‹ Leconte de LisleChapitre 13 sur 47 · LES DEBUTS DANS LA LITTÉRATURE · texte numérisé non relu

LES DEBUTS DANS LA LITTÉRATURE

s^abaisse en puériles révérences devant les roitelets d'Europe :

M. Alexandre Dumas n'est plus Fauteur passionné et convaincu à* Henri III et à'Antony ; depuis quelques années M. Dumas ne compose plus, il fait de la littérature à tant, copie de sa main ses manuscrits, leur met des rosettes de satin et les expédie à tous les souverains d'Europe, qui, en retour, le couvrent de décorations. Bernadotte, le roi de Suède, vient de suivre l'exemple de ses frères royaux, en envoyant à M. Dumas la croix de Gustave Wasa. Nous aurions vivement désiré vous annoncer Tapparition d'une œuvre de notre poète dramatique ; mais il a maintenant bien d'autres occupations ; il se fait, dit-on, une collection complète des divers ordres des petites cours ducales'et princières d'Italie. Nous serons encore heureux qu'il veuille bien en tirer quelques chroniques.

Il estime les romans bretons de Souvestre qu'il oppose, dans leur composition claire, aux romans de BalzaCjdont la fécondité Tintimide :

L'époque actuelle est féconde en énigmes de tout g^enre, et nous le concevons facilement, car rien n'est encore stable en politique comme en littérature; mais s*il existe un problème dont la solution soit de toute impossibilité, c'est la verve intarissable de M. de Balzac. Le plus fécond de nos romanciers a maintenant trois ou quatre ouvrages sous presse, sans compter Pierrette^ que vient de publier l'éditeur souverain. On a tout dit sur le talent littéraire de M. de Balzac, et peut-être n'at-on rien dit de vrai; aussi, ne nous chargeons-nous pas encore d'en donner une appréciation, même après avoir la le premier numéro de Ja Revue parisienne^ recueil d'art, de critique et de politique entièrement rédigé par

LBCONTE DE LISLB

lui. C'est toujours ce style surchargé de termes techniques, abondant mais diffus, brillant mais superficiel; le style de la Peau de chagrin et du Lys dans la vallée.

Mais — ceci prouve en même temps le libéralisme de sa forme et de sa pensée — de tous les romanciers contemporains et sans doute de tous les poètes, celui à qui va sa plus haute admiration, c'est George Sand; la créatrice d'Indiana, de Geneviève, ces « anges candides », ces « fleurs charmantes et frêles », de Lélia «sublime esprit, éclair de son génie », de la mystique Hellène, « lyre que le vent fait vibrer comme un parfum vivant, » George Sand qui la première lui apprit à entendre dans la nature terrestre le grand concert divin que les siècles mystiques rêvaient dans d'autres sphères :

poète éclatant ! âme que le génie

Fit d'un rayon d'amour, d'orgueil et d'harmonie,

Lyre où tremble un reflet de l'immortalité,

Qui chante dans l'extase et dans la majesté.

Ah ! prêtresse de l'art, ta parole flamboie

Ta parole est un ciel où mon âme se noie !

. . . Car lorsque de tes chants magnifiques et doux

Le retentissement se prolonge sur nous,

Il faut,lout débordant d'une extatique fièvre

Se suspendre, pour vivre, au souffle de ta lèvre !

De l'abîme terrestre il faut surgir soudain.

Tendre l'intelligence à ton nom souverain (i).

(i) Ce qui ne l'empêchera pas d'écrire à propos de sa pièce dramatique: Cos/wa. «Lorsqu'un écrivain s'est élevé auran^ qu'occupe l'auteur de Lélia, lorsque, pendant huit années, chacune de ses productions lui a conquis une renommée brillante et méritée, ob ne descend pas impunément de ce haut déparé : une erreur est une chute. N'avons -nous pas vu un lon^ poème de M. de Lamartine déterminer la décadence imminente de son génie? »

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