‹ Leconte de Lisle Adaptateur de l'OrestieChapitre 19 sur 43 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

Dans le grec, après que Clytemnestre, répondant à son époux, a mis en relief l'opulence de la maison, qui permet de déployer un grand luxe, le chœur exprime son inquiétude. Puis la Reine invite Cassandre à quitter son char pour pénétrer, à son tour, dans le palais. La captive s'y refuse, malgré les consolations hypocrites de Clytemnestre et les marques de compassion sincères des vieillards.

Leconte de Lisle a supprimé le chœur, comme d'habitude, et abrégé les propes de Ulytemnestre.

La Clytemnestre d'Eschyle parlait avec une bien-

veillance à laquelle toute autre qu'une prophétesse se fût laissé tromper. Elle lui rappelait que les serviteurs participaient au culte familial, qu'Hercule luimême avait mangé le pain de l'esclavage (1) et qu'enfin les anciens riches étaient des maîtres plus doux et plus faciles que les nouveaux. (2) Leconte de Lisle ne conserve guère de son discours que l'invitation! à entrer dans la maison. (3) Une tremarque ibanalë sur le caractère pénible de la servitude, rappelle une observation analogue d’Agamemnon : « Personne ne porte volentiers le joug servile. » (4.

Eurybatès et Talthybios, s'adressant à la captive, se contentent d’'insister sur l’ordre de la Reïne. Ils sont moins sentencieux et moins compalissants «que les vieillards d'Eschyle.

(1) Soullas mans, 1.041.

(2) Agamemnon, 1.042-1.045.

(3) id, 1.035.

(9 Ad 0" 053: .{

Leconte de Lisle supprime encore les réflexions aigres de Clytemnestre sur le langage de Cassandre, qui ne doit entendre que le parler des hirondelles a Il commence à traduire une lirade nouvelle :

« Je n'ai pas le loisir d'attendre. »

mais recule devant la locution trop familière : « à la porte », qui n’effraiera pas Victor Hugo. (2).

L'injonction faite à Cassandre de parler par {signes, si elle ne saisit pas ce qu'on lui dit, disparaît également (3). En revanche, Clytemnestre rappelle à la Princesse déchue, la tristesse de sa condition en l'appelant :: esclave. Deux vers destinés, dans le grec, à, montrer qu'il est temps d'entrer, car le (sacrifice s'apprête, servent de point de départ à l’un de ces tableaux où l’auteur français recherche surtout ‘une couleur locale matérielle. « Devant le OVOr, RCPNITe de la maison, sont déjà les brebis », disait la Reine. (4). Leconte de Lisle ajoute un détail pittoresque : les brebis bêlent, Il accumulé ensuite sans grande nécessité, les traits descriptifs : l’épithète : violettes, qu'il applique aux langues des taureaux, est d’uf hellénisme douteux. $

Les derniers vers de la scène sont inspirés directement-d'Eschyle ::

« Cette femme en démeace (dit Clytemnestré), a les

yeux pleins de haine, D'une bête sauvage et haletante encor. »

C’est 1x reprise, sous une forme plus pittoresque, de la remarque du chœur : « elle a toute la façon

(1) Agamemnon, 1.050,

(2) cf: cnfra:

(3) Agamemnon, 1.060-1.061.

(4) id; 1057,

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d'une bête nouvellement prise ». reônos dE Enpôs ds vexgércu (1). Elle poursuit d’un ton provocant :

Va ! nous te forgerons un frein d'ivoire et d'or, Fille des Rois ! un frein qui convienne à ta bouche, Et que tu souilleras d’une écume farcuche !

Cette ironie insultante ne rend pas l'attitude de la Clytemnestre grecque. Celle-ci ne menace pas, mais fait une constatation : « Elle ne sait pas porter le frein avant d’exhaler l’écume sanglante de sa colère ! » (2). Ici encore, Leconte de Lisle adoucit l’audace de l’expression.

(1) Agamemnon, 1.063.

(2) id. 1.066-1.067.

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