DER TT ER SULTAN RE AE AIN A EA
séph Davig..on, coupables tous deux d’avoir contribué à dévoiier les turpitudes anglaises. M. Duquet pense que ces vertueux citoyens seraient immédiatement conduits à la prisca de Montréal. Il munte à cheval, et se rend à fond de train à Laprairie pour traverser de là à Montréal. Son dessein était d’opérer, avec quelques amis, la libération volontaire ou forcée de son oncle et du Dr. Davignon. Ayant trouvé rompues les communications entre Laprairie et Montréal, il court à Long'euil, où il apprend l’exploit de la bande héroïque du brave Bonaventure Viger, qui avait délivré les prisouniers sur le chemin de Chambly. Duquet se joignit à ces hommes courageux et tous passèrent aux Etats-Unis.
Duquet avec la généreuse irréflexion qui caractérise le jeune âge, s’était jeté dans le tourbillon. 1l croyait que les paroles et les écrits étaient devenus inutiles. 11 fallait muiutenant payer de sa personne et quitter le forum pour le camp. Malgré les dangers et la défai:e poses certaine qu’offrait une lutte armée avec l’Angieterre, son caractère aventureux s’animait par la grandenr mêms du péril. 1] grossit avec plaisir le bataillon que conduisaient Malhiot et Gagnon, le 6 décembre 37. On sait le sort malheureux qui les attendait. Surpris par 600 volontaires près de ioor’s Corners, comté de Missisquoi, ils ne purent tenir tête à l’attac 1e imprévue, et après quelques moments d’un combat héroïque, ils se retirèrent à Swanton. Que pouvaient faire 80 ou 100 hommesmal armés et indisciplinés contre 600 soldats bien équipés? M. Duquet montra sur ie champ de bataille le sang
froid et le courage dun vieux soldat. On le voyait partout et il se multipliait en L ré ue sorte pour faire face au danger. Un des
derniers il quitta le théâtre de l’uction et il eut le bonheur, en retraitant, de sauver sur “es épaules un ami ble-sé, gisant baigné duas son sang et qui, sans cet acte généreux, aurait été fait prisounier.
Duquet demeura à Swanton jusqu'à l'ame nistio de Lord Durham. Avec quelle joie il revoit alors le sol aimé de sa patrie ! Quel bonheur de retrouver, après un an d’exil et de souffrances, sa bonne et vieille mère, ses sœurs que son absence avait fait tant pleurer! Ce fils, ce frère adoré, elles ne poue vaient se lasser de le convrir de baiser tendres et chastes, 11 leur revenait aimant, affectueux comme par le passé. Un an de malheur et d+ persécution l'avait rendu doublement cher, s’il est possible, à ces femmes qui avaient concentré toutes leurs affections sur lui, et elles voulaient sffacer par les joies, les caresses et la félicité de la réunion la privation d’un an de bonbeur.
Elles avaient raison ; elles pouvaient se hàter de jouir. Ce beau et noble jeune homme qu'elles embrassaient, bientôt la main Au
sf
bourreau allait en ‘aire un cadavre froid et
re et nos ennemis non contents du sang o cette belle victime, envelopperont dans
une hideuse persécution toute sa famille en
Le plongeant dans un abîme d’affreux maleurs.
Qu’il était triste de vivre dans ces tempslà ! me disait une des victimes de 37-38, auprès de laquelle je prenais des renseignements sur mon sujet. Toutes les relations étaient interrompues cu à jamais brisées ; on pleurait un époux, un pére, un frère ou un fils tombé sur le champ de bataille ou proscrit. Et encore, la douleur n’avait pas toujours la liberté de se faire jour ! L’empire de la loi martiale avait été proclamé ; un simple soupçon de patriotisme faisait tomber sur nous une nuée de ces ignobles prétoriens, toujonrs ivres de sang et de vin, qu’on décorait du nom singulier de volontaires. La bassesse privée, à l’omibre de la a res souveraine, exerçait aussi ses gnominies. Les villes, comme les campagnes, renfermaient beaucoup de ces petits commerçants, anglais ou écorsais, enrichis à nos dépens. Malgré leurs richesses et leur arrogance, ils ne pouvaient toujours parvenir à cette considération que les Canadiens d’alors, un peu plus fiers que ceux d’aujourd’hui, persistaient à eur refuser, parce qu’ils pensaient qe le succès ne justifie as le crime, ni ne le lave. Piqués au vif des dédains de ces pauvres, modestes, mais nobles enfants de la France, qu’ils croyaient inférieurs à eux, ils saisirent la première occasion de devenir importants et puissants vour tirer vengeance de ces nobles mépris.
Une fois riches, ces messieurs aimaient à être honorës : c’était, chez eux, affaire de marque anglaise. Mais les Canadiens n°:1tendaient pas leur manége. Alors ils voulurent se faire dangereux ; ils ne ra arriver au respect, ils songèrent à se faire craindre. Le gouvernemert, dans une prévoyance satanique, les avait ;""sque vous faits Juges de Paix. Les troubles survenus, la loi martiale intronisée, ils se firent loyaux sujets, espions de l’sutorité et délateurs. Ces insolents parvenus, avec une haine qui attacha sur leur front le stigmate indélébile de l’infamie, se mirent à persécuter les Canadiens traqués de toutes parts,
Les larmes, les gémissements sur les malheurs de la patrie étaient défendus, trouvés criminels. Il fallait se cacher pour être malheureux. Quelques Canadiens, traitres à leur nationalité, s’étaient joints à ces proconsuls de la tyrannie. Ils étaient d’autaut plus dangereux qu’on ne les connaissait pas toujours. Dès lors la défiance, l’horrible soupçon de rencontrer à chaque instant un traitre dans un interlocuteur, rendait la position intenable. Demain, aujour-
d’hui, dans une heure, vous pouviez, victi-
oo —————————————————————————————
me de quelque noire perfidie alors fréquente, vous voir arrêté et trainé en prison sans savoir pourquoi. Le nom cariadien était devenu une désignation au mépris, à la haine et à la surveillance dégradante des gouvernants.
Et nos proscrits qui pleuraient, sur la terre étrangère, la patrie absente, éiaient-ils donc plus heureux ? Il faudrait bien peu connaître le cœur français pour répondre que oui.
Ces nobles exilés avaient, dans un jour de malhevwr, vu s’évanouir toutes leurs espérances. Ils avaient, comme Cardinal et D quet, rêvé la patrie iibre, heureuse et indépendante. Leurs travaux, leurs pensées s’étaient dirigés vers l’accomplissement de ce beau projet ; leur vie même avait été risquée pour l’atteindre. Au lieu de voir leurs généreuses idées triompher, ils s'étaient vus chassés, proscrits ou dans l’obligation de cacher leur tête mise à prix. Il leur avait fallu dire un adieu déchirant et peut-être éternel aux lieux qui les avaient vus naître, à toutes les personnes qui les aimaient. Le vent de la tempête, qui bouleversait le pays, leur apportait les soupirs plaintifs, les gémisserents douloureux d’une mère versant d’abondantes larmes au souvenir d’un fils unique que la proscription lui arrache dans ses jours de vieillesse et de malheur ; d’une épouse désolée et pressant sur son sein l’enfant fait orphelin par l’exil et ia persécution ; d’une sœur qui, tous les jours, au pied de la mère des malheureux et des proscrits, demunde le retour du frère qu’elle avait accoutumé de voir et d’embrasser chaque jour et qui luitenait place du père qui lui avait été enlevé dans ses jeunes ans ; de l’amante éplorée, qui maudissait les persécuteurs, conjurait le Très-Haut de dissiper l’orage, de rendre au ciel de son bonheur son ancienne sérénité en ramenant celui qui en faisait tout l’ornement et qu’elle en consi-. dérait comme le soleil bienfaisant,
Je vous le demande, MM. et Mesdames, était-il possible à ces Canadiens, torturés dans leur pays, malheureux jusqu’au désespoir à l’étranger,; de se soumettre patiemment à ce régime meurtrier qu’on faisait peser sur eux ? Devaient-1ls se laisser écraser sans tenter un dernier eflort, sans jeter à la face des tyrans la suprême protestation de la victime agonissante ? Ils s’étaient dit que non, et le mouvement mal combiné, mal exécuté de Novembre 38 s’en suivit.
Dans la prévision d’une prise d'armes générale, les exilés des Etats-Unis, en partie réunis à Swanton,avaient fait des À Ar sure dont ils intormèrent leurs amis du Canada.
[la firent entendre à ces derniers qu’ils seraient puissamment secondés par un parti considérable d’Américains dont les sympathies étaient pour nous. Des associations avaient été formées, des émissaires avaient été envoyés partout pour préparer les es-
rits à la nouvelle insurrection. Le parti ibéral du Havut-Canada, avait-on encore dit aux Canadiens, coordonnerait ses mouvements avec ceux du Bas, de sorte que le.
choc serait ques efficace et irrésistible. Les
deux Csnadas allaient enfin, ajoutait on,
conquérir leur liberté. Le 3 Novembre 38
avait été choisi pour éclairer ce mouvement
Lg sonne de l’indépendance et du bonheur es Canadiens.
Cardinalet Duquet, confiants dans le succès de la lutte, et croyant à la véracité des rapports qu’on leur faisait sur les dispositions des Canadiens et «ur l’unanimité courag.use qui présiderait au mouvement, mais eomptant principalement sur le secours prétendu puissant que les Américains devaient nous prêter à l’heure fatale, consentirent à aider l’entreprise et furent chargés de la direction du mouvement partiel du conité de Laprairie.
On sait le résultat fâcheux de ce soulèvement: l’inactivité ches les uns, la lâcheté et la perfidie chez les autres, la croyance ferme chez un grand nombre que le Canada n’était pas préparé et que ious les bruits sur les vastes préparatifs des Canadiens étaient entièrement faux, firent échouer le souièvement et fournirent à nos ennemis un nouveau prétexte de satisfaire leur haine.
Cardinal et Duquet furent à leur. poste.
Cardinal, qui avait refusé de joindre les ins de 37, mit une main active à l’affaire de 38. Comme je l’ai déjà dit, il croyait le Canada mieux préparé. Lesavis qu’il avait reçus du Dr. Robort Nelson prédisaient un succès certain et lui promettaient des secours américains sérieux. Cardinal et Du.
“Quot, son jeune et vaillant ami, s’emparè-
rent, dans la nuit du 3 novembre, des principaux tories de Laprairie. Comme on craiait les Sauvages assez nombreux du vilfige de Caughnawega, que le gouvernement avait bien armés, on forma le projet de les désarmer le lendemain, 4 novembre, et de donner leurs armes à la troupe de patriotes que sommandaient Cardinal et Duquet, qui n’avaient à peu-près que cette ressource pour armer leurs gens. Un nommé de Lorimier, parent, croycas-nous, de Chevalier de Lorimier, interprête et ami des Indiens du village, avait dit à Cardinal qu’il pourrait les engager à lui prêter leurs armes.
En conséquence, le matin du 4 novembre, environ 200 Canadiens se rendent dans un bois situé à un mille de Caughnawaga.
Cardinal et* Duquet, aui les conduisaient, les iaissent là pour aller, en compagnie de grogne, autres, voir si de Lorimier est ea tat do livrer les armes promises. Cardinal, Duquet et les autres ne revenant pas, la plupart des hommes-stationnés dans le bois et sans armes, commencent à craindre que l’éreil n’ait été donné, se fatiguent d’attendre et se dispersent. Cependant,
Cardinal et Duquet ne recevaient pas dans le village l’accueil auquel ils s’attendaient. Une vieille Sauvagesse qui avait vu les patriotes dans le bois, répandit l’alarme dans le camp des Sauvages. Ces derniers crurent qu’on voulait les massacrer. nil paraît qu'on les avait travaillés sous main, et ils étaient très-mal disposés. Cardinal et Du-
uet, en quittant de Lorimier, furent obligés
e se cacher dans une autre maison. Après
avoir resté deux heures, ils gagnèrent à la hâte le bois où ils pensaient rencontrer leurs compagnons. Mais ils n’y trouvèrent personne. Ceux qui avaient voulu les attendre avaient été arrêtés quelques instants auparavant, entr’autres, Maurice Lepailleur, dont l’active bravoure seconda bien Cardinal et Duquet, et qui plus tard alla expier son patriotisme dans l’exil. ;
C’est alors que Duquet donna à Cardinal une preuve d’amitié et de dévouement qui lui soûta la vie. Cardinal avait mal à un pied et ne marchait qu’avec la plus grande peine. Epuisé de fatigue, certain de ne pouvoir échapper à la poursuite des Sauvages qui l’atteignaient, il se laissa tomber au pied d’un arbre, et il engagea, il conjura Duquet de se sauver seul, ce qui lui était facile, grâce à sa jeunesse et à son agilité. Mais il refusa de suite le conseil de son ami: ‘6 Je ne veux pas vous quitter, Cit-il à Car- “ dinal ; je ne vous abandonnerai jamais * dans cet état, quoiqu'il arrive.” Quelges moments après, ils furent tous deux aits prisonniers par les Sauvages, qui les remirent aux autorités.
C’est ainsi que l’insurrection de Novembre 38 marcha de malheurs en malheurs, de désastres en désastres. On avuit fait espérer aux patriotes un concours général et
artout ils se trouvèrent dans la proportion Lan contre 10, 20 ou 30. Partout où une tête patriotique se levait, dix sabres anglais ge présentaient pour l’abattre.
Suivons à la prison nos deux héros martyrs et voyons la générosité de nos ennemis s’acharnant sur leurs victimes innocentes et désarmées. Les volontaires de 37 et 38 ont montré une singulière espèce de courage : celui de savoir outrager le malheur inoflensif, Battus à St. Denis par quelques paysans, les habits rouges et bleus y revinrent quelque temps après pour venger sur les femmes timides et les habitants désarmés leur défaite de novembre. Ils s’amusaient aussi à veler des provisions et à faire brûler les maisons et les granges, encore rem plies du fruit des sueurs du laboureur, C’était au commencement de la dure saison et un sort afleux attendait ces malheureux laissés sans abri et sans pain. Mais qu’impr à ces fiers soldats ? Les victimes
taient Françaises et n’étaient pas de loyaux sujets, St.-Benoit paya de même {a
difficulté que les sicaires de Colborne rencontrèrent à vaincre les quelques héros de St.-Eustache.
Cardinal et Duquet ne devaient donc pas s’attendre à être l’objet de quelque clémence. On les traîna à la prison précipitamment, dans une voiture grossière et comme de vils malfaiteurs.
Un frisson glacial saisit les prisonniers en énétrant sous les voûtes sombres et humies de la maison &e leur captivité. Ce so-
leil de la patrie qu’ils avaient aimé, en se
promenant dans leur campagne chérie, à:
voir 8e lever et rouler sa course majestueuse, ils ne le reverraient plus, ouils n’en saisiraient qu’un faible rayon à travers l’im- | l'in able guichet. Ils avaient désiré le nheur dans la patrie libre ; et la patrie était enchaïînée et les portes d’un affreux cachct se fermaient sur eux. Ils étaient ils avaient besoin du grand air de a liberté pour donner carrière à leur activité dévorante, à leurs facultés fortes et amis qui brûlaient d’agir et de servir e pays ; et l’atmosphère pesante, empoisonnée d’une étroite cellule les écrase, les sufloque, les étouife,.
Cardinal avait une épouss, des enfants en bas âge, encore au berceau. Tout lui promettait le bonheur: des êtres chéris s’assemblaient chaque jour autour de lui pour garnir de fleurs sa vie épineuse et lui donner toutes les joies d’un chrétien époux et père. Il fallait rompre tous ces liens ; et au lieu de cris joyeux d’enfants qui ne connaissent pas les soucis du monde, au lieu de la voix mélodieuse de la femme qui dit son amour ou prie pour les objets de ses affections, il ne verra que les farouches figures des officiers de la Bastille canadienne, il n’entendra que les grincemonts de l’énorme porte qui tal cache le ciel, le cli- + des clefs qui scellent sa captivité ou es pas lourds et lugubrement retentissants du géolier qui va sg LU sa Mmonotone et inhumaine besogne. Duquet avait 21 ans; il avait cet Âge où l’on est avide de vivre, où la vie déborde en quelque sorte de l’exubérance de la jeunesse ; une mère, vieille et faible, demandait son fils, son unique espoir comme son seul soutien ; des sœurs se dlésolaient, Mais Duquet avait encore une autre douleur, une douleur atro-
ce. Comme tous les hommes généreux, il
avait un cœur vaste, immense dans ses affections. Dans ses goûts humains, il en avait fait trois larges parts : l’une, de droit, appartenait à sa patrie ; l’autre était consacré À sa famille; la troisième......uaije besoin de vous le dire, Mesdames ? Duquet était beau garçon, doué d’un caractère affectueux, une de ces natures françaises et chevaleresques dont la devise est: Dien, la patrie, l'honneur et une Dame. Combien le fois, dans sa vie courte, muis agitée et
pe d'événements, trouva-t-il d’indiciles consolatious dans le regard, le sourire, ou le soupir étouffé d’une femme modeste, bonne et dévouée qui pleurait de ses chagrins, gémissait sur les dangers auxquels était exposé selui qui lui avait donné sa foi ! Hélae ! lui si jeune, au printemps de l’âge, on le ravissait à toutes ces beautés, à tous ces rêves, à toutes ces félicités. :
Pourtant, Cardinal et Duquet ne failliront pas. Braves sur le champ de bataille, ils seront encore grands dans la prison, grands su: l’échafaud, grands de toute la grandeur du catholicisme au chevet du meribond. On les verra même donner des consolations à leurs familles éplorées et désespérées. Aussi, quel grand besoin en avaient-elles ? Mme Cardinal, après l’emprisonnement de son mari, avait vu sa maison devenir la proie des flammes. Les volontaires ne se contentaient plus de se faire gendarmes et bourreaux, ils voulaient encore se faire incendiairer, On emprisonnait les hommes, et les femmes seules, sans protecteurs, sans ressources et sans demeure, étaient livrées à la froide charité du monde.
Le jour même que l’on incendia la maison de Mme Cardinal, celle-ci se trouvait chez un voisin, dans une chambre retirée.
El'e était en proie à un chagrin et à un désespoir qui faisaieut craindre beaucoup pour ses jours rendus encore plus précieux et plus fragiles par l’état dé'icat dans lequel elle était. Tout-à-coup entrent deux volontaires. On les reconnaît à leur air étran-
er, duret grossier. Ils gagnent, sans parer à personne, l’appartsment qu’occupe Mme Cardinal. ‘ Vous deviez vous attendre, lui disent-ils insolemment et avet le sourire de la féracité sur les lèvres, au malkeur qui vous frappe, ae + la conduite qu’a tenue votre mari.” Et ils sortent. Le cœur frémit d’indignation à la pensée e semblables forfaits ! Je me hâte d’ajouter que ces deux bandits n’étaient pas d’origine française. Je crois qu’avec vous, MM.
et Mesdames, l’avertissement est superflu.
La torche de l’incendie s’était aussi promenée sur l’asile de Mme Duquet. Ce n’était pas assez pout une mère et ses deux filles d’avoir été violemment séparées de celui qu’elles aimaient le plus au monde. L’humble chaumière qui abritait leur désolation devait éfre devorée par les flammss- et -les luisser sans fils, sans frère, sans pain et sans toit à l’arrivée du rigoureux hiver‘canadien. Cette famille était destinée à boire dans la coupa de l’infortune jusqu’à la lie la plus amère.
Mme Duquet n’avait pas de parents aisés pour venir à son secours. Elle se trouvait
artagée entre le désespoir que lui causait emprisonnement de son fils et la poignante inquiétude de ne savoir comment pourvoir À l’existence de ses filles.
Autre fait révoltant. Le 23 ou 24 décembre 38, quelques volontaires logeaient chez an habitant de Chateauguay qui avait recueilli une des sœurs de Duquet, enfant de huit ans seulement. Faible, nerveuse, d’une sensibilité dangereuse son intensité, d’une intelligence qu’avait prémeturément développé le malheur, cette enfant avait éié soigneusement tenue ignorante de tout <e qui se passait relativement à son frère.
‘On ne devait pas s’attendre à autant de délicatesse de la part des volontaires. Avec une joie cynique, 'ils apprirent à la jeune fille le sort de son frère, ils firent même d’horribles et sacriléges plaisanteries sur l'exécution. Mme Duquet, qui se trouvait à Montréal, ÿ étain plongée dans un chagrin que les mères seules peuvent comprendre ; nuit et jour elle pleurait et demandait incessamment son fiis. Les volontaires savaient tout cela, et s’empressèrent de dire à l’enfant que sa mère était folle à Montréal et que son frère avait été
ndu. On peut imaginer facilement l’effet
e semblables paroles sur une enfant dont la vie avait déjà été mise en grand danger per la frayeur et la peine. Elle fit retentir
air de ses cris déchirants ; elle voulait absolument voir sa mère et son petit frère Joseph. Elle avait tout compris, nonobstant la tendresse de son âge, et la secousse l’avait si fortement agitée qu’elle en contracta une maladie creiqne qui abrége ses jours et la conduira au tombeau. Mais jetons le voile sur ces infamies, et prions de pouvoir les oublier.
J'aime à voir Cardinal et Duquet brûler “de cette flamme divine du patriotisme qui fait les grands citoyens, jouant leur vie sur quelque mo de bataille ou dans quelqu’entreprise téméraire ei dangereuse. J’admire leur bravoure, j’applaudis à leur téméœité, j’ambitionne leur mâle vertu. Mais que je les trouve bien plus grands lorsque, Voyant la mort se dresser devant eux dans toute sa hideuse réalité, ils se préparent à la rencontrer en catholiques.
de voir ces nobles têtes s’incliner humblement devant la majesté de la religion pour proclamer la supériorité des biens spirituels sur les avantages temporels ; pour proclamer le néant du temps devant les vastes grandeurs de l'éternité du chrétien. Naguère tout leur paraissait triste, désolant, ignominieux dans ce supplice de l’écha-
aud. Bientôt le sacrifice du calvaire et le #pectacle du Fils de Dieu mourant pour le monde en bénissant ses bourreaux leur font envisager la mort avec plus de calme et sous un meilleur aspect ; ils mourront avec joie pour leurs compatriotes, ils pardonneront à leurs persécuteurs, demanderont m£me des prières pour eux. Effets merveil.
Il me plait
leux du éatholicisme ! A travers le sang qui les aveuglera, ils croiront entrevoir leur immortalité Abe, le bien de leut patrie et les bénédictions de la postérité. |
Le 26 novembre 38, Cardinal écrivait à sa femme ces belles paroles : “ Chère épou- ‘ se, prends courage, que rien ne t’attriste, “ demande à Dieu et pour toi et pour moi “ des forces pour supporter avec résignation & l'épreuve terrible que je vais faire. Je “ ne crains rien pour moi, et si je n’avais “ pas sur térre une femme et des enfants ‘“ que j’aime plus que moi-même, je ne “ chercherais pas à conserver une vie que, ‘“ je pourrais perdre dans des sentiments “ pires que ceux qui m’animent aujourd’hui.
«6 FE viens d’écnre à l’Evêque Bourget de “ venir nous confesser ; nous croyons que “ quand la conscience sera pure, Le corps “ en aura moins à souffrir.”
C’est d’une noble simplicité qui rappelle les grands généraux catholiques du Î7me siècle...
La farce judiciaire, qu’on appela le procès des douze condamnés, commencée le 28 novembre, faisait des progrès. L’attitude de Cardinal et Duquet fut ferme sans bravade, digne sans ostentation. Maistoute défense était inutile devant une cour qui considérait comme une insulte toute investigation sur sa légalité. On voulait faire un exemple ; il fallait des victimes. En trouverait-on de plus nobles que Cardinal, Duquet et leurs compagnons d’infortune ?
Dans le cours du procès, Duquet voulut faire observer qu’une question posée à un témoin, ne l’était pas suivant les règles. On lui répliqua qu’on n’était tenu d’observer aucune règle. Quelle justice attendre d’un tel tribunal? Dix, sur les douze, furent condamnés à mort ; de ce nombre étaient Cardinal et Duquet.
Cardinal aimait sa femme de toutes les forces de son âme tendre. L'excès de su douleur l’avait rendue malade, et elle n°avait pu répondre aux lettres de son mari, qui ne savait à quoi attribuer son silence.
Le 2 décembre 38, il lui fait parvenir ces mots : Est-il possible que tu te refu- ‘“ ses toujours à m'écrire un petit mot de ‘“ consolation que je désire avec tant d’ar- ‘ deur ? Je me trouverais si heureux dans
| mon malheur, si tu m’accordais cette fa-
‘“ veur! Si je ne connaissais ton bon cœur, ‘ton amour pour moi, je soupçonnerais que ‘ c’est par ressentiment ou par indifféreuce ‘ que tu me négliges ainsi. Loin de moi ‘“ une telle pensée ! Je n’ose croire que tu “ m’en veuilles pour les tourments que je “te cause. Ton cœur m’a déjà pardonné, ‘ j’en suis certain. Mais je voudrais le ‘6 savoir de toi-même. Fais-moi écrire, si ‘“ tu ne le peux et signe la lettre toi-même, ‘ répands une de tes larmes sur le papier,
“ une de ces larmes si nombreuses que tu répands à mon sujet, pour moi, qui ai promis solennellement de les essuyer et “ non de les faire couler.” La correspondance de Cardinal devient si intéressante et si émouvante que je vais lui laisser la arole. Sa grande âme, comme celle des éros antiques et du moyen-âge chrétien et chevaleresque est calme et sereine au milieu des approches de la mort. Il prie, et il est consolé et il console ceux que son malheur aïfllige. Le 4 décembre, à la veille de sa condamnation, il dit à sa femme :
‘ Demain, nous serons jugés à la vie ou à € la mort, et si nous recevons cette der- . “ nière condamnation, il est probable que ‘6 l’exéoution ne sera pas diférée de long- “temps. Je me prépare à l’attendre sans 6 la craindre, Et si Dieu me laisse la vie, “ je serai mieux en état de remplir mes de- “ voirs de chrétien, d’époux et de père.
Prie Dieu, chère amie, qu’il touche nos ‘ Juges, qu’ils soient frappés de la vraie ‘# lumière, et qu’ils ne laissent pas sacri- “ fier des hommes qui n’ont fait aucun mal ‘ et qu! sont victimes du plus horrible par- ‘ jure. J’ai eu le bonheur de me confesser hier et aujourd’hui ; j’espère avoir en- ‘ core demain cet avantage.” Plus loin, il parle de l’infame qui s’acharnaità sa ruine et à celle de Duquet et que je ne nommerai pas, À la priére des familles de ces généreux martyrs, qui leur ont recommandé de pardonner à leurs ennemis. “Il ‘a essayé, dit-il, à effrayer nos témoins ; ila voulu les renvoyer de Lour qu’ils “ réussissent à nous sauver. Quel homme!
Il me verra au tombeau et ilne cessera ‘6 pas de me persécuter. Cependant je lui ‘ pardonne.’ ÿn Crimée ou en Iialie, en Canada ou en Chine, le sang français enfante toujours des merveilles. On se rit de la mort au milieu des boulets, on joue avec elle ; on la brave avec l’insouciance du soldat, on l’attend ave le calme du chrétien bien préparé.
Cardinal, le 13 décembre, après sa condamnation à mort, et quelques jours seulement avant de monter à l’échafaud, envoie à son épouse la curieuse lettre que voici en partie : ‘ Monseigneur m’a envoyé aujourd’hui ‘ des livres. J’en avais eu auparavant de “ M. Drummond, de sorte que j’ai de quoi ‘ m’amuser. Nous avons un jeu de cartes ; “ c’est le deuxième que nous usons depuis “notre emprisonnnement. Ce qu’il y a “de fâicheux ici, ce sont les puces; il & faut continuellement se gratter. Nous ‘avons par-dessus le marché, des punai- ‘€ sos, des coquerelles, des criquets, des rats ‘et des souris. [l ne nons manque plus ‘ que les petits insectes qui font grouiller la ‘“ partie chevelue du chef de l’homme, et ‘encore, y a-t-il parmi nous des sujets
oo
Les Zouaves n’accueillaient pas plus gaiement les balles autrichiennes.
Cependant le courage de M. Duquet ne faiblissait pas. Son patriotisme et, sa foi een pour lui tout ce que la mort a d’horrible pour un jeune homme, qui ne rève que liberté, gloire et immortalité.
Plein d’avenir, il lui en coûtait beaucoup de quitter la vie, la vie qui promet tant de choses à 21 ans! mais son sacrifice était fait sur l’autel de sa patrie et de la religion. Il ne pouvait croire que ce sang qui
uillonrait dans ses veines avec tant d’ardeur, serait offert inutilement pour le bonheur de ses compatriotes. Après l’orage qui ballotait les Canadiens, il entrevoyait pour enx l’aurore des beaux jours. La persécution ne devait pas durer toujours et la haine anglaise finirait peut-être par rougir et s’apaiser devant l’héroïisme persévérant et malheureux des Canadiens. Qui sait ?
Un dernier prodige de la vaillance des enfants du sol pouvait aussi assurer l’indépendance du Canada! Ces espérances calmaient le cœur endolori du jeune prisonnier, et les consolations que le monde ne mure lui donner, il les demandait à
ieu.
Quand on a un cœur canadien, un cœur catholique, on ne peut relire sans orgueil et sans bonheur les annales de nos martyrs politiques. Certes, les payens mourant pour leur patrie en demandant vengeance contre leurs oppresseurs, les girondins arrivant: sur la place de la guillotine en chantant et faisant à la mort des bravades, excitent beaucoup notre admiration. Mais qu’à mon sens nos victimes de ‘“ 38 et 397?
nous offrent un bien plus beau tableau de la grandeur d’âme humaine : les Cardinal, les Duquet, les De Lorimier et autres n'arrivent pas à l’échafaud en maudissant leurs ennemis. Non ; ils pardonnent à leurs bourreaux, à tous ceux qui leur ont fait du mal ; ils prient instamment leurs parents, leurs amis, leurs concitoyens de pardonner comme eux, à l’instar de la divine victime du Golgotha. Bien plus:
ces hommes vertueux ont consacré leur vie entière au bien-être de leurs semblables, et, à l’heure de Ja mort, oubliant leur immense mérite, ils ne pensent plus | leurs fautes insignifiantes et implorent le pardon de ceux qu’ils auraient pu oflenser accidentellement. A l’heure terrible, ils na bravent pas la mort avec ostentation ; ils ne s’enivrent pas d’un sot Ge rt pour cacher leur frayeur sous les haillons d’un prétendu courage payen: non, mais ils la voient venir sans sourciller. Catholiques sincères et fervents, ils ont fait leur paix avec Dieu , ils se sont préparés au passage de l’abîme et ils ne voient plus en lui que
‘assez malpropres pour en engendrer”?! le pent glorieux qui les conduit à ja double
immortalité. Différents en cela des tièdes et lâches Canadiens qui aujourd’hui rougissent de l’antique foi denos pères, ces re citoyens sont fières de s’y montrer
dèles,. de penser à la destinée de leur âme et de croire que les pratiques du catholicisme peuvent seules la faire parvenir à l’état pour lequel Dieu l’a créé. Avec la digne modestie des Turenne, des Condé, ils se confessent, ils communient, ils meurent catholiques.
Il serait à propos de mentionner ici un troisième genre de consolation qu’il a été donné à nos prisonniers de goûter, grâce à la charité de femmes que la postérité doit bénir. : C’est dans le secret du foyer domestique ou des murs d’un cloître que la femme brille dans tout l’éclat de sa sublime vertu. Elle est encore plus belle et plus sainte lorsque, pénétrant dans un obscur et infecte cachot, elle apporte, au malheur pee le secours de Îa religion et de la
ienfaisante douceur. Dès que les prisons se furent remplies de patriotes, Mme Gamelin et Mme Gauvin, anges de dévouement que la Providence avait mis en réserve pur nos jours de malheur, sollicitèrent de lautorité la permission de visiter les
risonniers. Mme Gamelin, comme tout e monde le sait, est la même que celle dont le zèle apostolique parvint plus tard à la fondation du couvent des sœurs de la Providence, qui continuent si bien les vertus ét le dévouement de leur fondatrice. La famille Gauvin était privilégiée de patriotisme et de dévouement : la mère fut héroïne à la prison. St.-Charles avait été témoin des exploits du fils, enlevé plus tard, au ‘printemps de la vie, par une maladie qui était la suite de ses sacrifices à la patrie. :
a mesquine avarice du gouvernement, qui avait réduit les prisonniers à la pe pitoyable ration, fut heureusement suppléée
ar l’ingénieuse charité de ces bonnes
ames. Elles puisèrent dans leurs propue ressources et dans la générosité pu-
lique pour soulager l’infortune indigente et patriotique. Le nombre des prisonniers comme les besoins à administrer augmentant, il fallut augmenter de même le nombre des visiteuses, et plusieurs dames et demoiselles furent adjointes à Mme Gamelin et Mme Gauvin. Grand était le bonheur des prisonniers lorsqu'ils voyaient entrer ces êtres délicats et faibles qui ne craignaient pas d’affronter l’air fétide des horribles cachots, la grossière rudesse des officiers de la prison pour venir les soulager d’un regard, d’un sourire, d’un indicible serrement de main.
Quand on a mon âge, il est permis de regretter de n’avoir pas vécu dans ces temps pour partager le sort des prisonniers,
objets des soins de ces tendres et belles! ‘
UC
dames. Tout s’était combiné pour rappeler l’ancienne chevalerie dans ce qu’elle a eu de plus grandiose et de plus splendide.
C’étaient les descendants des antiques preux qui combattaient, qui versaient leur sang pour une patrie faible et spprimée par une nation puissante, pour une nationalité qu’on voulait éteindre et détruire ; la plupe d’entre eux étaient jeunes. Le mal-
eur avait voulu qu’ils fussent vaincus et une horrible prison leur faisait expier leur bravoure, Mais l’ombre d’une épouse, d’une sœur, d’une amante veillait sur eux. Dans un coin reculé du temple du Seigneur, derrière une colonné soutenant la haute voûte, une jeune femme est agenouillée et prie pour la liberté de celui que l’ennemi retient
ans les fers. Là-bas en est une autre qui pleure l’absence du héros qui lui avait dit adieu pour courir à la défense de la patrie outragée. L’héroïsme féminin est allé encore plus loin. Les sœurs des Duquet, des Cardinal, des de Lorimier, des Gauvin, des Bouchette et des Boucherville ne se contentent pas de prier et de pleurer. Elles veulent encore aller à la prison, consoler et encourager les patriotes. Elles braveront tout, ces anges de douceur devenues des lions de courage devant les barrières qu’on veut maintenir entre elle et les prisonniers livrés à l’abandon et à la misère.
Si, dans touts circonstance, le sourire et le regard d’une femme exercent une influence irrésistible sur un homme bien élevé, quelle émation toute à la fois douce et sais'ssante ne devaient pas éprouver, lors de la visite de ces pieuses et dévouées femmes, ces hommes jeunes, vaillants et privés depuis longtemps d’air, de liberté et de la vue des femmes qu’ils aimaient! Quel contraste dans leur vie ! Accoutumés à ne voir que les sombres murs du cachot, l’œil inquisiteur, diligent et suupçonneux des gardiens, leur allégresse était sans borne quand ils entendaient les pas rapides et iégers des anges de leur prison, quand ils apercevaient ces visages souriants et dont l'expression seule offrait tout un monde de bonheur. Quelques agents trop zélés de l'autorité étaient pores intrigués de ce dévouement qu’ils ne pouvaient comprendre, et ils s’eflorcèrent d’y mettre force obstacles. Mais le courage de ces dames ne se rebutait jamais et était invincible.
L'une d’elle fit un jour à un offisier chargé de les espionner, une réponse de femme et de française. Deux ou trois joürs avant la mort de Duquet, elle porta au jeune malheureux affaibli par la captivité, une bouteille d’excellent vin. ‘“ Montrez-moi cette # bouteille, dit l’officier de faction ; je crains ‘# qu’elle ne contienne du poison, et je veux “ examiner,” 4 Oh! soyez tranquille, re- “ partit vivement la jeune fille indignée ;
im Canadiens sont trop braves pour s’em-
its
‘ poisonner par frayeur de l’échafaud ; il n’y ‘“ a que les Anglais capables de cela.” Le soldat, foudroyé par la réplique, laissa passer cette femme. Naturellement, tous les prisonniers devaient éprouver beaucoup de reconnaissance pour ces danes ; mais on comprend que la générosité des jeunes détenus dut se mêler à un autre sentiment que vous avez déjà deviné, Mesdames.
Même lorsqu’on est heureux, on voit diffcilement sans l’aimer une femme jeune et belle qui s’intéresse à notre sort. Si l’on sent une main blanche et douce serrer notre main, si l’on entend comme un murmure divin, l’émouvarte vibration d’une voix de femme qui nous dit : “ Courage, je souffre avec vous.” Oh ! alors, Messieurs et Mesdames, on bénit le malheur de la captivité, et ces créatures deviennent l’objet d’un culte fort, pur et passionné. Je dois à l’obligeante bonté d’une dame, quelquesunes des pensées qu’inspirait aux prisonniers le dévouement dés continuatrices de l’œuvre de Mme Gamelin. On ne doit pas s’attendre à un style soigné ni à une poésie symétrique. Le cœur surabondant d’émotions vives et profondes, ils jetaient sans art sur le papier leurs idées généreuses et grandes. La versification et la précision systématique y ont perdu ; mais le senti-
ment, la véritable poésie de l’âme et de
l’éloquence y trouve leur compte.
Voici quelques stances d’une pièce dédiée par un jeune prisonnier à une demoiselle qui visitait la prison :
En proie à la misère, aux jours de sa souffrance Que tissait lo destin,
Le prisonnier sentit succéder l’abondance À sa poignante faim.
: Ta bienfnisante maingut ranimer sa vie
Et tromper sa douleur :
Par tes soins empressés, généreuse *‘, Il revit le bonheur!
Oh! combien était grand cet amour qu’en toi- Tu portais aux malheureux! [mème
Quels traits ont lancé la vengeance et la haine Pour vaincre ton ardeur |
L’humble fleur émaillant le tombeau Rend plus riant l'asile de la mort ;
Le faible jour qui perce le créneau
Du trop obscur, de l'humide cachot :
Le frais zéphir sous l’ardente torride, Berce les sers dans un parfait délire ;
Et le ruisseau qui dans la plaine arride, Au voyageur offre l'onde limpide
Enivre le cœur d’un frais ct doux plaisir.
Ainsi ta main, comble de bienfaisance,
Dans les cachots cherche le malheureux ; Seule, ta voix semble le rendre heureux, Et te voir est sa plus grande jouissance.
Tu es la fleur qui orne le tombeau, Ce beau rayon que le captif adore, L'onde chérie du bienfaisant ruisseau, Et le zéphir si bienfaisant encore.
Dans sa prière le pauvre te bénit, Partout la vertu t'aime et te chérit.
Oui ! à jamais la mémoire fidèle
Saura te rendre un hommage éternel,
Et tes bienfaits gravés au fond des cœurs, Seront pour toi un motif de bonheur.
Maïs l’heure fatale approchait. Cardinal et Duquèet avaient été informés qu’ils subiraient le 21 décembre 1838 le sort a la tyrannie réserve au patriotisme malheureux, L’avis funèbre avait été reçu par eux sans forfanterie, mais avec la dignité ferme qui convient à de grandes âmes. On voulait faire un exemple dont l’enseignement’ fût salutaire. On espérait, par l’horreur du gibet, inspirer aux Canadiens la lâcheté et la dégradation ; on désirait, par l’affreux spectacle d’une potence dressée pour punir la vertu, leur apprendre à refouler au fond du cœur les sublimes aspirations du patriotisme. Et c’est une population française que Pou travaillait à soumettre à ces infamies.
C’est une population française que l’on se flattait d’accoutumer à n’avoir plus d’honneur! Mais pourquoi ne pas plutôt demander au rapide et impétueux St.-Laurent de remonter son cours majestuenx en renversant toutes les lois de la nature ?
Des démarches avaient été faites en faveur des deux condamnés par des personnes influentes auprès de Colborne et des gens haut placés dans la hiérarchie gouverne-
La même dame reçut une autre pièce | mentale, Mme. Cardinal avait même été se
dont j’extrais les vers suivants :
L'amour de ton pays te fis tout entreprendre, Visiter les cachots où gissait l'infortune,
Fut-il le seul objet auquel tu voulus tendre ? Non! Belle ::, tu forças la fortune
À venir par tes mains porter au malheureux
Des soins que le simple droit leur accordait,
Mais qu'un pouvoir inique, un pouvoir envieux, Mû par la venge#nce, lâchement leur niait..….
On m’a passé un album où je lis ce petit chef-d'œuvre :
| jeter aux genoux de Lady Colborne la con- | jurant d’intercéder re de son mari pour
obtenir la grâce de Cardinal. Mais tout avait été inutile devant lg détermination de Colborne. Le 20 décembre, veille de son décès, Cardinal fit parvenir à sa femme
grand caractère. Cette voix grave et 80-
Fe lettres où se révèle tout entier son
lennelle qui semble parler par-delà de la tombe, a une suavité lugubre, une sagesse sombre et sacrée qui nous remuent jus- 4. / qu'aux entrailles. f “ Demain, d 4
“ l'heure où je t’éeris, mon Âme sera de-