‹ Leconte de Lisle Adaptateur de l'OrestieChapitre 11 sur 43 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Clytemnestre arrive, congédie le velleur d'un geste, 2, d'elle-même, célèbre le triomphe des Achéens en s’appesantissant sur les délices des massacres auxquels ils doivent se porter en ce moment. Les vieillards n’osent Ia contredire ouvertement, mais ils continuent à douter de la victoire. Elle les rassure et termine par une allusion menaçante au sacrifice d'Iphigénie. Ici encore, Leconte de Lisle condense ; il indique seulement la discussion qui, dans le grec, se poursuivait entre la Reine et le chœur, témoignage de la simplicité des mœurs héroïques. (1).

La Clytemnestre d'Eschyle insiste surtout sur le bien-être des vainqueurs (2) ; elle semble avoir quelque pitié pour les vaincus (3) : et elle conclut son récit de la prise de Troie. par une allusion grave aux desseins impénétrables des dieux et à la solution imprévue et souvent funeste, des efforts mal dirigés. (4). Celle d'Eschyle se plaît aux détails atroces. Elle aime à se représenter les Achéens goûtant les joies de la vengeance, parce qu'elle aspire de toute son âme à ces joies. Beaucoup de traits sont empruntés aux Sept contre Thèbes ; mais l'impression est tout autre. Car, dans la tragédie d'Eschyle, les jeunes filles de la ville assiégée, menacées du carnage ou de lésclavage, expriment tout naturellement leurs angoisses

(AY Agamemnon 258-280.

en dépeignant avec vivacité les horreurs dont Thèbes est menacée. C’est la pitié que ressent le spectateur et non le dégoût.

« On pille, on tue, on incendie ! dit le chœur des Sept. La fumée souille toute la ville ! » (1. Leconto de Lisle développe ces vers de façon pittoresque :

sur les palais ardents, Que l'incendie avec mille* langues hérisse

La divinité qui invite au carnage n’est plus Arès (2), mais Pallas « dévastatrice ». Cette épithète remplace celles de Polémique et de Hçduxyo;, qui, sauf erreur, n'étaient données à la déesse, que par les Athéniens, ses protégés. (3).

Dans un passage assez obscur, Eschyle semble faire allusion aux enfants massacrés sur le sein de leurs mères : « Les bêlements des enfants à la mamelle s’humectent de sang » (4). Peut-être faut-il entendre que les mères elles-mêmes sont massacrées et que les nourissons continuent de vagir en suçant le sang au lieu du lait. (5). Leconte de Lisle raîffine sur la cruauté des conquérants en supposant qu'à mesure qu'ils incendient les maisons, ils jettent les enfants du haut des toits.

PS les berceaux, Du haut des toits fumants écrasés sur les pierres, Mremipent d’un sang plus frais les sandales guerrières.

(1 Sept, 340-342.

(2) id. 343-344.

(3) CF. Plutarque : Phocion.

(4) Sept, 318-350.

G&) Telle est, si nous avons bonne mémoire, l'interprétation d’un helléniste averti, M. Maury, J'éminent professeur de Montpellier,

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