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MORCEAUX cHotsis. 187

fidèlement dans. quelque coffret intime où d’autres iront la rejoindre. Oh! c'est une délicieuse réserve pour les mau vais jours ! Quand viennent alors ces heures tristes, où le ciel est si noir et la terre si sombre, où la solitude pèse comme un manteau de plomb, où la mélancolie tombe dans le cœur comme ces fines pluies d'hiver qui glacent jusqu’au sang, allez, courez à ces chères petites feuilles, revoyez-les une à une, contemplez-les, interrogez-les, elles évoqueront à vos yeux toute une procession de songes enchantés, elles referont devant vous toute l'histoire de vos bonheurs.

Mais ce souvenit n’est pas assez.

Il faut enrichir nos bonheurs, il faut les agrandir sans cesse, en y ajoutant ces plaisirs simples que nous laissons, pour ainsi dire, tomber de nos mains, faute de les estimer ou même de les connaître,

“Si l’on est à peu près bien, dit Fontenelle, il faut se croire tout à fait bien. Rien n’est si délicat ni si fragile qu'un état heureux, il fait craindre d’y toucher, même sous prétexte d'amélioration.”

Malheureusement nous ne savons pas nous résigner. Nous voulons mieux, toujours mieux, mieux encore, et nous ruinons notre bonheur présent par la fatale convoitise d’un bonheur lointain qui nous échappe. IT faut se résigner et s'attendre à souffrir,

Qu’y a-t-il. à côté de nous, dans l’univers ? Trois choses : la matière, les âmes et Dieu. La contemplation du monde matériel, de ses beautés et de ses harmonies a du charme et de la juie; mais pour les goûter, il faut déjà que l’âme soit heureuse, calme, inclinée à ces doux plaisirs.

Mais les âmes! Oh! dans le commerce des âmes ne

puis-je pas entrevoir le bonheur? Non ! non ! ne croyez pas aux hommes ! n’attendez rien des hommes! Car la sincérité leur pèse; car leur amour éphémère et frivole va faiblissant, faiblissant toujours jusqu’à mourir, Ah : que l’homme est cruellement impuissant à faire le bonheur de l’homme!

Reste Dieu !.…

Muis Dieu, je ne le vois pas; et j'ai besoin de voir des yeux se baigner dans mes yeux et mêler leurs larmes aux miennes ; j'ai besoin de voir des lèvres sourire à mes joies et à mon espoir.

Dieu, je ne l’entends pas, et j'ai besoin, quand je souffre, d'entendre, comme une divine musique, ces paroles chaudes et aimantes qui versent dans mon cœur, avec leur tendresse, le courage et la force.

Dieu, je ne le sens pas, je ne le touche pas, et j'ai besoin de sentir la fortifiante étreinte de l’amitié, j'ai besoin de reposer sur son épaule mon front endolori par la peine.

Reste donc de souffrir ? Oui! souffrir, voilà le vrai lot de l’homme en ce monde, Souffrir! maïs non sans espérance et sans fierté. Non pas sans espérance, car il nous reste Dieu et le ciel; non pas sans fierté, car la souffrance vaillante et courageuse est la suprême grandeur de l’homme,

VicTor VAN TRicurT, ! S. J, (Extrait de la Causerie sur le bonheur.)

1, Le P. VAN TRICHT (1842), de la Compagnie de Jésus, commença au Cercle catholique de Namur ses premières Causeries. Elles roulaient d’abord sur des sujets scientifiques, mais il s'est attaché de préférence aux questions morales et sociales, D’une main légère, il sait écarter les épines du sujet ou les couvrir de fleurs. Il possède à un degré peu commun l’art de soutenir et de renouveler l’attention, de tenir sous le charme de sa parole un auditoire parfois frivole, ne cherchant que te plaisir d’une soirée agréable. Le P. Van Tricht a publié une cinquantaine de Causeries, dont la plupart ont été plusieurs fois rééditées,.

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QUESTIONS.—Rappelez les conseils pratiques donnés dans cet extrait. —A quel genre littéraire appartient le sujet que vous venez de lire? — Définissez Causerie et Conférence. — Nommez quelques célèbres conférenciers. —Caractérisez le style du

P. Van Tricht.

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