‹ Lecture publiqueChapitre 2 sur 7 · PS PT · texte numérisé non relu

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et aujourd’hui que nous sommes libres, elle verrait la trahison consommer un parricide!

Non, mille fois non. Jamais les grandes ombres des Bédard, des Panet, des Taschereau, des Bourdages, des Papineau, père, n’auront à déplorer l’inutilité de leurs longues et glorieuses luttes ; jamais nous ne souffrirons que ces grands citoyens, secouant la poussière de leurs immortels tombeaux, viennent nous faire rougir de notre dégénération, nous demander compte du dépôt qu’ils ont gardé et défendu avec tant d’héroïsme et qu’ils nous ont remis avec tant d’espérance. Et le sang des victimes aura-t-il été répandu en vain? Ce sang versé si généreusement et avec tant d’abondance, n’était-il pas destiné à féconder le sol canadien et à en faire jaillir une moisson de braves qui devaient venger les martyrs et perpétuer leur héroïsme ? Non, encore une fois, mille fois non ; les fondateurs de l’Institut l’ont déclaré solennellement, le succès de leur entreprise me l’assure, et le zèle patriotique des citoyens de Montréal m’en donne la certitude. «

Avant d’en venir à mon sujet,je préviens l’auditoire que l’historique des événements politiques sera traité sans méthode, avec briéveté et : en autant seulement qu’ils se Leront au sort de mes deux héros. Quant à votre indulgence, je n’oserais la solliciter, si je ne m'étais avant tout appliqué à choisir un sujet que je prévoyais devoir convenir à votre bon cœur et à votre patriotisme. Lorsqu'on prend en main la cause de l’innocence persécutée devant un auditoire canadien, mais surtout devant un auditoire où ily a des Dames canadiennes, on est toujours sûr, sinon d’intéresser et de plaire, du moins d’exciter la bienveillance, malgré la faiblesse du talent et l’inhabileté de l’orateur. Sans cet espoir, j’avoué franchement que je ne serais jamais

| monté à cette tribune, qui a dejà retenti

des plus beaux accents de l’éloquence profane et sacrée,

Josepx Nancisse CARDINAL vit le jour à St. Constant, le 8 Février 1808, Ses parents, adonnés à l’agriculture, étaient fort respoc-

tables et jouissaient, avec une honnête aisance, de l’estime générale des habitants du lieu. Comme celles de tous les enfants de son état, ses premières années n’eurent rien de remarquable ; elles se passèrent à l’ombre du clocher de son hameau et sous la protection bienfaisante du foyer paternel. Il ne grandit pas au milieu des splendeurs ‘du luxe, ni des cajoleriss de la puissance.

Des parents chrêtiens dirigèrent de bonne heure son cœur vers le bien, et les habitudes sévères et rustiques qu’il voyait pratiquer sous ses yeux, lui faisaient voir que l’homme n’est pas né pour l’oisiveté, et il Contracta dès lors un goût pour l'étude, une assiduité au travail et une consciencieuse exactitude à remplir ses devoirs qui ne se démentirent jamais. Son père, très instruit pour l’époque, ayant remarqué en lui de bonnes dispositions, se décida à lui donner nne éducation classique.

Cardinal entra au collège de Montréal en 1817 ou 1818, et y demeura 5 ou 6 ane.

Ses études, sans être brillantes, furent bonnes et solides. ‘D'un caractère doux et affable, toujours prêt à rendre service, il se faisait chérir de tous ses condiciples. Laborieux, docile et exemplaire dans sa conduite, il s’attira l’estime e l’amitié de tous ses professeurs. Sorti du collége en 1822 ou 23, il commença alors ses études de droit sous M. George LePailleur, Notaire distingué de Châteauguay. Il revint à. ja ville en 1828 pour y compléter res études iégales.

Connaissant peu de monde à Montréal, d’ailleurs plein de-goût pour le travail et la solitude, il ne sortait pas et ne fréquenlait que son bureau et ses livres. C'était un de ces rares jeunes gens vertueux, modestes, réfléchis, qui songent plutôt à se Dimer pour l'avenir par des études fortes et sérieuses, qu’à faire parade d’un savoir superficiel en noircissant quelques colonnes de journal, en commettant des gachis pamphlétaires ou en disant d’énormes et pom-

uses balivernes à d’honnétes, mais trop

as électeurs, fl attendait, pour essayer de rendre service à son paye, qu'il eut Vautorité du savoir et du respect gagné par une vie conforme aux principes catholiques qu’il avait reçus, C’est en 1829 qu’il fut admis an notariat, M. LePailleur, son pre- Mmier patron, qui avait toujours eu en lui la plus grande confiance, l’engagea à venir praliquer avec lui en société à Châteauguay, ce que notre jeune et nouveau tabellion fit avec joie. Le 31 mai 1831, il épousa Melle Eugénie St.Germain, femme belle, vertueuse, benne et avec Jagnel!e il goûta le véritable bonheur domestique au sein d’une amitié sacrée, de la religion et de Paurea mediocritas. Mais, hélas ! ce bonheur, comme tous cenx de ce monde, devait bientôt finir. Cette mer douce et

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fortuné voguait en toute sûreté vers les régions de l’inaltérable félicité, devait avoir ses houles mugissantes-et ses terribles furies. Déjà le nuage gros, noir, silencieux s’amoncelait à l’horizon.. Déjà la tempête s’apprétait à éclater et à tout briser dans ses Konibles caprices. Mais n’anticipons pas sur les événements. Avant d’aller plus loin, je veux vous faire connaître M.

Cardinal, par oui-dire, bien entendu, caï il n’existe aucun portrait de lui, Sa démarche était simple, modeste, mais assurée sans être d’une staturs qui dépasse la moyenne, il était quelque peu élancé, sa figure, légèrement brune, était douce, calme jusqu’au flegme et inspirait, par son ensemble agréable, la confiance et la sympathie; son front, laige et découvert, annonçait une intelligence pen ordinaire et accoutumée à la réflexion. Tout, chez lui, prédisait un homme facile et aimable dans les relations sociales, mais en même temps ferme, énergique, persévérant et inébranlable dès qu’il s'agissait d’un devoir à remplir ou d’un but louable à atteindre. Son caractère peut se décrire én un seulmoet: il n’eût jamais d’ennemiset ne sût jamais refuser à autrui, quel qu’il fut.

Cardinal suivait attentivement les affaires de son pays. Il avait étudié soigneusement la longue suite d’infamies entassées par le Bureau Colonial et Poligar-

chie sur les Canadiens et qui avaient îmos tivé les 92 résolutions, cette énergique et

chaleureuse revendication de nos droits violés et foulés aux pieds. Nous étions en 1834, époque de crise où la nation canadienne avait besoin de tous ses enfants pour ne pas succomber sous la persécution qu’on lui faisait continuellement subir depuis 1792, pour ne parler que de la période constitutionrelle.

Le soleil de 1760 avait été pot les Cana

diens l’aurore d’une nouvelle ère de “souffrances. Des traités solenrnsis, il est bien vrai, leur avaient promis de tout respecter, de tout conserver. Les Canadiens confiant dans ces garanties sacrées, se consolaient un peu de leurs défaites et de leurs malheurs. Le drapeau orné dun #8 éclatant ne flottait plus sur les murs de leurs villes ; mais du moins ils se flattaient de jouir librement du patrimoine de leurs pères, d’adorer leur Dieu dans leur langue maternelle et de raconter paisiblement à leurs enfants, au milieu de leurs hameaux encore français, les exploits gigantesques des ancêtres morts au champ d'honneur.

Ils avaient compté sans la foi punique d’Albion, qui, dès l’origine, avait juré secrètement haine et mort à la nationalité des vaineus. Le combat s’ouvre pour être long et achamé. Mais :que vont devenir ces

tranquilla sur laquelle le couple jeune et | quelqnes Canadiens qn'une puissance qui

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se proclame grande et généreuse, veut anéantir ou réduire à l’état d’ilotes? Vontils subir en silence l’ignominie et l’esclavage ? Non ; tant qu’un Français ne peut dire :

“ tout est perdu, fors l’honneur,” il considère que rien n’est fait et que tout est à tenter. Les Canadiens avant de céder, vont verser leur sang à flots et sur les champs de bataille et sur les échafauds.

Nous avions eu de vaillants soldats, des héros. Îl nous manquait des martyrs de la nationalité et de la liberté : « 38 et 39 ” se chargèrent de nous les donner. M. Cardinal était un de ces hommes généreux et dévoués qui épousent sans restriction toutes les nobles causes. Pour lui, le sacrifice n’était rien. 11 avait aussi ce que j’appellérai l’énergie du dévouement. Lorsqu'il avait une fois conçu une idée bonneet quipromettait du bien; lorsqu’il avait nne fois adopté une conviction grande et noble, rien ne l’arrêtait dans sa marche.

Position, fortune, bouheur, il aurait de

rand cœur renoncé à tout avant d’aban-

onuer la relation d’un projet qui devait tourner en bienfaits pour ses amis, ses frères, sa patrie. IÎlne pouvait donc rester froid ni insensible aux infortunes sans cesse éprouvées de ses compatriotes. Il se jeta dans la lutte, l’embrasea avec arüsur, quoig en comprit toute l’étendue et l’effrayant danger.

Dans l’été 34, il y eut de nouvelles élections générales. La dernière chambre d’assemblée avait dit à l’Angleterre et à ses satellites du Canada : “ Nos libertés, nos “# droits! ou nous ne voulons plus rien avoir 4 à faire avec vous, et notre tourse ne s’ou- € vrira plus pour nourrir les ennemis de “ notre bonheur.” Les 92 résolutions, conques dans un langage qui trahit la patience

puisée par des années de persécution et de malheur étaient la traduction raisonnée

‘éi le sombre développement de cette pen- “mgée. La devise électorale fut donc : Pour

ou contre les 92 résolutions ?

Cardinal était pour les 92 résolutions.

Les électeurs du comté de Laprairie, qui savaient cela, qui savaient aussi son honnêteté incorruptible et son patriotisme pur, le choiïsirent par acclamation pour les re-

résenter dans les Communes Cansdiennes.

Rien d’étonnaut dans ce choix unanime.

On se disait avec raison qu’il apporterait dans la vie politique cette fermeté polie, cette habileté peu ordinaire dans l’art d’interpréter les lois et d’éclaircir les questions les plus embrouiilées ; en un mot, toutes les qualités qui en faisaient un homme professionnel des plus précieux. | ais l’acceptatiou de ce mandat si important fut pour lui un grand sacrifice. Au milieu d’une campagne belle et riche, entouré de l’estime de ses concitoyens, lié à

père de charmants enfants qui faisaient tout son amour, sa positiun était parfaite de félicité, et il lui en aurait couté, sans l’oppression de ses compatriotes, pour e séparer de tout ce monde de bonheur. De plus, il était peu riche. Obligé de quitter son greffe une partie de l’année, sa clientel e en souffrirait et sa famille chérie aussi. Et puis, sous queiles circonstances inaugurait-il ea carrière po'itique? Quel sort entrevoyait-il dans l’avenir pour lui et sa patrie ? Quel patriote pouvait se poser ces questions sans sentir ses pensées s’assombrir au bruit sourd et lugubre de la désolation qui.se faisait déjà entendre dans le lointain ? Mais la gran de voix de la patrie en danger avait par é encoré plus haut que tous ces murmures déchirants. La patrie de Cardinal gémissait sous un joug oppresseur et étranger $ un peuple qui pouvait {out avait décidé, dans un sentiment dont |a bassesse dépasse toutes les conceptions de l’imagination, le mort d’une nation petite par :e nombre, mais immense par la grandeur de son oris

ine et la magnificence de ses souvenirs

ne nuée de petits tyrans, aussi mal é evés que despotiques, s’était précipitée sur le

ays pour engraisser leur maigreur des spor Ron canadiennes. Il ne restait plus aux Canadiens qu’à lutter soit pour la liberté, soit pour mourir avec honneur, ou à vivre à l’ombre dégradante de la bienveillance anglaise, qui s’achetait au prix de la nationae lité et de l’honneur. (Cardinal pouvait-il hésiter entre ces deux a'teruatives ? Il se laissa élire et se rangea dans l’armée des vrais Canadiens qui ne voulaient écouter aus cune proposition avant le redressement des

griefs énumérés dans les 92 Résolutions, .

parce qu’ils ne croyaient plus à la sincérité de leurs ennemis, tant ils avaient été trompés souvent. ;

La femme, lorsqu'il s’agit de la destinée des objets de son uffection, est prophète, Par une inspiration mystérieuse et délicate qu’elle seule possède, elle anticipe les mal heurs qui doivent frapper ceux qu’elle ai.

me ;elle les prévoit, elle les devine, en quelque sorte ; quelquefois elle va même jusqu’à les pleurer d’avance. M. Cardinal, après avoir été proclamé membre de Laprairie, retourne chez lui et apprend à sa femme, comme ure chose ordinaire, qu’il est élu. Sans répondre, et comme frappée d’un horrible pressentiment, elle se met à pleurer. Son mari, étonné et chagrin, demande ce que signifie cette douleur soudaine. Elle garde toujours le même silence, elle sangloitte davantage, elle est inconsolable. Un instinct secret, mais irrésistible, lui montrait un aflreux précipice au bout du chemin des honneurs que son époux venait de prendre. Plus tard, après la tourmente, elle disait que la nouvelle de l'élection de

une femme qui le rendait fort heureux, déjà | son mari avait été pour elle un dard qu’on

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lui plongeair dans le cœur, et elle ne vait chasser de son esprit que c’était 1 ro 5 ve innombrables qui devaient ’accabler sfprochainement.

= le

parlementaire de Cardinal

fut non attendait de lui. Toujours pa Hg patriotique majorité qui voulait se servir de moyens constitutionnels pour revendiquer nos droits nationaux et politi-

Fu serra autour de l’étegffard orté

: sement par M. Papigisau. Dans

es: ères sessions de la Chambre d’As-

abIée, cette vaillante majorité, poussée bout; avait répondu aux demandes exhortes du gouvernement : ‘ Vous persisz à méconnaître nos droits et nos fran-

À ‘Phises ; vous voulez même nous les arran + “cher. Eh bien ! que cela soit sans notre h participation. C’est assez d’un meurtre,

4 qu’il n’y ait pas de suicide. Nous vous L. % # refusons notre concours législatif et nous “ ne voterons des subsides que lorsque vous

“ nous aurez rendu justice. De votre côté “sont, nous le savons, la puissance et {a

“ force. La faiblesse, physique est notre

# es partage malheureux. ais nous sommes J “forts de notre confiance en Dieu, de sa ES. justice et de la sainteté de notre cause.” : Les famenses résolutions de Russell, sanction méprisable de toute l’iniquité passée,

t le signal de nouvelles et profondes

agitations. Les réclimations des Canadiens | étaient si justes, pc ouverneur, de mémoire infâme, a ét forcé d’en faire l’aven :

# Depuis le commencement jusqu’à la fin ‘ des dissentions qui remplissent l’histoire we | rasé du Bas-Canada, je vois que #+.Æf Passemblée à toujours été en guerre avec à, 4 le conseil pour des pouvoirs qui lui sont "édessentiels d’après la nature même du ‘ gouvernement représentatif.” mouclie du 6 novembre‘1837, entre les Fils de la liberté et les membres du Club dorique, brusqua les choses et fit éclater la tempête. Les Canadiens avaient été atta- | ués ; mais les agresseurs étaient Anglais ; LE es magistrats avaient favorisé leur asso- Le ciation, la troupe les protégea, et les ‘ Fils de Ia liberté,” qui avaient le malheur d’être Canadiens, furent poursuivis, arrêtés, saisis, liés et emprisonnés comme de vils criminels. Dès lors il n’y eut plus moyen d’aaiser ni de contenir les esprits. On perit de vue que la résistance ouverte était impossible dans l’état où se trouvait la rovince. Mais le Canadien est frère du rançÇais, il ne regardé jamais au nombre de ses ennemis. On l’ésrasait sous le poids pr la plus criante et de l’opposition la plus dure. Il se lève, et St. D: ais devient le monument du plus bel expioit de sa vaillance. Trahi à St.-Charles et à St.-Eustache par la victoire, il eut cependant la conscierice d’avoir rempli un noble

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