LA GRAND’MÈRE
Dors-tu ? Réveille-toi, mère de notre mère :
D’ordinaire, en dormant, ta bouche remuait ; Car ton sommeil souvent ressemble à la prière Mais, ce soir, on dirait la madone de pierre ; Ta lèvre est immobile et ton souffle est muet.
‘ Pourquoi courber ton front plus bas que de coutume ? Quel mal avons-nous fait pour ne plus nous chérir ? Vois, la lampe pâlit ; l’âtre scintille et fume ;
Si tu ne parles pas, l’âtre qui se consume Et la lampe, et nous deux, nous allons tous mourir.
“ Montre-nous donc ta Bible et tes belles images ; Le ciel d’or, les saints bleus, les saintes à genoux ; L'Enfant-Jésus, la crèche et le bœuf et les Mages ; Fais-nous lire, du doigt, dans le milieu des pages, Un peu de ce latin qui parle à Dieu de nous.
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Mère !... Hélas ! par degrés s’affaisse la lumière
L’ Fa danse joyeuse autour du noir foyer
Les esprits vont peut-être entrer dans la chaumière, Oh ! sors de ton sommeil, interromps ta prière,
Toi qui nous rassurais, veux-tu nous effrayer ?”
Leur gémissante voix longtemps se plaignit seule.
La jeune aube parut sans éveiller l’aïeule,
La cloche frappa l’air de ses funèbres coups :
Et le soir, un passant, par la porte entr’ouverte,
Vit devant le saint livre et la couche déserte
Les deux petits enfants qui priaient à genoux. Vicror Huao.