‹ Lecture pour tous [microforme]Chapitre 34 sur 38 · PE · texte numérisé non relu

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È Quant à l'Estotiland, East-out-land, on n’a 118 pas de doute que ce ne soit le Labrador ou 1 Terre-Neuve.

‘1 | Drogeo, à peine indiquée malheureuse | | ment par le récit, serait la Nouvelle-Ecosse {. ou la Nouvelle-Angleterre.

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‘ Ainsi donc, conclut Gaffarel, l’Amérique aurait été de nouveau découverte aa XIVe siècle par des pêcheurs danois, et le prince Zichmni, aidé par les Vénitiens, aurait fondé une colonie non loin de l’emplacement des anciennes colonies norwégiennes. Telle est la conclusion qui nous semble la plus naturelle et la mieux fondée.”

L'expédition des Zeni ne parait pas avoir eu de résultats durables, et déjà à l'époque qu'on lui assigne, les colonies scandinaves du Vinland étaient en pleine décadence.

On attribue plusieurs causes à cette décadence.

La premivre serait une altération profonde du climat du Groënland. La Terre- Verte, ainsi nommée par Eric-le-Rouge, il y à bientôt neuf siècles, à cause de ses forèts et de ses prairies, a vu sa température changer du tout au tout avec le cours des années. De nos jours, ne sommes-nous pas témoins d’un ‘%épeuplement complet de l'Islande ? Ne voyons-nous pas ses habitants venir en masse demander l’hos-

pitalité à nos prairies du Nord-Ouest ? Et cependant l'Islande produisait jadis du blé, | les Sagas vantent ses beaux arbres. M.

| Gravier décrit ainsi ce phénomène clima- 4 térique, dû aux glaciers sans cesse grandis- | sants dont les derniers explorateurs, entre j autres Kane et le docteur Hayes, ont |! constaté l'existence :

‘ La goutte de rosée que distille la fleur des tropiques tombe sur le gazon, glisse | dans le ruisseau, et va, par la rivière, s'ajouter au volume de l'Océan. Un chaud |

rayon de soleil la caresse, l’enlève dans le nuage et la confie aux vents qui la portent aux montagnes du Nord. Saisie par la brise, elle devient un léger flocon de neige

| | voltigeant dans l'espace comme un blanc

Li papillon, et finit par toucher le sol où le 1 froid impitoyable la transforme en cristal. AE ‘* Les gouttes de rosée cristallisées qui

j s’ajoutent l’une à l’autre depuis des milliers

d'années ont formé, du cap Farewell aux régions inexplorées du Nord, un immense champ de glace, qui s'avance lentement, mais d’un pas mathématique. De sa masse se détache ce que les Danois appellent, très-exactement, les rivières de glace. Par

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ces rivieres, les gouttes de rosée viennent se fondre dans l'Océan pour recommencer la série de leurs transformations.

‘ À mesure que le glacier et ses rivières s'avancent vers la mer, le froid augmente d'intensité, la bordure de terre habitable se rétrécit.”

Le Groënland, qui fournissait presque seul, avec l'Islande, des colons à l'Amérique,

se trouva ainsi séparé du reste du monde

par un mur de glace.

Ajoutez à cet obstacle l'épouvantable peste noire qui, de 1347 à 1351, ravagea l'Europe et l'Asie, et s'étendit ensuite à l'Amérique. Boccace, dans le prologue du Décaméron, a conservé le souvenir de ce terrible fléau.

La piraterie et les Skrellings devinrent aussi un véritable fléau pour les établisse ments scandinaves, lesquels, séparés de la métropole, re purent se défendre. La piraterie est un fait historique dont chacun connait la gravité à cette époque.

Une dernière cause précipita une ruine déjà très-avancée. En 1389, Marguerite de Waldemar, régente des trois royaumes

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scandinaves, désirant rençuer les liens de la métropole avec ces colonies, déclara celles-ci domaines de la couronne, et s'attribua le monopole du commerce dans leurs eaux. Ce fut le dernier conp.

Le fait est que depuis plusieurs années les relations aient devenues si difliciles et si rares que la mort de l’évêque du Groënland, en 1377, ne fut connue en Norvége que six ans plus tard, et Frédéric III de Danemark appelait le Groënland sa pierre philosophale, ‘“ parce qu’on le cher-

‘chaïit toujours.”

Dans ce résumé, nous avons fait choix des documents les plus certains, les plus authentiques ; il en existe beaucoupd'’autres que les savants mettent au chapitre de la légende, mais qui n’en subsistent pas moins comme preuve d'une connaissance vague, d'un souvenir lointain du continent situé au-delà de l'Océan, et d'u: 2 préoccupation populaire constante de découvrir ces terres éloignées. Tel est, en particulier, au moyen-âge, le voyage merveilleux de cet Ulysse chrétien, Saint Brandan, que nous citerons d’après Gaffarel :

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** Saint Brandan était Irlandais de grande naissance. [l se fit moine, et devint supérieur de l’abbaye de Cluainfert, où trois mille religieux environ lui obéissaient.

L'un d’entre eux, Barintus, avait voyagé.

[Il raconta à Brandan que son filleul Mernoc avait découvert une île délicieuse, nommée Ima, au milieu de l'Océan, et s'y était établi avec quelques compagnons. Il l'avait visitée, et un ange leur était apparu en leur annonçant qu'ils découvriraient une terra repromissionis sanclorum.

‘ À ce récit l’imagination.tout irlandaise de Brandan s'enilamma ; il voulut partir, et fit part de ses intentions à quatorze moines, parmi lesquels était un jeune homme, Macutus où Macluvius, le futur saint Malo. Après un jeûne de quarante jours, Brandan et ses compagnons, joyeux, pleins d'espoir, s'embarquent. Ils arrivent d’abord à l’île d'Alende, et y construisent une barque en cuir, qu’ils chargent de tout ce qui est nécessaire pour une longue navigation.

‘ Pendant douze jours le vent les pousse dans la direction de l'ouest, jusqu'à ce qu'ils abordent enfin une grande île, où ils

trouvent la table servie, sans que personne se montrât : c'était le démon qui les tentait. Un des moines eut la faiblesse de l'écouter, mais il s’en repentit bientôt et mourut,

‘Un autre voyage les conduisit dans une ile nouvelle où paissaient des brebis plus grosses que des bæufs. Cette fois un homme leur apporta à manger, et se fit bénir par eux quand ils repartirent. Les moines se trouvèrent un jour en vue d’un ilot qui leur parut commode pour y prendre un peu de repos. Seul Brandan resta sur le vaisseau. Mais à peine les moines eurent-ils allumé le feu, que la prétendue ile commença à semouvoir. Effrayés, ils regagnent le navire à la nage, et voient bientôt leur ile disparaitre au fond de f’Océan. C'était un poisson monstrueux, une baleine peutêtre. Brandan le nommait Jasconius, et prétendait que c'était le plus vieux des poissons de là terre, cherchant toujours, mais en vain, à rejoindre sa tête et sa queue.

‘ Les moines furent plus heureux dans un autre voyage. Ils abordèrent une île verdoyante, arrosée par un frais ruisseau qu’ils rencontrèrent. Des arbres étaient couverts d'oiseaux blancs. Brandan, comme

sonne tentait.

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plus tard saint Francois avec les hiron:

delles, engagea la conversation avec eux.

[Is lui apprirent qu'il devait naviguer pendant six ans encore, et six fois revenir célébrer la Pâque dans la même ile. Alors ils trouveraient enfin la terra repromissionis. Le saint abbé entonne aussitôt le Te Drum.

Les oiseaux l'accompagnent, et les frères goûtent un délicieux repos de cinquante Jours dans le Paradisus uvium, au milieu des chants et de l'abondance,

* Trois mois entiers les moineserrentsur la mer. Ils abordent enfin une ile immense, et sont reçus par un vieillard silencieux qui les conduit à un monastère, où vingtquatre moines observaient depuis longtemps la règle du silence le plus absolu.

Ils n'éprouvaient aucun besoin corporel.

Ils n'avaient mème pas la peine d'allumer les lampes de l'autel, car elless'illuminaient soudainement. Aussi donnent-ils leur temps entier à la prière et à la méditation. Brandan aurait bien voulu prolonger son séjour dans l'ile merveilleuse ; mais le temps de la Pâque approchait, et les frères partirent pour le Paradisus avium.

‘* Pendant cinq ans durent ces courses

étranges, et, chaque année, à Ia même époque, une force inconnue les ramène au Paradisus avium, mais à travers les aventures.les plus extraordinaires. Tantôt un énorme poisson s'avance pour les dévorer, lorsqu'il est attaqué et tué par un autre plus gigantesque encore. Tantôt l'oiseau gripha qui, de sa serre puissante, enlève les vaisseaux, et les laisse retomber sur les rochers où ils se brisent, s'élance contre eux, lorsqu'il est tué par un autre oiseau plus redoutable. Aujourd'hui ils arriven:

en face d'une île oiils ne peuventdescendre, mais qui est remplie par une population pieuse qui chante en leur honneur des cantiques. Demain c’est une île embaumée, dont les suaves émanations raniment leurs forces. La mer phosphorescenteles éblouit, un volcan gigantesque se dresse devant eux, qui fait au loin bouillonner Ja mer, et remplit l'atmosphère de vapeurs sulfureuses. D'autres îles retentissent sous le marteau des Cyclopes. Judas Iscariote apparaît et leur raconte ses souffrances.

Des démons les entourent, et les soumettent à mille épreuves. Mais ils y échappent victorieusement, et, apres sept années de courses, ils célebrent une dernière fois la

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Pâque au Paradisus avium. Ils finissent mème par trouver la terra repromissionis, une fois qu’ils ont traversé la mer d’obscurité qui les entoure.

‘ C'est un immense continent, où se rencontrent les productions les plus varices.

L’atmosphère y est brillante, la lumière du soleil éternelle. Pendant quarante jours les moines essaient de faire le tour de ce qu'ils prennent pour une ile. Mais ils arrivent à l'embouchure d’un fleuve immense qui leur prouve, comme plus tard l'Orénoque à Colomb, que leur ile était un continent. Alors apparut un ange qui leur ordonna de partir, en emportant des fruits et des pierres précieuses de cette île, résidence future des saints, quand Dieu aurait converti le monde. °

‘Les moines obéirent. À peine revenu en Irlande, Brandan mourut, mais dans toute la gloire de la sainteté, et sa mort fut annoncée par une vision à saint Colomban.”

Mais la plus vieille tradition, sans contredit, nous vient de la Chine. Voici, en substance, ce que dit d'un pays merveilleux qu'il appelle Fou-Sang, Li- Yen qui vivait au commencement du VIle siècle de notre &re :

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