ÉT10LOGIE
Dans le chapitre précèdent, nous avons exposé la nosographiede la maladie vénérienne; nous allons parler maintenant de l'étiologie.
D'après la définition que je vous ai donnée de la syphilis, elle est contagieuse et héréditaire : je dois donc m'occuper successivement de ces deux modes de transmission, la contagion et l'hérédité.
§ I. — Contagion.
La contagion a été niée un instant par quelques esprits rêveurs; mais personne ne songe plus maintenant à la révoquer en doute.
Exisle-l-elle au même degré pendant toutes les phases de la maladie, et dans toutes les périodes d'un même accident?
Elle est évidente et admise en eltel par tous les syphiliographes dans la période primitive, mais dans la période secondaire elle devient un sujet de contestation. A l'école de M. Rieordqui ne l'admet pas, les eonlagionistesont répondu par des expériences parmi lesquelles je citerai celles de Wallace, de Waller et de M. Houlev. Mais ces expériences sont peu concluantes, [tare.1 que, d'une part, on paraît avoir pris des chancres pour des plaques muqueuses ulcérées, et, d'autre part, avoir forcé les conditions de la contagion. Cependant, j'admets la contagion des accidents secondaires en la considérant comme un fait exceptionnel. Quant aux accidents tertiaires, la contagion est niée par tout le monde.
Pour un même accident, elle est plus marquée au début : ainsi, arrivée à une certaine phase de son évolution, la blennorrhagie n'est plus contagieuse, et le chancre inoculable dans sa période de progrès, ne l'est plus, d'après Hun ter et M. Uicord, dans sa période de réparation.
M. Auzias ne partage pas entièrement cette manière de voir: suivantlui,le pus qui n'est plus inoculable sur le malade lui-même, peut l'être encore sur un sujet vierge de tout accident syphilitique.
Cependant, je n'hésite pasà me ralliera l'opinion deHunter et de M. Ricord, et je pense qu'il arrive un moment où le chancre, réduit à l'état de plaie simple, fournit un pus qui ne possède aucune qualité spécifique.
ÊTIOLOGIE. 31
Lacontagion nous est toutà fait inconnue dans sou essence, mais nous pouvons parfaitement saisir les conditions nécessaires pour qu'elle s'effectue.
A la peau, c'est la lésion de l'épidémie déchiré par la lancette, ou détruit par des excoriations, qui laisse arriver le pus syphilitique sur la couche sous-jaeente. Ce pus, déposé sur la peau intacte, ne produit rien. C'est ainsi que nous voyons tousles jours les chirurgiens toucher impunément desfemmes malades; que, par malheur, 'lisaient quelque écorehure au doigt introduit, ils s'exposent à contracter la syphilis. Sur les muqueuses, défendues contre les agents extérieurs par leur situation beaucoup mieux que par leur mince épithélium, la dénuda tion n'est pas indispensable, il suffît du contact d'une partie affectée, contact qui s'aecom pagne de frottementeomme dans le coït, ou de pression, sur les lèvres dans les baisers lascifs, sur les conjonctives lors du passage de l'enfant au travers des parties génitales de la mère infectée.
M. Cullerier va plus loin : il a prétendu dans ces derniers temps qu'une femme qui n'a aucun symptôme syphilitique, et même n'en aura jamais, pouvait néanmoins transmettre la syphilis. Mais les faits qu'il cite à l'appui de son opinion ne sont pas de ceux qui peuvent entraîner les convictions, et l'on y cherche en vain cette rigueur dont se targue l'école svphiliograplnque moderne, ordinairement si scrupuleuse en matière d'observation.
Cette transmission ne pourrait s'expliquer qu'en admettant que cette femme a en dépôt, à la surface des parties génitales, un principe provenant d'un coït antérieur, et qui, sans avoir d'action sur elle, est absorbé par un autre homme qui survient assez tôt pour recueilllir le fruit de ce commerce impur.
On a tenté de pratiquer Floculation avec d'autres liquides
que l€ pus syphilitique, mais les expériences de Waller sur le sang des syphilitiques, n'ont point prouvé du tout qu'il lût inoculable.
Je ne terminerai pas ce court chapitre sur la contagion sans vous faire remarquer qu'il n'y a pas un rapport constant entre elle et l'inoculation : un accident contagieux peut, en effet, ne pas être inoculable.
Maintenant, supposons le pus déposé au-dessous de l'épidémie, comment l'infection générale va- t-elle se produire?
Deux théories sont en présence : dans l'une, on considère le pus syphilitique comme pénétrant dans la circulation et donnant lieu à un empoisonnement dont les accidents primitifs ne sont que la première manifestation ; dans l'autre, on regarde le mal comme primitivement local, et ne produisant que plus tard l'infection générale, de sorte que si l'on détruisait à temps les accidents primitifs par le caustique, on pourrait conjurer l'explosion des manifestations constitutionnelles.
Cette dernière opinion, adoptée par M. liicord, n'est plus admise par la généralité des médecins, même par ceux qui se montrent les plus attachés à sou école , M. Diday , par exemple.
Après avoir interrogé en vain la chimie et le microscope, pour arriver à la connaissance de la nature intime de l'agent de transmission, il a fallu recourir aux hypothèses.
Il en existe un grand nombre dans la science. Mais celle qui a été le plus généralement adoptée consiste à assimiler le pus syphilitique à un agent toxique, à un virus analogue au virus* rabique et variolique, contenant en lui tous les éléments de la syphilis, et se multipliant ensuite par fermentation dans le corps.
Les partisans du virus syphilitique se sont partagés en