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LES IDÉES PHILOSOPHIQUES ET SOCIALES

Leconte de Lisle et le catholicisme. — Conception communiste de Dieu : la religion est un art. — Les idées républicaines en Bretagne. — Les difficultés avec le milieu. — Le départ et les voyages au long cours.

Des biographes de Leconte de Lisle Tont montré coraroe un esprit assez flottant qui aurait communié successivement à des croyances fort diverses : ils cèdent là encore au préjugé courant sur Tindolence créole et Tinconsistance de son caractère. 11 a toujours été très ferme, ses idées philosophiques et sociales très nettes et constantes. Comme ses conceptions, sa vie eut une haute beauté sculpturale d'unité.

La Variété ayant été présentée au public breton par un professeur M. Nicolas comme une revue religieuse,on a pensé que Leconte de Lisle n'en aurait pas fait partie s'il n'était lui-même «croyant», voire « catholique pratiquant », au besoin « quelque peu intransigeant » . Sous son apparence presque dévote, imposée par le milieu, la Variété était plu- 'tôt très fervente de spiritualisme, ce qui n'empêcha

d'ailleurs pas Leconte de Lisle d'y débuter par une critique de Hoffmann où il accusa tous les dangers du spiritualisme mystique (i). « Leconte de Lisle a aimé le catholicisme autant qu'il devait le haïr pins tard? » a-t-on écrit. On chercherait vainement dans la Variété l'éloge du clergé, de la papauté ou de la Messe. Le Premier Amour en prose fait-il autrement mention de l'office de la messe que pour ridiculiser la silhouette solennelle du suisse ? On parle du catholicisme de Leconte de Lisle, et alors on cite cette strophe deissa ben Mariam:

Mais nul ne devinait, mystérieux martyr, Que de ton sanç sacré fécondant l'avenir

Sombre de naine et de souffrance Un jour tu doterais la frêle humanité

Des rayons de Tamour et de la liberté.

Mais que prouvent ces vers sinon que, au point de vue de l'histoire de la philosophie, il reconnaissait en le christianisme un événement moral, qu'il l'admirait autant qu'il le fit quand, dans le Nazaréen,'\l chantait dans le Christ :

i La jeunesse et ramoar, ta force et ton génie ?

On fait valoir qu'alors « pour Leconte de Lisle le « progrès de l'humanité est lié au christianisme... ». Et Ton s'appuie sur une phrase extraite de l'étude sur Chénier: « Les rêves sublimes du spiritualisme chrétien, cette seconde et suprême aurore de Pin'

(i) « Mais ce qu'il y eut de plus admirable chez cet homme rare, c'est que possédant le même enthousiasme poétique, le portant peutctre plus loin que les plus exaltés partisans du sentimentalisme, il conçut le projet original de combattre avec l'excès de ses propres défauts l'exaltation littéraire et spiritualiste de son pays. »

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