CHAPITRE IV
Le traitement de la syphilis est préservatif ou curalif.
Nous ne nous occuperons pas ici des moyens préservatifs, et nous renverrons pour cette élude à un très bon chapitre du livre de M. Diday (de Lyon).
§ I. — Traitement curalif.
Les indications d'après lesquelles on établit le traitement curatif sont relatives aux affections par lesquelles se traduit la maladie constitutionnelle, à ses formes à ses périodes, et à l'unité pathologique.
1° Indications tirées des affections.
a. Blennorrlutgle. — On combattra la blennorrhagie par
l'usage interne des préparations balsamiques, baume de
copahu, par le poivre cubèbe, et par les injections astringentes au sulfate de zinc, au tannin, à l'acétate de plomb, etc.
b. Chancre. — Le chancre devra être traité localement par les pansements avec le vin aromatique, les lotions de tartraleferrico-potassique, dans les cas ordinaires. Est-il douloureux? On mettra en usage le cérat opiacé, ou d'autres préparations narcotiques.
La cicatrisation est-elle trop lente, ou l'ulcère offre- t-il des bourgeons charnus exubérants? le crayon de nitrate d'argent appliqué directement est le meilleur topique.
Lorsque le chancre est serpigineux, on devra d'abord essayer d'arrêter ses progrès avec les applications toniques, poudre de quinquina, etc., ou même en venir à la cautérisation qu'il est préférable de pratiquer avec le fer rouge.
c. Végétations. — Les végétations doiventêtre détruites, soit avec le nitrate de mercure, soit avec la poudre de sabine ou d'alun ; mieux vautencore les exciser avec les ciseaux courbes, et cautériser ensuite avec le perchlorure de fer à 35° pour empêcher autant que possible leur répullulation.
Quant au traitement des syphilides, nous nous réservons d'en parler dans un chapitre particulier qui fera suite à la descriplion de ces éruptions.
d. Affections osseuses. — Dans les cas d'affections osseuses, on prescrira les préparations iodurées à l'intérieur, et localement on tâchera de modifier les parties malades par des injections iodées dans les trajets fistuleux. C'est aussi avec avantage qu'on peut avoir recours aux eaux minérales sulfureuses, celles de Baréges, par exemple, administrées intus et extra. — Dans les paralysies syphilitiques, ce n'est que par l'usage des préparations iodurées, par les bains sulfureux qu'on peut espérer rendre aux membres leurs mouvements. On a préconisé conlre elles les fumigations cincêréés, mais
mon expérience personnelle me les fait considérer comme dénuées de toute efficacité. L'électricité échoue presque constamment; au reste, ainsi que je vous l'ai déjà dit, tout dépend de l'époque à laquelle les remèdes sont, administrés.
Dans les affections viscérales, on se trouvera bien, comme dans le cas précédent, de l'emploi des iodures,mais il ne faut pas non plus négliger le traitement tonique, fer, quinquina, presque toujours indiqué dans cette période où l'état cachectique du malade est si prononcé.
Complications. — Inutile de dire que lorsque la syphilis se complique de scrofule, de dartre ou d'arthritris, ou d'une affection parasitaire ou de toute autre, il faut savoir combiner les moyens antisyphilitiques avec ceux que réclame la complication. Je ne veux arrêter qu'un instant votre attention sur la complication parasitaire, parce que, d'une part, les symptômes du parasite ont été pris pour ceux de la syphilis elle-même, et que, de l'autre, quelques auteurs ont pensé qu'il suffisait de traiter la syphilis pour faire disparaître le parasite. Or, sachez-le bien, c'est là une double erreur: les symptômes parasitaires sont différents des symptômes syphilitiques, et jamais le parasite ne disparait sous la seule influence d'une médication antisyphilitique proprement dite ^ je reviendrai plus tard sur ce sujet, à propos de l'étude des dermatoses syphilitiques.
2° Indications tirées des périodes.
Première période. — Le traitement local est le seul qu'on doive employer dans cette première période, à moins pourtant que des végétations ne viennent par leur présence révéler la spécificité.
Deuxième période. — La généralité des médecins prescrivent les préparations mercurielles dans cette seconde période;
cependant M. Diday conseille, et je partage l'avis de ce savant sypbiliograplie, de ne pas les employer lorsque la syphilis présente une grande bénignité et que sa marche est décroissante, pour me servir de son expression.
Quant aux troisième et quatrième périodes, je n'aurais qu'à répéter ce que j'ai dit du traitement des affections osseuses et viscérales.
3° Indications tirées des formes.
1° Forme bénigne. — Comme nous venons de le dire, il est inutile d'employer le mercure dans cette forme; l'expectation seule est indiquée en présence de manifestations sans gravité qui ont une tendance naturelle à la guérison. — Mais nous ne pouvons laisser passer ici l'occasion de soulever une question de diagnostic delà plus haute importance dans la pratique.
Un malade a eu des accidents syphilitiques; ils ont maintenant complètement disparu : est- il possible de reconnaître s'il est encore sous le coup de la di a thèse.
C'est là un problème qu'il serait d'autant plus utile de pouvoir résoudre, qu'on voit tous les jours des malades, en apparence parfaitement guéris, procréer cependant des enfants entachés de syphilis héréditaire.
On peut essayer de s'éclairer en examinant le sperme pour savoir si les spermatozoïdes sont altérés; en donnant des bains sulfureux ou des bains de vapeur pour provoquer l'apparition de syphilides. Mais jamais, s'il n'y a eu que des accidents secondaires, on ne peut affirmer que la diathèse est éteinte.
2° Forme maligne.— -La forme maligne, au contraire, ne doit jamais être abandonnée à l'évolution naturelle; c'est contre elle que les iodures jouissent d'une très grande efficacité.
THÉRAPEUTIQUE. 53 3° Forme commune. — Quant à la forme commune, elle tloil être combattue par le traitement mercuriel; il serait très imprudent de ne s'en tenir qu'à Pexpectation , et dans tous les cas les accidents auraient une durée beaucoup plus longue.
4° Indications tirées de l'unité pathologique.
Le mercure est généralement considéré comme le spécifique de l'unité pathologique syphilis : c'est là une grande erreur.
Dénué de toute efficacité dans la première, la troisième et la quatrième période de la vérole, le mercure n'est pas un spécifique de cette diathèse, mais seulement un modificateur puissant des accidents de la deuxième période.
Ce que je viens de dire du mercure, je le répéterai de l'iodure de potassium qui est le modificateur des affections tertiaires et quaternaires.
Les sudorifiques ont joui autrefois d'une grande réputation, et ont été même regardés comme capables à eux seuls de procurer la guérison de la syphilis; M. Lagneau est parmi les modernes le seul qui leur ait accordé autant de confiance, et ait admis leur action curative. Mais je crois peu à leur efficacité réelle, et si je les emploie, c'est plutôt, il faut bien le dire, par habitude, que par suite d'une croyance bien établie à leur efficacité.
Le chlorure d'or a été préconisé par Chrestien -, mais l'expérience n'a pas établi du tout l'efficacité que le professeur de Montpellier avait attribuée à ce médicament dans le traitement de la syphilis. Les malades qu'il donne comme ayant été guéris par le chlorure d'or, avaient tous été soumis aux préparations mercurielles.
Quant au rob Boyveau-LalTecleur, si sa puissance n'est pas démontrée par l'observation clinique, elle est du moins
il CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SIK LA SYPHILIS.
pompeusement annoncée à la quatrième page de tous les grands journaux.
Il nous reste encore à apprécier un dernier moyen curatif, c'est la syphilisation.
§ II. — Syphilisation.
L'expérience me manque pour juger la syphilisation. Car, elle a été unanimement repoussée en Fi ance dès son apparition, et pendant qu'à l'étranger MM. Boeck et Sperino étudiaient avec tant de zèle et de talent les questions intéressantes qu'elle soulève, nul n'a songé dans notre pays à vérifier par l'expérience, la réalité des faits avancés par les syphilisateurs.
Rejeter, sans prendre la peine d'en constater l'exactitude, les opinions émises par des savants du mérite de MM. Boeck et Sperino, c'est toujours quelque chose de fâcheux pour les progrès de la science.
Je ne chercherai pas ici les raisons pour lesquelles M. Auzias- Turenne n'a pas mieux réussi à assurer le succès de la syphilisation dans notre pays.
Je dirai cependant, et il en conviendra lui-même, qu'avec plus de hardiesse à montrer leurs résultats, les syphilisateurs serviraient mieux leurs doctrines.
Ce n'est qu'en montrant des syphilisés qu'on peut éclairer les gens sans préjugés qui ne demandent qu'à voir pour croire.
Quant à moi, j'ai vu un de ces syphilisés et j'ai été frappé du bon état de sa santé générale, et de son air de contentement, contrastant avec ce que les détracteurs de la syphilisation ont avancé sur la débilitation profonde de 1 économie qu'elle déterminerait.
On divise la syphilisation en syphilisation curative et préventive.
a. Curative. — Quand on lit ce qui a été émis à ce sujet par M. Boeck, on ne peut s'empêcher de convenir qu'un grand nombre de syphilisés ont guéri -, mais si Ton examine avec plus d'attention les observations qu'il cite, on ne tarde pas à s'apercevoir qu'il s'agit de syphilis bénignes qui cèdent facilement au mercure et disparaissent môme d'elles-mêmes.
Pour pouvoir bien apprécier la valeur de la syphilisation, c'est au contraire contre les formes malignes, rebelles au mercure et à Tiodure de potassium, qu'il aurait fallu l'expérimenter. Quant à moi, j'avoue qu'en pareil cas je n'hésiterais pas à l'employer.
Mais voyons quels sont les avantages et les inconvénients de cette méthode.
Et d'abord produit-elle bien l'immunité ? C'est ce dont il est permis de douter lorsqu'on voit les malades de MM. Boeck et Spernio être repris de nouveaux accidents.
Les innombrables plaies dont il est nécessaire de couvrir le corps pour arriver au résultat désiré, les cicatrices indélébiles qui leur succèdent rendent toujours la syphilisation difficile à appliquer sur une certaine classe de malades.
Aussi n'est-ce que lorsqu'on n'a plus rien à espérer du mercure et de l'iodure de potassium qu'il convient d'y recourir.
b. Préventive. — On a proposé de syphiliser les filles publiques, et les nourrices, mais c'est là une pratique que je ne puis que blâmer. Je ne crois pas qu'on ait le droit, sous quelque prétexte que ce soit, d'inoculer une maladie comme la syphilis à un sujet qui peut échapper à ses atteintes. Ce n'est que s'il survenait une épidémie de la gravité de celle qui sévit au xvc siècle, où la contagion se transmettait par l'air, qu'on serait autorisé à mettre en usage la syphilisation.