SCÈNE V
Les acclamations de la foule ont annoncé le retour d'Agamemnon. Lui-même paraît, suivi d'une escorte nombreuse. Leconte de Lis'e, qui semble toujours pressé d'arriver au dénouement, a supprimé la longue scène où le héraut venait dire les fatigues de la campagne, les difficultés du retour, et la joie de revoir la patrie. [I abrège les propes de Clytemnestre et d'Agame nnon.
Clytemnestre parle la première, alors que, dans le æec, elle attendait qu'Agamemnon eût pris la parole, marque de déférence plus conforme aux mœurs antiques. Le ton est moins ironique ; elle ne dit plus comme chez Eschyle, que, si son époux était mort aussi souvent qu'on l’a raconté, il lui aurait fallu trois Corps, ainsi qu'à Géryon. (1) Aussi ne s’attiretee pas la même raillerie du Roi : « Fille de Léda, gardienne de ma maison, tu as ajusté ton discours à mon absence ; il a été long !» (2). :
Elle commence par l'inviter à entrer, et fait une brève allusion aux périls qui, chez Eschyle, étaient détaillés par le héraut et par Agamemnon lui-même. EHe parle de « ses pleurs » avec moins d'exagération que dans le grec, où elle prétendait qu'à force d'en verser, elle en avait tari la source. (3). La Clytemnestre d’'Eschyle est une comédienne consommée ; celle-ci n’a guère plus la patience de dissimuler.
{1) Agamemnon, 869-870.
(2) id. 915-916, :
(3) id, 887-891,
te
Elle qualifie son époux de « destructeur d’Ilion », D exacte traduction d’ ’Io rosttroça (1). Elle se dépeint,
Solitaire (2) livrée en pâture à ses maux.
Mais toutes ses craintes venaient de son fimaginalion, alors que, dans le grec, elle se plaint des fausses nouvelles qu'on lui rapportait.(3) Ici s’accuse toujours la tendance à personnifier les choses, à donner à la vieille demeure une âme méchante, qui inspire le crime. Eschyle, tout ancien, est moins fataliste. Sa Clytemnestre n'entendait point « gémir le palais effrayant ». Elle parle plus simplement de ses « visions funèbres », et dit qu'en l'absence d’Agamemnon, elle avait le sommeil assez léger pour être troublée par la seule piqûre d'un cousin ; elle se réveillait alors, et « voyait plus de malheurs autour d'Agamemnon, qu'en dormant. » (4) Leconte de Lisle a, pour les détails familiers, autant d'horreur que les tragiques du XVITe siècle ; il n’est donc plus question du « parasite ailé ». Clytemnestre dit plus noblement : de
Je dressais devant moi, majestuëèuse et lente, Ta forme blême, à Roi, ton image sanglante !
Ces vers sont émouvants surtout parce qu'ils expriment le vrai rêve de la femme infidèle, jouissant par avance « du fruit de ses forfaits », comme eût dit à peu près Crébillon, Mais est-il vraisemblable qu'un avertissement si net m’éveille pas lattention d’Agamemnon ?
(1) Agamemnon, 907.
(2) id, 862, (3) id, 863-865, (4) id, 891-894,
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LÉ
Comme dans le Grec, la Reine explique par -ses angoisses prétendues, l'éloignement d'Oreste :
Et c'est pourquoi ton fils, l'enfant que j'ai nourri …... VNit Join d’Argos …..
Le mouvement est le même que chez Eschyle : 2x rüvèé tot ras... (1) Mais la Clytemnestre primitive mentait pour le plaisir et forgeait tout un roman (2). L'héroïne de Leconte de Lisle passe rapidement, et menace le père et le fils par un mot à double entente : « Tu le verras !» Puis, affectant de se réjouir, elle reprend :
Voici l’homme ! Voici l’active Sentinelle, Du. seuil x.
Le poète a naturellement reculé devant la métaphore d'Eschyle : « Voici le chien !:» (3) Mais il reprend en la délayant un peu, l’heureuse comparaison de la source où se désaltère le voyageur :
Fos celui qui m'est plus doux et plus sacré Qu'au lointain voyageur ardemment alléré Le frais jaillissement de l’eau qui le convie (4).
Pour finir, Clytemnestre invite le héros à fouler « d’un pied victorieux », le tapis de pourpre qu'elle fait, comme chez Eschyle, étendre par des esclaves. (5). Le texte grec est ici, rendu presque littéralement, sauf que l’épithète de victorieux a paru nécessaire à Le-
(1) Agamemnon, 877.
(2) id. 877-885.
@) id. 896.
(4) id. 901.
(5) id, 908-910,