‹ Lecture à haute voix [microforme]Chapitre 83 sur 190 · LA VOIX DE DIEU · texte numérisé non relu

LA VOIX DE DIEU

Parle, parle, Seigneur, ton serviteur écoute.

Je dis ton serviteur, car enfin je le suis ;

Je le suis ; je veux l'être, et marcher dans ta route Et les jours et les nuits.!

Remplis-moi d’un esprit qui me fasse comprendre Ce qu’ordonnent de moi tes saintes volontés ; Et réduis mes désirs au seul désir d'entendre

Tes hautes vérités?

Mais désarme d’éclairs ta divine éloquence, Fais-la couler sans bruit au milieu de mon cœur. Qu'elle ait de la rosée et la vive abondance

Et l’aimable douceur.

Vous la craigniez, Hébreux, vous croyiez que la foudre, Que la mort la suivît, et dût tout désoler,' Vous qui dans ce désert ne pouviez vous résoudre

A l’entendre parler.

Annotations.—1. L'Aumilité soumise et suppliante a inspiré les paroles de la première strophe ; la répétition des deux premiers mots, les termes mêmes employés, la simplicité de la tournure et les répé/itions accuniulées dans le troisième vers sont autant d'affirmations expressives du sentiment dès le début.

2. La répétition du mot désir et son emploi au singulier après le pluriel, donnent à l'expression une énergie et une concision remarquables.

3 Le premier vers de la troisième strophe renferme une métaphore, désarme : la foudre et les éclairs sont les armes du Tout-Puissant.—Le deuxième vers est lui-même harmonieux et coulant comme l'image qu'il évoque dans l'esprit.

Qu'elle ait de la rosée est une inversion et une comparaison pleine de poésie et de fraîcheur.

L'emploi de l'épithète armable est une sorte de métonymre par substitution de la cause à l'effet : tout ce qui est aimable nous plaît et réjouit notre cœur. 4, Que la mort la suivit est une construction qui semble dure et irregulière,

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‘“ Parle-nous, parle-nous, disiez-vous à Moïse, Mais obtiens du Seigneur qu’il ne nous parle pas, Des éclats de sa voix la tonnante surprise

Serait notre trépas.”’ !

Je n’ai point ces frayeurs al” rs que je te prie ;

Je te fais d’autres vœux qe . ” “ls d'Israël,

Et, plein de confiance, hurini:ment je m’écrie Avec ton Samuel :°

‘* Quoique tu sois le seui qu'ici-bas je redoute,

C’est toi seul qu'ici-bas je souhaite d'ouir ;

Parle donc, Ô mon Dieu, ton serviteur écoute, Et te veut obéir.’’ *

Je ne veux ni Moïse à m’enseigner tes voies,

Ni quelque autre prophète à m'expliquer tes lois ;

C'est toi, qui les instruis, c’est toi, qui les envoies, Dont je cherche la voix.‘

1. Zonnante surprise, expression abstraite qui reste claire malgré sa concision : les éclats de la voix divine, accompagnés d'éclairs et de tonnerre, effraient d'autant plus les Hébreux qu’ils les surprennent.—Serarf, pour causerait.

2. Frayeurs, synecdoque, le pluriel pour le singulier ; {on Samuel, c'est-àdire que tu avais fait tien, que tu remplissais de ton esprit.

3. La répétition dans le second vers marque plus fortement la confiance dont le cœur du fidèle est rempli et son désir d'entendre la voix de Dieu luimême.—Dans le troisième vers, autre répé/ition qui met de nouveau en relief l’idée principale de ce morceau, celle de soumission, d'entier abandon aux ordres, aux inspirations de Dieu.

4. À m'enseigner est une construction archaïque; on dirait aujourd’hui : ‘‘ pour m’'enseigner ‘’.—7es voies, pluriel poétique et métaphore. On enseigne à l'homme ce qu'il doit faire pour assurer son salut, de même que l’on montre au voyageur la voie qui le mène au terme de son voyage.—Les complétives explicatives du troisième vers jouent ici le rôle de simples appositions : c'est toi, leur inspirateur, toi, leur guide,”

Ils montrent le chemin, mais tu donnes la force D’'y porter tous nos pas, d’y marcher jusqu’au bout ; Et tout ce qui vier.‘ d’eux ne passe pas l’écorce,

| Mais tu pénètres tout . . . !

Silence donc, Moïse ! et toi, parle en sa place, US Éternelle, immuable, immense vérité :

‘M . Parle, que je ne meure, enfoncé dans la glace LÉ De ma stérilité . . . * 1

Parle donc, Ô mon Dieu ! ton serviteur fidèle | Pour écouter ta voix réunit tous ses sens, | Et trouve les douceurs de la vie éternelle En ses divins accents. *

Parle, pour consoler mon âme inquiétée ; Parle, pour la conduire à quelque amendement ; Parle, afin que ta gloire, ainsi plus exaltée, Croisse éternellement. ‘ CORNEILLE.

(Traduction de l’/wz/ation de J.-C, liv. III, ch. II.)

1. {ls montrent le chemin, métaphore d'un emploi fréquent dans les instructions religieuses ou morales.—‘ Ne passe pas l'écorce, * wétlaphore signifiant : ne va pas au delà de la surface, ne pénètre pas jusqu'au fond de notre cœur.

2. Deux apostrophes dans le premier vers; la première semble un commandement, la seconde, une prière.—Le second vers offre une accumulation d'épithètes exprimant divers attributs de la divinité. Et le trcisième, une succession de métaphores : la parole divine, comme 1: douce chaleur du printemps, fond la glace de l'ignorance et du péché, qui stérilise notre âme et l'empêche de porter des fruits de foi et de vertu.

3 ÆRéunit lous ses sens, exbression qui indique le plus haut degré de

| l'attention, le plus ardent désir de s'’abreuver de cette parole, de s’en im- 1 prégner tout entier.

4. Répétition de ‘ parle ;’’ ce mot si souvent employé dans le cours du il morceau, montre clairement quelle en est l’idée principale : la voix de Dieu h et de Dieu seul doit être tout pour le chrétien.— Amendement : amélioration Là morale, progrès dans la voie du bieu, de la perfection. | La foi profonde qui remplit ces strophes, extraites d’une traduction, a inspiré au poète des accents non moins sublimes que ceux dont sont remplies ses œuvres origiuales.

RNEILLE.

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