‹ Leçons théoriques et cliniques sur les syphilidesChapitre 14 sur 51 · ÉT10L0GIE · texte numérisé non relu

ÉT10L0GIE

Et les auteurs qui comme M. Devergie admettent une classe mixte de serofulo'-syphilides, et ceux qui en présence d'un diagnostic douteux prononcent ce mot si commode, scrofulate de vérole, ne font que constater la difficulté dans certains cas d'établir des différences entre les affections de la scrofule et celles de la syphilis. Du reste, il y a une excellente raison pour que la syphilis tertiaire ne soit pas transmissible, c'est qu'elle entraîne la stérilité.

Ce que je viens de dire de la syphilis tertiaire, je pourrais le répéter pour la syphilis quaternaire.

Je dois vous faire remarquer que l'action de l'hérédité n'est pas forcée : un malade bien entaché de la diathèse syphilitique a toutes les chances pour procréer des enfants vérolés, mais cela n'arrive pas nécessairement, et j'ai vu dans ma pratique, quelques exemples de ces faits exceptionnels.

La syphilis héréditaire peut, du reste, comme les autres maladies constitutionnelles, sauter une génération, et, dans tous les cas, c'est généralement sur les premiers produits que son aetion s'exerce avec le plus de force.

§ III. — Des conditions extérieures on propres a l'individu qui favorisent le développement de la syphilis..

Après la contagion et l'hérédité, je vais vous parler des causes prédisposantes et déterminantes. Je les rangerai sous trois chapitres: les influences physiologiques, hygiéniques et pathologiques.

a. Influences physiologiques. — Elles doivent être successivement étudiées au point de vue de l'âge, du sexe, du tempérament et de la constitution. Aucun âge n'est exempt de la syphilis. Cependant, et cela se comprend facilement, c'est dans l'âge adulte qu'elle est le plus fréquente. Elle

marche chez les enfants avec plus de rapidité que chez les adultes cl plus souvent vers une terminaison fatale.

On a prétendu qu'elle était moins fréquente et moins grave chez la femme que chez l'homme : ce qu'il y a de sûr c'est que certains accidents se rencontrent moins souvent chez elle : le chancre induré par exemple. Quant au tempérament, il prédispose à certaines formes de la syphilis, plutôt qu'à d'autres: c'est ainsi que les formes acnéiques et pustuleuses affectent plus souvent les individus d'un tempérament lymphatique; que les formes papuleuses sont plus fréquentes chez ceux d'un tempérament hilieux ; que le tempérament sanguin, prédispose aux tubercules et aux douleurs rhumatoïdes, et le tempérament nerveux aux névralgies cl aux douleurs ostéocopes.

La constitution n'est pas non plus sans iniluence sur la syphilis; mauvaise elle en augmente la gravité.

b. Influences hygiéniques. — On a tour à tour accusé le froid et la chaleur de favoriser l'apparition des manifestations de la syphilis.

Je crois bien plutôt à l'inlluence du passage brusque du froid au chaud. Quant aux climats, c'est principalement en déterminant telle forme plutôt que telle autre, qu'ils agissenl.

Il n'est rien de mieux établi que l'action des causes artificielles sur le développement des accidents de la syphilis. Ne voit-on pas souvent dans cette maladie, comme dans la scrofule, des coups, une chute, etc., appeler sur le système osseux les manifestations tertiaires? Ne voit-on pas à la suite d'excès de table apparaître des syphilides? Ne se montrent-elles pas aussi après un bain de vapeur, un bain sulfureux? Dans un cas de diagnostic obscur, on peut môme utiliser la connaissance de ce fait, et hâter l'apparition d'accidents à la peau, afin que la maladie se caractérise mieux.

PATFI0GÉN1F. 37

Les excès, la misère, une alimentation insuffisante, sont des conditions qui augmentent la gravité de la maladie.

On a prétendu aussi que le lait d'une nourrice infectée pouvait communiquer la syphilis. Certainement ce lait ne peut être pour l'enfant une bien bonne alimentation, mais je ne pense pas qu'il puisse lui communiquer cette maladie.

c. Influences pathologiques. — Toutes les maladies spontanées ou de cause externe, peuvent favoriser le développement des manifestations de la vérole. Combien de fois ne les a-t-on pas vues se manifester à la suite d'une synoque, d'une fièvre typhoïde, d'un phlegmon, etc.

§ IV. — Pathogénie.

La pathogénie de la syphilis soulève trois questions : 1° Estelle une unité pathologique? *2° quelle est sa nature? 3° quelle place doit-elle occuper dans les cadres nosologiques?

Est-ce une unité pathologique? Démembrée un instant par la doctrine physiologique de Broussais, la syphilis n'a pas tardé a être reconstituée de nouveau, et tout le monde s'accorde maintenant pour lui rattacher les affections diverses auxquelles elle imprime un cachet spécial.

On peut même dire que c'est la seule unité pathologique admise par toutes les écoles. On sait, en effet que la scrofule elle-même n'a pas trouvé grâce devant les organiciens.

Mais cette unité morbide est-elle de date récente, ou son origine se perd-elle dans la nuit des temps?

Je pense que la syphilis a toujours existé; les affections si diverses qu'elle tient sous sa dépendance ont été de tout temps connues et décrites par les auteurs, mais ce n'est que lorsque est survenue la fameuse épidémie du xve siècle, que l'attention des médecins éveillée par cette recrudescence du

mal, leur a permis de rattacher à la syphilis les manifestations si variées par lesquelles elle se traduit.

La môme chose, du reste, s'est passée pour la scrofule. On n'avait d'abord décrit sous ce nom que i'écrouelle cervicale, et ce n'est que plus lard que les engorgements ganglionnaires des autres régions, la tumeur blanche, le lupus, etc., ont été rangées parmi les affections d'origine strumeuse.

Quant à la détermination de la nature de la syphilis, les humoristes et les solidistes ont invoqué, les uns les altérations des liquides de l'économie, les autres celles du système lymphatique.

Mais la diminution des globules du sang, l'inflammation du système lymphatique et autres lésions dans lesquelles on a voulu faire consister la syphilis, ne sont que des effets, et ne doivent pas être considérées comme des causes.

J'arrive enfin au troisième problème que soulève la pathogénie de la syphilis. Quelle place doit-elle occuper dans les cadres nosologiques? Sauvages, Machride l'ont placée dans leur dixième classe à côté de la goutte et du scorbut, Pinel dans sa cinquième classe, à côté du cancer, du scorbut et de la scrofule.

Les syphiliographes modernes la rangent, les uns parmi les empoisonnemen ts , les au très, parmi les maladies virulentes .

Mais on a beau parcourir les quatre classes de poisons admises par Orfila : on ne trouve aucun rapport entre la syphilis et les phénomènes qu'ils déterminent.

Est-ce avec plus de raison qu'on la rapproche des maladies virulentes comme la variole?

Certes, rien ne ressemble mieux aux fièvres éruptives que certaines formes de syphilides, mais là s'arrête l'analogie, car les périodes tertiaire et quaternaire manquent complètement dans les maladies virulentes. On est donc forcé d'en

revenir aux classifications anciennes; aussi je n'hésite pas à placer la syphilis à côté des autres maladies constitutionnelles comme la dartre, la scrofule et l'arthritis,

Page 1