. Hardy a placé le siège du psoriasis dans le corps muqueux de Malpighi, mais le corps muqueux de Malpighi n’est autre chose que la couche profonde de l’épiderme, c’est-à-dire une partie exclusivement composée de cellules, et susceptible sans doute de subir des modifications, mais non de constituer un organe sécréteur ; aussi rejetons-nous celte opinion et admettons-nous simplement que le siège du psoriasis doit être placé dans l’organe sécréteur de l'épiderme, dans la papille épidermique.

Sémiotique. — 1° Diagnostic. — Dans la dernière leçon je vous ai énuméré les caractères différentiels du pityriasis et du psoriasis, je ne reviendrai donc pas sur ce sujet.

U est facile de ne pas confondre l’ichthyose, affection congénitale, caractérisée par des écailles grisâtres répandues sur toute la surface du corps avec le psoriasis, affec-

lion qui survient spontanément dans le cours de la vie et est caractérisée par des écailles blanches, argentées, adhérentes et souvent limitées aux coudes et aux genoux.

Le diagnostic du psoriasis et de l’eczéma offre quelquefois plus de difficultés : on voit, en effet, dans certaines variétés de psoriasis, dans le psoriasis de la tête, par exemple , se produire un suintement , une exhalation séreuse, et si l’on n’observe que cette région, on pourra tomber dans l'erreur; mais si l’on a soin d’examiner les coudes et les gehoux, on reconnaîtra en ces points les caractères spéciaux du psoriasis, et l’on évitera toute méprise. Toutefois, si le psoriasis est limité au cuir chevelu, l’examen des autres parties du corps ne fournira aucun indice diagnostique ; il faudra alors prendre en considération l’abondance de la sécrétion moindre dans le psoriasis que dans l’eczèma, la quantité des squames plus grande dans la première affection que dans la seconde. C’est principalement, d’ailleurs, quand l’eczéma est parvenu à la période de desquamation et occupe la paume des mains, que le diagnostic est couvert de telles obscurités que les dermatologistes les plus éminents hésitent et restent dans le doute.

Cependant, si l’on considère que le psoriasis de la paume des mains est caractérisé par des plaques circonscrites séparées les unes des autres par des intervalles de peau saine, recouvertes au début de squames blanches et argentées, tandis que l’eczéma occupe toute l’étendue de la face palmaire, présente des crevasses plus nombreuses et plus profondes, donne naissance à un suintement plus abondant, on arrivera à réunir une Somme de probabilités telle, qu’on sera bien près de la vérité.

MJ PSORIASIS.

D’ailleurs qu’importe le diagnostic précis du genre, ne savons-nous pas que le psoriasis et l’eczéma limités à la paume des mains sont toujours arthritiques, et dès lors notre thérapeutique ne sera-t-elle pas toujours la même, que nous ayons à traiter un eczéma ou un psoriasis?

L’herpès circiné et le psoriasis annulaire offrent des analogies et pourraient à la rigueur être pris l’un pour l’autre ; cependant un examen attentif suffira le plus souvent pour permettre d’éviter- l’erreur ; si en elfet la forme que revêtent ces deux affections est la même, du moins n’existe-t-il dans l’herpès circiné qu’une rougeur érythémateuse recouverte ou non de vésicules et de croùlelles, tandis que le psoriasis est caractérisé par une élévation papuleuse recouverte de squames épaisses. Enfin l’examen microscopique révèle dans un cas l’existence de spores et de tubes, et dans l’autre celle de cellules épithéliales.

Le psoriasis peut être confondu avec des affections syphilitiques : c’est ainsi que l’on a pu prendre le lichen syphilitique généralisé pour un psoriasis ; cependant lorsqu’on a sous les yeux un lichen syphilitique, les papules offrent une couleur cuivrée, les squames sonttoujoursmoins nombreuses et individuelles pour chaque papule, on ne constate pas de démangeaisons et l’on peut retrouver les traces des accidents primitifs. C’est principalement, d’ailleurs, la syphilide tuberculeuse de la paume des mains qui donne lieu aux méprises les plus fréquentes. Toutefois l’éruption syphilitique a été précédée de tubercules dont on a constaté la présence, ou à la préexistence desquels on peut remonter en interrogeant le malade, offre une coloration cuivrée, ne donne jamais naissance ü une desquamation abondante, etc.

Baux. / 25

Ajoutons, d’ailleurs, qu’il existe quelquefois des circonstances bien capables d’induire en erreur un médecin prévenu : qu’un malade, par exemple, ait été atteint de syphilis avant d’avoir vu paraître son psoriasis, et l’on pourra croire qu’il existe une relation de cause à effet entre cette affection et la maladie constitutionnelle dont elle a été précédée et cependant le traitement mercuriel ne sera suivi d’aucun résultat, d’aucun effet heureux, tandis que le malade guérira rapidement si, éclairé par cet insuccès du traitement spécifique, on ordonne les alcalins à l’intérieur et si en même temps on modifie la constitution dans le cas où le ma- , lade aurait absorbé line quantité trop grande de mercure.

Le lichen circonscrit offre aussi* de l’analogie avec le psoriasis, mais le lichen est caractérisé par des papules, ne donne naissance qu’à une desquamation farineuse, et n’occupe pas les régions qui sont les sièges de prédilection du psoriasis.

L’érythème pellagreux ne saurait être méconnu que par un observateur inattentif; cette affection apparaît, en effet, au printemps, est caractérisée par une rougeur érythémateuse, par des Squames peu épaisses qui se détachent lentement de la surlace cutanée, et bientôt par un amincissement tel de la peau que les tendons des extenseurs se dessinent nettement. Enfin elle se présente sur toutes les parties que ne protègent pas les vêtements, c’est-à-dire sur la face, les mains, les pieds, le cou, etc.

Pronostic. — Le pronostic du psoriasis varie avec l’espèce que présente le malade : cette affection est-elle artificielle, elle n’entraîne à sa suite qu’un pronostic des plus légers, puisqu’elle doit disparaître avec la cessation

bu PSORIASIS.

de la cause. Au contraire, le pronostic est très fâcheux si le psoriasis est herpétique, puisque celte espèce est sujette aux récidives, et prend droit de domicile chez le malade à mesure qu’il avance en âge. Enfin, la gravité du psoriasis arthritique, moindre que celle du psoriasis herpétique, est plus grande que celle du psoriasis artificiel. Si, en effet, cette manifestation arthritique ne guérit pas aussi facilement que le psoriasis artificiel, du moins offre-t-elle de la tendance à disparaître à une certaine période de la vie, et non â s’invétérer comme le psoriasis herpétique.

Traitement. — Le médecin chargé du traitement d’un psoriasis doit remplir deux sortes d’indications, les unes fournies par l’affection générique, les autres fournies par la nature de cette affection.

Indications fournies par l'affection. — Si dans le cours du psoriasis survient un état aigu, la médication antiphlogistique donnera les résultats les plus heureux; on prescrira donc les bains émollients, les applications topiques émollientes, etc. On rejettera, au contraire, cesagents médicamenteux si le psoriasis est simplement chronique, et l’on mettra en usage l’huile de cade, les bains alcalins, les bains de vapeur, la pommade au goudron, etc.

L’huile de cade est le modificateur dont nous nous servons habituellement et à l’aide duquel nous obtenons les succès les plus grands. Qu’un malade se présente à nous, affecté de psoriasis, et nous lui conseillons, en outre d’un traitement général approprié, de faire chaque soir, sur toutes les parties malades, des frictions avec de l’huile de cade pure ou légèrement mitigée avec de l’huile d’amandes douces, d’en laisser une légère couche à la surface

des téguments et de coucher avec la chemise qui en est imprégnée. 11 est rare que nous ne constations pas une amélioration évidente au bout de quelques jours et une disparition complète de l’éruption après six semaines ou deux mois d’un traitement régulièrement suivi.

Mais les indications les plus utiles, les plus urgentes à satisfaire, sont celles qui sont fournies par la nature de l’affection.

Indications fournies par la nature de I affection. — Le psoriasis est-il artificiel, est-il dû à la profession du malade, il faut conseiller avant tout, la cessation de la cause, si l’on veut obtenir une rapide guérison. Mais la profession du malade peut n’avoir constitué qu’une cause occasionnelle, qu’une épine qui, par sa présence, a déterminé l’apparition de manifestations arthritiques ou dartreuses; dans ce cas, l’affection subsiste même après que la cause a cessé d’exister, pt pour arriver à d’heureux résultats, il faut recourir â une médication antiarthritique on antiherpétique, médication qu’il faut employer de prime abord, si le psoriasis est arthritique ou herpétique.

Que les eaux minérales soient alcalines ou arsenicales, leur usage est suivi 'de peu de succès, procure peu d’améliorations, si on les conseille à un malade affecté de psoriasis herpétique; mais elles sont très utiles, au contraire, s’il s’agit d’un psoriasis arthritique : peu importe d’ailleurs qu’elles «oient sulfuro-alcalines ou simplement alcalines.

Quelques dermatologistes ont vanté le bon effet des préparations cantharidiennes ; je ne les ai jamais employées sur une échelle assez large pour pouvoir me prononcer avec autorité, aussi me bornerai-je à cette simple mention.

CLASSEMENT DE PSORIASIS. 38»

Avant de terminer cette histoire dogmatique du psoriasis, il me reste à résoudre deux questions importantes: Peut-on sans danger faire disparaître promptement le psoriasis? Cette affection est-elle alors sujette à récidiver rapidement? A ces questions, nous ferons les réponses suivantes : Non, le psoriasis ne peut être guéri sans danger dans certaines circonstances ; si, par exemple, le malade est atteint d’un asthme ou d’une bronchite chronique, la suppression du psoriasis aura pour effet de rapprocher les accès d’asthme et d’en allonger la durée ; de même si le malade est sujet à des accès de folie, vous verrez les intervalles de lucidité devenir moins nombreux et moins longs 3 près la suppression du psoriasis, et au contraire la folie disparaître avec le retour de l’affection cutanée.

Dans un certain nombre de cas, il faut donc user de prudence et agir avec ménagement ; mais sauf ces exceptions, on pourra toujours sans danger guérir promptement le psoriasis.

M. Devergie prétend que si on balaye rapidement le psoriasis à l’aide de frictions générales, la récidive sera plus facile et plus â craindre ; sans doute ce retour rapide de l’affection s’effectuera si le malade cesse toute médication après la disparition de l’affection; mais s’il continue l’usage de l’huile de cade, prend des pilules d’arséniate de fer ou la solution arsenicale, les récidives ne seront pas plus fréquentes après une guérison rapide, qu’après une disparition lente de l’affection.

CLASSEMENT DU PSORIASIS.

1° École de Willan. — Willan et Baleman ont rangé le

psoriasis dans l’ordre des squames, à côté du pityriasis et de i’ichlhyose, mais ont établi une séparation entre la lèpre vulgaire et le psoriasis.

Samuel Plumbe, Duflin et M. Gibcrt ont admis le classement des auteurs anglais, mais n’ont pas considéré comme deux affections distinctes la lèpre et le psoriasis. Samuel Plumbe s’est efforcé, dans son traité intitulé ; A practicul Treatise on Diseoses on the Skin, d’établir l’identité de nature de la lèpre vulgaire et du psoriasis.

M. Gibert a suivi cette voie et a écrit : « Les mots psoriasis et lèpre vulgaire doivent s’appliquer à des affections cutanées de même nature, et qui ne diffèrent entre elles que par la forme. »

MM. Cazenave et Devergie, au contraire, ont adopté, sans les modifier, les traditions willanistes, ont placé le psoriasis dans l’ordre des squames, et ont consacré un chapitre spécial à la lèpre vulgaire.

2” École d’ Alibert. — Alibert a désigné le psoriasis sous le nom A' herpès furfureux arrondi, et l’a décrit dans le chapitre des dermatoses dartreuses. Pour Alibert, l’herpès est une dermatose dartreuse qui comprend deux espèces : l’herpès furfureux et l’herpés squameux ; l’herpès furfureux offre deux variétés : l’herpès furfureux volatil, et l’herpès furfureux circiné ; l'herpès furfureux volatil répond au pityriasis, et l’herpès furfureux circiné au psoriasis.

Le psoriasis constitue pour M. Hardy une des quatre affections dont se compose sa classe des dartres; elle se trouve placée à côté du pityriasis, de l’eczéma et du lichen.

M. Gintrac (de Bordeaux) a considéré également le

DES ESPÈCES DE PSORIASIS. 39l

psoriasis comme une dartre, et l’a placé dans sa classe essentiellement naturelle des herpétides.

Mais cet auteur ajoute dans le court chapitre qu’il a consacré aux arthritides, que des affections squameuses paraissent être la conséquence évidente du principe arthritique, et que VVillan a vu chez des goutteux le psoriasis palmaire alterner avec les attaques et manifester ainsi scs affinités avec'la diathèse dominante; malheureusement il ne va pas plus loin, considérant le sujet comme à l’élude.

Quant à nous, messieurs, nous avons envisagé le psoriasis, d’une part, comme une affection générique, et nous* l’avons placé dans l’ordre des squames, de l’autre comme une affection s\ diplomatique, et nous l’avons rangé parmi les affections de cause' externe et parmi les affections de cause interne.

ÉNUMÉRATION ET DESCRIPTION DES ESPÈCES ET VARIÉTÉS DE PSORIASIS ADMISES PAR LES DERMATOLOGISTES.

Nous vous avons déjà dit que Willan et Bateman avaient considéré et décrit comme des genres distincts la lèpre vulgaire et le psoriasis ; il nous reste maintenant à vous énumérer les variétés de forme et de siège qu’ont admises les dermatologistes anglais.

Les variétés de forme de la lèpre vulgaire sont : la lèpre vulgaire, la lepra alphoides et la lepra nigricans.

La lèpre vulgaire est caractérisée par des plaques écailleuses de différentes dimensions, mais offrant toujours une forme circulaire.

La lepra alphoides offre à peu près les mêmes caractères que la variété précédente : elle n’en diffère que par les

dimensions des plaques, dont le diamètre dépasse rarement quelques lignes, par la petitesse et la blancheur des écailles, par son siège aux extrémités, etc. Or ces caractères distinctifs sont-ils suffisants pour nous faire accepter cette variété? Nous n’hésitons pas à répondre par la négative.

Enfin la lepra nigricans est une variété plus rare, qui diffère de la lèpre vulgaire par la couleur brune et livide de ses plaques, par la facilité avec laquelle s’enlèvent les squames et parce que enfin la surface de la peau est souvent excoriée et donne issue à de la sérosité sanguine jus- •qu’à ce qu’unc nouvelle incrustation soit formée.

Cette description s’applique-t-elle à une variété de lèpre vulgaire ou à une variété de syphilide, ainsi que le veulent quelques dermatologistes? Evidemment Bateman a décrit dans les lignes précédentes une affection essentiellement différente de la lèpre vulgaire.

L’auteur anglais admet quatre variétés de forme de psoriasis :

Le psoriasis gultata qu’il considère comme un anneau intermédiaire au psoriasis et à la lèpre, est caractérisé par des plaques distinctes, petites, c’est-à-dire dont le diamètre dépasse rarement deux à trois lignes.

Le psoriasis diffusa (i in f antilis de Willan) est le plus ordinairement caractérisé par des plaques larges, irrégulièrement circonscrites, dont la surface est rude, rouge gercée et se trouve parsemée de légères écajlles; mais dans d’autres circonstances, il commence à se manifester sous la forme de plaques séparées, dont les dimensions et la forme sont indéterminées et qui % deviennent confluentes jusqu’à ce qu’elles couvrent la presque totalité du mem-

DK S ESPÈCES DK PSORIASIS. 393

bre ; cependant cette variété peut rester limitée au point où elle est née : ainsi est-il lorsqu’elle est produite par une irritation locale, chez les boulangers {gale des boulangers), les blanchisseuses à leur poignet, etc.

Chez les enfants depuis l’âge de deux mois jusqu’à celui de deux ans, le psoriasis diffusa se présente quelquefois avec un développement assez grand, aussi Willan en a-t-il fait une variété distincte qu’il a désignée sous le nom de psoriasis infantilis.

Le psoriasis gyrata est caractérisé par des plaques disposées sous la forme d’une raie tortueuse ou serpentine.

Le psoriasis inveterata débute par des plaques distinctes, irrégulières, qui s’étendent et deviennent confluentes jusqu’à ce qu’elles couvrent à la fois toute la surface du corps, à l’exception d’une partie de la face, ou de la paume des mains et de la plante des pieds ; c’est quelquefois, ajoute Bateman, le dernier degré du psoriasis diffusa ou une suite du prurigo senilis.

Seul le psoriasis présente des variétés de siège ; ce sont : Le psoriasis labialis ;

— palmaria ;

— ophthalmica ;

— præpulialis;

— scrotalis.

Le psoriasis labialis est situé sur les lèvres et principalement sur la lèvre inférieure dont l’épiderme délicat s’épaissit et se gerce quelquefois pendant un long intervalle de temps.

Le psoriasis palmaria est caractérisé par des plaques écailleuses présentant des sillons profonds, etc.

30â DIXIÈME LEÇON.

Telles sont les variétés de psoriasis admises par Bateman ; elles ont été plus ou moins fidèlement reproduites par les dermatologistes vvillanisles qui se sont succédé depuis cet auteur.

M. Cazenave, à l’exemple de Willan, Bateman et de Bielt son maître, considéra la lèpre vulgaire elle psoriasis comme deux genres distincts ; toutefois il ne conserva pas les deux variétés de la lèpre vulgaire que Bateman avait décrites sous les noms de lepra alphoides et de lepra nigricam. « La première de ces deux variétés, a-t-il écrit, ne diffère de la lèpre vulgaire que par une étendue un peu moindre et une teinte un peu plus blanche de ses plaques; quant à la seconde ( lepra nigricam ), nous ne possédons que trop peu de faits pour la décrire, nous avons cru longtemps qu’elle constituait une variété de syphilide, mais Biett a eu dans ses salles deux malades affectés d’une éruption offrant tous les caractères de la lepra nigricans, et n’étant évidemment pas de nature syphilitique. »

Enfin notre collègue a admis les quatre variétés de forme de psoriasis qu’avait décrites Bateman, et en outre des cinq variétés de siège du dermatologistc anglais, les deux variétés suivantes : le psoriasis dorsalis et le psoriasis unguium.

« Le psoriasis dorsalis, dit-il, est quelquefois fixé sur le dos de la main et s’étend peu à peu sur la face dorsale des doigts ; il présente des squames plus sèches, plus larges, plus dures, se compliquant de gerçures profondes au niveau des articulations. C’est la gale des boulangers; on le rencontre aussi chez les blanchisseuses. » 11 est facile de s’apercevoir que sous le nom de psoriasis dorsalis, M. Caze-

nave a décrit la forme locale du psoriasis diffusa de Bateman. Est-ce bien là, d’ailleurs, lin psoriasis que la plume de notre collègue a décrit?

Le psoriasis unguium est une forme que M. Cazenave a empruntée à Biett; elle coexiste souvent avec d’autres formes, et principalement avec le psoriasis gultata; l’affection gagne ordinairement la matrice de l’ongle, la sécrétion est viciée, Longle se contourne, se couvre d’aspérités, devient inégal, lainelleux.

Celte variété constitue une manifestation arthritique.

M. Rayer a décrit également comme genres distincts la lèpre vulgaire et le psoriasis, et a admis deux variétés de lèpre -vulgaire, la lèpre alpboïde et la lèpre vulgaire proprement dite.

D’autre part, il a accepté, sans y apporter de modifications, les quatre variétés du psoriasis de Bateman : le psoriasis discret (yuttata ), le psoriasis confluent ldi //usa), le psoriasis invetcrata ou agria des anciens, et enfin, le psoriasis gyrata; mais il a décrit six variétés de siège : les psoriasis du cuir chevelu, de la face, du tronc, du scrotum, du prépuce et des mains.

Noué vous tracerons dans un instant les caractères distinctifs de ces variétés, disons seulement ici que la plupart constituent des manifestations arthritiques, que M. Rayer, en parlant du psoriasis de la face, avance que les affections squameuses des paupières ne constituent pas, comme il le croyait, des formes de psoriasis, mais des variétés de pityriasis, distinction peu impor tante à nos yeux, puisque la nature, et partant le traitement de l’affection, ne changent pas, qu’elle soit d’ailleurs psoriasique ou pityriasique; que

ce même auteur admet enfin trois sous- variétés de psoriasis

palmaire :

Le psoriasis palmaire discret et confluent,

— centrifuge,

— de la face dorsale des mains.

De ces sous-variétes, la dernière correspond à la forme locale du psoriasis diffusa de Bateman, ou au psoriasis dorsalis de Cazenave ; la deuxième s’observe, selon M. Rayer, chez les blanchisseuses et les personnes exposées au contact des substances métalliques, est sujette aux récidives, est caractérisée par une élevure solide dont le sommet présente une petite écaille épidermique blanche et sèche, élevure bornée par un cercle rougeâtre autour duquel s’en forme bientôt un deuxième, par des démangeaisons, et plus tard par des gerçures répondant aux lignes observées à la paume de la main; et la première, enfin, est caractérisée par des élevures plus larges que celles des autres variétés de psoriasis, rougeâtres, fermes sous le doigt, sièges de démangeaisons, d’une chaleur assez vive, et de douleur à la pression, élevures qui s’affaissent et font place à un épaississement et à une teinte jaunâtre de l’épiderme, semblable à celle de la peau du talon.

M. Gibert n’a pas séparé le psoriasis et la lèpre vulgaire, mais les a décrits comme deux variétés d’une même affection générique. A l’exemple de ses prédécesseurs, il a admis quatre variétés de forme : les psoriasis gultata, diffusa, inveterata, gyrata, et les quatre variétés suivantes de siège : les psoriasis palmaria et plantaria, præputii et scrotalis, labialis, ophthalmica.

Au sujet des variétés de forme, M. Gibert se demande si

l’on ne pourrait pas indiquer sous le nom de psoriasis orbicularis une autre nuance décrite par MM. Cazenave et Scliédel, nuance qui lui paraît avoir été retracée par M. Alibert, sous le nom de dartre squameuse orbiculaire, et qui est caractérisée par de larges plaques arrondies, rosées, recouvertes de squames minces et légères.

Nous pensons que cette description se rapporte à un pityriasis, mais nous vous rappelons qu’une erreur de genre importe peu au point de vue thérapeutique, puisque la nature de l’affection reste la même.

En décrivant les variétés de siège, M. Gibert établit un rapprochement entre le psoriasis palmaire et la dartre centrifuge d’Alibert. Eh bien! si M. Gibert a raison pour ' un certain nombre de cas, il a tort pour un grand nombre ; si, en effet, la dartre centrifuge comprend le psoriasis, elle comprend aussi l’érythème centrifuge.

Enfin, notre collègue se demande si on ne devrait pas signaler comme variété de siège distincte le psoriasis capitis, vu les analogies qu’il présente avec le pityriasis et l’eczéma. Sans aucun doute, le psoriasis capitis constitue une variété de siège importante, mais moins importante i\ cause de ses apparences extérieures qu’en raison de son origine très souvent arthritique.

M. Devergie, dont la plume a écrit : Qu’importe qu’un psoriasis soit punctata, guttata, etc.? M. Devergie a cependant décrit comme deux genres distincts le psoriasis et la lèpre vulgaire, c’est-à-dire deux affections qui ne diffèrent que par la forme.

Ce médecin admet des formes simples et des formes

composées de psoriasis :

Les quatre variétés deWillan et Bateman et en outre le psoriasis punctata, variété dont les éléments sont toujours limités à des surfaces malades offrant seulement quelques millimètres d’étendue, et sont susceptibles de se multiplier mais non de s’étendre; et le psoriasis nunimularia caractérisé par des plaques arrondies de la largeur de pièces de deux à cinq francs, telles sont les formes simples admises par M. Devergie.

Les formes composées sont au nombre de deux : « le psoriasis eczémateux a son siège principal aux jambes et aux avant-bras. Il se montre sous une forme chronique, est caractérisé par une ou plusieurs surfaces plus ou moins ' étendues qui dès l’abord se recouvrent d’un mélange de squames et de lamelles épidermiques, tout en causant des démangeaisons et en fournissant de temps à autre de la sérosité. Les démangeaisons conduisent aux grattages, produisent des fendillements, des fissures que l’on n’observe jamais dans le psoriasis simple.

» Sa marche est d’ailleurs à peu près la même, ce qui importe, c’est la thérapeutique qui est différente de celle du psoriasis simple. On ne peut, en effet, faire usage de pommades aussi fortes que dans le psoriasis simple, et on obtient de très heureux résultats avec les préparations arsenicales.

» Le psoriasis berpétiforme occupe la partie interne des membres et la région antérieure du tronc autant que leur partie externe et le dos. Il est caractérisé par de petites élevures rouges, ressemblant à des papules plates, qui se dépriment à leur cenlie, se guérissent en même temps qu’un bourrelet se forme à la circonférence, grandit,

s’étend de plus en plus, entourant ainsi la partie saine. »

M. Devergie ajoute que le trichophylon peut se développer sur ces plaques et que l’on a alors sous les yeux une première variété qui répond à l’herpcs circiné ordinaire, mais qu’il en existe une autre caractérisée par un bourrelet circonférentiel comme la précédente, mais dont le centre est malade.

Le psoriasis eczémateux constitue une manifestation arthritique ; quant à la première variété de psoriasis herpétique, elle doit être regardée comme une affection parasitaire, comme un érythème ou un herpès circiné trichophytique.

Enfin M. Devergie admet comme variétés de siège, les psoriasis palmaire et plantaire, le psoriasis capitis et le psoriasis unguium, toutes variétés qui constituent poür nous autant de dépendances de l’arlhritis, mais rejette comme variétés de siège les psoriasis scrotalis, præputialis, ophlhalinica, qui' ne sont pour lui que des variétés de siège du pityriasis ruhra.

l.cule d'AliOert. — Alibert a décrit le psoriasis et la lèpre vulgaire sous les noms d ' Iterpèt squameux lichénoïde et d 'herpcs furfureux arrondi dans la classe des dermatoses dartreuses. Ses descriptions n’offrent aucune particularité et ne méritent pas de nous arrêter.

M. Ginlrac (de Bordeaux) a admis implicitement deux espèces de psoriasis: le psoriasis herpétique et le psoriasis arthritique ; d’une part, en effet, il a décrit le psoriasis dans la classe des herpétides et d’autre part, il a laissé entrevoir dans le chapitre consacré à l’arthrilis, que le psoriasis avait des rapports évidents avec l’arlhritis et les affections

arthritiques ; malheureusement il n’a pas indiqué les caractères objectifs à l’aide desquels on pouvait reconnaître le psoriasis goutteux.

Les divisions secondaires ne présentant rien de particulier, nous les passons sous silence.

M. Hardy n’a admis qu’une seule espècé de psoriasis, et a rattaché exclusivement à la dartre cette affection squameuse ; mais il a décrit des variétés de forme et des variétés de siège.

Les variétés de forme sont les psoriasis punclala, guttala, circiné ( lèpre vulgaire), nummulaire, gyrata et diffusa, variétés sans importance aucune.

Les variétés de siège sont : le psoriasis communis qui recouvre tout le corps ou seulement les coudes et les genoux.

Le psoriasis capitis,

— de la face,

— palmaire et plantaire,

— unguium,

— præpulialis,

— général.

Celte dernière variété est caractérisée par des squames peu épaisses, peu adhérentes, non imbriquées, recouvrant une peau rouge, tendue, etc. ; elle nous parait être une variété de pityriasis.

Telles sont les espèces et les variétés de psoriasis admises par les willanisles et les aliberlistes ; leur énumération vous a prouvé que les adeptes de l’école anglaise et les partisans d’Alibert ont suivi pour le psoriasis la ligne de conduite qu’ils avaient déjà adoptée au sujet des autres

affections génériques, que ceux-là ont uniquement décrit des variétés de forme ou de siège, mais n’ont en aucune façon cherché à rattacher le psoriasis à une maladie telle que la dartre ; que ceux-ci ont sans doute compris que cette affection n’était qu’une manifestation d’un ou de plusieurs états généraux de l’économie, mais l’ont exclusivement rattaché à la dartre, tandis qu’elle constitue une manifestation arthritique et herpétique.

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