‹ Lecture pour tous [microforme]Chapitre 18 sur 38 · LE · texte numérisé non relu

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Puis, voyantces gens cumuler les honneurs et s'attirer une forte clientèle, il se ditavec confiance : Je vais être bientôt distingué dans le monde.

Que dis-je ? on le distingue déjà Au bureau, son patron lui commande des recherches dans les in-quarto et les in-folio ; au salon, les femmes disent qu'il a du talent et lui témoignent leur admiration en sollicitant des vers de sa composition ; à la campagne, le député l'invite à venir parler en sa faveur sur les hustings, et ses amis lui demandent ce qu’il pense de la question romaine et de l'annexion ; enfin, pour comble de bonheur, le rédacteur d'un journal semi-quotidien invoque le concours de sa plume exercée, et, s’il publie quelque chose, on lui insinue délicatement qu'il succédera à M. Cartier entre l'âge de trente à quarante ans. Il est certain que ce jeune homme est né sous une bonne étoile ; l'avenir s'annonce pour lui brillant et prospère ; il n'a qu’à marcher devant lui, les succès viendront à sa rencontre comme les roses naissaient sous les pas de la déesse.

Aussi bien il y compte, et se figure, selon le proverbe, que les alouettes vont lui

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tomber du ciel toutes rôties, car il sent intimement qu'il possede déjà assez de science pour être un homme remarquable dans le milieu social où ilest destiné à vivre. Les avocats qu'il connait n'ont pas un grain de philosophie dans la cervelle, et les députés desa province parlent un baragouin pitoyable. Il voit tout ce monde de bien haut, et n'attend qu'une occasion pour lui en remontrer.

Croit-on que le jeune homme songe alors à étudier? Mais pourquoi étudier? Sera-ce pour briller dans les professions libérales ? Un avocat comme lui n’a pas besoin de travailler pour en connaître aussi long que les autres ! Sera-ce pour se distinguer au parlement ? Tout écolier qu'il est, il se trouve en position de faire la lecon aux députés !

Bref, placé au milieu d'une population plus ignorante que lui, il se croit un puits de science, se laisse flatter et aduler, et n'étudie point, parce que l’infériorité {le son entourage ne lui en fait pas comprendre la nécessité. [Il voit bien ça et [à quelques hommes qui ont acquis une véritable réputation et une position élevée au prix de longues études et d'un pénible labeur :

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ais ces rares exceptions ne stimulent que les esprits exceptionnellement doués ; la généralité des hommes se contente des succès faciles.

Voilà notre malheur, et ilest inhérent à notre condition de peuple jeune, Quand nous aurons vieilli, quand Pinstruction sera plus répandue dans nos villes et nos campagnes, quand le niveau des connaissances se sera élevé dans es classes moyennes de notre société, ce malheur aura un terme naturel, car la jeunesse sentira alors le besoin de savoir autre chose que ses manuels classiques. D'ici là résignons-nous à voir des paresseux d'esprit, et n'accusons pas le collége d'avoir produit cette engeance, lorsqu'ilest constañt qu'elle est née en dehors de son sein.

Rien de plus injuste que de dire: Le collége tue chez l'enfant le désir d'apprendre. C'est le contrairequiest vrai. L'écolier s'y prépare à toutes les carrières, et Lorsqu'il franchit le seuil de l'école, il est apte à commencer toutes les études spéciales de l'état qu'il lui plaira de choisir. $es goûts le portent, il est vrai, vers les professions libérales, par la bonne raison que

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