‹ Leconte de Lisle Adaptateur de l'OrestieChapitre 12 sur 43 · MM EE · texte numérisé non relu

MM EE

La Reine invite les vieillards à rendre grâces aux dieux « de tout ceci ». Elle se reporte au temps où la victoire était incertaine, et s’écrie :

Que de fois ils [les dieux ]m'ont prise au filet des vains

; (rêves !

Ce mépris pour un genre de divination assez en vouge chez les Grécs, était visible déjà dans le personnage d'Eschyle. « Est-ce une vision apparue en songe, que tu accueilles avec tant de respect et de confiance ? » demandait le chœur à Clytemnestre. — « Non, ! répondait-elle ; je ne veux pas avoir la réputation d'un esprit endormi. » (1).

Elle célèbre pompeusement le retour du « Roi des nefs solides ». C’est le titre que donne: Cassandre, dans le grec, au vainqueur d'Ilion : « veüv Erapyos ». (2). Mais il rentre dans une demeure funeste, et il ly trouvera ! Chez Eschyle les menaces déguisées de la Reine sont plus vagues et plus générales. (3).

Talthybios répond avec respect à la « Reine, femme du chef absent ». (4). Il en profite pour appeler sur Argos, la protection des Daïmones, c’est-à-dire ici des dieux. (5). Il approuve ses paroles, mais par une formule :moins naive que celle d'Eschyle, qui disait : «. Femme, tu parles avec autant de bon sens, qu'un homme raisonnable ! » (6) Toutefois, il craint de s’abandonner ‘trop vite à la joie ; car, dit-il,

ses l'Espérance est jeune et nous sommes {rès vieux.

Cette antithèse naïve est assez dans le goût d‘Eschyle ; l’Espérance d’ailleurs, était jeune chez les

(1) Agamemnon, 274-275.

(2) id. y

(3) id. -; 345-347.

(4) id, | 84, 259-260.

(5) it OEM RS

(6) id. OASIS

Grecs ïet les Romains, comme toutes les déesses 3 elle est jeune chez Sully-Prudhomme (1), en attendant de devenir une toute petite fille chez Péguy (2), Eurybatès exprime à son tour lincrédulité des vieillards en revenant sur l’idée d’un songe prophétique, mais avec beaucoup de charme et d'éclat :

Souvent l’essaim léger des visions joyeuses Ilumine la paix des nuits silencieuses.

Crains J’aube inévitable, Ô Reine, et le réveil !

Ces vers rappellent le passage où le chœur décrit les tourments de Ménélas abandonné : « Dans $es songes, des apparences éveillent ses regrets ; mais elles passent après lui avoir apporté un plaisir ‘frivole. » (3).

Clytemnestre offensée de cette lenteur à la croire, répond 'comme dans le grec : « Suis-je un enfant ?.,» (4). Elle ajoute d’un ton méprisant :

Soit ! Il suffit : j'ai vu pour vos vieilles prunelles.

Cette dernière expression est bien grecque : « Allons, mon vieux pied, dit le pédagogue d’Zon, redeviens jeune par tes actes ! » (5)

La Reine sûre d’avoir raison, veut qu'on remercie les « Bienheureux », c’est-à-dire les dieux. A vrai dire, l’épithète de Méxaps, qui leur est donnée, souvent, par exemple, dans les poèmes homériques (6), ne s'emploie guère absolument pour les désigner. Les bienheureux, qui habitent les Iles Fortunées, Moxipuv

{) Les Danaïdes, (Poésie Complètes, 1866-1872; Paris, Lemerre).

(2) Le Porche du Mystère de la Dernière Vertu (Cahiers de la Quinzaine, 1911, p. 26).

(3) Agamemnon, 420-421,

(4 id. 277.

(©) Jon, 1.041-1.042.

(6) Iliade, [, 599,

Nñoo, ne sont pas les dieux, mais les héros. (1).

Elle ne manque pas, suivant l'usage poétique, de confondre, la mer avec Peséidôn. Elle appelle Agamemnon, comme dans l’/liade, « irréprochable Porte- Sceptre ». Sa rancune se traduit toutefois, malgré sa possession d'elle-même, par une allusion au sacrifice d'Iphigénie. Ce sacrifice paraît être ici le ressort principal de l’action. Aussi le poète en met-il le récit dans la bouche de Clytemnestre, au lieu de l’attribuer au chœur, comme Eschyle. Aux yeux de celui-ci, c'est surtout par jalousie que la Reine tue son mari.

Le tableau de la mort d'Iphigénie, dans le grec, est touchant par le contraste de la barbarie des exécuteurs avec la grâce enfantine et discrète de la victime : « Comme une chèvre sur l'autel... on la soulève... Elle est belle comme dans les tableaux. Elle verse à terre son sang, couleur de safran, en jettant à chacun de ses bourreaux un regard attendrissant. » (2) Leconte de Lisle paraît bien froid et assez terne, lorsqu'il parle de

Cette jeune victime aisément égorgte Dont le sang pur coula ……

La Reine conclut par lannonce de l'hécatombe qu'elle va commencer d'offrer aux dieux en action de grâces. Chez Eschyle, les réjouissances étaient plus variées ; il nous montrait les autels resplendissants d'offrandes, les illuminations dont la flamme s'élevait jusqu'au ciel. (3) Mais Leconte de Lisle ne retient que les détails les plus sauvages et les plus étrangers à nos mœurs.

(4) Cf. pourtant infra, un passage d'Eschyle, où lépithète est prise absolument pour : les dieux, (2) Agamemnon, 232-246.

(3) id. 88-96,

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