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devoir et prouvé au monde que son courage le rendait digne de la liberté.
Cardinal, qui était avant tout homme sage et perspicace, bé pas le mouvemeït de 37. Dans une de ses lettres, il en blâme vertement les auteurs et les chefs. Il va même, à mon avis, jusqu’à un excès de sévérité. Il était de ceux qui croyaient le Canada incapable, sans secours étrangers, de soutenir une lutte avec l’Angleterre.
Tant qu’il vit le Haut-Canada et les provinces inférieures faire cause commune avec nous, il eut espoir. Mais il changea d’idée quand la ruse anglaise eut opéré labandon de nos alliés. Suivant lui tout soulèvement isolé des Canadiens devait être fatal. L’insuffisance de nos moyens le ferait avorter et procurerait aux Anglais le
rétexte qu'ils cherchaient tant, de nous
étruire ayez une apparence de plausibilité.
Voilà pourquoi il ne prit aucune part à l’insurrection de 37. Au contraire, il chercha à l'empêcher dans la sphère de son action. :
Mais du moment où il vit une chance A 8 pui à l’étranger, il se jetta volontiers dans la melée, parce que c’était risquer sa vie sans folle légèreté, et s’il n’entrevoyait pas de succès certain, du moins il trouvera:. peutêtre une mort glorieuse.
Deux individus de Chateauguay, dont l’un d’origine écossaise, gens à âme vile et dignes de se faire les mouchards de l*li:
archie, exerçaient dans l’endroit le métier
e délateurs. Ceux qui les avaient choisis connaissaient leurs hommes. Ces misérables avaient eu querelle avec ur des parents de Cardinal et voulurent se venger en persécutant ce dernier. Ils se mirent à le vexer, à le harceler, et même à le menacer de dénonciations. Pressé par sa femme
let quelques amis, il quitta le Canada vers la
mi-décenibre 37, pour se rendre à Coving- Lee à dé New-York. C’est de là-qu’il êr uné#lettre dont je vais citer quelques extraits pour mieux vous faire apprécier ses opinions." *‘ Après les événements, dit-il, “ qui viennent de jeter la terreur et la dé- ‘“ solation dans notre patrie, j’ai cru qu’il ‘“ était nécessaire porr ma sureté de pren- “ dre refuge de ce côté de la ligne, autant ® ‘rl le repos de mon esprit fatigué par “ les mille et un rapports qu’on me fesait ‘ chaque jour, que pour éviter les persécu- “tions d’ennemis dangereux qui auraient ‘ pu profiter d’un moment où l’on avait irn- ‘ posé silence à la loi pour assouvir contre “ moi leurs basses vengeances ” Il parle ensuite en termes émouvante uu malheur auquel il est en proie, lui, si jeune, lui époux d’une femme jeune et affectueuse, père de quatre enfants qu’il adore, et obligé de fuir sa patrie. ‘ Eh! s’écrie-t-il, “ qu’ai-je donc fait, grand Dieu ! pour mé-
“riter un sort semblable ? Etais-je voleur,
Pà son beau-père, le 24 décembre,
A pare mien cr terriens eee rt Glen vmehent eut es sd AD
un
meurtrier, incendiaire ou parjure ? Non, “ rien de tout cela. Mon seul crime fut ‘6 d’avoir aimé ma patrie, de l’avoir désiré “ belle et heureuse, suivant les inspirations ‘ de ma conscience et d’avoir travaillé avec des hommes que j’ai crus et que je crois encore sincères comme moi, à la rendre “telle. (C’était là tout mon crime lorsque «6 L'ispradente de quelques jeunes évaporés les porta à des excès qui éveillèrent 4 les autorités et enveloppèrent dans leur ‘ sort beaucoup de personnes respectables “ qui partageaient leurs opinions politiques, “ mais qui déplorent sincèrement leurs 6 erreurs et leurs écartades. Les Nelson, 46 les Brown, les Girard, par leur folle résis- 56 tance, sont venus combler la mesure et ont scellé pour toujours le sort du mal- 6 heureux Canada. J'étais tranquille spec- 4 tateur de tous ces désordres, lorsque la 4 manie se répandit dans nos endroits ; “ mon ami Héroux et moi fimes tous nos ‘ efforts pour arrêter un mouvement qui de- 66 vait être ei désastreux. Cependant, les ‘6 précautions que nous mettions à tous nos ‘“ procédés, le secret que nous gardions ‘ pour ne pas compromettre les écervelés ‘6 furent cause que des enremis particuliers nous accusèrent publiquement de trahison “et nous fûmes menacés de la prison, 4 Vons.savez le peu de cérémonie que l’on 46 a pris pour s’assurer de l’innocence où de 46 la culpabilité de ceux qui ont été accu- ‘€ sés. - Il suffisait qu’il y eut dénonciation < pour être exposé au déshonneur de l’arres- # tation et d’un emprisonnement indéfni et “ peut-être à mourir sur l’échafaud.??
| aurait cru commettre une imprudence criminelle en prenant part à l’insurrection.
Il n’avait pas voulu risquer inutilement une vie qui, dans une autre circonstance pouvait
être de quelquê secours à son pays. Au
reste, Cardinal avait des idées bien arrêtées gur la politique du Canada. Il n’était pas prêt à se contenter d’une simple insurrection pour effrayer les Anglais. Près d’un siècle d’odieuse persécution de la part de l'Angleterre lui avait inspiré une haine pr0fonde du joug britannique, et il ne voyait de bonheur et de liberté pour sa patrie que dans son indépendance complète et absolue dû gouvernement angiais. Pendant son séjour à Covington, il eut une entrevue avec le Dr. Robert Nelson, et il expliqua à ce dernier ses vues politiques. Il ne voulait entrer dans aucun compromis qui n’assurerait pas l’indépendance du Canada ; si le recours à la force devenait nécessaire et indispensabie, il désirait une prise d’armes sérieuse et uniquement dirigée vers ce but.
Cardinal ne pouvait plus vivre sur le sol étranger ; il aimait mieux, comme le grand patriote italien, être privé de la liberté dans sa patrie qu’{tre libré dans la terre de ï‘exil. Noble enfant du Canada, com-
ment pouvait-il voir son pays chér: dans le deuil et le malheur de l’esclavage sans accourir lui offrir l’aide de son bras ? Il revint donc en Canada en février ou en mars 1838.
Désormais la vie de M. Cardinal va être intimement liée à celle de son digne et jeune ami, M. Joseph Duquet. Dans le dernier mouvement, ils marchaient à côté l’un de l’autre ; c’est ensemble que la prison les reçut, l’échafaud les vit tous deux ensemble quand ilsisrrosèrent de leur sang le berceau de nos libertés. Quelques mots donc sur M. Duquet avant de poursuivre mon récit.
En 1817, naissait à Chateauguay Josepx Duauer. Son père était livré à des opérations commerciales et possédait un nom honoré. Il n’eut que ce seul fils, et, peu riche, il voulait lui donner le meilleur de tous les biens, une éducation libérale. Après deux années pauses au collége de Montréal, Du-
uet alla terminer ses études au collége
hambly, qu’il laissa, croyons-nous, en ou 35. Un événement bien triste signala son entrée äanc im : il perdit son père en 1834. Ce malheur fit au cœur de Duquet une plaie longtemps saignante. Son esprit,
rompt à saisir, avait de suite compris toute a déplorable gravité de cette perte donloureuse. M. Duquet avait laissé sa femme peu riche; et, outre son fils, il avait trois filles dont deux encore en bas âge, et toutes trois modèles d’amabilité, de douceur, de vertu et de beauté. Qu’allaient devenir dans le monde ces êtres chérisquin’avaient qu’un frère, jeune et encore non Dr les protéger, veiller sur elles et les faire vivre? Ces considérations n’échappèrent
pas à l’esprit de Duquet, déjà mûri par l’ex- :
périence de l’infortune. Mais il avait un cœur bon et noble ; le culte du dévoûment et de l’amour filial et fraternel lui était familier ; après avoir versé des larmes sur la tombe à peine fermée de son vertueux père, il embrasse sa mère affectionnée, ses chères petites sœurs, il leur demande d’avoir confiance en Dieu, de le croire, lui homme, véritable fils et véritable frère, Il se met ensuite À ‘’œuvre et se dévoue, de gaieté de cœur, : . bonheur d’une famille qui n’a plus que l1- pour soutien.
La profession de notaire fut celle qui attira son choix. Sa mère mit volontiers à la disposition de son fils ses petites ressources, Elle résterait, ilest vrai, sans fortune ; mais elle ne s’en inquiétait nas. Connaissant les talents et le cœur de son fils, elle espérait pour lui un bon avenir etse disait que,quand son fils aurait quelque chose, elle-même serait riche. Elle avait raison ; si l’oppression du Canada n’eût pas reclamé son sang et sa vie, Duqnet avait devant lui une position brillante qui l’aurait mis en état de donner à sa famille toute l’aisance et le bonheur qu’il souhaitait pour elle.
Après avoir pendant quelque témps ét:dié sous M. Curdinal, avec isquel il notua ces rapports d’intime amitié et d’affectueuse estime qui ne se brisèrent jamaie, il vint à Moniréal pour finir sa cléricature avec Che- Yalier de Lorimier, cet aûtre martyr dont un jeune membre de l’fnstitut-Cunadien- Français à déjà raconté la vie avec tant d’éloquence et de pathétique. C’est de là que date, à proprement parler, sa carrière politique.
Je ne reviendrai pas sur les événements qui engagèrent les Canadiens à mettre de côté leur résistance constitutionnelle pour le fusil. Je les ai déjà esquissés en parlant de M. lardinal.
Caractère aussi généreux qu’ardent, Duquet bondissait d’indignation en songeant aux injustices et aux iniquités sans nom dont l’Angleterre abreuvait ses compatriotes. Il avait 20 ans et le san: français coulait duns ses veines! Plein d’enthousiasme tr la liberté, d’amour pour sa nationalité.
edenpotisme insupportable et la tyrannie insolente sous lesquels on voulait tenir son payë, tout simplement parce qu’i était fran- Çais, enflammaient encore sa bouillante imne Quand on a 20 ans et qu’on est
rançais, balänce-t-0a entre la soumissien et lPiguominie et peut-on laisser écraser une nationalité, dont l'origine est aussi noble qu’antique et dont le passé est pursemé de gloires,ue splendeurs et de dévoñements aux saintes causes ? Non ; Duquet était decette Cu un peu rare aujourd'hui, qui est étrangère aux calculs : l’égoïsme et anx Anspirations de la frayeur ; il comptait parmi cette j+unesse qui ne voit que la sainteté du but et qui est avaugle sur les obstacles semés sur la route. Le nombre de ses ennemis augmentait sa bravoure, et, l’univers entier eût-il été ligué contre sa nationalité et la liberté de son pays, que la chaleur de son courage n’en aurait pas refroidi. Membre de l’association des Fils de la Liberté, son activité et son zèle furent très utiles à cette société dont la bannière était celle de la jeunesse patriotique du tempa.
En Octobre 37, Duquet alla se fixer à St.
Jean, chez son oncle, M.
C'était à l’époque de la plus grande efferve:cence. Le peuple, do:ile à la voix de son chef, s’assermblait partout pour désapprouver les mesures révoltantes de l'Angleterre St.
Athanase eut aussi son assemblée. Duqnet Ange et vota pour l’adoption de la cé-
bre déciaration publiés par la grande convention des six comtés de la Rivière Chambly. M. Demaray, par la part active qu’il prit à l’organisation de cette assembiée, s’attira l'attention des autorités; le 16 novembre uue escouade de brigands, pompensement appelés les dragons loyaux de la Reine, le fit pris nnier, ainsi que le Dr, Jo-
P. P. Demaray. |
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