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Hi robur et æs triplex
Circa pectus erat, qui fragilem truci Commisit pelago ratem
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Les Scandinaves avaient cet esprit énergique et entreprenant. En Norvége les fleuves roulent sur un lit de sable magnétique, et, suivant la remarque d’un historien, les hommes y boivent le fer avec les eaux. La piraterie chez eux était une noble profession, interdite aux gens du peuple ; les seigneurs, les princes y cherchaient fortune et renommée, et ils recueillaient à leur retour l'admiration de leurs sujets.
Sans boussole et sans cartes, ils s’enfonçaient dans l’immensité de l'Océan, guidés par leur seul courage et par un instinct peut-être identique à celui de l’Indien dans la forêt ou les prairies. Rien de plus naturel que pareil peuple ait fait de grandes découvertes.
En 725, le pirate Grim Kamban s'établit
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aux Feroë, d'où il chassa des moines irlandais qui s'étaient fixés là durant le siècle précédent, et qui, pendant que l'Europe trouvait la science dans leurs cloitres, demandaient aux solitudes de l'océan de nouveaux peuples à convertir.
En 861, un autre pirate norvégien, Naddod, partit pour les Feroë, mais emporté loin de sa route par la tempête, il vit une terre couverte de neige. C'était l'Islande, qu'il ne put explorer, et qu’il nomma Sn«land, Terre de neige. Dès l'an 795, les moines irlandais avaient visité cette ile, et ‘ce qui prouve leur séjour dans cette ‘ contrée, disent les Sagas, * c'est que ‘ nous y avons trouvé des livres irlandais, ‘‘ des sistres, des clairons et autres objets. ‘* Les livres anglais prétendent même que ‘Ja navigation fut jadis très-fréquente ‘entre l'Angleterre et l'Islande.”
in 863, le suédois Gardar fut porté par
* Rafn, Antiguitates Americanæe,........Ædidit Societas Regia antiquariorum septentrionalium. Hafniæ, 1837. Ouvrage savant et collection précieuse que nous suivons dans la plus grande partie de notre résumé, en prenant pour guide le livre de M. Gravier, plus haut cité,
les vents sur les côtes d'Islande, dont il fit le tour, et qu'il nomma Gardarsholm, Ile de Gardar.
Après lui, un célèbre pirate norvégien, Floki-Rafna, résolut de fonder une colonie dans cette ile. Après avoir touché les Shetland et les Foroë, il prit la pleine mer. Au bout de quelques jours de navigation, il lâcha trois corbeaux. L’un de ces oiseaux se dirigea vers le nord-ouest ; il le suivit, àborda dans un golfe très-poissonneux, et passa l'hiver dans l’île, qu’il appela Zceland, Terre de glace, nom qu’elle a conservé.
Quelques années plus tard, un autre pirate norvégien, nommé Ingalf, vint en Islande, s’y fixa, fonda un établissement qui est devenu Reykiavik, la capitale actuelle. On y montre encore son tombeau.
Bientôt la guerre civile qui sévissait en Norvége détermina un courant d'émigration vers l'Islande, et en 930 les principales parties de l'ile étaient habitées. Les institutions républicaines y régnèrent jusqu’en 1261, époque de la conquête des Norvégiens.
En 877, Gunnbjorn découvrit la côte orientale du Groënland. En 883, Eric le
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Rouge, exilé de l'Islande pour un meurtre, se fixa dans cette contrée, et y construisit un bâtiment immense comme une ville, dont on a retrouvé les ruines. C'est lui qui donna à cette terre le nom de Groenland, Terre Verte. Trompés peut-être par ce beau nom, grand nombre d'Islandais vinrent l'y
"retrouver, et fondèrent une République
dont la capitale, Gardar, fut le siége d’un évèché en 1121. Le Groënland devint vassal de la Norvége en 1261.
Nous avons donc vu découvrir et coloniser successivement les Orcades, les Shetland, les Feroë, l'Islande et le Groënland.
Dans une dernière étape, les hommes du nord verront la terre d'Amérique.
La langue danoise, qui était arrivée à sa perfection au neuvième siècle, s'est conservée en Islande dans toute sa pureté, Un jour à Reykiavik, dit M. X. Marmier ‘ (Lettres sur l'Islande. Paris, 1855), la fille ‘ d'un pêcheur, qui avait coutume de venir ‘ chaque semaine nous apporter des oiseaux ‘“ de mer et du poisson, entra dans ma ‘“ chambre et me trouva occupé à étudier Ja Saga de Nial.—Ah! je connais ce livre, ‘ me dit-elle, je l'ai lu plusieurs fois quand
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‘ j'étais enfant.—** Et, à l'instant, elle m'en ‘‘indiqua les plus beaux passages. Je “ voudrais bien savoir où nous trouverions, ‘ en France, une fille de pêcheur connais- ‘ sant la Chronique de Saint-Denis.”
Ce sont les Sagas, écrites dans une langue si bien conservée, qui nous ont transmis tous les récits historiques dont nous résumons en ce moment les principaux.
Mais ce ne sont pas ls seules expéditions anté-colombiennes dont les antiquaires possèdent des preuves: nous allons en constater d’autres à Ja fin du dixième siècle.
L'un des premiers colons de l'Islande, Ari Marson, surpris en mer par la tempête vers 983, après une longue navigation, fut jeté sur les côtes d'Amérique, et s'établit dans l’'Irland-it-Mikla, ou Grande-Irlande, contrée qui s'étendait, suivant Rafn et Magnusen, de la baie de Chesapeake au canal de la Floride, où qui, si nous en croyons M. Beauvois, n'était autre que Terreneuve où l'une des rives du golfe St.
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Laurent. Rafn cite une saga qui rapporte que des voyageurs irlandais et islandais virent Ari Marson dans ce pays, que les habitants l'avaient choisi pour chef, qu'ils’ y fit baptiser par les Papas, colonie de moines irlandais déjà établie dans ces contrées, mais dont l’histoire ne connait rien de certain. On lira avec profit sur ce sujet le mémoire de M. Beauvois inséré dans le premier volume du compte-rendu du Congrès international des Américanistes, 1875.
À la mème date se placent les amours, célèbres dans les chroniques islandaises, de Biorn et Thurida. Après une lutte sanglante soutenue contre les frères et le mari de :4 maitresse, Biorn partit pour explorer des pays lointains, et l’on n’entendit plus parler de lui. Mais un quart de siècle plus tard, en 1027, Gudleif, frère de Thorfinn Karlsefn, venant de Dublin en Islande, fut entrainé par les vents vers des côtes inconnues.
Aussitôt cerné avec tous ses compagnons par une troupe nombreuse de sauvages, il allait être mis à mort, lorsque survient un des chefs qui lui demande, dans la langue islandaise, son nom et sa patrie, et lui accorde sa protection en apprenant qu’il
arrive d'Islande. IL lui remit ensuite un anneau d’or pour Thurida et une épée pour Kiartan, son fils (Rafn, Antiqg. Amer., pp. 246-255).
Histoire ou roman, ce récit n'en garde pas moins une importance réelle en tant qu'il révèle, joint à d’autres traditions contemporaines, la préoccupation constante des Scandinaves à la fin du dixième siècle et au commencement du onzième.
Le fils d’un des compagnons d'Eric le Rouge, Bjarn ou Biarne, quitta la Norvége, en 986, pour venir retrouver son père en Islande. Apprenant ici que ce dernier était dans un pays inconnu, avec un courage inouï, il prend la mer pour le découvrir, dirigeant sa course sur la lumière des étoiles. IL eut bon vent pendant les trois premiers jours, mais il dut ètre entrainé par le courant polaire, car c'est tout le temps qu'il lui fallait pour arriver en vue du Groënland. Il fut ensuite surpris par un brouillard épais et des vents du nord qui le ballottèrent plusieurs jours et plusieurs nuits. Quand le ciel se fut éclairci, il apercutune côte couverte de forûts et dentelée de petites collines. Il met le cap au nord à la recherche
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des montagnes de glace du Groënland, et découvre, après un jour et une nuit, un terrain wniet boisé ; ilcontinue sanavigation, et arrive, trois jours après, en vue d’une ile coupée de glaciers. Ce n’était pas encore cela ; il reprend la mer par un très-bon vent, et après deux jours et deux nuits, il aperçoit enfin les blanches cimes du Groënland.
On ne peut déterminer avec certitude, dit M. Gravier, les parties de côtes qu'il a vues ; mais la direction des courants, le rumb des vents, la distance présumée de chaque course permettent de croire que ce sont celles de la Nouvelle-Angleterre, de la Nouvelle-Ecosse, de Terreneuve et du Golfe du Maine. |
A son retour en Norvége, Biarne fut blâmé de n'avoir pas examiné les terres qu'il avait vues. Cette tâche devait être ! accomplie par les deux fils d'Eris le Rouge, 4 Leif et Thorvald.
Leif Ericson (fils d'Eric), après s'être fait baptiser, sur les instances du roi Olaf Tryggvason. acheta le vaisseau de Biarne et partit, avec 35 hommes et un prètre, pour aller explorer le pays entrevu par Biarne.
{1 le trouva et vit d'abord une contrée unie, pierreuse, désolée, fermée à l'horizon par des montagnes de glaces, qu'il appela Jelluland, Terre pierreuse. Dans ce plateau rocheux et aride, dit M. d'Avezac (Jntroduchon au voyage de Jacques-Cartier, p. 9.
Paris, Tross, 1863), l'érudition moderne à cru reconnaitre Terreneuve. — Quelques Jours après, Leif se dirigea au sud-ouest, vers la terre que Biarne avait vue en second lieu. La saga d'Eric dit que ‘ la côte en est basse et forme des monticules de sable très-blarcs, lTlerrière lesquels s'étendent d'immenses forêts. ” [l l’appela Markland, Terre boisée. C'est la Nouvelle-Ecosse, qui est, en effet, à trois jours de navigation à voile au sud-ouest de Terreneuve.—Il reprit la mer et arriva, en deux Jours, près d'une péninsule qui s'avançait à l’est et au nord. C'est l'ile de Nantuckett et le Cap Cod.—Il descendit à terre dans l’embouchure d'unerivière qui, sortant d'un lac, venait se jeter dans la mer ; il remonta ensuite jusqu'à ce lac, sur les bords duquel il construisit pour hiverner d'immenses bâtiments qu’il appela Leifsbudir. Le climat était tres-Goux, la gelée d'hiver n'étant pas assez forte pour faire perdre au gazon sa
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fraicheur. Un jour, l'un des compagnons de Leif s'étant un peu éloigné dans l’intérieur, rapporta qu'il avait vu des vignes chargées de raisin. En conséquence cette contrée fut nommée Vinland, Terre du vin.
Et cette contrée, c'est l'Eden des Etats- Unis, le Rhode-Island. Le navire de Leif était ancré dans la baie de Mount Haup, d’où s'échappe le rivière Pocasset,
Au printemps de l'an 1001, Leif retournait au Groënland avec un chargement de bois. On le surnomma Le Fortuné.
Le second fils d'Eric, Thorvald, reprit l'œuvre de son frère, et passa au Vinland en 1002. Il explora le pays l’année suivante jusqu'à une île que l’on croit être le Long Island. Plus tard il s'arrêta près d'un promontoire qui est peut-être le Cap Alderton. Là il apercut trois carabos (canots d'écorce recouverts en cuir),nontés chacun par trois hommes. Il fit prisonniers huit d’entre eux, et les massacra sans pitié. Le neuvième, qui s'était échappé, revint lelendemain avec une troupe 1ombreuse. Un combat s'engage où Thorvald est blessé à mort par les flèches de ces Skrellings ou
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Esquimaux. Ses compagnons l'enterrèrent à cet endroit, et retournèrent dans leur pays en 1005.
Sur l'ile de Rainsford, près du Cap Alderton, on a découvert, à la fin du dernier siècle, un tombeau en maçonnerie contenant un squelette et une poignée d'épée en fer. Les savants assurent que cette épée n’est pas de facture européenne postérieure au 15e siècle, et que le squelette n'est pas celui d’un indien. ‘ Ce squelette, dit M. Gravier, serait-il celui du fils d'Erik le Rouge venant affirmer, après huit cents ans de sommeil, le passage de sa race dans ces lointaines contrées ? ”
Un troisième fils d'Eric le Rouge, Thorstein, voulut aller chercher les restes de son frère. Il fréta un navire, et partit avec sa femme Gudrida et vingt-cinq hommes d'équipage, mais il fut le jouet de vents contraires, et finit par aborder sur la côte occidentale du Groënland, à trois degrés au sud du cercle polaire, où il mourut de la peste.
Cependant, après les deux expéditions précédentes, la découverte du nouveau
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Cap dererie née que Anne lette ette, Erik ‘ents dans
continent est un fait accompli. Cette découverte va-t-elle Ôtre suivie d'une colonisation sérieuse ?
Gudrida, veuve de Thorstein, se réfugia auprés de Leif, où elle fut recherchée par Thorfinn Karlsefn, prince norvégien, qui vint au Groënland la même année. Le mariage eut lieu dans l'hiver de 100% (His{oria Thorfinni Karlsefnii, p. VaU.
Sur les instances de cette femme, Thorfinu résolut de tenter à son tour une expédition au Vinland, pays fortuné dont tous | les marins normands de cette époque | paraissent s'être vivement préoccupés. Il | fréta trois navires, et partit de l'Ericsfjord | au printemps de 1007, avec 160 hommes et des bestiaux. Leif lui avait permis de faire usage de ses maisons du Vinland (Leifsbudir) et assuré le concours de trois de ses anciens compagnons : Snorre Thorbrandson, Biarne et Thorhall. Il s'adjoignit aussi Thorvard, mari d'une fille naturelle d'Eric le Rouge, | nommée Freydisa. | |
RÉ OR nement
Après s'ètre égarée dans le détroit de
Javis, la flottille mit le cap au sud et arriva bientôt au Helluland, alors rempli de re-
nards, dit la saga. Thorfinn reconnut le
Markland, puis une ile où l’un de ses hommes tua un ours, et qu'il nomma pour cela Biarnar, ile des Ours. Il prit terre au cap Kialarnes, où il recueillit une quille de navire, mais chercha vainement la tombe de Thorvald.
[IL vit plus loin de longues plages et des déserts qu'il nomma Furdustrandir, rivages merveilleux. Ce serait, si l’on s'en rapporte aux Mémoires de la sociité royale des antiquai. res du Nord, Nauset, Chatam et Monomoy Bay, où des effets de mirage les plus singuliers ont été souvent observés de nos jours.
Thorfinn entra ensuite dans une baie profonde et débarqua sur une île couverte d'œufs d'oiseaux sauvages. Il appela la première Straumford, baie des Courants, et la seconde Straumey, île des Courants. On croit reconnaitre là Buzzard’'s Bay et Martha’s Vineyard.
L'expédition s'arrêta dans cette baie. On construisit à la hâte quelques maisons sur le rivage et l’on commença immédiatement des travaux de culture.
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Durant l'hiver, cette colonie souffrit de la disette, et la faim étant mauvaise conseillère, la discorde s’introduisit dans ses rangs. Thorhall, l'un des chefs, ‘ mauvais
chrétien, ” se sépara de la bande pour invoquer dans cette extrémité ses anciens dieux.
De ce moment il cessa de coopérer à l'œuvre commune. Il mit bientôt à la voile avec neuf hommes, et fit naufrage sur les côtes d'Irlande.
Au printemps, Thorfinn,avec Snorre Thorbrandson, Biarne,Thorvard et 131 hommes, se dirigea dans l’ouest à la recherche du Vinland. Après une longue navigation, il découvrit derrière une grande île un fleuve qui se jetait dans la mer après avoir traversé un lac. Les rives étaient désertes. IL nomma ce pays op, et il est assez curieux que sa description dans la saga réponde exactement à Mount-Haup Bay, que traverse la rivière Pocasset.
C'est Là, on se le rappelle, que Leif avait passé l'hiver. Thorfinn s'établit entre le lac et la forêt, sur la rive opposée. Il trouva en abondance le raisin, le froment, le poisson et le gibier. Il avait donné la liberté à ses bestiaux et faisait couper du bois pour en
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charger un navire, lorsqu'un jour il aperqut dans la baie ‘* un grand nombre de carabos chargés d'hommes noirâtres, laids, ayant une affreuse chevelure, de grands veux, la face large. ” C'était les Skrellings où Esquimaux, dont l'attitude ne paraissait guère rassurante, mais qui s'éloignërent cependant, après avoir examiné avec euriosité les nouveaux venus.
Ils revinrent au printemps en si grand nombre dans leurs carabos ‘ qu'on aurait pu croire la mer couverte de charbons. ” A la surprise des Normands, ils firent le signal de paix, puis, en échange de morceaux d’étoffe rouge, offrirent des peaux et des corbeilles, Ils désiraientaussi des armes, mais elles leur furent refusées.
Ce voisinage ne laissait pas toutefois.
d'être inquiétant pour la colonie scandinave. Un incident ridicule détermina un conflit. Un taureau appartenant à Thorfinn s'étant un jour lancé à la course au milicu des sauvages, ceux-ei ernrent à une trahison des Normands et songèrent de ce moment à obtenir des armes à tout prix: Au commencementde l'hiver suivant.ils se présentent en plus grand nombre que jamais,
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commencent l'attaque avec des flèches et des frondes, et mettent les Normands en l'uite, après leur avoir tué deux hommes.
Cependant il ne peuvent garder l'avantage et sont bientôt à leur tour dispersés.
Malgré sa victoire, Thorfinn Jugea la position trop précaire ; il résolut de retourner dans son pays. Nous allons voir qu'il laissa derrière lui des traces durables de ses cinq ans de séjour en Amérique.
Mais n'oublions pas de constater que durant l'automne précédent, Gudrida avait donné naissance à un fils, qui reçut le nom de Snorre. C'est le premier Normand né en Amérique, et cela, en 1 009, c'est-à-dire 483 ans avant la découverte de San-Salvador par Christophe Colomb.
Le monument laissé par Thorfinn Karlsefn est aujourd’hui connu sous le nom de Dighton Writing Rock. M. Gravier en donne la description suivante :
‘ Sur la rive droite de la rivière Cohan- ‘ net ou Taunton River, territoire de Berkeley, comté de Bristol, état de Massa-
‘ chusctts, sous les 419 45 ” 30° de latitude ‘ nord, un peu au-dessus du site de Thor- “ finnsbudir (maison de Thorfinn), git un ‘ bloc de gneis de quatre mètres de base “ sur un mètre soixante-dix centimètres de € hauteur, de forme à peu près pyramidale, ‘ présentant, du côté de la rivière, un plan ‘ incliné d'environ 60 degrés. Ilest poli, d'un grain bien caractérisé, pourpre au sommet, rougeûtre au milieu, vert à la te base. La mer qui Fapporta, au temps des 6 grands cataclysmes, le couvre d’un mètre & d'eau à chaque marée
« Celle de ses faces qui regarde la rivière estcouverte d'inscriptions profondes d’uir “tiers de pouce anglais et larges d'un & demi-pouce à un pouce. Pendant 150 ans, “à partir de 1680, ces inscriptions ont “ exercé la sagacité des antiquaires. ”
Eu 1830, la Société Historique du Rhode- Island publia une étude très-complète de ce roc fameux ; puis la saga de Thorfinn fut retrouvée. En comparant ces deux documents, les antiquaires ont obtenu une lecture ratirinelle du dessin runique. Cet houneur revient à deux professeurs de Copenhague, Rafn et Magnuser.
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On a vu que Thorfinn vint du Groënland avec 160 hommes, que Thorhall et neuf hommes l'ayant abandonné, il prit ses cantonnements avec 131 hommes, que Gudrida le rendit père d’un fils, qu’il fut attaqué par les Esquimaux. Or, le Dighton Rock rappelle ces faits.
Ici nous laissons la parole à M. Gravicr :
‘ A la gauche du lecteur, le nombre vingt est exprimé en chiffres romains.
‘ C’est la mention des vingt hommes dont ‘ Magnusen ne parle pas et qui moururent ou restèrent dans le Straumfjord.....
<- La
‘ Les chiffres xx sont joints à un signe qui 2ffecte la forme du rune kaun (enflure) ; cela peut vouloir dire que les tombes ou les habitations de ces vingt hommes ‘ étaient au pied d'une colline.
Pas =
‘ La ligne verticale du kaun est très- ‘* allongée, irrégulière et vient se terminer ‘ près de la lettre islandaise thau, dont la ‘ signification épigraphique est proranavis, ‘ navis. Le kaun indique ainsi la route que ‘ suivirent les colons pour aller du navire au lieu de leur établissement.
ec =
Vers le centre de l'inscription on lit ‘ distinctement, également en chiffres ro- ‘’ mains, CXxx1, nombreexact des compa- ‘ gnons de Thorfinn. A côté se trouve deux lettres : l'N latino-gothique et le rune € madr, Leur valeur épigrahique est Nord et Homme. Si l'on ajr au nombre ‘ cxxx1 l'équivalent de ces u ux lettres, on a :