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se suffire à lui-même, vit du bien desauires. Ce garcon n'a plus d'idées à lui; il ne possède que celles qu'il a puisées dans ses manuels. Sans sa mémoire heureuse, il serait aujourd'hui completement dépourvu.
Il lui reste juste assez de forces pour rebattre Les larges sentiers de la routine et
des lieux communs. 7
Quelle est la cause de cet ‘ abrutissement ? ” Sont-ce les livres et la méthode d'enseignement ?
Il faut chercher ailleurs que dans l'édu cation classique l'influence délétère que subit la jeunesse canadienne ; elle se trouve dans notre état de société ; elle est un défaut inhérent à la jeunesse d'un peuple. La science est encore si peu répandue dans ce pays qu’un échappé de l'école est au niveau moyen de la classe que nous appelons instruite, et par conséquent n'éprouve point la nécessité immédiate d'étudier davantage et plus fortement que jamais, comme il le devrait pour assurer son succès dans un avenir plus éloigné : au contraire, il se laisse étourdir par les petits triomphes que lui valent pour le mome:it ses connaissances élémentaires,
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et devient, sans s'en apercevoir, paresseux d'esprit en prenant l'habitude de compter toujours sur ce fonds de connaissances, lequel néanmoins s'épuise petit à petit, laissant bientôt notre jeune homme sur le pavé, Nous voyons ce fait se reproduire tous les jours ; ilest indéniable et très-réel, tandis que cette espèce de torture à laquelle on prétend que l'esprit des élèvesest soumis dans nos maisons d'éducation, est un fait nouvellement révélé qui semble plus que problématique. La paresse d'esprit, favorisée par des circonstances extérieures qui entourent les débuts de la jeunesse dans le monde, telle est la ‘véritable cause des échecs de quelques-uns de nos compatriotes.
On pourra atténuer le mal en le sigualant avec courage, en lui opposant des instituts littéraires ou des chaires publiques, mais il ne disparaitra, la chose est trop probable, qu’en proportion des progres de l'instruction dans la classe déjà éclairée. Un exemple fera saisir toute ma pensée, On n'enseigne gas l'économie politiqrie dans nos collèges : aussi le jeune homme qui entend parler de la ‘ distribution des richesses,” de la ‘ loi des impôts,” du * libre échange.” et citer
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l'autorité d'Adam Smith et de J. Bte. Say, ne peut pas soutenir la conversation, et intérieurement il en éprouve une douleur cuisante de vanité blessée. Le soir il songe à son ignorance ; le lendemain il attaque de front l’économie politique, et si ce garçon a quelque vigueur dans l'âme, il ne cessera d'étudier que le jour où il saura sa matière. Eh bien ! si en fait d'histoire, de littérature, de science en général, la jeunesse se trouvait, à ses débuts, dans la mème position d'infériorité qu’en économie politique, au lieu d'être satisfaite dellemème, elle travaillerait avec une nouvelle énergie pour paraitre dignement dans la société. Si en toutes choses nous étions plus instruits que des écoliers, les écoliers tâcheraient de s'élever jusqu'à nous ; mais nous n'avons de supériorité sur eux que dans notre spécialité professionnelle, et ils acceptent cette supériorité sans rougir, de même qu'ils ont accepté au collége celle de leurs professeurs.
La vérité de tout ceci parait bien évidente au jeune canadien qui a voyagé en Europe.
On est plus instruit que nous là-bas : aussi, arrivés à Londres ou à Paris, nous sentons,
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je vous le jure, le besoin de revoir Homère
et Cicéron et de lire cent volumes dont personne ne parle au pays; sans quoi nous sommes exposés à nous faire dire à table d'aôte par le premier venu que nous avons fait l'école buissonnière depuis notre sortie du collége.
Enfin, laissant de côté tous détails, on se trouve en face de cette double question : Si chaque classe de notre société était plus instruite, la jeunesse n'étudierait-elle pas davantage—et si elle étudiait davantage, serait-elle aussi stérile ?
[l n'y à qu'une réponse possible. Mais alors n'accusez plus les colléges et donneznous le temps de nous instruire.
D'ici là nous usons des remèdes qu'on propose. Les associations littéraires ont leur mérite, et des chaires publiques se- ‘aient d'un grand secours à tout le monde ; mais la meilleure sauvegarde du jeune homme, c'est «n ami dévoué qui lui découvre les écueils, qui l'empêche, en lui signalant ses défauts en ne lui ménageant pas les reproches, de se laisser éblouir par les louanges, et qui sait le pousser au travail en indiquant un noble but à son ambition.
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Et pourtant, faut-il le dire ? les véritables amis sont comme les trèfles à quatre feuilles ; on les trouve rarement, par hasard, et quand on ne les cherche pas.
Mais on change le terrain de la discussion. On dit que les colléges classiques ne sont pas ce qui convient à notre pays, que l'éducation ici doit ètre avant tout industrielle, commerciale et agricole.
L'éducation d’un peuple n'est pas chose si facile et si simple que tout le monde s'entende du premier coup sur le véritable caractère qu’elle doit avoir, sur la direction qu'il convient de lui imprimer: au contraire, c'est une question qui, débattue de tous temps, dans tous les pays, à partagé les meilleurs esprits et n'a jamais été résolue, au dire de plusieurs, que d’une maniere incomplète. Personne ne doit être surpris si elle nous préoccupe fréquemment à notre tour au Canada. Nous él-vons petit à petit, sur une terre nouvelie, l'édifice ‘ue société autonome. et si, en accomplissant ce travail compliqué, nous passons par les mèmes incertitudes que nos aînés dans la
famille des nations, rien de plus naturel et de moins évitable. Nous discutions hier, nous discutons aujourd’hui, il est plus que probable que nous discuterons demain ; il ne faut ni s'en étonner ni s’en émouvoir.
D'ailleurs, un débat sans passion, sans parti pris, dans le but d'obtenir un échange d'idées sur un sujet important, ne peut avoir de mauvais résultats.
‘© Il nous faudrait, dit-on, des mécani ciens, des ingénieurs, des architectes, des marchands instruits—et nous n'avons que des avocats, des médecins et des notaires...
‘ À quoi servira aux Canadiens-français de parler le grec et le latin, si on les trouve incapables de remplir tous les emplois lucratifs ?...”
On propose comme remèdes à ces maux :
10 de limiter et rendre plus efficace l’éducation classique ; 2 de créer des académies où l’on enseignerait l’agriculture, le commerce, l'industrie : 3° d'établir des chaires publiques dans les grandes villes ; 4° de rendre plus difficile l'accès des@rofessions libérales.
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écoles spéciales pour les ouvriers et les cultivateurs qui n'ont pas les moyens de faire un cours d'études régulier ; si l'on suggérait l’idée de transformer quelques vetits colléges en y faisant enseigner la chimie agricole, le dessin et la comptabilité ; si l'on ne voulait qu'améliorer la haute éducation classique, certes ! nous devrions alors dire bien haut : Etablissez, transformez, améliorez. Mais il s’agit bien d’autre chose. Voyez ces talents perdus, dit-on, et ces existences flétries, voilà l'œuvre du grec et du latin !
C'est cette responsabilité que je me refuse à laisser retomber sur ces grands établissements qui sont l'honneur de notre pays ; et pour bien définir les limites de ce débat, j'affirme : 40 que nos colléges ne sont pas responsables de l'encombrement des professions ; 20 qu'ils ne sont pas responsables des échecs de la jeunesse ; 30 qu'ils font beaucoup de bien et point de mal.
I. Notre grand malheur, dit-on, est que tous les jeunes gens qui ont fait un cours d’études se jettent dans les professions, et qu'ainsi nous n'avons point d'hommes instruits dans le commerce et dans l’indus-
trie, Comment pourrait-il en ètre autrement, ajoute-t-on, puisque nos colléges ne sont destinés qu'à former des prêtres et des hommes de profession ?
On fait ici une erreur capitale. Les colléges classiques ne prépa ont pas plus l'enfau: aux professions libérales qu’à l'industrie, au commerce ou à l’agriculture ; ils n’ont qu'un but, qui est de donner à la
jeunesse l'éducation qu'elle ne peut finir
dans la famille, c'est-à-dire, cultiver son cœur et son esprit, hâter le développement de ses facultés, l'habituer au raisonnement et au travail, afin de la mettre en état de faire son chemin tout de suite dans le monde, et de s'engager dans la lutte de la vie sans attendre le nombre des années nécessaires à ceux qui sont laissés aux seules ressourses de l'observation et de l'expérience pour se former le jugement.
Le collége prépare l'élève, non pas au barreau en particulier, par exemple, mais d’une manière générale à la vie, ad vitam, selon le conseil de Sénèque. On y enseigne l’arithmétique. les mathématiques, la chimie et toutes les sciences naturelles suffisamment pour que l’écolier puisse
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ensuite étudier seul, S'il le faut, ou le commerce, où l'agriculture, ou le génie, tandis que les lecons de littérature et de philosophie qu'on lui donne sont une excellente préparation aux professions libérales ou à la carrière des lettres ; mais, je le répète, on ne le dirige dans aucune voie en particulier, si ce n'est celle du devoir et de la vertu : on l'exerce, on le cultive ; à lui. plus tard, d'exploiter comme il l'entendra son propre fonds.
Que s'il fallait absolument trouver à quoi l’on est mieux préparé en sortant du collége, ou au barreau où au commerce.
nous devrions dire que c'est an commerce ; car, en effet, après un cours classique, il faut encore trois années de cléricature pour être avocat, et je suis trompé s’il faut plus de trois mois pour devenir un commismarchand de premier ordre ou même pour se préparer à diriger un négoce important.
[L y a dans nos villes quelques jeunes gens de vingt à vingt-cinq ans qui se sont mis aux affaires en sortant du collége : comparez-les à tous ceux de leur âge, fussent-ils dans le commerce depuis dix aus, et dites s'ils ne leur sont pas de beaucoup supé-
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rieurs. Au reste, la choseesttoutenaturelle.
Se mettre dès l'enfance derrière un comptoir n'est point prouver qu'on est un homme ; les choses pratiques auxquelles on veut par là s'initier de bonne heure, on ne pourra les apprendre que graduellement, à mesure que l'esprit se développera. Et se développera-t-il bien vite en cet endroit ? Inutile d'insister ; l'horizon d’un magasin n'est pas tellement vaste qu'il inspire à l'enfant des idées toujours nouvelles. L'enfant apprendra lentement ce qu’il touchera du doigt, ce qu'il résumera en chiffres, ce qui se passera sous ses yeux ; le travail fécond de l'esprit lui est inconnu ; c'est un écolier novice qui a besoin qu’on lui enseigne tout et qui est encore incapable d'extraire de sa lecon une idée générale. La position de celui qui enire dans le commerce après un cours d’études est bien différente. Son esprit est déjà pas mal formé, car il a vingt ans et voilà huit années qu’il exerce ses facultés sur les matières les plus diverses et les plus difficiles ; le commerce ne sera pour lui qu’une nouvelle matière à apprendre, tâche dont il s’acquittera avec toute l’aisance que donne une longue habitude, un entrainement régulier, qu’on me passe le n'ot.
Mais on m'arrète tout court pour me dire : Supposant que l’écolier soit également préparé à entrer dans un magasin ou dans un bureau, à faire une cléricature commerciale comme une cléricature de droit, et que, pour la première, il ne lui faille que trois mois, au lieu de trois ans pour là seconde, il n’en est pas moins vrai que cet écolier n'a pas le goût des choses pratiques. et que d’ailleurs ses parents tiennent à honneur qu'il soit homme de profession
plutôt que négociant, ou habitant comme eux presque tous.
Voilà ce que l'on dit. Et que dis-je autre chose ?
Vraiment oui, il est certain que généralement les écoliers ont plus de goût pour la littérature que pour le calcul, pour la philosophie que pour la tenue des livres.
et qu'ils préfèreraient continuer à lire Vircile et copier des vers de Lamartine que de vendre du coton à l’aune ou de là chandelle à la livre. Cela prouve deux choses : d’abord, qu'ils ont de l'esprit et du cœur, puisqu'ils sont accessibles au sentiment du beau dans les arts ; ensuite, qu'ils croient encore que l'argent est un vil métal, que l’homme n'a pas pour princi-
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