CON
teste pas d'une facon générale la nécessité des études ; on se plaint, au contraire, qu'il v ait trop peu d'industriels et de marchands instruits. Mais «à prendront-ils leur instruction, si ce n'est dans un collége c'assique ?
Car si vus appelez s'instruire apprendre la grammaire, l’arithmétique et la tenue des livres avant l’âge de vingt ans, vous n'êtes pas difficiles, et vous ne préparez guère la jeunesse à exercer quelque influence et à jouer un rôle tant soit peu actif dans le monde ; vous formez des gardes-comptoir, vous ne faites pas des citoyens.
L'idée d’éloigner les enfants des collèges classiques afin qu'ils ne manquent pas d'être des hommes pratiques, est une idée positivement bizarre, car c’est vouloir du même coup qu'ils soienttoujours médiocres.
Quitte à ètre obligé plus tard de contrecarrer les goûts de ses enfants, le père de famille doit sans crainte leur faire donner cette éducation classique qui assurera leur prédominance dans la carrière qu'ils embrasseront. Pense-t-on qu'en Angleterre et et en France on écarte des grands colléges ceux que l'on destine aux arts pratiques, de
peu qu'ils n'y contractent des goûts qui les en détournent ? Allez-y voir, jeune homme qui avez refusé d’être négociant parce que vous pouvez lire Homère, et si vous n'avez pas tous les jours à rougir de votre ignorance devant des industriels, je consens à passer condamnation gur toutes nos maisons de haute éducation.
Il faut être instruit, tout le monde en convient ; on diffère seulement sur la nature de l'instruction convenable à notre pays. À quoi servent le grec et le latin ?
dit-on toujours. Autant vaudrait se demander à quoi sert d’être un esprit cultivé. Les langues grecque et latine servent à savoir le français, et cela suffirait pour leur faire trouver grâce dans ce pays. Mais leur plus grande utilité peut-être est d'aider à former l'intelligence. La réflexion que requiert l'étude des langues mortes développe plus l'esprit que tous les calculs et toutes les expériences des gens pratiques. Je citerai sur ce sujet quelques lignes d’Ozanam dans son Discours Sur la puissance du travail:
‘* Les lettres donc sont demeurées maitresses, et C’est vainement qu'on à voulu leur contester la part qui leur est faite dans
s qui eune ciant et si ir de ls, je outes
le en [la nanotre Latin ?
eman- 6. Les SAVOIr » faire " plus prmel uiert plus
s les iterai dans
maioulu dans
l'instruction publique, et qu'on a voulu la restreindre. L'erreur de beaucoup de gens est de se méprendre sur les études où l’on a coutume d'appliquer la jeunesse. Le but prochain qu’on s’y propose n’est point précisément le savoir, mais l'exercice: Il ne s'agit pas tant de littérature, d'histoire, de philosophie, choses qui s’oublieront peut-êle, que d'affermir l'imagination, la mémoire, le jugement, qui demeureront.
Ces langues anciennes,auxquelles plusieurs voudraient qu'on donnât moins d'années, sont les plus admirables formes qu'ait jamais revètues la parole humaine ; et, sil est vrai que la parole modifie la pensée, ne voyez-vous pas que lesprit, obligé de se modeler longtemps sur les types grecs et latins, en gardera nécessairement les impressions puissantes ? Dans ces leçons de tous les siceles, dans ce commerce journalier avec tout ce qui fut grand, il se forme plus que lesprit, je veux dire le caractère.
Et quand, au sortir des bancs, on devrait perdre jusqu'au souvenir des auteurs qu'on y explique, ce serait encore un bienfait considérable que d'avoir été nourri de bonne heure à l’idée du devoir,que d'avoir appris à obéir, et de savoir au moins s'appliquer et se contraindre, ce qui est le secret des affaires et le grand art de la vie humaine. Ilse pourra que,d’un graudnombred'élèves, on fasse peu d'écrivains et d'orateurs : ilen restera, Ce qui vaut mieux, des citoyens
utiles et des chrétiens persévérants., Il en est de l'éducation comme de l'héritage du laboureur : ses enfants v cherchèrent un trésor, ils y firent lever des moissons.”
Toutcela est bel et bon, observe-t-on, mais ne donne pas de quoi manger.—Non, si l’on se fait notaire. Oui, si l'on devient marchand ou agriculteur.
On insiste et l'on dit que dans les sociétés américaines il faut avant tout se préparer à l'industrie, au commerce et à l’agriculture.
—Fort bien ! mais la meilleure des préparations, c'est un cours classique. Ceux qui, | pouvant s'instruire, ne le font pas, sous prétexte qu'ils se destinent au commerce, se méprennent du tout au toutsur leur intérét, car ils renoncent volontairement à une supériorité certaine pour l'avenir.
Dans les sociétés américaines, où l’initiative individuelle est aussi nécessaire que libre, il importe avant tout d’être instruit. ji: Lesmille transactions du monde des affaires. | où l'on ne peut compter que sur soi-même, demandent un esprit éclairé, et dans les relations sociales la culture intellectuelle inspire une confiance et assure un prestige qui s'exprimenttoujours par de grands avan-
el du ui)
ais l'on aar-
étés er à ure.
)al'aqui, sous e, SC Brcts
une
jitia-
que ruit.
ires.
me...
; les
elle
tige
Ÿ d n ss
tages pécuniaires. Pour la vie publique, si active sur ce continent, et à laquelle chacun est appelé à prendre part, la nécessité de l'instruction estencore plus évidente. Ily a tel marchand de Montréal ou de Québec, intelligent et spirituel, dont l'influence est assez restreinte aujourd'hui, que l’on verrait au premier rang s’il pouvait parler en public, s'il pouvait écrire, S'il était un esprit assez cultivé pour avoir de ces idées larges et fécondes qui s'imposent aux masses, ct pour les développer avec force et lucidité. [lv a tel agriculteur qui occupe depuis plusieurs années'un siége dans la législature, où il ne fait rien, et qui serait devenu bientôt un homme marquant s'il avait eu quelque instruction. Partout le défaut d'instructiou paralyse les talents.
Dans certains cercles on à coutume de dire que tout va mal, que le Canada réclame une régénération. [lest vrai qu’une bonne moitié des représentants du peuple est incapable de se rendre utile ; que nos lois sont trop souvent mal digérées et mal rédigées ; que nos hommes publics ne sont pas tous des hommes d'état; qu'un tel, qui pose comme financier, sait le calcul, mais
tr
nr epoque se in EE 29
F are 2 de mp
ignore la finance, l'économie sociale : mais, dites-moi, la faute en est-elle au grec et au latin ? Ces députés inutiles sont ce qu’on appelle des hommes pratiques ; Ces mauvais financiers n'ont été qu'aux écoles commerciales ; aucun de ces politiques manqués n'a fait un cours d'études. Et c'est là précisément le mal. L'instruction classique est la seule base sur laquelle se peuvent bâtir les renommées solides. Voyez le passé, voyez le présent : quels sont les hommes qui nous ont rendu Île plus de services, sinon ceux qui ont recu leur éducation dans nos grands collôges ? On remarque que le Bas-Canada s'est trouvé dans des situations difficiles etqu'il en a été tiré chaque fois par des hommes qui se sont montrés supérieurs à ceux ‘les autres provinces: ilne faut pas chercher ailleurs que dans l’enseignement classique la cause de cette supériorité de nos chefs. Indirectement ce sont ainsi les colléges qui ont sauvegardé la nationalité canadienne-francaise ; etsi notre pays, comme on se plait à le dire, a besoin d'une régénération sociale ou politique, assurément l'idéemere n'en sera point coneue par une intelli-
TRES DUR CIE DR INR RÉ ODA NS GE de
\is, au l’on
aules ues Et tion e se vez les sel'- UCAm il'dans tiré sont proque » de ecteont franplait tion déeelli-
gence inculte. L'homme qui nous sauvera, si nous avons besoin d'être sauvés, ne sera certainement pas un ‘* homme pratique,” élevé dans l'horreur des classiques, et qui, étranger aux sciences morales et à la philosophie de l’histoire, aura passé sa vie à trouver les moyens de faire fortune. Les esprits de ce pays ne sont pas pétris d’une
autre argile que ceux d’ailleurs ; ici comme
partout, les vues d'ensemble, les idées générales ne s'acquièrent que par de longues
études, et si le Canada se fraye un chemin
dans le monde, il le fera comme les autres
peuples, non pas au moyen d’un éteignoir,
mais au moyen d'un flambeau. L'instruc-
tion classique, loin de ne pas convenir à
un pays comme le nôtre, est, au contraire,
utile surtout à une société démocratique,
où le peuple, pour bien user de son droit
de résoudre cent questions différentes,
requiert tant de bon sens éclairé et conser-
vateur et une si sage direction.”
* Ce que je disais en 1871 des professions libérales ne pourra pas, à l'avenir, être d'une application générale, car sous la loi nouvelle il n'est plus aussi facile d'être reçu avocat ou notaire. C'est un grand progrès.
Enfin, venons à la vraie question. Car, il ne faut pas se le dissimuler, tous les reproches adressés à nos colléges ne touchent pas aux causes du mal réel dont souffre la société canadienne. Nos colléges sont pour le pays à la fois un honneur et un bienfait inappréciable. Tout ce que nous pouvons leur souhaiter, comme à toute institution humaine, c'est de s'améliorer, de perfectionner leurs méthodes, de compléter leur organisation; quant à l'œuvre qu'ils accomplissent déjà, elle est excellente. Le défaut de notre système d'instruction publique n'est pas dans ce que nous possédons, mais dans ce qui nous manque. Les institutions existantes font du bien, mais les lacunes de notre organisation scolaire perpétuent l'état de choses que tant d'écrivains dénoncent à bon droit.
Dans les pages qui précèdent, j'ai essayé de démontrer que les reproches formulés contre nos colléges ne sont pas fondés ; cependant j'admets bien que l'instruction classique ne peut pas être la règle générale, et qu'elle est forcément une exception, et
ar, les JUont zes et que à à méles, it à est eme que ous ont uni- Dses ‘oit.
avé lés es ; ion le, , et
si, renoncant à la trouver mauvaise, on se contentait de dire que, toute bonne qu'elle est, elle ne forme pas, seule, un système complet et ne répond pas à toutes les exigences d’une société, j'avouerais que l'on a parfaitement raison. Dites qu'il faut un certain équilibre entre l'éducation classique, l'éducation secondaire et l'éducation primaire, personne ne le contestera. Ajou tez que cet équilibre n'existe pas chez nous. l'éducation classique ayant grandi plus vite que ses deux sœurs, quant à moi, je serai de votre avis.
Les colléges classiques sont hors de cause : leur enseignement restera toujours la seule base solide d'une éducation sé.
rieuse ; mais il est évident, et personne ne songe à le nier, que tout le raonde ne peut pas recevoir cette haute éducation, faire huit années d’études collégiales, Un grand nombre de pères de famille n'ont pas les moyens de subvenir aux dépenses d’un cours complet. Ce sont eux d’abord que l’on négiige. Ensuite, la masse du peuple, le gros de la population qui ne reçoit que l'instruction primaire, n’est pas assez favorisé. De nos écoles et académies à nos séminaires, il n’y pas de proportion.
es cat lee LE RES
Est-ce à dire qu'il faille s'en prendre aux séminaires et au clergé qui les dirige ?
Non ; la société laïque mérite seule tous les reproches pour n'avoir pas su faire sa part dans ce grand travail d'organisation scolaire. Pendant quese fondaient à Québec, à Montréal, à Ottawa, aux Trois-Rivières, à St. Hyacinthe, à Nicolet, à Ste. Thérèse, à L'Assomption, ces universités, ces séminaires, ces colléges que l'étranger admire chez nous, pourquoi, de leur côté, les citoyens ne se sont-ils pas mis à l'œuvre pour améliorer l'enseignement primaire industriel? Vous vouliez laisser tout faire par le clergé ! De quel droit exigez-vous que le clergé fasse tout ?
m2" x SLT
me = <
Lie noie
hi |
Au lieu de nous attarder dans ces récriminations injustes, ayons donc le courage d'aborder franchement la vraie question.
Oùen est chez nous l'instruction primaire et secondaire ? Voilà la question, la seule.
Qnant à l'instruction secondaire, qui prépare au commerce, à l'industrie, aux arts et métiers, hâtons-nous de dire que nous assistons, depuis quelques années, à un véritable éveil de l'opinion publique.
RS = cms ï osent a TR EE
niire les vl'e ire ire
us
Œe. en
Les tentatives les plus honorables ont été faites pour doter la province de l'enseignement polytechnique qui lui manquait ; le gouvernment de Québec, le bureau des arts et manufactures, les citoyens de Montréal, en général, ont rivalisé de zèle dans cette œuvre aussi méritoire que difficile, et la belle académie du Plateau atteste le sucrés obtenu. La création et les progrès de cette institution prouveraient aussi au
besoin que le clergé n'est pas, comme on
se plait à le dire, hostile à la participation
de l'élément laïque dans l'œuvre de l'édu-
cation du peuple, et qu'il sait se contenter
dû contrôle légitime qui lui appartient
‘ans l'enseignement des vérités morales et
religieuses. On doit en partie aux encou-
ragements du clergé le succès du mouve-
ment salutaire que nous signalons.
Mais n'avons-nous plus qu'à nous croiser les bras ? Non, certes! Nous devons travailler encore et avec énergie, Nous avons
jeté de puissantes fondations ; il faut par-
faire et couronner l'édifice. Montréal va bien, mais dans d'autres parties du pays se préoccupe-t-on de l’enseignement secon daire ? On oublie trop que, dans l'ordre
intellectuel, on ne tarde pas à descendre lorsqu'on n’essaye plus à monter,
Mais je suis presque tenté de regretter déjà cette critique, car on peut me répondre que Paris ne s’est pas fait en un jour, qu'il faut du temps à toute entreprise sérieuse,
n effet, les hommes qui sont à la tête du mouvement sont sincères, actifs, intelligents, et ils ont à cœur de réussir.
Laissons-les poursuivre leur œuvre, qui ne consiste plus qu'à multiplier les écoles du genre de celles qu'ils ont déjà fondées, Souhaitons-leur seulement de n'être pas entravés par la chicane, plante toujours vivace, fruit toujours mûr, fleur toujours épanouie sous le climat canadien.
Il v aurait beaucoup plus à dire de l'enseignement primaire.
On peut juger d’une population de deux manières, soit par comparaison, soit par examen isolé. Si nous comparons le peuple de nos campagnes aux paysans des autres pays, nous avons lieu d’être fiers. D'abord, le ‘ paysan ” n'existe pas ici: nous n'avons que des habitants, qui tous possèdent une étendue de terre relativement considérable,
sont richement vêtus, font deux et mème trois repas de viande par jour, ont des voitures de luxe et des chevaux superbes, des maisons spacieuses en bois ou en briques, et trouvent sur leur ferme une vie aisée. Peuple éclairé, du reste, et intelligent, qui parle bon francais, prend une part active aux affaires publiques, respecte l'autorité, et prie Dieu de bon cœur. Voilà un côté de la médaille. Nous verrions le revers en cessant de comparer pour juger simplement. Nous dirions alors :
Les Canadiens cultivent mal leurs terres, font la paresse durant nos six mois d'hiver, inettent le désarroi dans les affaires publiques par leur esprit chicanier, se ruinent par un luxe effréné, et cela, parce qu'ils sont ignorants, Car nous n'avons dans nos écoles que TL élève par 5.19 de la population. Encore faut-il remarquer que ce calcul est fait sur le chiffre, total de la population ; la proportion serait encore moindre si d'on retranchait la population des villes qui est plus avancée. Vous me direz qu'aux Etats-Unis la proportion des élèves est de 1 sur 5 habitants, en Allemagne de 1 sur 6.6. en France de 1 sur
GR te
8.73, en Angleterre de 1! sur 13, etque cette proportion diminuerait encore plus que chez nous si l'on ne comptait pas les villes, car les villes y sont plus nombreuses et plus populeuses qu'au Canada. Fort bien ; mais je répète que je ne compare plus. De ce que nous sommes les égaux de bien d'autres, s'ensuit-il que nous devons renoncer à devenir meilleurs ? Rappelonsnous que la province d'Ontario compte L'élève sur 3.51 habitants.
D'ailleurs, il reste toujours à savoir quelle sorte de lecons recoivent les élèves de nos écoles primaires. La statistique peut bien faire le dénombrement des écoliers, mais la nature, la qualité de l'enseignement nue saurait s'exprimer par des chiffres. C’est ici le point le juus délicat de la question.
Je voudrais bien dire toute ma pensée et ne froisser personne; je désire surtout ne point blesser ceux qui font partie du corps enseignant et dont la bonne volonté, l'abnégation, le courage me sont confus.
De quelle valeur est notre enseignement primaire ? Sans s'arrêter aux rapports des inspecteurs qui n'en donnent pas une idée favorable, on peut répondre à cette question par d’autres questions :
Quels sont les appointements des inspec-
Le teurs d'écoles ?
Le : Li A Quel est le traitement des instituteurs ?
D et Combien va-t-il de commissaires d'écoles L; qui ne savent pas lire ?
Je es Les inspecteurs recoivent depuis 8400 Né. jusqu'à $1,000 par an. Il v à 294 instituteurs 4 qui ont moins de $100, et 201 qui ont $400 ne ou plus. Quant aux institutrices, 2,173 ont moins de 8100, et 63 ont $400 ou plus. Pour cequiest des commissaires d'écoles, choisis, o1r en général, parmi les cultivateurs bien ves posés et parvenus à l’âge mûr, un tiers eul peut-être ne sait pas lire.
rs, nt Personne n'osera dire que l'enseigne est ment primaire, donné dans ces conditions, TR puisse être suffisant.
el A qui la faute? Au peuple souverain.
ne Eh! pourtant, non, puisqu'il ne connait Er pas mieux. La responsabilité de cet état de ê° choses retombe sur cette sale espèce de hâbleurs qui, juste assez intelligents pour nt sentir leur propre pauvreté d'esprit, exploies tent avec une persévérance incroyable, au ée profit de leur avancement personnel, le
préjugé populure contre Ies taxes, Audacieux autant que sots, ils flattent on la bètisse ou ÎlA passion avec une habileté d'instinct qui désespère le sens commun :
malhonnètes, sans vergogne, ils ne parlent que de ruine publique, d'impôts écrasants payés par le pauvre au profit du riche, et ils remuent ciel et terre contre un projet qui demanderait une taxe de vingtsous par terre : rien ne leur coûte pour se faire*élire aux charges, et ils mangent l'ordure du peuple pour mériter un siége au parlement.
Et, de fait, cette ignoble engeance arrive parfois à la députation. Elle tient, dans tous les cas, plus ou moins sous sa dépendance la plupart des députés, car quelques-uns connaissent par une funeste expérience les résultats d'un mauvais vote sur unequestion d'argent: j'en contais un qui perdit son élection pour avoir augmenté d'un sou la taxe du bardeau.
Avec ce bon esprit, notre province qui compte plus d'un million d'habitants, en arrive à dépenser $323,291.3% par an pour l'instruction publique, dont $152,000 pour les écoles communes, ce qui, joint à la somme de $1,326,000 fournie par les muni-
cipalités, forme un total de $1,478,000. Or, savez-vous ce qu’a dépensé pour le même objet, l’année dernière, l'état d'Iowa, qui a une population de 1,350,000, et qui ne passe point pour un des plus avancés de l'Union américaine ? Vous ne le croirez pas, à électeurs canadiens : $4,605,749, c'est-à-dire près de quatre fois autant que nous!
Nous économisons sur le budget de l'instruction ! Peut-on se montrer rlus malavisé ? Mais réfléchissez donc, pensez done, pensez un instant : ne comprenez-vous pas qu'en pareille matière mesquiner c’est s'appauvrir, et que mieux vaut cent fois vaspiller, jeter l'argent par les fenêtres ?
car cet argent, mème follement dépensé, forme un capital de connaissances utiles qui, répandues dans le peuple, contribueront à la richesse publique.
Il faudrait une réforme radicale des idées sous ce rapport. Quand s'accomplira-t-elle ?
Dieu le sait. Ce sera lorsque les députés auront un peu plus le respect d'eux-mêmes, lorsqu'ils comprendront les vraies obligations de leur mandat. Accepter le mandat populaire. c'est s’obliger à servir le peuple : oui, dans le sens de servir son pays, mais
uon dans celui de descendre au rôle de courtisan et de domestique. On est élu pour son talent, non pour ses aptitudes à devenir valet. Un député, pendant toute la durée de son mandat, est indépendant et n'a pas d'ordres à recevoir; car ilest censé supérieur à ses mandataires, aveugles qui l'ont choisi parce qu'il voit clair, et il doit les guider de force, s'il le faut, sans tenir compte de leurs folles terreurs.
J'éprouve la plus douce satisfaction à rendre hommage ici à la mémoire d’un honune qui, durant sa trop courte carrière parlementaire, a su trouver des accents d'une véritableéloquence pour revendiquer les droits de l'instruction primaire dans la répartition des deniers publics. Je veux parler de M. Francis Cassidv, qui fut mon bienfaiteur et mon ami, quoique la politique nous eût jetés dans des camps opposés.
Pendant la dernivre session qu'il passa à Québec, une discussion s'éleva sur un des chapitres du crédit attribué au département de l'éducation : un député de l'opposition reprechait aû gouvernement de demander une somme trop élevée pour les frais d’inspection. M. Cassidy, qui lui-même siégeait
à gauche, puisa dans sa loyauté et sa droiture d'esprit le courage de défendre les vrais intérêts du peuple, à peine detirer le ministère des mains de ses amis. Je ne suis pas, dit-il, de ceux qui lésinent quand il s’agit de procurer au peuple les bienfaits de l'instruction, et si j'avais à faire un reproche au gouvernement, ce serait, non point de dépenser trop d'argent pour cet objet, mais de n’en pas dépenser suffisamment. Si les ministres ont des réformes à faire, qu'ils ne craignent pas de prendre dans le trésor tout l'argent dont ils ont besoin : il se trouvera, j'en suis sûr, dans cette Chambre assez d'hommes bien pensants pour les soutenir et les approuver de leur vote. Que parlons-nous de diminuer le budget de l'instruction publique! Augmentons-le plutôt ; il en résultera toujours quelque bien, et l'instruction n’est jamais payée trop cher.
Il serait à désirer qne l’on entendit plus souvent pareil langage dans nos assemblées.
Si nos législateurs avaient ces fières idées, ils ne craindraient pas de voter un ou deux millions pour l'instruction publique, et d'endetter la province à cette fin,
s’il le fallait, jusqu'à l'extrême limite de son crédit. Cette dette serait facilement payée par une génération plus instruite, partant plus industrieuse et plus riche.
Et savez-vous ce que l’on ferait avec tout cet argent ?—On donnerait $2,000 par an à de bons inspecteurs, et $3,000 à un inspecteur-général.—On paierait aux instituteurs ou institutrices (il y en a 5,060) la même somme que la municipalité, pourvu que cette somme füt de $300 a moins.—On formerait à Québec et à Montréal, un dépôt de livres et d'appareils pour les écoles, de manivre à faire bénéficier les municipalités de taus les gros profits que récoltent maintenant les libraires.—On construirait des maisons d'école dans les localités nouvelles et pauvres.—On fonderait des bibliothèques de paroisse, etc.
Puis, après cela, il serait bien à propos d'exiger que les commissaires, qui sont les directeurs de l’école, sachent lire. Mais je n'insiste point là-dessus, car on ne trouverait pas un seul député pour voter pareille loi :
cela lui ferait perdre l'appui de l’un des commissaires qui commande deux voix dans le haut du cinquième rang d'une paroisse quelconque.
RE ui 6 IE dé Hé a rod SSL SCOR VANNES THE) AMAR
ee OT a
Enfin, nous pouvons annoncer une réforme sérieuse du système primaire. Le parlement de Québec vient de voter une loi qui fera époque dans l’histoire de l’instruction publique chez nous, car elle crée un dépôt de livres et de fournitures scolaires et prescrit l’enseignement du dessin dans toutes les écoles.
L'intention du législateur a été de donner au dessin la même importance qu’à l’écriture. C'est l’idée du jour, répandue par les dernières expositions internationales. En France, en Angleterre, aux Etats-Unis, on s'est convaincu que les écoles spéciâles, tout en opérant beaucoup de bien, ne répondent pas pleinement aux besoins actuels.
L’électricité et la vapeur, en supprimant, pour ainsi dire, les distances, amènent en champ clos tous les peuples ; la concurrence des industries ne se fait plus seulement de voisin à voisin, mais d’un antipode à l’autre, et cette lutte gigantesque enfante des progres continuels que chaque peuple doit s'approprier, sous peine de déchéance.
S'il est vrai que le dessin aide l’industrie
(ce dont personne ne doute), il reste évident
Er 2 KT T2SE
DD PES DO PET ES SR EU où ” ” DS es Enr » = RQ D TR TT ra PT
que plus le dessin sera répandue, plus lindustrie se perfectionnera. Le dessin, en apprenant à apprécier la beauté des formes, améliore le goût, et si tout un peuple devient connaissenr, la tâche de l'industrie devient plus difficile : ses produits doivent être plus artistiques, le médiocre cessant d'être vendable.
Or, ce peuple connaisseur existe ou, tout au moins, il est en voie de formation. Les expositions universelles l'ont révélé, et nous, Canadiens, qui voulons prendre place au banquet des nations, c'est avec lui qu'il nous faut disputer le prix sur le marché du monde.
La généralisation de l’enseignement du dessin a donc une portée toute nationale, et les instituteurs doivent comprendre à quelle œuvre grandiose ils sont appelés à travailler.
Et la jeunesse canadienne doit comprendre, elle aussi, quelle lourde responsabilité retombe sur ses épaules. Il s’agit pour le Canada du struggle for life, de la lutte pour l'existence, comme l’a dit M. Chapleau, dans l’admirable discours qu'il a prononcé
en proposant la loi à l'assemblée législative, et Les jeunes gens doivent se préparer aux combats de l'avenir. Ah! si ces lignes pouvaient leur parvenir à tous, nous leur dirions :
Sachez bien, jeunes amis, vous qui serez appelés bientôt à servir votre pays d’une manière ou d'une autre, dans la politique ou dans le clergé, dans les arts ou dans l'industrie, dans les professions ou däns les métiers; vous qui remplacerez bientôt les hommes à qui sont confiées les destinées de notre pays ; sachez bien, vous qui avez encore du temps devant vous, que le succès appartient au travail, au travail seul. Ne comptez pas sur le lendemain pour vous préparer à votre mission: le présent est votre seul capital; ne le dissipez pas follement. Ah! si vous connaissiez le prix du temps! Croyez-en une génération qui se donne à vous comme un exemple à fuir, ne perdez point votre temps. C'est une perte irréparable. Car, ne l’oubliez pas. le temps bien employé donne, non seulement la science ou l'instruction, mais surtout cette aptitude au travail qui manque à ceux qui n'ont pas travaillé étant jeunes. On voudrait
réparer le temps perdu; on n'en à pas l'aptitude, mème quand on en a le désir.
Travaillez dono, songez à l'avenir. A mesure que notre pays avance en ge, ses besoins augmentent et les conditions de son existence publique se modifient; en mème temps le niveau des intelligences s'élève. Il faut que chacun suive cette progression, à peine de ne compter pour rien dans le monde. Il fut une époque dans ce pays où il suffisait d’avoir du caractère pour accomplir sa mission ; mais cette époque est déjà bien loin derrière nous ; il faut aujourd'hui et du caractère et de l'instruction. Les qualités morales ont toujours leur valeur, mais à moins d'être fortifiées par une solide instruction, elles n'arrivent pas à exercer leur empire dans une société où instruction est généralement répandue.
Les hommes d'hier ne suffiraient pas à la tâche d'aujourd'hui, et ceux-ci mêmes seront au-dessous de la tâche de demain.
Telle est la marche des esprits, surtout dans un pays comme le nôtre qui n’en est qu’à la première période de son développement. Qu'arrivera-t-il si la jeunesse d'à présent néglige de se préparer à l’avenir par des études sérieuses ? Elle faillira à sa
mission, elle ne pourra répondre à l'appel quand le pays réclamera sa présence dans les rangs de la milice active. Sa place sera tenue par les plus vieux, qui vraisemblablement s’attarderont dans la routine, ou par les plus jeunes, qui peut-être voudront aller trop vite. Ce donger est sérieux. Il v a toujours trois générations dans la vie militante : La vieillesse, l'âge mur, la jeunesse. C'est l'âge mur qui doit régler le pas du progres national. Si l’âge mur faillit à
cette mission, il s'ensuit une lutte entre la
vieillesse et la jeunesse, c'est-à-dire entre
la réaction et la révolution. Travaillez donc jeunes gens, afin de prévenir ce conflit c’est la patrie qui vous le demande !