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LE VIEUX CHÊNE

Naguère, sur les bords de l’onde murmurante, Un vieux chêne élevait la tête dans les cieux ; Et de ses rameaux verts l'ombre rafraîchissante Protégeait l’humble fleur qui naissait en ces lieux. Les zéphirs soupiraient le soir dans son feuillage Argenté par la lune, et dont plus loin l’image Ondoyait sur les flots roulant avec lenteur ; 1.es oiseaux y dormaient la tête sos leur aile, Comine, la nuit, sur l’eau repose la nacelle Immobile du pêcheur.

Des siècles à ses pieds reposait la poussière. Que d’orages affreux passèrent sur son front

Dans le cours varié de sa longue carrière!

Que de peuples tombés sans laisser même un nom !

Impassible témoin de leur vaste naufrage, Que j'aimais à prêter l'oreille à son langage

Si plein de souvenirs des âges révolus ! \ Lui seul pouvait encore évoquer sous son ombre

L'image du passé, les fantômes sans nombre

Des peuples qui n'étaient plus.

Quand le vent gémissait dans ses branches massives, Et qu'’assis je tâchais de comprendre le sens

Vague et mystérieux de ses notes plaintives, D'autrefois je croyais qu'il répétait les chants,

Et mes yeux semblaient voir sortir de la poussière Vingt peuples inconnus se poussant sur la terre,

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Comme des flots pressés qu’agite l’aquilon ;

Et chacun sur le sol qu’avaient conquis ses pères,

Succomber à son tour sous les dards sanguinaires De quelque autre nation.

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Jadis un voyageur, au pied d’une colonne Assis, les yeux fixés sur les débris épars,

Dans son rêve crut voir s’animer Babylone,

Et debout se dresser ses immenses remparts.

Ainsi, je croyais voir, chêne, à ta voix superbe, Des barbares armés sortir de dessous l’herbe,

M. F, X. GARNEAU, né à Saint-Augustin, près Québec, 1809; mort à Québec, 1866. Ses premières poésies datent de Pariset de Londres, où ilétait secrétaire de l'honorable D.-B. Viger, agent du Bas-Canada auprès du gouvernement britannique; il y resta deux ans, De retour dans son pays, M. Garneau, notaire, se livra dans ses moments de loisir à son goût pour les lettres. Il publia dans les journaux différentes poésies :

le Voyageur, lÉtranger, la Pologne, l'An 1834, le Marin ; A 1} mon fils, les Oiseaux blancs, le W Dernier Huron et le Vieux chène sont les dernières poésies de notre plus illustre historien :

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vers plus facile, et la forme Ls plus originale.

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En 1840, ilcommença à écrire son Zfistoire du Canada, qui est son plus beau titre de gloire, et qui lui a valu le nom d'Ass/orien national. ‘Ie coup d'œil de l'historien plane toujours audessus de la narration, domine

le cours des événements, les examine, en recherche lescauseset en déduit les 4 Use Le style est à la hauteur de la pensée et révèle un écrivain te. LA

à Québec, secrétaire

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Et nos bords se couvrir de profondes forêts :

Mais un cri retentit au loin dans les vallées ;

L'illusion tomba ; les moissons ondulées Seules couvraient les guérets.

Il ne restait que toi, dernier débris des âges,

Qui surnageais encor sur l'océan des temps,

Arbre majestueux, magnifiques feuillages

Que les pères léguaient au respect des enfants.

I1 était encor là. De loin sa tête altière,

Lentement balancée à la brise légère,

Frappait à l'horizon les yeux des voyageurs ;

Et le soleil caché derrière les montagnes,

En colorait le faîte, au-dessus des campagnes, De ses dernières lueurs.

Souvent venaient le soir, au frais du crépuscule, Des amants à ses pieds s'asseoir sur le gazon ; Et leurs voix se mêlaient au doux bruit que module La vague, en expirant sous les pieds du buisson. Ils voyaient dans les cieux couverts de sombres voiles, À travers les rameaux, s’allumer les étoiles Qui se réfléchissaient dans le cristal des eaux ; Tandis que le hameau réuni sur la rive, Abandonnaït sa joie à l’aile fugitive Et folâtre des échos.

Le vieillard, pensif, lui, reportait sa mémoire

Sur d’autres jours depuis bien longtemps écoulés.

A ses fils attentifs il racontait l’histoire

De ses anciens amis par le temps emportés.

Là, disait-il, aussi j'étais bien jeune encore,

J'ai vu nos fiers aïeux, un jour avant l'aurore,

Partir subitement à l’appel du tambour.

O plaines d'Abraham ! victoire signalée !

Ah! pour combien d’entre eux cette grande journée N'’eut point, hélas! de retour !

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O chêne, que ton nom résonne sur ma lyre, Toi dont l’ombre autrefois rafraîchit mes aïeux ! J'ai souvent entendu le souffle de Zéphire Soupirer tendrement dans tes rameaux noueux.

Alors l’oiseau du ciei, dans sa course sublime, Montait, redescendait et, caché dans ta cime, Il enivraïit les airs de chants mélodieux.

Et dans un coin obscur de ton épais feuiilage, Il déposait son nid à l’abri de l'orage,

Entre la terre et les cieux.

Mais depuis a passé le vent de la tempête ;

La foudre a dispersé tes débris glorieux.

Le hameau cherche en vain ta vénérable tête

Se dessinant au loin sur la voûte des cieux ;

11 n’aperçoit plus rien que l’espace et le vide.

Au jour de la colère une flamme rapide

Du vieux roi des forêts avait tout effacé.

Hélas ! il avait vu naître et mourir nos pères,

Et l'ombre qui tombait de ses bras séculaires, C'était l'ombre du passé.

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