OCTAVE CRÉMAZIE
Quel est le citoyen de Québec de 1860 qui ne se rappelle la librairie Crémazie, rue de la Fabrique, dont la vitrine, : tout encombrée de livres frais arrivés de Paris, regardait la
caserne des Jésuites, cette autre ruine qui, elle aussi, a disparu sous les coups d’un vandalisme que je ne veux pas qualifier ? C'était le rendez-vous des plus belles intelligences d'alors : l’historien Garneau s’y coudoyait avec le penseur Étienne Parent ; le baron Gauldrée-Boileau, alors consul général de France à Québec, y donnait la main à l'abbé Ferland, pendant que Chauveau feuilletait les Samedis de Pontmartin; J.-C. Taché discourait là, à bâtons rompus, avec son antagoniste Cauchon ; Fréchette et Lemay y venaient lire leurs premiers essais ; Gérin- Lajoie avec Alfred Garneau s’y attardait au sortir de la bibliothèque du parlement. Octave Crémazie, accoudé nonchalamment sur une nouvelle édition de Lamartine ou de Sainte-Beuve, tandis que son frère faisait l’article aux clients, jetait à de rares intervalles quelques réparties fines parmi les discussions qui se croisaient autour de lui, ou bien accueillait par un sourire narquois les excentricités de quelques-uns des interlocuteurs.
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