‹ Lecture littérale des hiéroglyphes et des cunéiformesChapitre 9 sur 15 · LES FIGURES · texte numérisé non relu

LES FIGURES

lsis , ra).ïivT| ; Anubis.O).6o;; purifiée, Ai{, ac.-. Ayio;; parente, Av6o;, acr. AS:).çïi. MrivociSïi;, croissant ; acr. Meipu, obtenir ; HXioBpomov, tournesol ; acr. H8o; , séjour éternel Aayto, ).a),eu>, parler (oracle).

Nous venons de voir quelle était la récompense qui attendait les élus. Des hiéroglyphes inscrits sur les canopes {Dactylologie , p. i 10) nous ont appris comment

Jes larmes répandues au moment des funérailles prédisposaient la Divinité en faveur du défunt; d'autres inscriptions nous ont fait connaître la réception de l'incrédule, contraint de se taire devant les interpellations de la Divinité : a M'as-tu reconnu pour ton Créateur? « — As-tu accompli les devoirs que j'ai attachés à la « conservation de ton âme ? — Va, et que ton corps seul « accroisse la poussière de la terre * ! »

La conviction la plus profonde dès la haute antiquité, c'est que les crimes et les souffrances des peuples devaient se racheter par le sang des victimes2; la paix

1 Diverses inscriptions cunéiformes.

2 Exode , ch. xn , v. 7 ; — ch. xxiv, v. 8 ; — ch. xxix , v. 2 1 ; — Lévitique, ch. xiv, v. 14, 52, etc. ;

Ainz qu'il entrassent en la mer

Cil li mostré e li segnié

Qui deivent estre exillié,

SacreGoent à un Dé

Qui TTiur ert entre els apelé ;

Mais ceo n'esteit beste, ne oisel ,

Ne vin , ne encens, blé, ne gaslel ,

Ne altre don offert de main ;

Ainz saehiiz bien que saur humain

Espandeient el sacrefise ,

Ne quidoent en nule guise

Que si precius péust estre ,

Tut ceo lur anunciot lur prestre ,

Qui par sort iert esléuz.

Veezque faiscit li mescréùz :

Un jug de boes perneit as mains,

E cels dunt il esteit certains

Que l'om deveit sacrefier,

A un sol coup , senz recovrer,

Li espandeit tut le cervel :

Quant n'i falleit , mult l'en ert bel.

Mort à la terre l'estcndeit.

CUNÉIFORMES. r,s

éternelle était promise à ceux-là seuls qui avaient expié leurs fautes en ce monde, Kaôaipw. (Voir planche X.)

Au commencement des choses, il ne pouvait y avoir nigrammaireni syntaxe; les grammairiens sont de beaucoup postérieurs aux lettres; la répulsion de l'enfance pour l'art grammatical est une preuve que cet art n'est pas dans la nature.

Nous avons prouvé que, vers les premiers temps de la linguistique, les hommes s'exprimaient, comme le font encore les nègres et les sauvages, sans l'emploi d'aucune syntaxe, « Moi aimer toi. » Ainsi les noms et les verbes, tels qu'on les trouve dans les plus simples lexiques , peuvent suffire à la traduction des hiéroglyphes et des cunéiformes; la langue grecque, indispensable pour retrouver le texte primitif, n'est pas assez répandue, et le nombre des hellénistes capables de rédiger en grec

La veine del quor li quereit , Par celé l'en traeit lut fors Quanqu'il poeit le sanc del cors.

Adunc erent li exxillié A ceo faire joius e lé ; Lnr vis, lur chiefs, ceo qu'il aveient En adesoent e teigneient *.

Senz terme nul qui 'n fust douez , Apareilliez e aprcstez, Cureient as nefs erraument , Les veiles dresçoeut al veut F. iraeient as avirons :

Eisi voidont la régions ; E par si faite diablie Cum ci poez aver oie Quidoent fust lor sauvemeuz Vers les orez e vers les venz.

BemoJt, Chron. des ducs de Norm. , 1. 1, p. 22-24, v. 572-610. * Cf. Ron, 1, p. 9.

est beaucoup plus borné qu'on ne le pense généralement. Dans l'espoir d'élargir le cercle des traducteurs, nous avons pris le parti de nous restreindre le plus possible dans les limites de l'acrologie pure et simple, et de renoncer à cbercber la pbrase antique, si tant^st qu'elle ait existé dans les premiers temps, sous une autre forme que cette langue des nègres qui n'a ni cas ni nombre, ni modes, ni temps de verbes, aucune syntaxe enfin. Dans ces limites, les hommes ordinaires seront aptes, lorsqu'ils le voudront, à s'initier aux secrets de la haute antiquité : c'est afin de faciliter cette étude aux gens du monde et aux artistes, que nous suivrons plus tard ce mode simplifié.

Un lugubre autel babylonien en pierre de touche (carré de 45 centimètres, planche XIV), et d'un travail délicat, nous apprend , par les figures hiéroglyphiques et l'inscription cunéiforme qu'il porte, son homicide destination. Les bas-reliefs reproduisent des tètes barbues et annelées, vues de face, rappelant la figure de nos druides, des lotus, des têtes de chevaux et de lions.

IIpo<7<i>TTOv , acrologie de I1ûtu.oç, destin.

Awxo;, Aoiyoç, mort.

Kaë«)i}.7);, Kpouw, frapper.

Aewv, Aaou, dans l'intérêt du peuple.

TRADUCTION DE L'INSCRIPTION GRAVÉE SUR l/ AUTEL DESTINÉ AUX SACRIFICES HUMAINS.

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On voit que les groupes cunéiformes ne sont pas toujours exactement identiques avec ceux inscrits sur la pierre alphabétique : parfois la partie du signe qui est à droite est reportée à gauche, les signes verticaux deviennent horizontaux, ceux placés au-dessus se trouvent au-dessous, les petits traits deviennent grands, et vice versa; mais, par leur position relative comme par l'analogie, leur valeur phonétique ne saurait varier qu'en raison de considérations prosodiques, ou à cause d'un sens figuré dont aujourd'hui il n'est pas toujours facile de se rendre compte. Nous avons indiqué ces groupes incertains qui peuvent appartenir à deux lettres différentes, et donner ainsi lieu à deux interprétations; notre surprise fut grande en reconnaissant que cetle diversité de sigles ne changeait rien au sens général du texte, et qu'elle venait au contraire confirmer par un sens presque semblable et souvent identique l'exactitude du texte général.

Ces divergences procèdent de quelques coutumes que le temps et l'observation éclairciront. L'essentiel est d'avoir reconnu que ces variétés ne doivent pas arrêter, et qu'elles ne sont pas fondamentales. Le dernier groupe de la troisième ligne est un A dactylologique (planche XIV). On voit les deux phalanges du pouce, et l'index est simulé par un grand obèle. Faut-il reconnaître" dans le trait qui vient ensuite un signe prosodique, ou une convention particulière? C'est à présumer.

L'intelligence ne saurait expliquer comment des nations qui, pour leurs fausses religions, avaient adopté de si brillantes récompenses ou un complet anéantissement, pouvaient en même temps, et au nom de leurs divinités,

exercer une si odieuse barbarie! La dernière partie de l'inscription homicide nous porte à croire que ces horribles holocaustes étaient commandés par l'oracle, qui se constituait l'organe des exigences du peuple en furie1, alors comme aujourd'hui cruel et aveugle.

En récapitulant les notions fournies par le langage primitif, ce lien unique entre toutes les nations, la syntbèse donne les moyens de saisir la descendance ethnologique du monde habité : le berceau du genre humain demeure évident comme les origines des nations, passant du Caucase dans l'Inde, leur pérégrination et leur établissement en Assyrie et en Perse de là en Egypte, qui à son lour donna naissance à Athènes, puis à Rome. On voit nos druides, successeurs des Pélasges, venus soit sur les vaisseaux de Tyr, soit par les grands fleuves intérieurs, continuer chez nos aïeux les odieuses pratiques assyriennes, en se servant du même langage patriarcal, lorsque les fugitifs habitants deNinive s'en vont fonder Palenque, l'antique capitale du Mexique.

La traduction littérale des signes gravés sur l'autel homicide est incontestable.

Nous avons quelque raison de croire que les cunéiformes ne sont pas étrangers à toute signification figurée. Les groupes donnent matière à des observations que nous n'osons produire qu'avec une grande réserve, parce qu'elles ouvrent une carrière nouvelle qui peut fourvoyer les érudits, et les précipiter dans la voie des interprétations arbitraires , où précédemment se sont

1 Voir Euripide, trag. Iphigénie, vers 5i4 et 5i5.

égarés les égyptolognes. Comme ces observations ont certainement quelque chose de fondé, nous croyons utile de les soumettre aux érudits, afin de les aider à l'avenir dans le déchiffrement des écritures issues de la graphie mère.

La dernière phrase de l'inscription de l'autel, composée de trois groupes, montre autre chose que trois caractères phonétiques : on peut y voir un sens figuré analogue à celui que nous avons assigné aux hiéroglyphes "y *^- AAÀ traduits par : l'oracle du

fond de F abîme, ayant mugi.

Le premier groupe, par le parallélisme et le rectangle de ses obèles, semble indiquer l'établissement, le gisement de l'oracle; le second, les parois à pic et escarpées de l'abîme: les trois obèles du dernier sont tournés de bas en haut, tandis que tous les autres se dirigent toujours de haut en bas. Cette distinction fut imaginée sans doute pour faire connaître que la voix part du fond de l'antre, et vient retentir à la surface du sol. Nous nous bornons à consigner cette découverte toute récente; elle a besoin de longues recherches, d'observations approfondies, auxquelles nous n'avons pas eu le temps de nous livrer; et lorsque, comme nous, on a horreur des systèmes, mieux vaut solliciter le concours de l'étude que de se constituer l'organe présomptueux de lumières encore incertaines.

Nous avons eu occasion de remarquer sur des inscriptions authentiques des A dont les obèles se réunissent en faisceaux toutes les fois que le sigle signifie Ava£, roi, général.

Les quatre obèles de l'O se trouvent parfois aussi disposés comme l'O dactylologique, vu de profil, dans la main cadméenne qui fait O<p6aty.o;.

De même, nous venons de remarquer que l'E de EÛvo;, figuré sur la pierre alphabétique, -^j , devient >v>j , lorsqu'il signifie population nombreuse.

On se convaincra bientôt que toutes ces combinaisons, compliquées en apparence, appartiennent à une intelligence au berceau, et qu'il faut en chercher l'explication dans la naïveté et l'ingénuité d'hommes dont les procédés conservaient quelque cliose de l'innocence primitive, poussée souvent jusqu'à la puérilité.

En général, la compréhension des groupes les plus compliqués n'est difficile que par sa simplicité: l'imagination subtile s'élance au loin, alors qu'il suffit de se baisser.

Dans l'état actuel des connaissances archéologiques, il serait sans doute téméraire de classer les diverses, espèces d'inscriptions cunéiformes suivant un ordre de dérivation numérique quelconque; toutefois il est naturel de penser que la graphie qui se rapproche le plus de la dactylologie, procédé primordial dans l'espèce humaine, doit être admise comme première en date, tandis que celle qui s'en éloigne davantage porte avec elle la preuve de sa postériorité.

Au nombre des obstacles que les érudits modernes rencontrent dans la lecture des cunéiformes, il faut placer au premier rang l'ignorance où ils sont de la langue primitive.

La pierre alphabétique, à laquelle nous devons la confirmation de la valeur phonétique des groupes cunéiformes, sanctionnera désormais la lecture véritable des textes assyriens. L'erreur vient toujours de ce qu'on s'obstine à chercher dans les langues vulgaires contemporaines ce qui ne saurait se trouver que dans - la langue sacerdotale, première langue du genre humain.

Une autre difficulté qui se présente à la lecture des cunéiformes, consiste dans la variété des conventions locales. Les mains qui creusaient les caractères n'étaient pas seulement inhabiles, mais elles se mettaient en désaccord, sinon avec elles-mêmes, au moins avec les po- ' publions voisines : ainsi, Persépolis , Héliopolis, INinive, Ecbatane, avaient des habitudes graphiques dissemblables à celles de Babylone. Ce défaut d'uniformité exigera des recherches approfondies pour parvenir à la lecture d'un grand nombre d'inscriptions qui conservent encore, pour ainsi dire, quelque chose de babélique. Les variantes notables qu'on rencontre dans les copies faites par les voyageurs viennent ajouter encore à la confusion r.

Les textes donnent plusieurs centaines de signes différents; mais la plupart de ces signes, qui d'abord paraissent si nombreux, affectent en partie les mêmes formes différemment orientées, parce que la dactylologie se manifestait de bas en haut, de haut en bas, par la droite et par la gauche, par devant et par derrière: ce sont des variétés purement apparentes.

1 Voir Mémoire de Burnouf , pi. V.

Notre alphabet assyrien, si explicite, si formel, si conforme an texte de Clément d'Alexandrie, a pour objet les acrologies en langage prohellénique, et ne permet pas de supposer que les signes qu'il classe dans leur ordre naturel puissent servir à exprimer un langage différent.

Il faudra sans doute se livrer encore à de nombreuses comparaisons et à des études assidues, avant de parvenir à fixer la valeur certaine de tous les cunéiformes si nombreux et d'un mirage si varié, relativement aux seize signes de Cadmus, représentant la valeur phonétique des vingt-quatre lettres grecques.

Néanmoins, nous sommes heureux de pouvoir, à l'aide de l'analogie, appuyé sur des monuments matériels, proclamer la nature et le point de départ des cunéiformes, cette aurore de l'écriture, graphie ingénue des nations au berceau, qui, à quelques siècles de distance, va toucher au déluge, sur laquelle les écrits littéraires ne peuvent rien apprendre, bien qu'elle concorde d'une manière si frappante avec la dactylologie et le langage primitif. L'enchaînement logique des sigles bannit le doute que l'inexpérience commence toujours par concevoir : ce sont des arcades réclamant des matériaux taillés pour leur courbure, et qui, s'ils ne s'adaptent exactement, empêchent non-seulement la voûte de se fermer, mais encore la forcent à s'écrouler.

Appliqué exclusivement au déchiffrement des cunéiformes babyloniens, pères de tous les autres, nous étions peu disposé à nous livrer aux investigations que réclament les nombreux dérivés, lorsqu'un hasard providen-

72 CUlNÉIFORMES.

liel est venu nous offrir une seconde pierre alphabétique (Pi. XIU), et jeter la lumière sur le genre en général, dont elle nous révèle deux sortes :

Cunéiformes verticaux, Cunéiformes horizontaux.

Nous en distinguons encore d'autres, mais sans en avoir reconnu jusqu'ici la valeur exacte et précise :

Cunéiformes équilatéraux , Cunéiformes cruciaux , Cunéiformes puncturaux, etc.,

dérivant de la position de la main ou des doigts, et parfois aussi de conventions plus ou moins arbitraires.

Cette pierre alphabétique des cunéiformes horizontaux renferme une hiéroglyphie remarquable qui spécifie sa nature et son essence.

Etoi)(Eia IIpiDTa Op6ou<riov £7)u.a<nwv Mi|aouu.ev(ov

Chevilles primordiales , suivant Tordre des manifestations imitées,

EtïipiÇeiv Er)u.eia Mvïifiovixa.

afin de fixer les signes mnémoniques.

Cet alphabet ne contient que vingt-six groupes sans points et sans les sifflantes, qui sont omises. Le petit nombre des caractères pourrait faire croire à une origine antérieure aux cunéiformes verticaux. INous pensons que ce second/ alphabet appartient à une nation moins avancée dans la phonie , et dont le développement linguistique était resté inférieur à la prosodie en usage chez les peuples assyriens et syriens , et dont les monuments plus nombreux, exécutés sur des matières plus précieuses et d'un travail plus délicat, dé-

cèlent une provenance plus illustre, sans rien préjuger relativement à l'antériorité chronologique.

Il est essentiel de faire remarquer que les diverses espèces de cunéiformes ne sont ni tranchées ni exclusives, et que les groupes varient souvent dans leur contexture sans motif apparent. Nous voyons dans la catégorie des cunéiformes horizontaux des groupes dirigés diagonalement, sans toutefois que leur valeur phonétique soit changée: en général, c'est le nombre des ohèles qui détermine leur valeur plus encore que l'orientation et l'agencement; les chevrons comptent pour deux. Ces différents procédés avaient probablement pour objet de signaler des variations phonétiques, des usages locaux, et surtout un sens figuré.

On comprend combien l'interprétation des sigles dans le sens figuré est peu concluante pour la saine raison, la lecture graphique étant à l'interprétation figurée comme le positif est à l'arbitraire; néanmoins ce procédé ayant été parfois en usage, il est nécessaire de le signaler, d'autant que, dans certaines circonstances, les inductions fournies parles sigles figurés peuvent éclaircir la valeur du sigle littéral .

Déjà l'expérience montre les deux pierres alphabétiques se complétant réciproquement; on rencontre dans les inscriptions des groupes appartenant tantôt à l'une, tantôt à l'autre : ce qui décèle un point de départ, le même pour tous, tandis que l'application variait en raison des localités.

Une telle abondance de matériaux prêterait sans doute au développement d'un système ; mais nous avons

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déjà manifesté notre aversion pour les idées systématiques , source des erreurs du siècle et son ennemi le plus décevant. Notre dessein est de fournir aux contemporains les moyens de lire avec certitude dans les premières annales du monde. Nous ne recherchons point le titre de novateur; à côté de la satisfaction d'apprendre quelque chose à ses semblables, se rencontre souvent le danger de les égarer : combien de sommités littéraires se sont élevées un instant, pour tomber de plus haut! La lumière cjui se fait jour à grand'peine est préférable aux brillants lauriers décernés par l'engouement ou par l'erreur; pour l'homme qui se trompe même de bonne foi, il reste toujours l'inévitable conséquence d'être victime dans l'avenir.

L'observation, qui scrute et apprécie tout, ne ratifierait probablement qu'en partie le système que nous pourrions essayer; et si nous accélérons une publication qui réclame l'auxiliaire du temps, c'est que, vieux aujourd'hui, demain il serait trop lard. -

Dans une matière aussi neuve, aussi complexe, aussi étendue et pour ainsi dire aussi élastique, pour éviter l'erreur qui se présente de toute part, nous avons hâte de solliciter le concours des érudits actifs, les adjurant de déposer les préjugés aux pieds de la vérité: convaincu que des succès véritables ne tarderont pas à les récompenser.

De toutes les interprétations des égyptologues, qu'est-il sorti en définitive? Avons-nous une seule phrase de morale, une seule phrase historique, une seule phrase de mœurs, une seule proposition de quelque valeur? Rien de tout cela.

Ou n'a pu distinguer que le néant des lieux communs; et que pouvait-on dire en effet, puistpie la lecture n'était qu'une interprétation purement fictive et illusoire? Aujourd'hui le nombre des inscriptions élucidées de la manière la plus inattendue, et lues littéralement, se multiplie; elles révèlent les précieux arcanes de la plus haute antiquité, et comblent leurs heureux interprètes des jouissances les plus pures. On verrait au contraire l'obstination rester fatalement dans la voie d'une routine impuissante, et se couvrir de ridicule pour prolonger des illusions dont la réalité a déjà fait justice.

Avec quelle prodigieuse lenteur les hommes arrivent au raisonnable, quelque simple qu'il soit l !

Ainsi que pour la première pierre alphabétique, c'est ici l'hiéroglyphie qui expose le but et la nature des cunéiformes horizontaux3 : mais cette fois encore, le texte détaillé et précis jetterait un grand jour sur la nature de ces essais graphiques, si nous n'avions pas exposé les principes qui les régissent.

Si l'hiéroglyphie de ce remarquable monument ne nous a point fourni de notions nouvelles, elle est venue ratifier d'une manière incontestable tout ce que précédemment nous avions avancé.

L'allégorie des signes hiéroglyphiques est remarquable. Les deux sphinx (le grand et le petit) apprennent que l'écriture cunéiforme n'était point l'apanage du vulgaire, qu'elle devait être interprétée et expliquée par

■ Fonlenellc, de l'Origine des fables.

' Planche XIII.

les éruditsdans la langue savante ; de là les deux sphinx.

L'explication de l'alphabet horizontal se divulgue par la position du premier groupe placé en haut à l'angle gauche: il montre la position d'une main horizontale, dont les phalanges de l'index qui fait l'A dactylologique ont cette direction , tandis que les trois doigts restants sont traversés par un obèle allongé simulant le pouce, en conservant la même orientation.

L'application des caractères de ce nouveau monument aux textes cunéiformes horizontaux*, sera conforme au procédé qui régit les cunéiformes babylonieus.

Mous avons lu sur la face d'un autel destiné aux sacrifices humains une sentence de mort ', où se trouvent réunies les diverses espèces de cunéiformes, le vertical, l'horizontal, le punclural, etc. Ayant reconnu d'une manière certaine la majorité des caractères, nous avons pu apprendre par induction la valeur de ceux qui n'appartenaient point à ces catégories. L'expérience et la comparaison banniront bientôt toute hésitation de ce genre, une inscription facilitant la lecture des analogues.

Les fouilles de Ninive se continuent avec grand succès, celles de Babylone commencent; les collections particulières se multiplient : on doit espérer que de tout cela surgiront des monuments dont la connaissance complétera les alphabets des différentes sortes, alphabets précieux que les ténèbres amoncelées sur les cunéiformes couvraient de toute leur épaisseur, et tenaient à

1 Trois colonnes verticales creusées dans la pierre étaient destinées à recevoir la matière sur laquelle se trouvait l'inscription, probablement mobile.

l'état de lettre morte dans les mains de leurs possesseurs; aujourd'hui que l'on connaît la disposition graphique, on retrouvera, espérons-le, entre les mains de leurs dépositaires des pierres alphabétiques afférentes aux diverses espèces de cunéiformes , ce qui abrégerait le travail de l'observation, et donnerait toute certitude aux traductions.

Nous avons vu que le geste donna à l'homme le premier moyen de manifester sa pensée; sa voix, jusqu'alors sans signification, vint s'associer au geste et en reçut une valeur déterminée : le besoin de spécialiser amena la dactylologie, qui est elle-même un geste particulier. Jusqu'à la confusion de Babel, une langue unique, patriarcale et prohellénique régnait partout; après la dispersion des lèvres, elle demeura la langue sacerdotale et savante. C'est aux doigts de la main qui représentaient la phonie,queles premiers hommes demandèrent le miracle de la graphie, et les cunéiformes préparèrent les voies.

L'expérience nous démontre cette vérité, que toutes les graphies d'une haute antiquité ont puisé leurs éléments dans la dactylologie; et nous ne craignons point le reproche d'exagération, lorsque nous affirmons que l'application de ce principe pour le déchiffrement de toutes les écritures archaïques employées par la langue patriarcale fournira, à l'aide du temps, plus de documents certains et inattendus que ne sauraient en donner Herculanum, Pompéi et Stabies. La plus belle récolte appartiendra aux plus empressés.

De la dactylologie cunéiforme prohellénique on passa

7 s CUNÉIFORMES.

tout naturellement à l'écriture. La première graphie des Hébreux fut la samaritaine, visiblement calquée sur la dactylologie; les Phéniciens prirent chez les Hébreux l'art d'écrire, et Cadmus importa en Grèce leurs lettres en conservant les noms araméens : Pisistrate y trouva les moyens de graphier Homère. La langue grecque resta longtemps l'unique interprète des monuments littéraires; passant à Rome, Ennius adapta au latin les caractères dont la Grèce faisait usage, et la langue des vainqueurs du monde devint à son tour universelle. Jusqu'à l'avénemeut d'Otfrid (843), les langues vulgaires ne purent se graphier; ses émules furent lents à le suivre dans la carrière, et la Germanie inférieure fut plus lente encore. De là une source d'erreurs, car on regarda comme textes primitifs les manuscrits premiers graphies , alors que des chants originaux transmis oralement ne furent fixés sur la matière que plus tard, et pour plusieurs, à l'époque seulement où les scribes jouissaient du repos que leur faisait la presse.

On trouve en Assyrie, en Perse et chez les Syriens, l'écriture siglique de la langue patriarcale en signes hiéroglyphiques comme en signes cunéiformes et souvent simultanément. Vers le temps d'Alexandre arrivent les inscriptions en toutes lettres et en vieux caractères grecs.

il- est un terrain commun entre les Assyriens et les Égyptiens : c'est l'hiéroglyphie.

Les hiéroglyphes et les caractères cunéiformes se lisent de la même manière, dans la même langue, et par la même acrologie. Chez les Égyptiens, le sigle est donné par les

objets représentés hiéroglyphiquement, tandis que chez les Assyriens le sigle est fourni par la représentation grossière des doigts de la main daclylologique, en suivant des conventions parliculières pour les curvilignes et les différents aspects des doigts. Nous trouvons toujours autant de mots qu'il y a de groupes, tandis que les savants qui ont écrit sur les cunéiformes croient voir trois ou quatre mots là où il y en a douze ou seize; et ces mots, ils vont les cherclier dans les langues vulgaires de l'Orient, alors qu'ils sont purement prohelléniques. Le point qui d'ordinaire sépare chaque sigle aurait dû les mettre sur la voie: la haute antiquité n'a jamais formulé l'écriture en toutes lettres, les sigles lapidaires en font foi.

La pierre alphabétique babylonieune ne nous est parvenue que postérieurement et comme preuve à l'appui. Cette assertion rencontrera peut-être des incrédules; mais si l'on considère que cette même pierre, toute révélatrice qu'elle est, eût été complètement muette pour ceux qui ne lisent pas les hiéroglyphes dans la langue primitive, qui ne reconnaissent ni la dactylologie, ni l'acrologie, et qui prétendent lire en toutes lettres et en langues vulgaires, on est forcé de reconnaître que, pour tout autre que nous, ce monument, quelque précieux qu'il soit, fût resté incompris et stérile.

La coïncidence entre la lecture des hiéroglyphes et celle des groupes cunéiformes sortis de la même source ajouterait un degré de certitude de plus à la démonstration du langage primitif, s'il en était besoin. L'immense concours des antiques monuments traditionnels

encore existants, rend la doctrine dactylologique matérielle et conséquemment incontestable. Un nouvel univers apparaît par l'application de pratiques désormais éprouvées. Il faut enfin que le système littéraire cède à la doctrine des traditions : sous la puissance de la typographie, la vérité ne saurait être longtemps étouffée; le courage de la dire est aussi impérieux que.le devoir de l'entendre. L'homme auquel on nie la locomotion se lève et marche, sans demander avis à personne : ce n'est pas notre faute, si la vérité blesse ceux qui lui tournent le dos; les coutumes primordiales simples et logiques s'affermissent et se propagent réciproquement, elles n'ont plus à faire leurs preuves. Les monuments parlent, et commandent la conviction; il faut que les intelligences ordinaires soient amenées à la partager, ce qui se fera à l'aide du temps, mais en France plus tard qu'ailleurs, parce que les choses passionnées, brillantes et superficielles, y captivent tous les esprits.

La reconnaissance nous oblige de déclarer que si nous avons osé entreprendre la lecture des cunéiformes, nous le devons aux honorables encouragements accordés par Rome à nos travaux. Aujourd'hui nos efforts sont couronnés de succès : puisse la gloire en revenir à la ville éternelle !

La suite à quelque temps.

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