‹ Leconte de Lisle, d'après des documents nouveauxChapitre 13 sur 38 · LES DÉBUTS DE LA LITTERATURE · texte numérisé non relu

LES DÉBUTS DE LA LITTERATURE

(luisait par la déception au désespoir et à la mort.

Le contact social ne saurait en rien nuire à l'art ; les passions politiques, au contraire, peuvent trouver dans l'art leur plus esthétique et efficace expression :

Si SheridaDjCet orateur étincelant et sarcastique, politique profond, émule de Fox, rival heureux de Pitt, avait porté sur le théâtre le prestig"e de ses œuvres parlementaires; s'il avait dramatisé les idées réformatrices qu'il exaltait de sa nerveuse éloquence, l'Angleterre eût compté une seconde toute-puissance intellectuelle dans les pa2;'es de son histoire théâtrale. Mais l'improvisateur politique était un écrivain indolent, qui prodig-uait avec trop de facilité les éclairs de son esprit pour qu'il se souvînt de son g-énie.

C'est en voulant être strictement de son temps qu'on échappe le mieux à l'imitation des maîtres. Il fut un moment où l'influence de Victor-Hugo immobilisa la jeune génération :

N'en est-il pas ainsi aujourd'hui ! M. V. Hugo n'a~tilpas été nombre de fois sommé de répondre des étranges manies de ses trop fervents admirateurs?... Cependant cette tendance irrésistible à r Imitation des grands' maîtres, qui, de tout temps, a égaré sur de fausses routes littéraires les têtes faibles et ardentes, commence depuis ces dernières années à perdre de sa force. Une pensée plus heureuse dirige les jeunes écrivains vers un but plus certain; ils se confient avec plus de foi à leurs tendances particulières, et si la touche énergique ou harmonieuse des maîtres apparaît encore et parfois dans leur style, affaiblie par sa propre exagération, du moins on

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aperçoit qu'ils font tous leurs efforts pour se laisser guider par le cachet qui leur est propre.

Etre de son temps : avec cette pensée il eut dès lors ridée de consulter la science "(i), comprenant qu'elle avait pris une trop grande place dans la vie moderne pour n'en point requérir une dans la poésie, et ainsi à 21 ans il avait prévu ce par quoi son œuvre devait profondément différer de celle de Hugo et de Lamartine (2) : il s'occupe de géologie et de botanique, soucieux de « mêler un peu de science à ses pièces de poésie (3) ».

(3) « Il s'est trouvé conduit à réaliser d'une manière inattendue, écrit M. Bruneticre, par l'alliance de la science et de la poésie, un idéal plus contemporain, si l'on peut dire, que celui des plus indéterminés partisans de la modernité dans l'art. » Nouveaux Essais. - ■ Le père de L. de L. lui avait recommandé de façon très pressante de suivre des cours d'anatomie et de physiolog:ie : « Ces connaissances sont de toute utilité en médecine légale; j'ai rencontré en Cour d'assises trop de magistrats ignorants sur celte matière, incapables de concevoir nos explications (de médecins) et conséquemment de lixer leur jugement... » Il recommande encore que Charles étudie « la botanique au printemps et la chimie dans les cours d'hiver ». (Tiercelin, op. cit.) Son père était médecin comme celui de Flaubert^

(•?) Voir aux Appendices.

(3) Des essais scientifiques de cette époque, il parut dans le Foyer des vers A une galère (zoophyte des mers du Sud).

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