‹ Leconte de Lisle Adaptateur de l'OrestieChapitre 30 sur 43 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Oreste apparaît comme Electre achève les libations. Il se fait reconnaître, annonce son intention de venger Agamemnon, et envoie l'une des femmes avertir Clytemnestre qu'un étr'anger apporte la nouvelle de la mort &e son fils. La Reine accourt aussitôt pour lui parler

Leconte de Lisle a supprimé les signes matériels de reconnaissance, qu'Euripide trouvait déjà trop naïfs. (1), La voix du sang parle seule. Pour respecter l'unité de lieu, sans doute, il n'a pas voulu qu'Oreste se présentât luimême au palais pour annoncer sa mort, comme dans les Choéphores.

Oreste surgit en disant :

Les dieux accombpliront tes vœux, à noble fille.

Plus précis chez Eschyle, et plus énigmatique à la fois, il invitait sa sœur à demander « le reste » indiquant par là que son retour n'était plus en question. (2). Il ajoute une de ces sentences familières aux tragiques :

La nuée est déjà moins sombre où l'aube brille, EL la mer est moins haute, et moins rude !e vent.

Il semble ainsi répondre à l'Electre d'Eschyle,) qui se Comparail aux passagers d'un navire en perdition. (3).

{UY Si toutefois, malgré l'avis de récents commentatents, il faut considérer comme authentique Ja scène de la parodie daïs l’'Electre d'Euripide,

(2) Choéphores, 212, GÂ id, 202203.

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La reconnaissance est préparée, naturellement, avéé un peu plus d'habileté que dans le grec. Oreste déclare d’abord qu'il est vivant. Electre s’émeut et s’inquiète : « Dis-{u vrai 2. INe me trompes-{tu pas ? ». Dans les Choéphores, elle disait : « Est-ce une ruse que tu trames à mon sujet ? » (1).

Elle. s’écrie

Orestès ! Lui ! L'espoir unique de sa race !

Il respire ? O mes yeux, de larmes iconsumés !!

Eschyle était plus concis : « Espérance que j'ai

“pleurée l» (2).

Oui !..

répond Oreste,

Je suis ton sang lui-même,

lon souci (3), ton regret et ton espoir. » i

Dans une prosopopée de ton: assez romantique, il invite les dieux, la terre natale et le palais à proclamer son identité. |

Electre le croit sur le champ.

« Oui, c’est toi, douce tête ! » |

« Charmant objet » serv pua, disait Eschyle : « Tu as à la fois quatre destinées pour moi : je suis forcée de t’'appeler mon père ; et vers toi penche l’affeetion que je devrais porler à ma mère (mais elle, je la hais justement), et à ma sœur impitoyablement immolée ; ‘et tu était déjà mon frère fidèle, .qui me rappcrte la dignité. (4

Leconte de Lisle retient cette idée, parfaitement grecque (5), mais il laisse de côté la précision un peu

{) Choéphores, 220.

(3) id, 235 pélua.

(5) cf. Iiade, VI, 429,

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pédante des quatre destinées ou des quatre rôles, TÉTOaOXS MOÏGAS, d'Oreste. Puis, il modifie certains dé tails : … Tu;seras à M fois;

Mon père qui n’est plus, ma sœur des Dieux trahie, (impiété qu'Eschyle ne se serait pas permise).

Et cette mère, hélas ! de qui je suis haïe.

(adoucissement d’expression ; Electre n'ose dire qu’elle déteste sa mère).

O mon frère, sois-moi fidèle pour jamais !

(souhait, prière, et non plus affirmation).

Oreste rassure définitivement sa sœur par cette imprécation :

Que l’Hadès m’engloutisse avant que je t’oublie !

Mais Electre voudrait savoir Sous quelle inspiraüion il a quitté son exil.

… Quel Dieu AQ'uel oracle te pousse en ce sinistre lieu ? Oreste ne répondra pas à cette question. Dans les Choéphores, il expliquait longuement et à diverses reprises, qu'il agissait en vertu d’un oracle d’Apollon (1), diminuant d'autant sa responsabilité propre et préparant ainsi sa réhabilitation.

Electre peint une fois de plus, les tristesses présentes :

Le sais-tu ? C'est ici qu'un homme lâche et sombre Se repaîl de nos pleurs.

(souvenir de Sophocle : y60 rhouriera: } (2), N … €et de nos biens sans nombre.

(hyperbole homérique).

(1) Choéphores, 267-99, 554, »5X (2) Œdipe-Roi, 30,

Oreste, sous couleur de satisfaire la euriosité de Sa Sœur, fait un récit lyrique de son enfance et de sa jeunesse, qui ne doit rien à Eschyle, Electre, sans paraître sy intéresser, lui donne des conseils de pru-

dence, rôle qui, dans les Choéphores, était celui du chœur,

. crains ta mère inhumaine !

(zivrohue ufr:, Mère capable de tout oser). (1). Pour ses enfants, hélas ! «elle est chaude de haine

(irao Osuov, dans les Choéphores), (2).

Mais Oreste ne craint rien.

Va ! le Dieu qui m'envoie (c'est Loxias, mais il ne l'indique point).

Saura bien aveugler ces deux bêtes de proie.

(Il'est plus méprisant, et moins brutal, dans le grec, où il parle de deux femmes, vois yuvaoiy (3).

Je lenvelopperai sûrement du filet De la ruse, tout lâche et défiant qu'il est.

(Eschyle : .….« afin qu'ayant tué par ruse un homme honorable, eux aussi, pris par ruse dans le même filet, meurent. » (4).

Et si Zeus justicier (c’est ce Dieu qu’invoquent le frère et Ja sœur dans

les Choéphores. (5).

(1) Choéphores, 428.

(2) id. 270, (3) id, 302.

(4) id, 554. .

(G) id, 379, 392,

ot =

m'approuve et me seconde, Je le tuerai, comme on égorge un porc immonde !

(cette comparaison n’a rien d’Eschylien).

Leconte de Lisle prend la précaution de séparer les deux crimes, non seulement dans l’accomplissement, comme Eschyle, mais dans la préméditation. Il recule devant l'horreur d’un parricide médité de sangfroid. Oreste ne se décide pas dès l’abord à tuer Clytemnestre :

Pour ma mère, les Dieux justes im'inspireront.

(L'Oreste d'Eschyle ne compte pas sur une inspiration du dernier moment ; Apollon « qui ne ment pas », lui a d'avance tracé la voie, de sorte qu'il n’est même pas responsable des détails du crime). (1).

L'exécution du plan va commencer.

Femmes, qu'une de vous se hâte vers la Reine

(Dans les Choéphores, Oreste va frapper lui-même à la porte du palais ; il ordonne au serviteur qui l’accueille, d'appeler la Reine en hâte : réyuve..) (2).

Pendant que l’une des femmes va prévenir Clytemnestre de la mort d’Oreste, Oreste fait à son tour une libation. Il invoqué l'ombre paternelle et lui promet la vengeance,

Père, Père ! Entends-moi dans l'argile trempée De larmes.

(ELECTRE, dans Eschyle : Entends, maintenant, mon père, nos douleurs qui valent bien des larmes. Deux enfants, sur {a tombe, font entendre un gémissement plaintif). (3).

() Choéphores, 559.

(2) id, 660, (3) id, 330-332,

Tu n'as point, par la lance et l'épée, Rendu l'âme au milieu des hommes, Ô guerrier !

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