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MADAME SWETCHINE

Bien que la plus grande partie de son existence se soit écoulée dans notre société, madame Swetchine demeura toute sa vie une grande dame russe; ses idées n'étaient pas les nôtres, mais sa littérature est bien française,

Cette personne, que Sainte-Beuve appelait la fille aînée de Joseph de Maistre et la fille cadette de saint Augustin,

1. De 1840 à 1865 environ, Sainte-Beuve est le maître incontesté de Ja critique. Sa critique est purement réaliste, d'une grande valeur artistique, par l'expression des caractères individuels, d'une insignifiante portée scientifique, parce qu'il n’y a pas de science de l'individu.

avait une nature extraordinairement active, une incroyable

ardeur d'esprit. Elle lisa‘ tout, annotait tout, recopiait

tout ce qui frappait son imagination : elle a laissé trentecinq volumes d’extraits et de notes. Soulevée par une continuelle surexcitation, madame Swetchine, qui parlait le francais, l'allemand, l'anglais, qui connaissait le latin, le grec et l’hébreu, madame Swetchine remuait toutes les idées et se lançait dans d’infinies méditations. Elle sortit catholique et croyante de ces études fougueuses et de ces recherches inquiètes.

En 1817, madame Swetchine quittait la Russie pour venir en France. Les lettres de Joseph de Maistre, ambassadeur à Saint-Pétersbourg, et les souvenirs de ses relations avec les familles émigrées, lui assuraient d’avance le plus flatteur accueil. A peine entrée dans la société francaise,

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4 elle avait un salon où se réunissaient les diplomates, les À { femmes élégantes, les savants et les lettrés. En pleine 4 ‘ Restauration, elle fondait une influence qui n’a fait que M j grandir depuis, qui a traversé trois où quatre règnes, et 1 l qui est arrivée réellement à son apogée après la révolution É L de 1848. É A M. de Falloux, l’ami, l’admirateur, l’exécuteur testa- il n mentaire de madame Swetchine, a raconté sa vie, rassemblé ses lettres et publié ses œuvres. Ses traités de méditations et de prières sont des documents précieux pour toute âme intelligente et pieuse, qui voudra se mettre en contact ! intime avec les sentiments et les idées les plus nobles, les 5 plus élevés.

C’est dans ses .ettres surtout qu’il faut étudier madame Swetchine, ‘“ Après vous, lui écrivait M. de Maistre,

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l’homme du monde qui décida de sa conversion, il ny a rien de plus vous que votre pensée.” On reconnaît vraiment ici la justesse de cette parole ; nulle page de madame Swetchine qui ne fasse comprendre son ascendant sur la nombreuse et brillante société qui l’entourait, et ne présente les qualités particulières de sa nature: ce mélange de réserve modeste et presque craintive, de subordination de soi-même avec une autorité morale innée, une sorte de don de commander aux âmes, sans s'imposer et presque sans s’y croire propre. On y retrouve tous les traits de cette grande vie, commencée en 1789, éteinte en 1857; on y reconnaît pleinement toute l'élévation et toute la simplicité de ce caractère.

La meilleure partie de sa correspondance est adressée au P. Lacordaire, dont elle avait encouragé et suivi les débuts. Une affection très vive unissait ces deux âmes, De la part de madame Swetchine, c'était une sollicitude toute maternelle, pleine de vigilance et d’appréhensions. De la part du célèbre dominicain, c'était une confiance sans bornes, une expansion de tous les instants.

‘ Vous ne sauriez croire, lui écrivait-il un jour, tout le bonhenr que j’ai de vous retrouver, de vous revoir, de vous entendre. Dieu m'a donné peu d'amis, mais de tels que je ne puis regretter mon isolement. Une heure de conversation avec vous m’illumine. J'admire l’harmonie de nos intelligences, nées si loin l'une de l’autre,

si ce n’était que Dieu, le père de l’une et de l'autre, prépare dans l'éternité ce qu’il veut rapprocher dans le temps. ’?

Madame Swetchine lui rendait bien cette affection.

‘{ Adieu, lui répondait-elle à la fin d’une excellente lettre, adieu, mon cher et bien cher ami, je vous demande de me bénir, je vous le demande du fond de mon cœur dont la tendresse pour vous ne déshonorerait pas l'amour maternel. ”

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En dehors de ces lettres, la correspondance de madame Swetchine est très variée, Elle embrasse toute la période de la Restauration, de la monarchie de Juillet et de la révolution de 1848. Elle représente et prouve tour à tour les qualités de son cœur, l'étendue de son esprit, et la perspicacité de son jugement,

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