‹ Leconte de Lisle Adaptateur de l'OrestieChapitre 29 sur 43 · SCÉNE II · texte numérisé non relu

SCÉNE II

Dans les Choéphores, Electre, au moment de faire les libations, se demande quelle formule employer. Après une longue discussion avec le chœur, elle implore le retour d'Oreste et le châtiment des assassins d'Agamemnon. Mais, en S'approchant du tombeau, elle remarque la boucle de cheveux, qui lui fait pressentir la présence de son frère.

Leconte de Lisle abrège la scène et supprime le naïf indice qui révèle à la jeune fille que l'un de ses vœux est exaucé.

Electre demande sur le champ aux « femmes de la maison » ( dœpdtwy eültuovss ) (1), de conseiller « son cher cœur ». L’hellénisme est un peu maïf, puisque ss, en grec, remplace le possessif au lieu de le redoubler.

Elle {se plaint, comme chez Eschyle, qu'Agamemnon, repose « sans gloire » äruws (2). Mais que doitelle dire « à son ombre sévère ? ». Dans les Choéphores, elle insistait avec une âpre ironie : « Faut-il dire que je porte ces offrandes à un époux chéri, de la part de sa chère épouse, ma mère ? Ou bien lui ferai-je cette prière traditionnelle chez les mortels, de rendre la pareille à ceux qui lui envoient ces pr'ésents, oui ? de leur donner l'équivalent .… de leurs crimes ? » (3) Leconte de Lisle, plus Sèchement, sup-

(1) Choéphores, 84, (2) id, 96.

(3) id, ‘ 89-95,

ou]

prime le rapprochement of: &%w (1), et ne dit mot de la seconde hypothèse, pourtant intéressante. ”

« Ah ! grands Dieux ! »

s’écrie la jeune fille. Cette exclamation remplace l’explication qu'elle donne dans le grec : « Je n’en «ai pas le courage, et ne sais que dire ! » (2). Les personnages de Leconte de Lisie ont moins de sangfroid que ceux d'Eschyle.

Electre continue :

Ou faut-il que, muette et détournant les veux, Avant versé trois fois la libation due, De ce funèbre lieu je m'enfuie éperdue ?

L'idée est d’'Eschyle (3); mais Electre indiquait de façon plus claire son opinion, en observant que, si elle offrait la libation en silence, elle manqueraït de respeet à son père. (4).

Ne m'abandonnez pas en cet ennui mortel !

supplie-t-elle en un style bien classique. Elle disait dans les Choéphores : « Soyez associées, mes gamies, à cette délibération ; car nous avons une haine commune. Ne cachez votre opinion par crainte de personne ; le même destin attend l'homme libre et l'homme asservi de la main d’un autre. » (5), Leconte de Lisle n’a rien retenu de cette morale sociale, fon-

{4} Choéphores, 89,

(2) id. 91.

(3) id. 96 ; 99.

(4) id. 96-97,

(9) id, 103-101,

PDA

deé sur la fatalité, qui peut, à tout moment, rendre les conditions égales.

# Approche du tombeau comme d’un saint autel,

répond Callirhoé. Le chœur d’'Eschyle prenait ce sentiment pour lui : « Je respecte le tombeau de ton père comme un autel ». (1). ‘Il échangeait ensuite avec Electre une série de demandes kt de réponses sous cette forme stichomythique, si propre à ralentir l'intérêt laux moments les plus pathétiques.

Leconte de Lisle va plus vite ju but. Callirhoé presse tout de suite Electre de prier pour Oreste. (2). Puis, Ismène intervient, et l’engage à ‘demander que la Justice léclate. Les Choéphores parlaient tout crûment de la venue de quelqu'un, mortel ou dieu, qui tuerait les assassins. (3) Mais Electre était prise d'un scrupule {qui disparaît ici : « N'est-ce pas june impiété ide faire cette prière aux dieux ? » (4). :

La jeune fille fait une première libation en l’honneur d’'Hermès, sans oser l’appeler Chthonien, encore que: les divinités Chthoniennes soient précisément:les premières intéressées dans un drame d’expiation. (5). Leconte de Lisle ne paraît pas se douter'de Ia raison précise qu'avait Electre de s'adresser d’abord au héraut divin. Elle linvitait à remplir son office propre, en convoquant les dieux d’en bas. (6).

{} Choéphores, 106,

DRE 115, (3) id, 120-121.

4) ci. 122.

id 124-195,

(6) ide bit.

S AOS TE

La seconde libation est offerte à Pluton et à Perséphone, que Leconte de Lisle appelle à tort ou à raison, des démons (Daïnrones). Il paraît assimiler la Terre « mère de tout » (1) à la reine des enfers,

qui fait germer les fleurs.

Enfin, Electre implore Agamemnon. Elle peint sa détresse ef celle de son frère en termes émouvants, mais avec moins d'insistance que dans le grec. (2). Elle parle, sans le nommer, d'Egisthe et de son insolence. (3). Enfin, elle réclame « le vengeur promis » ; mais elle ne demande pas explicitement le retour d'Oreste. (4).

(1) ct. Choéphores 127.

(2) id, 132-135.

(3) Eschyle le nomme (131-136).

(4) cf. Choéphores, 131 ; 138-139,

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