‹ Leconte de Lisle Adaptateur de l'OrestieChapitre 8 sur 43 · EMA · texte numérisé non relu

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« saire de Priam, le Roi Ménélas avec Agamemnon.…. : « ont levé l’ancre. » (1) Mais Leconte de Lisle ajoute un adjectif propre, quoique banal, à faire ressortir la difficulté de la campagne et la tristesse de l'attente.

L’épithète «épe ronnées à Xaéuo0s est homérique plutôt qu'eschyléenne. Celle de {empêélueuse, donnée à la mer ,est grecque d'apparence. Homère disait : éreüynros la mer qu’on ne vendange pas. Les héros sont appelés chevelus, ce qui se disait le plus souvent des Asiatiques, des étrangers : on se rappelle lépitaphe d'Eschyle, qui avait combattu « le Mède aux ‘longs cheveux ».

| L'élan des guerriers est comparé au vol « d’oiseaux carnassiers dans l'aurore ». C’est en raccourci, le même rapprochement que dans le grec ; mais Eschyle, comme Homère, se plaisait à développer les comparaisons pour elles-mêmes. Il trouve moyen de nous attendrir sur le sort des vautours, à qui l’on a pris leurs petits (2). Leconte de Lisle n’a garde

de conserver ce détail touchant.

IL attribue cent mille avirons à la flotte grecque. Eschyle dit : Xurovaÿray ce qui signifierait littéralement : flotte de mille matelots (3) Mais Homère parle de douze cents vaisseaux, ayant de cinquante à cent vingt rameurs (4) ; il ny a donc pas d'hyperbole ici.

Talthybios donne ensuite une brève description des combats. Il transforme assez heureusement un détail ! (1) Agamemmon, 40-47,

(3) id: tedc

(9 ci. Thucydide : I, 10, 4,

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d'Eschyle, en remplaçant « le genou fléchissant dans la poussière » (1) par la bouche

« mordant la terre où le sang fume » ; il substitue également, au « bois de lance brisé » (2) des « chars fracassés ».

Eurvbatès juge fâcheux que tant de sang soit versé pour une femme. Le chœur qui paraissait ê{re dans le même sentiment, expliquait cependant que Zeus, garant des droits de l'hospitalité, avait dû venger l’outrage de Ménélas et que tous les prétendants d’autrefois s'étaient trouvés offensés dans la personne du Roi de Sparte roéoso; auvt yuvx 05 (3). Leconte de Lisle supprime donc à la fois l’explication « historique » et l'explication religieuse, qui rendaient tolé-. rable l'idée d’une si, étrange expédition.

Les deux vieillards font un retour sur eux-mêmes, à peu près dans les mêmes. termes que le chœur, et lamentent la vigueur perdue. Mais ils ne se comparent pas naïvement à des enfants. (4). Ici, encore. le poète français condense le plus possible. Il traduit à la lettre le dernier trait du tableau OVAG fECOPaYTOY alpet (5). « Comme des spectres, nous errons à la lumière. »

Talthybios passe assez brusquement à un autre sujet ; il met en doute le retour d’Agamemnon, et parle de FErinuys implacable qui hante la maison. Dans le grec, cette Erinnys est la vengeresse que les dieux envoient aux transgresseurs de la loi mo-

(4) Agamemnon, GE

(2) id. 65-66, (3) Agamemnon, 62.

(4) id. 75, 81.

(3) id, 82,

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rale (1); mais ces transgresseurs sont Pâris et ses complices. Leconte de Lisle en vue de mieux préparer l’action, transforme la lugubre prophétie des viéillards sur Troie, et l’applique au palais de Mycène. « Niï en attisant les flammes, ni en faisant des libations nouvelles, ni en pleurant, on n’apaisera, dit Eschyle, la colère implacable des sacrifices qui .ne veulent pas brûler » (2).

Et Leconte de Lisle::

Quelles libations d'eau salée ou de vin, Quelles cuisses de bœufs, lourdes de double graisse Apaiseront jamais l'Erinnys vengeresse ?

Il étale son érudition, puisée surtout dans la jecture d'Homère. Peut-être les larmes ot: ôa#iw l’ontelles fait songer à des libatiohs d’eau salée.

Eschyle avait indiqué la personnification du palais : « La maison elle-même, dit le veilleur, si elle prenait une voix, pourrait parler trés clairement. » (3). Mais il ne s’agit que de ce qui s’est passé depuis le départ d’Agamemnon. Leconte de Lisle rappelle en toute occasion, que le palais des Atrides fut toujours un « Antre » de bandits.

Exécrable témoin des vieux crimes des hommes.

Eurybatès inquiet, détourne la conversation. Les vieillards ne sont pas de force à lutter avec la Reine. (4). Il s'inspire du monologue du veilleur. Mais le style de ces quelques vers est surtout homé-

(1) Agamemnon, 59,

(2) id. 69-71.

(3) id. 37-38, (4) id, 72-75,

Not FLO

rique. Il parle, par exemple, du « cœur de fer » de

Clytemnestre, expression plus pittoresque, mais moins

significative que celle- d'Eschyle, :« le cœur de la femme qui a la volonté d’un homme ». 4y3:68ovk0v (D). En revanche, il traduit presque littéralement le vieux dicton par lequel le veilleur s'invite luimême au silence Boës ii yhwson. , fGéinzsv (2).

« Pour nous, ayons un bœuf sur la langue. Silence ! ».

Talthybios, après quelques plaintes sur la destinée d'Oreste, ‘dont il n'était question dans le grec, qu'au moment de l’entrevue de Clytemnestre avec Agamemnon, adresse une prière à Zeus. C’est également ce dieu qu'invoquait le chœur des vieillards d'Eschyle (3). Le portrait qu'en donne Leconte de Lisle fait songer aux vers de l’/liade, qui passent pour avoir servi de thème à Phidias (4). L'influencé homérique apparaît encore dans le titre de Daïmôn, décerné, contre la coutume tragique, au roi suprême (9).

(1; Agamemnon, 11.

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