‹ Leconte de LisleChapitre 25 sur 47 · L ŒUVRE REVOLUTIONNAIRE 27 I · texte numérisé non relu

L ŒUVRE REVOLUTIONNAIRE 27 I

de la dignité humaine, véritable base de la morale antique, entre en lutte contre le principe hiératique et féodal. Il tente, après trois cents ans d'efforts, de réaliser Tidéal platonicien, et l'esclavage va disparaîtreenfin de la terre. « La Justice et la Beauté sont sœurs jumelles qui ne peuvent subsister Tune sans l'autre. Et ce siècle iDOurgeois a chassé Tune avec Fautrcll fautquc la Beauté revive parmi nous pour que la justice y revienne. Le rôle social du poète est de faire revivre la beauté. Tout poète qui y manque est indigne. Toute poésie qui n'est point imprégnée de beauté est néfaste au peuple, « n'est pas populaire ».

Cette idée est si manifeste, dans l'article sur Déranger, qu'il en est même le manifeste. Article très clair, lumineux, Leconte de Lisle y définit nettement le sens qu'il faut donner au mot « populaire » et qui est à peu près celui de: socialiste. Il appelle encore « vrais poètes populaires et nationauœ, dignes de sympathie et d'admiration » ceux qui « écoulent et savent comprendre les voix mystérieuses qui montent du passé ou qui murmurent autour d'eux, » ceux qui expriment « les traditions qui survivent, les tristesses vagues, les rêveries confuses, les dures misères et les joies rapides de la foule ». Béranger ne peut èire populaire, puisqu'il est le poète d'un temps « de bon sens bourgeois », a où les imaginations s'éteignent, où les suprêmes pressentiments du Beau se dissipent, où la lièvre de FTlile, les convoitises d'argent, l'indifférence etie mé[)i'is de l'Idéal s'installent victorieusement dans les intelligences même lettrées et, à

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plus forte raison, dans la masse inculte. » Déranger ne peut être populaire (ou socialiste), puisqu'il est le poète d'un temps où la foule « n'aime pas assez la liberté pour que le goût capricieux qu'elle nous inspire puisse nous relier énergiquement dans une exaltation commune et durable ».

Aux époques vivaces où les rêves, les terreurs, les espérances, les passions vigoureuses des races jeunes et naïves jaillissent de toute part en légendes pleines d'amour ou de haine, d'exaltation mystique ou d'héroïsme, récits charmants ou terribles, joyeux comme l'éclat de rire de l'enfance, sombres comme une colère de barbare et, flottant, sans formes précises, de génération en génération, d'âme en âme, et de bouche en bouche; dans ces temps de floraison merveilleuse de poésie primitive, il arrive que certains hommes, doués de facultés créatrices, vastes esprits venus pour s'assimiler les germes épars du génie commun, en font sortir des théogonies, des épopées; des drames, des chants lyriques impérissables Ce sont les révélateurs antiques du Beau, ceux qui poussent à travers les siècles les premiers cris sublimes de l'âme humaine, les grands poètes populaires et nationaux, »

Est-ce assez précis? Dans l'avenir donc, le poète national, populaire, sera celui qui de nouveau révélera le Beau à la foule. Révéler le beau, c'est l'unique rôle du poète, de l'artiste. L'artiste est l'éducateur de Beauté. « Le poète satirique, dit Leconte de Lisle dans l'article sur Barbier, est un moraliste par excellence »... mais « dès qu'il monte en chair ^ l'artiste meurt en lui, sans profit pour personne ; car // n'existe d'enseignement effi^

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