‹ Lecture pour tous [microforme]Chapitre 2 sur 38 · CONFÉRENCE · texte numérisé non relu

CONFÉRENCE

MOXSEIGNEUR.

Mesüames et Messieurs,

Appelé à faire une conférence devant l’Institut des Artisans, j'ai dû subir, dans le choix d'un sujet, l'influence des préoccupations que causent à tout le monde les sraves événements dont l'Europe.est depuis

" Les deux dernières parties de cette étude, sauf quelques passages, ont été lues à St.-Hyacinthe et à St.-Césaire en septembre 1870,'dans un concert donné au profit des blessés français. Sous sa forme actuelle, ce travail a été lu devant l'Institut des Artisans de Montréal, le 14 octobre de la mème année, à l'ouverture des classes du soir de cette société. Mgr. Bourget assistait à cette séance.

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deux mois le théâtre sanglant, Le conflit franco-prussien à son écho dans toute l'Amérique ; il réjouit les uns, il attriste les autres : pour nous, Canadiens-français.

nous en éprouvons une douleur profonde.

Nous aurions pu apprendre le triomphe des armes francaises sans émotion vive peut-être ; Le fait aurait semblé si naturel! mais la France a essuyé des revers terribles, et du jour où elle à perdu sa première bataille, du jour où elle a été envahie par l'étranger, le sang francais qui, auparavant, eoulait dans nos veines, je dirais, si je l'osais. presque à notre insu, nous l'avons senti s’'échauffer et bouillonner. Parcourez maintenant notre province d'un bout à l'autre.

vous ne trouverez pas un seul d'entre nous qui ne se passionne pour la France dans la guerre actuelle.

Et pourquoi ces sentiments sympathiques à la France plutôt qu'à la Prusse ? Pourquoi ? laraison en est simple ; c'est que nous ne sommes pas Prussiens, mais Français.

Dieu merci !

Je n'ai pas non plus l'idée de rechercher les causes de nossympathies pour la France, qui est Le pays de nos pères ; ce serait se

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demander pourquoi lon aime ses parents, sa famille : je voudrais plutôt savoir comment ilse fait qu'apres un siecle de domination anglaise, nous sovons encore Francais par la langue et les mœurs : je voudrais savoir à quels motifs l'on doit attribuer notre obstination courageuse à garder et défendre les institutions qui nous sont propres, à rester, en un mot, un groupe national à part sur cette terre britannique.

Cette question à une certaine actualité au moment où l'on fait dans tout le pays des démonstrations publiques de sympathie pour la France, et J'ai cru, en la traitant.

ètre agréable à une association canadiennefrancaise aussi patriolique que l'est Fnstitut des Artisans de Montréal.

La premiere pensée qui me frappe, au début de cette courte étude, m'est suggérée par l'exposition mème du sujet. En effet, savez-vous bien que l'étranger doit trouver une étrange hardiesse dans cette affirmatiorf publique de nationalité francaise par des sujets anglais. Néanmoins la chose nous paraît toute naturelle, à nous. et sans

aucun danger, N°4 a-til pas là un phénomène social qui doit attirer notre attention ?

Nous sommes une dépendance de l'empire britannique depuis un siècle : oui, vraiment, depuis cent ans nous appartenons à l'Angleterre, et nous conservons encore les mœurs, la langue et les lois civiles de notre premicre mére-patrie, nons sommes encore Français, et cela, aujourd'hui, ouvertement, sans entraves et sans molestation. Si nous s mmes ainsi en toute liberté ce que nous voulons être, c'est done que l'Angleterre le permet.

Vous allez croire, mesdames el messieurs, que j'entre sur le terrain de la politique.

Le ciel m'en garde ! et ne craignez rien. Je vous prie aussi de ne pas m'accuser trop vite de tomber dans le paradoxe.

Un des principes fondamentaux du droit international est qu'un peuple qui passe sous la domination d'un souverain nouveau, conserve ses lois jusqu'à ce que celuici le remplace par d’autres. Or, les traités nous ont garanti l'exercice libre de nos lois et de notre religion. S'il y a eu des doutes là-dessus, ils ont été exprimés, non pas en Angleterre, mais au Canada, par de nou-

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veaux arrivants qui, naturellement désireux de vivre ici sous l'empire des mèmes coutumes que là-bas, s'étaient figuré avoir apporté tous les codes anglais dans leurs malles. Les autorités métropolitaines ont compris les choses plus généreusement, plus justement, et l'Acte de Québec (1774) est venu sanctionner ce que les traités nous avaient garanti, Ce bill fait époque dans notre histoire. [l est, du reste, une inter prétation honnète du traité de Paris, et la seule qui pût l'être : pour s'en convaincre, il suffit de se rappeler dans quelles circonstances l'Angleterre a obtenu possession de ce pays.

Les Canadiens avaient lutté avec courage contre l’armée anglaise, et n'étaient point écrasés encore ; ils épuisaient l'ennemi, mais ne pouvaient le chasser sans secours, trop épuisés eux-mêmes. Louis XV, ne tenant pas à conserver ‘* quelques arpents de neige,” selon le mot de Voltaire, au prix de nouveaux sacrifices d'hommes et d'argent, signa le traité de paix par lequel il céda le Canada, traité honteux pour le souverain qui pouvait l'éviter en nous sauvant, honorable pour nous qui, délaissés par la

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mere-palrie, n'avions ecpendant pas ele conquis, Nous avons été cédés, c'est le mot, tels que nous étions, avec nos mœurs, notre religion, notre langue et nos lois, et l'Angleterre, en nous acceptant comme tels.

nous à promis sa protection, c'est-à-dire qu'elle nous à reçus comme Français et nous à permis de continuer à l'être, sous l'égide de ses institutions libres. IT y à eu des tâtonnements, des hésitations, des persécutions mème, je le sais ; mais je sais également que l'injustice n'est pas venue des Anglais d'outre-mer, bien plutôt des Anglais du Canada, de ce ‘parti anglais” que M. Gladstone qualifiait lan passé en termes si durs, et dont heureusement on retrouve peu de vestiges, Le fait général et essentiel reste acquis à l'histoire, à savoir: que l'Angleterre, en recevant des Francais dans son sein et en leur accordant toutes les garanties qu'ils avaient demandées, leur à dit par là mème : Adoptez mes institutions et servez-vous-en, soyez libres, sovez toujours Français si vous le voulez.

Saluons cette belle liberté qui produit ce grand exemple de Français pouvant rester cequ'ils sont tout en devenantsujets anglais,

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et félicitons-nous de notre heureux sortqui nous & ménagé ce bonheur!

[est donc vrai qu'en attirmant notre nationalité nous ne faisons rien que ne permette la métropole, On nous à donné la liberté, nous en usons, voilà tout, L'Angleterre, qui sait nous apprécier, ne s'en plaint pas, et il semble que nos compatriotes d'origin® anglo-saxonne ne doivent pas s'en oflenser davantage. Hommes d'honneur.

qu'ils s'en réjouissent plutôt, car nous descendons des Francais, la France est notre mère, et des hommes d'honneur sont toujours heureux de voir ur fils prodiguer à sa mere les marques de son amour et de son respect. Est-ce notre faute à nous si nous sommes venus des bords de la Seine, uon de la Tamise? Est-ce notre faute à nous, qui avons presque tous des parents en France, si nous tressaillons à la nouvelle d'une grande bataille où des milliers de Français ont trouvé la mort? Un membre de notre famille a peut-être succombé dans cette lutte meurtrière, et l'on voudrait que nous fussions indifférents! On n'a donc pas

de cœur, que l’on ne comprend pas les liens du sang !

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Affiriner que nous sommes francais, ce n'est pas une injure pour nos concitovens anglais, car nous sommes les fils de ceux qui ont lutté lovalement contre l'Angleterre et qu'elle à appris à respecter sur les champs de bataille. Deux antagonistes, qui ont de l'honneur et de la bravoure, sont contents de se donner la main après le combat; ils ne sauraient se haïr, satisfaits l'un de l'autre. le vainqueur parce qu'il a rencontré un homme digne de lui, le vaincu parce qu'il a succombé devant un adversaire dont il n'a point à rougir. Montcalm et Wolfe devaient se porter réciproquement beaucoup d'estime.

Affirmer que nous sommes Français, ce n'est pas non plus une provocation, car nous ne sommes pas des vainqueurs, mais de simples sujets anglais qui demandent à ètre admis. tels que Dieu les a faits, dans le sein de la patrie commune, héritiers sur ce sol d'Amérique des traditions d’un peuple que l'univers admire et respecte, et fideles cependant aux institutions qu'un autre peuple leur à données. Le soleil luit pour tout le monde sous le régime de ces institutions ; nous cherchons, pour notre

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